« LES FILLES NE TOUCHENT RIEN, IL N’Y A PAS DE PRIMES DE MATCH. » MÉ­LIS­SA LA­MOUR

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Sports Auvergne - - Dossier -

nous a re­joints l’an pas­sé et l’idée était de struc­tu­rer le club en deux an­nées pour mon­ter ; fi­na­le­ment, c’est al­lé beau­coup plus ra­pi­de­ment que pré­vu ! Et avec cette al­liance avec L’ASM, tout nous est un peu tom­bé des­sus en même temps ! », re­late la pré­si­dente avant d’ajou­ter : « Au dé­but, notre par­te­na­riat de­vait être juste li­mi­té avec L’ASM Om­ni­sports, fi­na­le­ment il se pro­lon­ge­ra avec L’ASM CA. À terme, l’idée se­rait même de faire des matches en le­ver ou bais­ser de ri­deau au Mi­che­lin. Évo­luer de temps en temps dans cette en­ceinte se­rait ex­tra­or­di­naire au ni­veau des re­tom­bées. Quand les filles ont pré­sen­té leur bou­clier dans ce stade il y a quelques mois, nous avons bé­né­fi­cié d’un énorme re­tour dde la part de gens qui étaient dans les tri­bunes ce jour-là. » Et des re­tom­bées sur le club, les rugb­by­wo­men de L’ASM Ro­ma­gnat en ont be­soin. Les exi­gen­cese du Top 8 et la dif­fé­rence de ni­veau par rap­port au chal­lenge Ar­melle Au­clair (2e di­vi­sion) de­mandent en­core plus d’ef­forts et de res­sources. « L’ef­fec­tif est un peu juste, dé­clare An­nick Hay­raud, ma­na­ger du club. Nous avons com­men­cé cette sai­son par un bloc de trois matches as­sez dif­fi­ciles qui nous a confron­tées aux meilleures équipes de France. Ré­sul­tat : nous avons eu de nom­breuses filles bles­sées. Un tiers du groupe est tou­ché. Il manque une ré­serve de joueuses. Tou­te­fois, nous avons un vi­vier in­té­res­sant de ca­dettes dont quinze d’entre elles, avec un cer­tain po­ten­tiel, pour­ront mon­ter en se­nior l’an­née pro­chaine. » En at­ten­dant, le club a lan­cé une cam­pagne de re­cru­te­ment au­près de filles de plus de 18 ans qui se­raient “ten­tées par l’ex­pé­rience rug­by”. Elles peuvent ve­nir s’es­sayer à ce sport, quel que soit leur ni­veau, les lun­di, mer­cre­di et ven­dre­di de 19 heures à 21 heures. « Il ne faut pas avoir de com­plexe, in­siste Mé­lis­sa La­mour. On peut tout à fait com­men­cer le rug­by à 20 ans. » Mais d’autres en­jeux sont en jeu. Si L’ASM Ro­ma­gnat ar­rive à for­mer de bons élé­ments, il faut aus­si sa­voir les gar­der. « Nous sommes dans un monde ama­teur. Les filles ne touchent rien, il n’y a pas de primes de match. C’est de la pas­sion pure qui les mo­tive et il en faut vrai­ment beau­coup car ce­la de­mande de s’in­ves­tir phy­si­que­ment et men­ta­le­ment tout en gé­rant sa vie per­son­nelle à cô­té. Il y a le tra­vail ou les études, le quo­ti­dien à as­su­rer. Notre mis­sion est donc de fa­ci­li­ter la vie des filles. Il faut que mé­di­ca­le­ment elles soient bien as­sis­tées et qu’elles puissent ré­cu­pé­rer dans

les meilleures condi­tions. Nous de­vons leur don­ner ce­la. En­suite, et c’est là qu’il y a un énorme bou­lot à ef­fec­tuer, nous de­vons créer un vé­ri­table ré­seau avec des en­tre­prises par­te­naires. Ce­la pour­rait peu­têtre fa­vo­ri­ser l’em­bauche de cer­taines joueuses ou l’ob­ten­tion d’un stage. Nous de­vons faire de même avec les uni­ver­si­tés et les écoles, connaître toutes les pos­si­bi­li­tés de for­ma­tion dans la ré­gion », in­siste la pré­si­dente. Si la mon­tée du club dans l’élite a sus­ci­té un en­goue­ment cer­tain du­rant l’in­ter­sai­son au­près des par­te­naires, ce­la reste in­suf­fi­sant. D’au­tant que le club a conscience du dé­ca­lage entre les sub­ven­tions pri­vées et pu­bliques. La ré­gion, Clermont Com­mu­nau­té et la ville de Ro­ma­gnat versent des sub­ven­tions, mais cette manne fi­nan­cière est fra­gile. « Nous avons conscience que ce­la peut s’ar­rê­ter à tout mo­ment ou être sen­si­ble­ment di­mi­nué. L’un des di­ri­geants, Mi­ckaël Four­nier, avec le sou­tien de Léa Ga­briargues, joueuse en emploi Ci­vique au club, a pour mis­sion de dé­ve­lop­per le spon­so­ring. Nous avons be­soin d’un ré­seau mais aus­si de res­sources. Par exemple, nous

Pou­vez-vous re­ve­nir sur votre car­rière de joueuse ?

Mes deux frères pra­ti­quaient le rug­by et comme je vou­lais faire une ac­ti­vi­té phy­sique, j’ai choi­si ce sport que j’ai com­men­cé à l’âge de 14 ans en 1982. J’ai joué à Ro­ma­gnat de 14 à 35 ans et en équipe de France de 18 à 30 ans. J’ai d’ailleurs été ca­pi­taine du XV tri­co­lore qui a ter­mi­né troi­sième de la coupe du monde en 1991 au Pays de Galles. Avec l’équipe de Ro­ma­gnat, j’ai dé­cro­ché deux titres de cham­pionne de France en 1994 et 1995. De cette pé­riode, sont nés des liens très forts entre les joueuses et cer­taines d’entre elles étaient pré­sentes pour nous ai­der dans l’or­ga­ni­sa­tion du match face à Lille-villeneuve d’ascq au Ga­brielMont­pied. Le titre de cham­pionne de France des filles la sai­son pas­sée nous a d’ailleurs fait re­mon­ter de beaux sou­ve­nirs !

Quelles sont les dif­fé­rences entre le rug­by de votre époque et ce­lui d’au­jourd’hui ?

Dé­jà, il y a la moyenne d’âge. À mon époque, les filles avaient plus dans les 30 ans. Au­jourd’hui, elles ont plu­tôt dans les 24-25 ans. Au ni­veau du jeu aus­si il y a des chan­ge­ments. Il a évo­lué car les filles sont de­ve­nues plus spor­tives. Elles ont in­té­gré la mus­cu­la­tion et les mé­thodes d’en­traî­ne­ment ne sont plus du tout les mêmes. Il faut dire que les exi­gences sont dif­fé­rentes. Les filles ont été re­con­nues spor­tives de haut ni­veau en 1999 et les com­pé­ti­tions et les cham­pion­nats sont mon­tés en in­ten­si­té. Par exemple, il n’exis­tait pas de tour­noi des 6 na­tions quand j’étais en équipe de France et les clubs n’avaient pas les mêmes am­bi­tions. En­fin, la mé­dia­ti­sa­tion est com­plè­te­ment dif­fé­rente. En dif­fu­sant les matches de l’équipe de France féminine à la té­lé­vi­sion (coupe du monde et tour­noi des 6 na­tions), un grand nombre de per­sonnes se sont in­té­res­sées au rug­by fé­mi­nin et no­tam­ment les jeunes filles.

Vous êtes vice-pré­si­dente du club et vous vous êtes toujours in­ves­tie dans la par­tie ad­mi­nis­tra­tive du club…

Ef­fec­ti­ve­ment, je suis di­ri­geante de­puis l’âge de 20 ans, j’ai juste ces­sé de l’être pen­dant trois an­nées. Et puis Me­lis­sa La­mour m’a de­man­dé de l’épau­ler quand elle est de­ve­nue pré­si­dente. J’ai joué avec elle et j’avais en­vie de l’ai­der tout en sa­chant que lorsque l’on s’en­gage, il faut être proche du ter­rain, tra­vailler dans l’ombre. Je sou­haite ap­por­ter au club mon vé­cu et mon ana­lyse sur cer­taines choses. Il y a un gros tra­vail de com­mu­ni­ca­tion à ef­fec­tuer. Au fil des an­nées, j’ai eu la chance d’ac­qué­rir un cer­tain ré­seau qui peut être un atout fa­vo­rable pour cette tâche. Tou­te­fois, nous ga­lé­rons toujours pour trou­ver des spon­sors. C’est le même com­bat tous les ans. La conven­tion si­gnée avec L’ASM peut nous être bé­né­fique, d’ailleurs les portes com­mencent à s’ou­vrir. C’est pro­ba­ble­ment le dé­but d’une nou­velle pé­riode.

Quelles am­bi­tions por­tez-vous pour le club ?

Même si nous fai­sons dif­fi­ci­le­ment nos dé­buts en Top 8, nous al­lons tout faire pour nous main­te­nir. Nous n’avons mal­heu­reu­se­ment pas pu nous pré­pa­rer à cette nou­velle sai­son comme nous l’au­rions sou­hai­té. Le groupe de filles a seule­ment été réuni au com­plet lors de la pre­mière semaine de sep­tembre, soit juste avant notre premier match du cham­pion­nat face à Lille-villeneuve d’ascq. La plu­part de nos ad­ver­saires ont eu un meilleur temps de pré­pa­ra­tion comme Lille jus­te­ment. Ces filles ont même pu par­tir en stage du­rant une semaine. Nous de­vons donc faire avec nos moyens et éle­ver notre ni­veau de jeu. Pour y par­ve­nir, ce­la pas­se­ra par un tra­vail non seule­ment du cô­té des joueuses mais aus­si du club. Nous de­vons leur ap­por­ter un maxi­mum de fa­ci­li­tés afin qu’elles s’en­traînent dans les meilleures condi­tions, qu’elles aient un sui­vi mé­di­cal, etc.. Nous de­vons aus­si fé­dé­rer et avoir un maxi­mum de par­te­naires. Fa­brice Ri­bey­rolles a su don­ner un nou­vel élan à Ro­ma­gnat, nous de­vons conti­nuer sur cette voie.

Il n’est pas simple pour les joueuses de gé­rer le rug­by, leur vie sco­laire ou pro­fes­sion­nelle et per­son­nelle.

L’an­cien joueur de L’ASM Mar­tin Scel­zo prête main­forte aux avants.

La pré­si­dente et an­cienne joueuse, Mé­lis­sa La­mour.

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