2016

L’ANNEE DE LA CONFIR­MA­TION !

Sports Auvergne - - Portrait - Texte Fré­dé­ric Sil­va Pho­tos Etixx - Quick Step / Tim de Waele

Comment Ju­lian Alaphilippe a-t-il pu pas­ser entre les mailles du fi­let des équipes fran­çaises ? Pour­quoi au­cune n’a mi­sé sur ce jeune cou­reur fou­gueux bour­ré de ta­lent et ve­nant de réa­li­ser une sai­son 2016 ex­cep­tion­nelle à seule­ment 24 ans ? La for­ma­tion belge Etixx-quick Step, l’une des meilleures au monde, elle, ne s’est pas po­sé la ques­tion. Elle a per­mis au jeune Mont­lu­çon­nais de s’ex­pri­mer et de faire ses preuves en 2013 en lui ou­vrant les portes de sa ré­serve. Un pas­sage sa­lu­taire et re­mar­qué pour Ju­lian Alaphilippe, qui in­té­gre­ra l’équipe du World Tour un an plus tard. Mais avant de se ré­vé­ler au grand pu­blic, le cou­reur au­ver­gnat a dû fran­chir de nom­breuses étapes. Ce sur­doué fait du cy­clisme un jeu, une pas­sion. Dès son plus jeune âge, il en­fourche sa mon­ture fé­tiche pour de nom­breuses séances de pé­da­lage. Il n’a que 7 ans quand il dé­bute à l’en­tente cy­cliste Mont­ma­rault-mont­lu­çon. Ju­lian est dingue de bi­cy­clette. Cet amour l’a même conduit à pas­ser un CAP de mé­ca­ni­cien cycles et mo­to­cycles. Son ave­nir semble d’ores et dé­jà tra­cé. Ce temps de l’en­fance et de l’in­sou­ciance va ra­pi­de­ment lais­ser place à ce­lui du com­pé­ti­teur. Pour l’ai­der et le sou­te­nir dans cette nou­velle étape de sa vie, son cou­sin, Franck Alaphilippe, n’est ja­mais très loin. Il est toujours son en­traî­neur au­jourd’hui, même après son pas­sage chez les pro­fes­sion­nels. Mais avant de mon­trer sa fougue sur la Grande Boucle 2016, le cy­cliste au­ver­gnat s’était illus­tré dans une autre dis­ci­pline : le cy­clo-cross. En 2010, il dé­croche la mé­daille d’ar­gent au cham­pion­nat du monde ju­niors, avant de confir­mer en 2012 et 2013 en rem­por­tant le titre na­tio­nal es­poirs. Une dis­ci­pline peu re­con­nue dans l’hexa­gone, mais très ap­pré­ciée en Bel­gique où for­cé­ment les qua­li­tés du Bour­bon­nais ne passent pas in­aper­çues. Là-bas, on a su dé­ce­ler en Ju­lian Alaphilippe de la pré­cieuse graine de cham­pion. En si­gnant pour l’équipe conti­nen­tale belge, la Ome­ga Phar­ma-quick Step, l’au­ver­gnat sa­vait qu’il de­vait ra­pi­de­ment mon­trer l’éta­lage de son ta­lent au risque de ne pas être conser­vé ou de ne pou­voir in­té­grer la “vraie” Etixx, celle de la fi­gure fla­mande Tom Boo­nen, de Dan Mar­tin et consorts... Com­pé­ti­teur opi­niâtre, Ju­lian ne rate pas cette oc­ca­sion et de­vient vrai­ment pro en 2015. C’est alors que tout s’ac­cé­lère. Il se si­gnale d’abord à l’am­stel Gold Race, par une pre­mière place d’hon­neur (7e) en World Tour, avant que le dé­clic ne sur­gisse lors des clas­siques ar­den­naises, qu’il af­fec­tionne tant. En étant deux fois le dau­phin d’ale­jan­dro Val­verde, à la Flèche wallonne au terme de la ter­rible as­cen­sion du Mur de Huy, puis quatre jours plus tard,

à Liège-bas­togne-liège, la Doyenne que Ro­main Bar­det rêve de rem­por­ter un jour. Un ex­ploit re­ten­tis­sant qui va le pro­pul­ser sur le de­vant de la scène. Sa car­rière est vé­ri­ta­ble­ment lan­cée. D’un cou­reur lamb­da, Ju­lian est pas­sé à un sta­tut de cou­reur pro­té­gé. Il im­pose dé­sor­mais le res­pect au sein du pe­lo­ton. Le Mont­lu­çon­nais im­pres­sionne. Il a soif de vic­toires et ne cède que de trois pe­tites se­condes au Tour de Ca­li­for­nie 2015, face au géant Pe­ter Sa­gan. Frus­trant ? Pas vrai­ment... Alaphilippe est toujours en ap­pren­tis­sage et at­tend son heure. Il pren­dra d’ailleurs sa re­vanche cette an­née en de­ve­nant le premier vain­queur fran­çais de l’his­toire de l’épreuve amé­ri­caine. Aux États-unis, le cou­reur de Mont­lu­çon dé­voile ses ca­pa­ci­tés en haute mon­tagne, en s’ad­ju­geant no­tam­ment l’éta­pe­reine de l’épreuve, à l’is­sue d’une as­cen­sion de douze ki­lo­mètres à 8 % de moyenne. Ju­lian, en cos­taud, a ava­lé le der­nier col sans fai­blir. Le gar­çon de 23 ans vient clai­re­ment de fran­chir un cap, reste à confir­mer en 2016. Il a dû s’as­treindre à un gros tra­vail phy­sique, à l’en­traî­ne­ment, pour dé­ve­lop­per ses qua­li­tés de pun­cheur. Ju­lian dis­pose d’une puis­sance hors norme qui jaillit de ses jambes et, sur­tout, il a une men­ta­li­té de ga­gneur. Cette an­née, il s’est ef­for­cé de ti­rer son épingle du jeu sur tous les ter­rains, avec l’en­vie dé­bor­dante de se frot­ter aux meilleurs grim­peurs et d’es­sayer d’être toujours le plus proche de la tête de course. Pour­tant, son dé­but de sai­son était bien mal en­ga­gé. Lui, l’adepte du gros tra­vail hi­ver­nal, a dû stop­per l’en­traî­ne­ment un peu plus de deux mois, après la course en ligne des Mon­diaux de Rich­mond, où il a aban­don­né, à bout de forces. Des exa­mens mé­di­caux ont fi­na­le­ment ré­vé­lé qu’il était at­teint d’une mo­no­nu­cléose. Ju­lian Alaphilippe doit alors me­ner une course

Vous connais­sez bien Ju­lian Alaphilippe, pou­vez-vous nous par­ler tout d’abord du gar­çon, comment est-il ?

C’est un jeune homme plein de vie, sou­riant et toujours dis­po­nible. En 2013, je l’ai fait si­gner sa pre­mière li­cence au Team Pro Im­mo et de­puis, il est res­té fi­dèle à nos cou­leurs. Ju­lian est un gar­çon avec de grosses am­bi­tions, res­pec­tueux et po­li. Il n’ose ja­mais dire non aux gens et ré­pond toujours aux sol­li­ci­ta­tions. Je suis très fier de lui et heu­reux qu’il ac­cepte chaque an­née de prendre une li­cence chez nous.

De­puis l’an der­nier, Ju­lian Alaphilippe a fran­chi un cap et fait par­tie des meilleurs cy­clistes au monde, êtes-vous sur­pris par cette as­cen­sion ful­gu­rante ?

Pas vrai­ment. J’ai tout de suite su qu’il pou­vait ra­pi­de­ment gra­vir les éche­lons. Il vient de réa­li­ser deux sai­sons ex­cep­tion­nelles. C’est un cou­reur avec une cer­taine classe. Sa dé­ter­mi­na­tion et son en­vie de se sur­pas­ser sont de gros atouts. Il tra­vaille beau­coup et au­jourd’hui, Ju­lian est ré­com­pen­sé de ses ef­forts. Il lui faut dé­sor­mais plus de maî­trise, c’est en­core un chien fou, il lui faut tra­vailler le sens de la course. C’est quel­qu’un qui fait des ef­forts in­con­si­dé­rés et quand il sau­ra gé­rer ses ef­forts, je peux vous dire qu’au vu de ses qua­li­tés, il va en ga­gner des courses et des étapes c’est une cer­ti­tude.

Jus­te­ment quelles sont ses qua­li­tés ?

C’est un vrai pun­cheur, il a un bon coup de pé­dale et il est très puis­sant. Il grimpe bien et peut suivre les meilleurs dans cet exer­cice, il l’a d’ailleurs dé­jà prou­vé, même s’il doit en­core tra­vailler sur les grands cols. Main­te­nant, sur trois se­maines de com­pé­ti­tion comme le Tour de France, Ju­lian n’est pas en­core prêt à les suivre mais ça va ve­nir.

Vous pen­sez qu’il peut un jour ga­gner le Tour de France ?

J’au­rais bien ai­mé (rires), mais je ne pense pas. Le contre-la-montre n’est pas sa spé­cia­li­té, il est en­core lé­ger et va perdre du temps sur les lea­ders dans cet exer­cice. En re­vanche, je suis sûr qu’il va ga­gner de nom­breuses étapes sur le Tour de France. Il va être ca­pable aus­si de ga­gner cer­taines courses comme le Paris-nice ou d’autres évé­ne­ments dans ce genre. Il va vite au sprint et cette vi­tesse peut l’ai­der à ga­gner cer­taines étapes.

Ju­lian Alaphilippe a pris le maillot blanc de meilleur jeune lors de la deuxième étape du Tour de France 2016.

Le cy­cliste au­ver­gnat fait par­tie de l’équipe Etixx-quick Step de­puis 2015.

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