L’HEURE DU BI­LAN

Alors qu’il vient de rac­cro­cher les cram­pons, l’un des joueurs les plus em­blé­ma­tiques de L’ASM Cler­mont Au­vergne re­trace son par­cours à tra­vers un livre sans conces­sion sur son par­cours et le monde du rug­by, “Pré­su­mé cou­pable : mon his­toire”. En­tre­tien.

Sports Auvergne - - Interview - Pro­pos re­cueillis par Sté­pha­nie Mer­zet Pho­tos ar­chives Sports Au­vergne/lu­do­vic Combe & ar­chives La Mon­tagne

Com­ment vas-tu ? Com­ment s’est pas­sée cette pre­mière sai­son à Oyon­nax ?

Tout va bien ! J’ai pas­sé une bonne sai­son à Oyon­nax où nous avons été très bien ac­cueillis ma pe­tite fa­mille et moi-même. Ce­la a été une nou­velle aven­ture et le chan­ge­ment nous a tou­jours plus. De plus, pour ma part et sur les ter­rains, la réus­site a été au ren­dez-vous avec cette mon­tée en Top 14. Voi­là, main­te­nant, j’ai pris ma re­traite en tant que joueur pro­fes­sion­nel et je suis bien content !

Mais tu n’ap­pré­hendes pas ce gros chan­ge­ment dans ta vie ?

Non, car il ne va pas y avoir beau­coup de bou­le­ver­se­ments puisque j’in­tègre le staff spor­tif d’oyon­nax. Je se­rai en­traî­neur char­gé de la conquête. Tous les jours, je conti­nue­rai à al­ler au stade sauf que j’irai plus tôt que lorsque j’étais joueur afin de pré­pa­rer les séances. À cô­té, je conti­nue­rai de m’en­traî­ner car je ne peux pas m’en pas­ser !

Tu viens de sor­tir un livre “Pré­su­mé cou­pable : mon his­toire”. Pour­quoi ?

Eh bien, c’était plu­tôt lo­gique après avoir pas­sé près de 20 an­nées au coeur du rug­by de haut ni­veau. Je vou­lais ra­con­ter mes dif­fé­rentes ex­pé­riences rug­bys­tiques au Ca­na­da, en Nou­velle-zé­lande, au pays de Galles puis en France et par­ta­ger d’autres as­pects de ma vie qui m’ont ame­né jus­qu’ici avec toutes les per­sonnes qui m’ont sui­vi du­rant des an­nées dans le rug­by.

Dans ton livre, tu re­viens sur ton pas­sé as­sez sulfureux et tes pas­sages en éta­blis­se­ment pour dé­lin­quants ju­vé­niles et en pri­son. N’est-ce pas dif­fi­cile d’avouer toutes ses er­reurs de jeu­nesse ?

Non, car ce­la fait par­tie de ma vie. Cer­taines choses évo­quées m’ont évi­dem­ment rap­pe­lé de mau­vais sou­ve­nirs, mais c’était moi et je suis pas­sé par là… et puis, je n’ai pas tout mis. Je ne pou­vais pas.

Si tu n’avais pas eu le rug­by, penses-tu que ce­la au­rait mal fi­ni pour toi ?

Non, je ne pense pas. En fait, j’ai été “con” pen­dant mon ado­les­cence, mais au fond de moi, j’ai tou­jours été quel­qu’un de droit. Après avoir été en pri­son à 19 ans, j’ai bien pris conscience qu’il était temps de prendre une meilleure voie. J’ai vrai­ment vou­lu chan­ger à ce mo­ment-là et faire des choses plus in­té­res­santes dans ma vie. Et puis, mes pa­rents m’ont tou­jours sou­te­nu et j’ai éga­le­ment eu la chance d’avoir des profs qui m’ont ai­dé et qui m’ont pous­sé à jouer au rug­by. Ils avaient vu que c’était un bon moyen de ca­na­li­ser mon éner­gie. Par contre, tu as tou­jours vou­lu « faire jus­tice toi-même sur un ter­rain ou ou­tre­pas­sé la mince

fron­tière entre agres­si­vi­té et agres­sion ». Pour­quoi ce be­soin ?

J’ai tou­jours vou­lu être per­for­mant sur un ter­rain et pour ce­la, il faut do­mi­ner l’ad­ver­saire, et quelques fois, ce­la a dé­bor­dé un peu… Voi­là, mais j’avais tel­le­ment en­vie de bien faire pour mon équipe… C’est ce sen­ti­ment qui m’a tou­jours ani­mé, mais qui a abou­ti ef­fec­ti­ve­ment quelques fois à des car­tons.

Dans ton livre, tu évoques la Yel­low Ar­my. Tu dé­clares que c’est « l’âme de Cler­mont », « le meilleur pu­blic au monde ». Les sup­por­ters cler­mon­tois te manquent ?

Ah oui, tou­jours un peu ! C’est quand même for­mi­dable de voir tout ce sou­tien in­dé­fec­tible au­tour de l’équipe. À Oyon­nax aus­si, j’ai pu trou­ver des sup­por­ters très en­cou­ra­geants même s’ils sont moins nom­breux. Cette force que nous donnent les sup­por­ters sur le ter­rain est très po­si­tive.

Tu as aus­si des mots sym­pa­thiques pour cer­tains de tes an­ciens co­équi­piers (La­pan­dry, James, Parra…). Ce sont des joueurs qui t’ont mar­qué ?

Oui, ce sont des joueurs de classe mon­diale. On le voit au fil des sai­sons, ils sont tou­jours per­for­mants et ils sont tou­jours là lors des grands matches. J’es­père qu’ils vont dé­cro­cher un titre cette an­née (in­ter­view réa­li­sée le 19 mai), soit Alexandre La­pan­dry et Mor­gan Parra avec L’ASM, soit Brock James avec la Ro­chelle.

Tu es tou­jours en con­tact avec eux ?

Oui, on s’en­voie ré­gu­liè­re­ment des mes­sages et on se char­rie sou­vent d’ailleurs ! Et c’est un plai­sir de

« MON PAS­SÉ SULFUREUX FAIT PAR­TIE DE MA VIE. »

se re­voir et de re­faire le monde au­tour d’une bière ou au­tour d’un bon verre de vin !

Tu re­gardes les matches de L’ASM ?

Oui, j’étais d’ailleurs à Édim­bourg pour la fi­nale de la Coupe d’eu­rope face aux Sa­ra­cens. J’étais consul­tant pour la té­lé­vi­sion an­glaise BT SPORT et j’ai pous­sé à fond avec la Yel­low Ar­my ! Mais mal­heu­reu­se­ment, ils sont tom­bés sur une équipe très forte et très en forme.

Quelle a été ton ana­lyse après ce match ?

Il y avait quelques pe­tites er­reurs de la part de L’ASM à des mo­ments-clés du match qui ne par­donnent pas et ils n’ont pas su concré­ti­ser les temps forts.

Sens-tu que l’équipe à pas­ser un cap par rap­port aux autres an­nées ?

Ah oui et chaque an­née, elle est de plus en plus forte grâce au staff spor­tif de classe mon­dial, avec Franck (Azé­ma), Jo­no (Gibbes), Di­dier Bès, Seb (Bour­din) et des joueurs très en forme, je pense no­tam­ment à Ca­mille (Lo­pez) qui est pour moi, à l’heure ac­tuelle, le meilleur 10 en France, je pense aus­si à Mor­gan (Parra), à Sé­bas­tien Va­haa­ma­hi­na qui s’est mal­heu­reu­se­ment frac­tu­ré le ti­bia… Mais il y a en­core du ma­tos en 2e ligne avec Paul (Jé­dra­siak), Ar­thur (Itur­ria), il y a aus­si Ti­ma­ni et Flip (Van Der Merwe).

Tu éta­blis aus­si une ana­lyse très fine du rug­by fran­çais. Il faut mettre un grand coup de pied afin de ba­layer ce « ré­seau d’an­ciens qui res­tent très conser­va­teurs »…

Oui et c’est bien que Ber­nard La­porte ait pris la tête du rug­by fran­çais. Il ap­porte un cer­tain dy­na­misme, une vi­sion plus tour­née vers l’ave­nir. Il faut ar­rê­ter de faire comme d’ha­bi­tude ! Il est né­ces­saire de chan­ger, d’évo­luer. J’es­père pour l’équipe de France qu’il y au­ra un ac­cord avec les

Le deuxième ligne ca­na­dien a quit­té L’ASM l’an pas­sé et a ef­fec­tué sa der­nière sai­son comme joueur pro­fes­sion­nel à Oyon­nax. En juillet, il pren­dra la cas­quette de coach pour cette même équipe.

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