THIMOTHÉE BOMMIER DE LA PISTE ROUGE AUX VOL­CANS

Il y a deux ans, l’ath­lète cler­mon­tois a fait le choix de s’in­ves­tir sur la dis­tance my­thique du ma­ra­thon. Son en­ga­ge­ment est to­tal puisque son ob­jec­tif est ani­mé par la flamme olym­pique.

Sports Auvergne - - Portraits - Texte Sté­pha­nie Mer­zet / Pho­tos Ben­ja­min Che­rasse, ar­chives La Mon­tagne et Ti­mo­thée Bommier

Il est de­ve­nu une ré­fé­rence dans le mi­lieu de la course à pied en Au­vergne et au-de­là. Ti­mo­thée s’est d’abord fait connaître sur les dis­tances de 3 000 m steeple, 5 000 m et 10 000 m avec des sé­lec­tions in­ter­na­tio­nales. L’an pas­sé, il s’est dis­tin­gué lors du Ma­ra­thon de Pa­ris en étant le pre­mier Fran­çais au clas­se­ment avec un temps de 2 h 15 min 38 s. Cette épreuve my­thique est au­jourd’hui la prio­ri­té du cou­reur du Stade Cler­mon­tois. « J’ai dû adap­ter ma fou­lée et aug­men­ter mon vo­lume de course, mais le ma­ra­thon est une dis­ci­pline culte. Il y a le 100 mètres et le ma­ra­thon. Na­tu­rel­le­ment, avec l’âge, c’est plus dif­fi­cile d’être per­for­mant sur 3 000 m ou 5 000 m et on s’oriente donc sur des dis­tances plus longues. Dé­cro­cher une sé­lec­tion en ma­ra­thon est aus­si plus ac­ces­sible que sur piste. De plus, je suis épau­lé par mon coach, Jean-fran­çois Pon­tier, qui est vrai­ment com­pé­tent pour m’ai­der sur cette dis­tance. En­fin, il y a un en­goue­ment po­pu­laire pour cette épreuve et on peut voya­ger », énu­mère le néo-ma­ra­tho­nien. Ef­fec­ti­ve­ment, afin de par­ti­ci­per à son der­nier ma­ra­thon, le jeune ath­lète cler­mon­tois s’est en­vo­lé pour Du­baï. C’était en jan­vier der­nier. Et afin de se pré­pa­rer à cette échéance, il n’a pas hé­si­té à mettre les moyens en sui­vant un stage d’en­traî­ne­ment de presque un mois à Iten au Ke­nya, le ber­ceau de la course à pied. Cette des­ti­na­tion au con­tact des meilleurs cou­reurs du monde est de­ve­nue in­con­tour­nable pour tous ceux qui sou­haitent ex­cel­ler en course de fond et de­mi-fond. Ce pe­tit vil­lage ke­nyan est si­tué à 6 heures de route à l’ouest de Nai­ro­bi, po­sé sur une fa­laise qui do­mine la val­lée du Rift, à 2 500 mètres d’al­ti­tude. Là-bas, on trouve une cin­quan­taine de camps d’en­traî­ne­ment et des ki­lo­mètres de piste rouge. On ne s’y rend pas pour ad­mi­rer la my­riade de fla­mants roses sur le lac Bo­go­ria ou pour faire un sa­fa­ri, mais bien pour souf­frir. Pour domp­ter l’al­ti­tude qui étouffe et se frot­ter à ces Ke­nyans pour qui cou­rir est dans les gènes. « J’ai tra­vaillé là-bas aux cô­tés de “Bob” (Bouab­del­lah) Tah­ri, le grand cham­pion fran­çais du 3 000 m steeple. Il passe son temps entre le Ke­nya et la France. Il a mon­té son propre centre d’en­traî­ne­ment. J’ai aus­si pro­fi­té de ce dé­pla­ce­ment afin de trou­ver un lièvre pour le ma­ra­thon de Du­baï. J’ai be­soin d’un me­neur d’al­lure

« MA PRIO­RI­TÉ EST DÉ­SOR­MAIS DE COU­RIR DES MARATHONS. » TI­MO­THÉE BOMMIER

qui est sur les bases du re­cord du monde (2 h 03) et qui prenne le vent au moins jus­qu’au 30e ki­lo­mètre avec un idéal d’al­ler jus­qu’au 37e », pré­cise l’ath­lète au­ver­gnat. Et des cou­reurs ca­pables de ré­pondre à ces exi­gences-là, “ça court les pistes” au Ke­nya… « Un ma­na­ger sur place nous a pro­po­sé une séance de 30 ki­lo­mètres afin de tes­ter de po­ten­tiels lièvres. Ma­thew Ki­pro­no s’est dé­ta­ché par­mi sept autres Ke­nyans. Je me suis alors en­traî­né pen­dant trois se­maines avec lui afin que nous trou­vions cha­cun notre al­lure, ni trop vite ni trop lente. Il au­rait le ni­veau pour être le meilleur Fran­çais chez nous, mais dans son pays, il y en a 300 comme lui », ex­plique-t-il. Ne pas fran­chir la ligne d’ar­ri­vée à la place mé­ri­tée, ce­la peut pa­raître un peu comme un sa­cri­fice, mais c’est aus­si pour ce peuple ke­nyan un moyen de ga­gner sa vie. Être cou­reur de l’ombre ap­porte ain­si un peu de lu­mière à leur exis­tence. « Ma­thew a pu ache­ter deux vaches et il me les a même en­voyées en pho­to. J’es­père qu’il va aus­si pou­voir faire pro­chai­ne­ment des courses en Eu­rope pour lui. Au-de­là d’avoir été mon lièvre à Du­baï, nous avons vé­cu une belle et vé­ri­table aven­ture hu­maine en­semble », sou­ligne-t-il. Mais se do­ter d’un me­neur d’al­lure pour une course a aus­si un coût. « En plus de prendre en charge les frais de Ma­thew (ins­crip­tions, vol, hé­ber­ge­ment, vi­sa, chaus­sures…), j’ai éga­le­ment dû cou­vrir les miens. J’au­rais pu choi­sir de me re­pré­sen­ter au ma­ra­thon de Pa­ris, moins oné­reux, mais le pro­fil de ce­lui de Du­baï est dif­fé­rent, plus rou­lant. Afin de fi­nan­cer ce pro­jet de 4 500 eu­ros, je me suis lan­cé dans une cam­pagne de crowd­fun­ding via le site spon­so­rise. me/fr. Au to­tal il y a eu 127 contri­bu­teurs et j’ai

eu le sou­tien de la Mai­rie de Royat et de L’ESC Cler­mont », dé­taille le nou­veau spé­cia­liste du ma­ra­thon. Un in­ves­tis­se­ment qui « lui a pris un peu d’in­flux » mais qui ne lui a pas em­pê­ché de battre son re­cord aux Émi­rats arabes unis avec un temps à 2 h 14 min 50 s. « Avec ce fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, il y avait beau­coup d’at­tente au­tour de la per­for­mance que je pou­vais réa­li­ser là-bas. Bon, j’au­rais ai­mé être à 2 h 13… Mal­gré tout, j’ai en­core ga­gné une mi­nute par rap­port à mon der­nier ma­ra­thon. Et comme je ne suis pas en­core ras­sa­sié, j’es­père bien avoir de la marge… » À son re­tour, Ti­mo­thée dé­cide de faire l’im­passe sur les cham­pion­nats de France de cross, pré­fé­rant opé­rer une cou­pure né­ces­saire de trois se­maines. Mais elle n’au­ra pas été suf­fi­sante. Le jeune cou­reur se blesse, frac­ture de fa­tigue à la mal­léole in­terne de la che­ville droite. Le ver­dict est sans ap­pel, il est im­pé­ra­tif d’ar­rê­ter la course pen­dant six se­maines et de re­voir les am­bi­tions de com­pé­ti­tions à court terme. « J’en­vi­sa­geais de faire un ma­ra­thon cet au­tomne, fi­na­le­ment, il fau­dra pa­tien­ter... Je pro­fite de ce ré­pit pour m’im­pli­quer dans le par­rai­nage du Royat Ur­ban Trail (5 no­vembre 2017) et du pre­mier Ma­ra­thon des Puys (22 oc­tobre 2017). L’an pas­sé, j’avais par­ti­ci­pé pour la pre­mière fois à cette épreuve roya­daire. C’était sa deuxième édi­tion et ce­la m’a beau­coup plu. Le par­cours est mê­lé de zones de bi­tume et de pas­sages dans des che­mins en fo­rêt avec des dif­fi­cul­tés va­riées : des côtes, des des­centes et des es­ca­liers… Quant au ma­ra­thon, je suis vrai­ment content que cette dis­tance my­thique se fasse de nou­veau à Cler­mont. En plus, il y a la pos­si­bi­li­té de s’ins­crire seul, en re­lais ou en chal­lenge en­tre­prise. Il y a aus­si un as­pect so­li­daire, puisque tous les bé­né­fices se­ront re­ver­sés au Se­cours Po­pu­laire. L’as­so­cia­tion ca­ri­ta­tive re­dis­tri­bue­ra les fonds afin de fi­nan­cer des li­cences spor­tives à des en­fants qui sou­haitent pra­ti­quer un sport en club », an­nonce-t-il. Et son re­tour sur le bi­tume ? Ti­mo­thée compte bien re­prendre plei­ne­ment l’en­traî­ne­ment cet été. Il a en ligne de mire les cham­pion­nats d’eu­rope de ma­ra­thon à Ber­lin en août 2018. « J’es­père être dans les six Fran­çais qua­li­fiés… », souffle-t-il, d’au­tant qu’un autre évé­ne­ment est sous-ja­cent : les jeux Olym­piques de 2020 à To­kyo.

Ti­mo­thée et “son lièvre”, Ma­thew Ki­pro­no lors du ma­ra­thon de Du­baï en jan­vier der­nier.

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