PAUL BOISSET “BLANCHI” PAR LE TA­LENT

Rug­by­man pro­fes­sion­nel et em­ployé de la blan­chis­se­rie fa­mi­liale le reste du temps, Paul Boisset est une sorte d’ov­ni dans le monde du rug­by. À bien­tôt 29 ans, le de­mi de mê­lée du Stade Au­rilla­cois est un des rares joueurs à en­core être plu­ri­ac­tif. Un choi

Sports Auvergne - - Stade Aurillacois - Textes Nour­re­dine Re­gaieg Pho­tos Ar­chives La Mon­tagne/ch­ris­tian Sta­vel

Du haut de son mètre soixan­te­trois, Paul Boisset dé­passe à peine de la mê­lée qui se forme de­vant lui. Pour­tant, il faut bien avouer que les “gros” n’ont ja­mais fait peur au de­mi de mê­lée du Stade Au­rilla­cois. « J’ai tou­jours été plus proche des avants », sou­rit-il. Contrai­re­ment à bon nombre de ses ho­mo­logues, “Pau­lo” n’est pas du genre à se ca­cher. Tou­jours prompt à al­ler mettre les mains dans le cam­bouis à n’im­porte quel re­grou­pe­ment pour grat­ter des bal­lons, ce Can­ta­lien pur souche que cer­tains sur­nomme le “neu­vième avant” aime le la­beur sans fran­che­ment se sou­cier de l’es­thé­tisme. Une qua­li­té qu’il tient très cer­tai­ne­ment de son par­cours si par­ti­cu­lier. En ef­fet, au­jourd’hui rares sont ceux dans le monde du rug­by pro­fes­sion­nel qui par­viennent à conci­lier leur mé­tier de rug­by­man avec une ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle. Paul Boisset fait par­tie de ceux-là. De­mi de mê­lée au ga­ba­rit aty­pique, il est éga­le­ment em­ployé de la blan­chis­se­rie fa­mi­liale. Une af­faire fleu­ris­sante di­ri­gée par Pa­trick, son père, et Ch­ris­tian, son oncle, qui ont pris la suite de leurs pa­rents et dont il est par­tie pre­nante avec Ré­my, son frère ca­det. « Tra­vailler en fa­mille est une vraie chance, in­siste l’au­rilla­cois. Ce n’est pas don­né à tout le monde. C’est un be­soin pour moi. » Une vé­ri­table échap­pa­toire vis-à-vis du rug­by. « Il n’y a que le pre­mier été, quand j’ai re­pris avec le groupe pro­fes­sion­nel que je me suis concen­tré à 100 % sur la pré­pa­ra­tion phy­sique et où je ne suis pas al­lé au bou­lot, pour­suit-il. Mais le temps m’a pa­ru long et j’étais heu­reux d’y re­tour­ner en sep­tembre. C’est une vé­ri­table chance d’avoir quelque chose à cô­té du rug­by pour se vi­der la tête. » Sur­tout quand les ré­sul­tats sont un peu moins bons comme lors de cette der­nière sai­son. Les se­maines où le Stade Au­rilla­cois joue à l’ex­té­rieur, Paul Boisset passe « entre 13 et 14 heures par se­maine » à la blan­chis­se­rie tan­dis qu’il oeuvre dans le bu­si­ness fa­mi­lial « une bonne ving­taine d’heures » quand les hommes du pré­sident Millette évo­luent à do­mi­cile. « Je laisse la par­tie pro­duc­tion à mon frère Ré­my, ex­plique-t-il en par­cou­rant l’usine de long en large au pas de course. C’est plus simple comme ça puis­qu’il est à la blan­chis­se­rie toute la se­maine contrai­re­ment à moi. Pour l’ins­tant, moi je m’oc­cupe de faire un peu d’ad­mi­nis­tra­tif et de com­mer­cial. » Un rythme bien éta­bli et que le de­mi de mê­lée n’a ja­mais son­gé à re­voir à la baisse mal­gré les cadences in­fer­nales que les re­trans­mis­sions té­lé­vi­suelles ont im­po­sées au cham­pion­nat de Pro D2 ces der­nières an­nées. Parce qu’en plus d’être tra­vailleur, le

gar­çon a la tête sur les épaules. « C’est mon édu­ca­tion, sou­rit ce­lui qui dé­tient un DUT en Ges­tion des En­tre­prises et des Ad­mi­nis­tra­tions (GEA) ain­si qu’une li­cence pro­fes­sion­nelle en achat-vente dou­blée d’une spé­cia­li­sa­tion sur les mar­chés asia­tiques. Mon père nous a tou­jours dit que les études passent avant tout le reste. Au­jourd’hui, c’est grâce à ce­la que je peux avoir l’es­prit tran­quille con­cer­nant mon ave­nir. Pour l’ins­tant, le rug­by est mon ac­ti­vi­té prin­ci­pale. En­suite, je de­vrai re­le­ver un nou­veau chal­lenge. » En plus de tout ce­la, Paul Boisset est aus­si l’heu­reux pa­pa d’une pe­tite Em­ma née au mois d’oc­tobre. « C’est aus­si une bonne ma­nière de se chan­ger les idées, sou­rit le de­mi de mê­lée. Quand on de­vient père, on voit for­cé­ment tout dif­fé­rem­ment. C’est une vé­ri­table ré­vo­lu­tion avec de nou­veaux ob­jec­tifs. Main­te­nant, c’est ma fille la plus im­por­tante. » Pour es­sayer d’en pro­fi­ter un maxi­mum, l’au­rilla­cois tente « de mettre un peu le ho­là » à la blan­chis­se­rie. « Je prends le temps quand il le faut, in­siste-t-il. Avec Lu­cie (sa femme, N.D.L.R.), on es­saye de pro­fi­ter au maxi­mum des len­de­mains de match. Je sais que je dois lou­per pas mal de choses quand je suis au rug­by et que ma fille est à la crèche mais je ne me pose pas de ques­tions et je fais tout à fond. » Sa fa­mille, Paul Boisset a pré­vu d’en pro­fi­ter le plus pos­sible dès qu’il en au­ra fi­ni avec le rug­by. « Quand je pren­drai ma re­traite, j’ar­rê­te­rai com­plè­te­ment le rug­by, pla­ni­fiet-il. Je ne me sens pas d’en­traî­ner une équipe ou de conti­nuer dans un pe­tit club. C’est un monde trop dif­fé­rent du rug­by pro­fes­sion­nel. Je suis une per­sonne trop exi­geante et puis j’au­rais peur de prendre un mau­vais coup. Je pro­fi­te­rai du fait d’avoir des wee­kends de deux jours pour pas­ser du temps avec ma femme, ma fille et les trois ou quatre frères et soeurs qu’elle au­ra à l’ave­nir (rires). » Un bien beau pro­jet. Mais avant ce­la, Paul Boisset a en­core de beaux jours de­vant lui sur les pe­louses de rug­by. « Je suis conscient d’avoir un pro­fil aty­pique un peu hors des stan­dards, plai­sante le de­mi de mê­lée. Mais moi mon stan­dard, c’est d’avoir les deux pieds au sol. Je pré­fère avoir ma taille et mon jeu que de faire deux mètres, être ath­lé­tique et avoir peur d’al­ler au char­bon. » Une phi­lo­so­phie de jeu qui fait de lui l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, grat­teurs de bal­lon à son poste. Une au­baine dont le Stade Au­rilla­cois pour­ra pro­fi­ter en­core quelques an­nées avant que ce genre de joueur ne dis­pa­raisse à tout ja­mais.

« MON PÈRE NOUS A TOU­JOURS DIT QUE LES ÉTUDES PASSENT AVANT TOUT LE RESTE. » PAUL BOISSET

Ce de­mi de mê­lée aty­pique de­vrait conti­nuer de faire les beaux jours du Stade Au­rilla­cois.

Tra­vailler en fa­mille est se­lon Paul Boisset « une vé­ri­table chance et une échap­pa­toire vis-à-vis du rug­by ».

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