Blade Runner 2049 TOUCHE FINALE

Le réa­li­sa­teur de Blade Runner 2049, De­nis Villeneuve, et son mon­teur, Joe Wal­ker, nous ont re­çus dans la salle de mon­tage du film, et on les a ob­ser­vés tra­vailler sur la der­nière ligne droite. Reportage et in­ter­view ex­clu­sifs.

Studio Ciné Live - - En Couverture - Par So­phie Be­na­mon, en­voyée spé­ciale à Cul­ver Ci­ty (Los An­geles)

Il faut d’abord pas­ser de­vant une ca­ra­vane dont la porte d’en­trée est cri­blée de balles, puis tour­ner de­vant la voi­ture des Ghost­bus­ters avant de pous­ser la porte du bâ­ti­ment Gene Au­try – du nom du cow­boy chan­tant de l’âge d’or d’Hollywood. Pas de doute, nous sommes dans les studios de So­ny, à Cul­ver Ci­ty, Los An­geles. « Vous êtes la pre­mière à pé­né­trer dans notre co­con ! », s’ex­clame le réa­li­sa­teur De­nis Villeneuve en ou­vrant ti­mi­de­ment la porte de la salle de mon­tage. La sil­houette de Ryan Gos­ling nous toise sur l’un des écrans de la salle, aus­tère mais agréable, dont les deux hommes ont fait leur antre ces der­niers mois. Ils y passent douze heures par jour. Sept jours sur sept. « Nous sommes presque au bout », soufflent-ils en s’as­seyant sur leurs chaises. Joe Wal­ker à gauche, De­nis Villeneuve à droite. Ils me pro­posent le pe­tit ca­na­pé, des­ti­né – on l’ima­gine – aux mo­ments de re­pos, et un ca­fé. « Il est très bon, pré­cise De­nis Villeneuve. Ja­vier a fait ve­nir un vrai per­co­la­teur. » La pré­ci­sion n’est pas in­utile tant l’Amé­rique est ré­pu­tée pour son jus de chaus­sette. Les com­pères – res­pec­ti­ve­ment ca­na­dien et an­glais – ne s’y sont pas faits. On si­rote l’ex­cellent ex­pres­so sous l’oeil at­ten­tif du ci­néaste. C’est donc ici, à l’ombre de studios vieux de presque 100 ans que De­nis Villeneuve peau­fine son film fu­tu­riste : Blade Runner 2049. La suite qu’on n’at­ten­dait plus. Trente-cinq ans après l’ori­gi­nal, les ré­pli­cants sont de re­tour et Har­ri­son Ford aus­si. C’est ici, entre le Franck Ca­pra Buil­ding et l’al­lée Da­vid Lean, que se joue l’ave­nir du film de SF le plus bar­ré des cin­quante der­nières an­nées – après 2001, l’Odys­sée de l’espace. So­ny Pic­tures a, en ef­fet, élu do­mi­cile, dans les an­nées 90, dans les an­ciens studios de la MGM, en res­pec­tant l’ar­chi­tec­ture du lieu et en ren­dant hom­mage aux gloires du pas­sé. Le pou­voir d’ému­la­tion est as­sez fort quand on est sa­lué tous les ma­tins par La­wrence d’Ara­bie et Brea­king Bad. De­nis Villeneuve le sait bien, lui qui réa­lise la suite d’un film culte.

BONNE AMBIANCE

Il se lève, se ras­soit, hé­site un peu, puis se lance. « Vrai­ment, c’est la pre­mière fois qu’on montre notre tra­vail. La re­la­tion entre un réa­li­sa­teur et son mon­teur, c’est très pri­vé. » En face d’eux, quatre écrans. Dé­con­trac­té, lu­nettes vis­sées sur le nez et che­veux bruns mi-longs, le mon­teur bri­tan­nique se sai­sit de la sou­ris. « On va vous mon­trer un ex­trait que per­sonne n’a vu. » Une mé­ga­pole à l’al­lure aus­si fa­mi­lière qu’étrange vue du ciel. Le temps est bru­meux. Il pleut. Une voi­ture vo­lante (un spin­ner, pour les connais­seurs) pour­suit sa course. À l’in­té­rieur, un homme, Ryan Gos­ling, a l’air sé­vère. D’em­blée, ce qui sai­sit, c’est le son. Le bruit in­tense d’une p er­cus­sion zèbre l’image. Puis, pro­gres­si­ve­ment, une mu­sique s’ins­talle. C’est l’Is­lan­dais Jo­han Jo­hann­sonn, qui a eu la lourde charge de suc­cé­der à Van­ge­lis. Comme la mu­sique, les dia­logues sont sou­vent en « amorce » – on en­tend les per­son­nages avant de les voir. « Joe m’a pro­po­sé quelque chose dont je rê­vais : tra­vailler sur le mon­tage son en même temps que le mon­tage image. Ça a tout chan­gé. » « Je viens de la mu­sique, pré­cise l’An­glais, qui a mon­té trois films de son com­pa­triote Steve MacQueen ( Hun­ger, Shame et 12 Years a Slave). En tant que mon­teur, c’est sou­vent le son qui me guide. Il donne le rythme. Je ne vou­lais pas d’un film fu­tu­riste avec une mul­ti­tude d’ef­fets so­nores. Mais qu’on crée notre propre uni­vers dès le tournage. » Les deux hommes parlent d’une même voix, se com­plètent l’un l’autre. Il faut dire que ce­la fait près d’un an qu’ils se voient tous les jours. Au­pa­ra­vant, Joe Wal­ker a col­la­bo­ré à Si­ca­rio et à Pre­mier contact. « Vous sa­vez, ajoute-t-il, ce sur­vol du Los An­geles de 2049 est un vrai plan fil­mé. À la place du spin­ner, on a fil­mé un hé­li-

« j’aime l’in­ten­si­té qui se dé­gage d’un plan qu’on ne coupe pas. l’es­thé­tique de de­nis est tout à fait com­pa­tible avec ça. » Joe wal­ker

co­ptère. » On s’in­quiète de sa­voir quelle ville a bien pu ser­vir de mo­dèle à cette ci­té hors du temps. « J’avais re­pé­ré une ban­lieue à l’ex­té­rieur de Mexi­co, ex­plique Villeneuve. J’ai don­né des consignes pour qu’on la filme dans des condi­tions météo très pré­cises, sous un pla­fond nua­geux bas. Bon, il manque en­core quelques mor­ceaux de la ville sur les­quels le dé­par­te­ment des ef­fets spé­ciaux est en train de tra­vailler. Les ma­chines car­burent à fond 24h/24. » Et pour prou­ver sa bonne foi, Joe Wal­ker nous montre le plan ori­gi­nal. On pour­rait presque jouer au jeu des sept dif­fé­rences tant ils sont proches. Le ci­néaste est as­sez fier.

ÉTAT DE GRÂCE

Chan­ge­ment de dé­cor. Nous sommes dans les bâ­ti­ments de la LAPD. L’of­fi­cier K (Ryan Gos­ling) se trouve dans une cel­lule en­tiè­re­ment ca­pi­ton­née. La blan­cheur écla­tante des lieux tranche avec la sa­le­té des bâ­ti­ments. « In­ter­ro­ga­toire post-trau­ma­tique » s’ins­crit en haut à gauche de l’écran. Une voix ro­bo­tique pose des ques­tions, ré­pète des mots. Le hé­ros ré­pond d’une voix mo­no­corde. D’em­blée, on per­çoit une agres­si­vi­té. Le tra­vel­ling part de la nuque du hé­ros pour s’ar­rê­ter sur une mi­nus­cule ca­mé­ra. C’est elle qui pose les ques­tions. Le plan est presque anor­ma­le­ment long. « Ve­nant du cinéma de Steve MacQueen, ex­plique le mon­teur, j’aime les choses qui s’éter­nisent et l’in­ten­si­té qui se dé­gage d’un plan qu’on ne coupe pas. L’es­thé­tique de De­nis est par­ti­cu­liè­re­ment com­pa­tible avec ça. » « J’aime qua­li­fier notre mon­tage de jaz­zy, ajoute De­nis Villeneuve. On joue sur les rythmes. » K, c’est un Blade Runner, comme l’était Rick De­ckard trente ans avant lui. Il re­vient d’une mis­sion et doit su­bir un test. « J’ai­mais beau­coup cette scène d’in­ter­ro­ga­toire, mais elle avait quelque chose d’un peu sta­tique. Ryan a ap­por­té une idée que j’ai ado­rée : il m’a fait écou­ter une tech­nique mné­mo­nique in­ven­tée ici, à Los An­geles et on a pris la dé­ci­sion de l’adap­ter en­semble. Quand il l’a jouée sur le pla­teau, tout le monde était souf­flé. Cette scène est de­ve­nue notre ré­fé­rence pour le ton du film. Ça a été une grâce d’avoir un ac­teur bien dé­ci­dé à al­ler dans les tran­chées avec moi. “He had my back”, comme ils disent ici : il m’a pro­té­gé et a pris soin du pro­ces­sus de créa­tion. » De­nis Villeneuve parle en deux langues. « Il y a cer­tains mots que je pro­nonce en

« Ça a été une grâce d’avoir un ac­teur comme Ryan Gos­ling : il m’a pro­té­gé et a pris soin du pro­ces­sus de créa­tion. » De­nis Villeneuve

fran­çais, si­non Joe se moque de ma pro­non­cia­tion an­glaise. » Entre-temps, le plan a chan­gé. Nous sommes main­te­nant en ex­té­rieur nuit. Il neige. Les buil­dings se dé­tachent dans la nuit pois­seuse. « Ça, c’est une ma­quette ! C’est l’un de mes vieux rêves : fil­mer une ville en mi­nia­ture. » C’est l’équipe de WETA, en Nou­velle-Zé­lande, connue pour son tra­vail sur Le sei­gneur des An­neaux, qui s’en est char­gée. Le ré­sul­tat est confon­dant de vé­ri­té.

ATMOSPHÈRE, ATMOSPHÈRE

La ca­mé­ra se rap­proche du trot­toir. Les phares des voi­tures et des ca­mions écla­boussent l’image. La lu­mière est bleu­tée. Pas de doute, on est bien dans l’uni­vers de Blade Runner. « Là, tout est vrai, », in­siste de nou­veau le réa­li­sa­teur. Den­nis Gass­ner a construit les im­meubles et les voi­tures. Et j’ai fait créer une vraie tem­pête mont­réa­laise à Bu­da­pest. » « Oui, re­gar­dez le plan ori­gi­nal, montre Joe Wal­ker, on a juste ef­fa­cé les roues d’une voi­ture et ra­jou­té une au­ra de lu­mière. » La sil­houette de Ryan Gos­ling glisse le long des murs. En ombres chi­noises. On se croi­rait dans un vieux polar. « Blade Runner 2049 est un film noir, une his­toire po­li­cière. Mais c’est éga­le­ment un film d’atmosphère, comme le pre­mier. » Sur cette pro­messe, De­nis Villeneuve laisse son com­parse pour nous ex­po­ser sa vi­sion du film.

À moins de quatre mois de la sor­tie, où en êtes-vous du film ?

De­nis Villeneuve : On est tout proches du mon­tage dé­fi­ni­tif. Deux se­maines maxi­mum. C’est un mo­ment très im­por­tant. On vient de tuer nos « dar­lings », c’est-à-dire les scènes qu’on ai­mait beau­coup, mais qui ne sont pas in­dis­pen­sables au film. On va conti­nuer à tra­vailler sur le film tout l’été, pour les fi­ni­tions. C’est sou­vent comme ça avec les ef­fets spé­ciaux : 95 % d’entre eux sont faits as­sez vite, mais les 5 % res­tants sont les plus durs. C’est ce qui fait la dif­fé­rence et ap­porte le réa­lisme. Il reste aus­si à po­ser la mu­sique. Nous ne sommes pas en re­tard. La co­pie finale se­ra li­vrée dé­but sep­tembre.

Dans quel état d’es­prit êtes-vous ?

Je suis de plus en plus ex­ci­té. Comme si c’était Noël et que je dé­bal­lais les ca­deaux. Quand on réa­lise un film d’une telle am­pleur, il y a beau­coup d’ef­fets qu’on n’ob­tient qu’à la fin de la fa­bri­ca-

tion. Ces jours-ci, les plans res­semblent vrai­ment à ce que j’avais ima­gi­né. J’aime beau­coup cette pé­riode où le film com­mence à être un peu vu. Je dois dire que je viens de re­ce­voir le plus beau com­pli­ment. Rid­ley Scott vient de voir Blade Runner 2049 et l’a ado­ré. Il m’a dit avoir sen­ti qu’on avait res­pec­té l’es­prit de son film, et no­tam­ment son rythme.

Avez-vous hé­si­té avant d’ac­cep­ter ?

Oui, ce n’est pas sans ré­flexion que j’ai abor­dé ce pro­jet. Pour moi, ce fut un long pro­ces­sus pour trou­ver ma place. Je sa­vais qu’ar­tis­ti­que­ment, c’était sui­ci­daire. Il fal­lait que j’ac­cepte de van­da­li­ser l’ori­gi­nal. Re­vi­si­ter cet uni­vers trente ans plus tard, c’est comme une per­for­mance. Mais il y avait, dans les thèmes dé­ve­lop­pés par le scé­na­rio, une conti­nui­té as­sez forte avec mon tra­vail qui a ren­du la de-

mande ir­ré­sis­tible. J’avais tra­vaillé avec les pro­duc­teurs sur Pri­so­ners, il y avait un res­pect mu­tuel entre nous. Je me sen­tais en sé­cu­ri­té. Blade Runner s’est im­po­sé à moi. Fi­na­le­ment, comme pour Dune que je fe­rai après, j’ai l’im­pres­sion que les pro­jets me choi­sissent da­van­tage que je ne les choi­sis. Blade Runner 2049

En quoi est-il un pro­jet dif­fé­rent de vos autres films ?

C’est la pre­mière fois de ma vie que je m’ap­pro­prie l’ima­gi­naire de quel­qu’un d’autre. J’ai tra­vaillé sur des scé­na­rios que je n’avais pas écrits en m’ef­for­çant de me les ap­pro­prier comme si j’en­va­his­sais un pays. Mais là, j’avais le sou­ci d’ho­no­rer le tra­vail de Rid­ley Scott et de son scé­na­riste, Hamp­ton Fin­cher.

De­puis com­bien de temps tra­vaillez-vous sur le film ?

La pré­pa­ra­tion a com­men­cé alors que je ve­nais de fi­nir le tournage de Pre­mier contact, il y a plus d’un an. Je me par­ta­geais entre la post-pro­duc­tion du film le ma­tin et la pré­pa­ra­tion avec Ro­ger Dea­kins et le sto­ry boar­der l’après-mi­di. À la fin du mon­tage, je me rap­pelle avoir dit à Joe : « À la se­maine pro­chaine », parce que le tournage de Blade Runner com­men­çait la se­maine d’après et comme c’est une grosse pro­duc­tion, j’avais be­soin qu’on tra­vaille sur les rushs très vite. On a mon­té au fur et à me­sure qu’on tour­nait. Je n’avais ja­mais vé­cu un tournage aus­si long ! Cent cinq jours pen­dant les­quels je n’avais pas l’au­to­ri­sa­tion de quit­ter le pla­teau. Mon re­cord, c’était cin­quan­te­cinq. Alors, oui, j’ai été un peu sur­pris par l’am­pleur de la tâche. La fa­tigue est énorme.

Qu’est-ce qui vous a le plus éton­né dans le pro­ces­sus ?

Ce qui était in­croyable, c’était la pas­sion de tous les membres de l’équipe sur ce film. Ils avaient un tel culte, un tel res­pect pour le film ori­gi­nal qu’ils te­naient ab­so­lu­ment à être à la hau­teur. Tous les tech­ni­ciens, les ac­teurs, les ani­ma­teurs en ef­fets spé­ciaux sont nés avec Blade Runner.

« l’idée, c’est de faire un film qui tra­verse le temps tout en res­pec­tant vi­suel­le­ment le pre­mier. » de­nis villeneuve

Ils étaient très en­thou­siastes à l’idée de faire le film et se sen­taient une res­pon­sa­bi­li­té vis-à-vis de la réus­site du pro­jet. Ça, c’est ma­gni­fique ! L’idée, c’est de faire un film qui tra­verse le temps, tout en res­pec­tant vi­suel­le­ment le pre­mier.

N’y avait-il pas trop de gens à don­ner leur avis ?

Quand on se lance dans un pro­jet pa­reil, il faut dé­fi­nir sa vi­sion de fa­çon très claire. D’abord seul. Puis, j’ai éla­bo­ré mes idées avec le di­rec­teur de la pho­to­gra­phie, Ro­ger Dea­kins, en sto­ry­boar­dant le film. Ro­ger et moi avons af­fi­né l’ambiance vi­suelle, qui est de­ve­nue notre Bible sur le tournage. Mais ce­la n’a pas em­pê­ché les gens d’ar­ri­ver sur le pla­teau avec des idées qu’ils pré­sen­taient de ma­nière très en­thou­siaste. Moi, si je fais du cinéma, c’est pour tra­vailler en équipe, si­non je fe­rais de la pein­ture. Donc, je suis tou­jours ou­vert. Mais j’avoue que ça a été par­fois dif­fi­cile de mettre tout le monde au dia­pa­son. Peu­têtre parce que j’ai l’ha­bi­tude de faire de la mu­sique de chambre… Là, je me re­trou­vais de­vant un or­chestre sym­pho­nique. Je de­vais gé­rer des in­ter­ve­nants dans dif­fé­rents pays, en Inde, en Nou­velle-Zé­lande, au Ca­na­da, à Londres. J’ai par­fois dû res­sem­bler à un dic­ta­teur, ce dont je n’avais pas l’ha­bi­tude. J’ai per­du ma vir­gi­ni­té en fai­sant ce film !

Com­ment dé­fi­ni­riez-vous votre par­ti pris es­thé­tique sur ?

Blade Runner 2049 Il faut que je fasse at­ten­tion à ce que je dis parce que je ne vou­drais pas ré­vé­ler trop de choses de l’in­trigue. Ma pre­mière idée était d’ho­no­rer l’ori­gi­nal. L’ambiance est celle d’un film noir. L’in­trigue se dé­roule trente ans plus tard, donc le cli­mat a chan­gé – les condi­tions at­mo­sphé­riques sont dif­fi­ciles. C’est à la suite des re­cherches vi­suelles que j’ai faites avec Ro­ger Dea­kins qu’on a dé­fi­ni exac­te­ment la lu­mière, les lieux…

Votre film pré­cé­dent, Pre­mier contact, était un film de SF sans ef­fets spé­ciaux. Com­ment avez-vous gé­ré le Los An­geles de 2049 et les ré­pli­cants ?

Avec le même réa­lisme. Je n’ai pra­ti­que­ment pas uti­li­sé de fonds verts. Tout était vrai. Les dé­cors, les voi­tures. On a tout construit à Bu­da­pest. C’était très im­por­tant pour moi qu’on parte du réel. 99 % des plans sont « na­tu­rels ». Ro­ger Dea­kins est un maître, sa lu­mière est in­croyable. À tel point que quand les pro­duc­teurs ont vu les rushs, ils ont vou­lu faire la ban­dean­nonce. Ils pen­saient que les plans étaient ter­mi­nés.

Fil­mé à une ca­mé­ra, en dé­cors, ce film n’a pas l’ADN d’un block­bus­ter…

Blade Runner 2049 est un film d’art et d’es­sai avec les moyens d’un stu­dio. C’est un étrange pa­ra­doxe parce qu’on su­bit la pres­sion com­mer­ciale et la pres­sion cri­tique. Mais c’est très ex­ci­tant. Blade Runner

ques­tion­nait la dif­fé­rence entre un être hu­main et un ro­bot. Estce que les pro­blé­ma­tiques des an­nées 80 ont chan­gé ?

On s’ima­gine que les choses évo­luent beau­coup et c’est vrai que le rap­port à l’in­for­ma­tique a évo­lué. Mais fon­da­men­ta­le­ment, dans l’his­toire de l’hu­ma­ni­té, trente ans, ce n’est rien. On se pose les mêmes ques­tions que dans les an­nées 80. Blade Runner 2049 in­ter­roge éga­le­ment ce qui dé­fi­nit un être hu­main, c’est-à-dire sa mé­moire et sa ca­pa­ci­té à l’em­pa­thie.

Com­ment avez-vous trou­vé un com­po­si­teur pour suc­cé­der à Van­ge­lis ?

L’Is­lan­dais Jo­hann Jo­hanns­son [avec le­quel De­nis Villeneuve a tra­vaillé sur Pri­so­ners, Si­ca­rio et Pre­mier contact, NDLR] com­pose le thème prin­ci­pal comme pré­vu. Mais, au vu de l’am­pleur de la tâche, Ben­ja­min Wall­fisch et Hans Zim­mer ont re­joint l’équipe pour ai­der Jo­hann. C’est dif­fi­cile d’ar­ri­ver à la che­ville de Van­ge­lis ! On a des sons at­mo­sphé­riques ahu­ris­sants de Jo­hann, mais j’avais be­soin d’autres choses, et Hans nous a ai­dés.

Vous sem­blez avoir vé­cu une lune de miel avec votre in­ter­prète, Ryan Gos­ling?

C’était une évi­dence, dès le dé­but. On a dis­cu­té du film au­tour d’un ca­fé à New York. Il m’a dit oui tout de suite. Il a em­bar­qué dans le pro­jet dès le dé­but et s’y est in­ves­ti d’une fa­çon in­con­di­tion­nelle. Et il l’a prou­vé sur le pla­teau. J’ai vé­cu une com­pli­ci­té rare avec lui. C’était notre pre­mière su­per­pro­duc­tion à tous les deux. On se di­sait sou­vent, en riant, que les chances de réus­site étaient mi­nimes. De ce fait, ar­tis­ti­que­ment, ça rend le pro­jet très ex­ci­tant, parce qu’on de­vient libre. Avec Ryan, j’ai trou­vé ma muse, quel­qu’un dont la créa­ti­vi­té est ex­ci­tée par le pro­jet et que les idées viennent nour­rir. Il m’a ins­pi­ré. C’est vrai­ment un au­teur. Il a été un com­plice et un par­te­naire de tra­vail ex­tra­or­di­naire. Le film lui doit beau­coup. Blade Runner 2049 De De­nis Villeneuve • Avec Ryan Gos­ling, Har­ri­son Ford, Ana de Ar­mas, Ed­ward James Ol­mos… • Sor­tie : 4 oc­tobre.

« J’ai par­fois dû res­sem­bler à un dic­ta­teur, ce dont je n’avais pas l’ha­bi­tude. J’ai per­du ma vir­gi­ni­té en fai­sant ce film ! » De­nis Villeneuve

Rid­ley Scott et Har­ri­son Ford.

Un film noir dans une ambiance fu­tu­riste.

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