Gau­guin - Voyage de Ta­hi­ti

LE DEUXIÈME LONG DU RÉA­LI­SA­TEUR DERETOUR À MENDOZARACONTE L’INS­TAL­LA­TION DU PEINTRE À TA­HI­TI EN 1891. UNE OEUVRE AUS­SI BELLE QUE PASSIONNANTE. IL EN COM­MENTE DEUX IMAGES.

Studio Ciné Live - - Sommaire - Gau­guin, voyage de Ta­hi­ti D’Édouard Deluc • Avec Vincent Cas­sel, Tu­heï Adams… • Sor­tie : 20 sep­tembre PRO­POS RE­CUEILLIS PAR THIER­RY CHEZE

SCÈNE 1

« Il s’agit de la pre­mière scène in­time entre Gau­guin et Te­hu­ra, qui se sont ren­con­trés la veille. Ve­nu à Ta­hi­ti à la pour­suite d’un rêve hé­do­niste, le peintre y a donc trou­vé son “Éve” pri­mi­tive – les pa­rents de la jeune femme lui ont “don­née” dans l’es­poir de la voir s’éle­ver so­cia­le­ment. En mon­tant sur ce che­val, Te­hu­ra change de des­tin, mais Gau­guin est in­ti­mi­dé de­vant tant de beau­té. Pour cette scène, je cher­chais ce mo­ment de gêne et de confu­sion entre eux qui re­pré­sente le coeur de cette libre adap­ta­tion de Noa Noa, le car­net de voyages de Gau­guin, dé­cou­vert lors de mes études aux Beaux-Arts. Je n’ai com­men­cé à réa­li­ser que plus tard mais il a tou­jours fait par­tie de ces ré­cits – a prio­ri trop grands pour moi – que je garde dans un coin de ma tête. Puis il a res­sur­gi en 2012 après ma lec­ture de L’en­voû­té, de So­mer­set Mau­gham, ins­pi­ré de la vie de Gau­guin. Quand sa mise en route s’est en­clen­chée, je n’ai eu que Vincent Cas­sel en tête. Pour ce lien phy­sique entre eux – ce cô­té grand, ro­buste aux yeux clairs – et leur fa­çon de s’af­fran­chir des conven­tions. Quant à Tu­heï Adams, choi­sie par­mi trois cents jeunes femmes, c’est son re­gard qui m’a fas­ci­né. Il tra­duit aus­si bien la las­si­tude que l’émer­veille­ment. Or à Ta­hi­ti, Gau­guin cherche à res­sus­ci­ter par ses toiles cette culture des Mao­ris im­pré­gnée d’ani­misme qui n’a plus droit de ci­té de­puis l’ar­ri­vée des mis­sion­naires. On re­trouve dans les yeux de Tu­heï l’as­pect tra­gique de la des­ti­née de son peuple. On y lit le re­proche. »

SCÈNE 2

« Dans cette scène, Gau­guin se fait ré­veiller par les en­fants d’un vil­lage re­cu­lé. Les ha­bi­tants l’ont pris en charge la veille, après qu’il a tra­ver­sé l’île sans man­ger ni boire. Ces ga­mins jouent avec la pein­ture qu’ils ont trou­vée dans sa besace et dont il va bien­tôt man­quer. Cette scène a été écrite par Étienne Co­mar, mon cos­cé­na­riste sur ce film avec Tho­mas Lilti et Sa­rah Ka­mins­ky. De mon cô­té, j’avais ima­gi­né des scènes d’ar­ri­vée dans ce vil­lage beau­coup plus fan­tas- mées. Mais la belle idée, ici, est de ra­con­ter la ren­contre entre cet homme blanc et les Ta­hi­tiens par la pein­ture, le jeu et les rires. Quelque chose de très lé­ger. J’étais im­pa­tient de tour­ner cette scène et j’au­rais même ai­mé qu’elle dure plus long­temps à l’écran. Le Ta­hi­ti que je filme n’est évi­dem­ment pas ce­lui des dé­pliants tou­ris­tiques : ses pay­sages ne res­semblent pas aux cartes pos­tales. L’ho­ri­zon est char­gé, le ciel té­né­breux. On res­sent quelque chose de tel­lu­rique dans ce rap­port très fort de l’homme à la na­ture que j’ai vou­lu tra­duire à l’écran. »

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