Fin de sai­son

Studio Ciné Live - - Séries Télé -

⇢ SOU­VENT, LES SÉ­RIES me font pen­ser à cette blague cruelle que ra­conte Hu­bert dans La­haine, de Ma­thieu Kas­so­vitz : « Jus­qu’ici tout va bien, jus­qu’ici tout va bien. » On ne sait pas si le mec qui tombe, dans une chute qu’il veut in­ter­mi­nable, s’écrase au bas de l’im­meuble de cin­quante étages ou si, par mi­racle, il at­ter­rit sur ses deux pieds, épous­sette les plis de son pan­ta­lon et s’en va tran­quille. Comme si de rien n’était. Savoir ter­mi­ner une his­toire, savoir se ré­cep­tion­ner sur ses deux pieds, après une chute qu’on vou- drait (for­cé­ment) in­ter­mi­nable, est l’art le plus dé­li­cat pour un scé­na­riste. Il doit d’ailleurs y pen­ser dès le pre­mier épi­sode, au mo­ment où il s’élance dans le vide. Au fil des ans, le vent frais de la réus­site lui fouette par­fois le vi­sage, le grise et l’étour­dit. Mais il n’ou­blie ja­mais qu’au bout il y a un deuil à ac­com­plir. Toutes les fins sont des deuils. Des rup­tures dou­lou­reuses. Le spec­ta­teur se sent or­phe­lin. L’au­teur se console. Il re­garde au­tour de lui, at­tend que l’ho­ri­zon l’ap­pelle à nou­veau. Alors, il écarte les bras, res­pire et se laisse en­voû­ter par l’abîme. Cet au­tomne s’achève Un­vil­lage français, sur France 3. Près de dix an­nées de dif­fu­sion, 72 épi­sodes, sept sai­sons. Cette plon­gée, unique dans l’his­toire de la té­lé­vi­sion fran­çaise, donne le ver­tige par son am­pleur, son am­bi­tion et son dis­cours me­su­ré sur la plus pro­fonde plaie de notre mé­moire. Il s’agi­ra de dire au re­voir. Sans avoir l’air de s’en al­ler tout à fait. En lais­sant un pe­tit quelque chose : une image, une scène, un per­son­nage. Quand la sé­rie se­ra dif­fu­sée, je se­rai, moi aus­si, par­ti de ces co­lonnes. C’est la vie.

Un vil­lage français

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