Toutes les cri­tiques des films du mois

LE DUO D’ IN­TOU­CHABLE S SIGNE UNE CO­MÉ­DIE CHO­RALE ET TUTOIE LE CI­NÉ­MA D’ALT­MAN.

Studio Ciné Live - - Sommaire - Tho­mas Bau­rez

NOS JOURS HEU­REUX, Tel­le­ment proches, In­tou­chables, Le sens de la fête… Le moins que l’on puisse dire, c’est que les scé­na­ristes-réa­li­sa­teurs Éric To­le­da­no et Oli­vier Na­kache af­fichent la cou­leur. Dans leur monde, il convient de se ré­con­ci­lier, de se ser­rer les coudes, de n’ou­blier per­sonne (cf. leur grande maî­trise des se­conds rôles) et sur­tout de ne pas s’in­ter­dire de sor­tir les vio­lons des bons sen­ti­ments, ceux qui tachent par­fois mais que le rire vient net­toyer in fine. Dans le re­gistre de la co­mé­die à forte am­bi­tion po­pu­laire, To­le­da­no et Na­kache sont as­su­ré­ment les pa­trons. Ils ont le sens de la re­par­tie, du rythme, de l’ef­fi­ca­ci­té et donc une forte pro­pen­sion à la ten­dresse. Du ci­né­ma « nou­nours », dont on se re­passe les meilleurs mo­ments un soir de ca­fard. Chez eux, le rire n’ar­rive ja­mais par ha­sard, se construit au mil­li­mètre près, et si un per­son­nage semble sou­dain par­tir en vrille (voir la sé­quence dite de la pis­cine dans Nos jours heu­reux), le dé- cou­page ri­gou­reux em­pêche la sor­tie de route. Dans ce cor­pus, le mé­ga suc­cès In­tou­chables fe­rait presque fi­gure d’in­con­grui­té, tant les fi­celles étaient grosses, voire grasses (riche Blanc mais han­di­ca­pé et gen­til Noir sans le sou mais d’une hu­ma­ni­té à re­vendre), et fit craindre le pire pour l’ave­nir du couple. Et puis il y eut l’hon­nête Sam­ba, et au­jourd’hui cet im­pres­sion­nant Sens de la fête. Comme quoi, avec ces deux-là, tout fi­nit par se ré­pa­rer. Ce nou­veau film dé­bute d’ailleurs

par un clash. De­vant un im­po­sant châ­teau, l’équipe de Max (Jean-Pierre Ba­cri) s’af­faire aux pré­pa­ra­tifs du ma­riage bour­geois dont elle a la charge. De loin, on croi­rait une équipe de tour­nage. Le DJ un peu beauf rem­pla­cé à la hâte (Gilles Lel­louche, par­fait) et l’une des ha­bi­tuées du staff (Eye Haï­da­ra, itou) se hurlent des­sus. Le ton monte si fort que l’on sait que ces deux-là se ser­re­ront bien­tôt dans les bras. Ce foyer de ten­sions ne se­ra évi­dem­ment pas le seul, et, à me­sure que le film va dé­ployer son large ho­ri­zon, l’es­pace se­ra un champ de mines. Au mi­lieu d’une ky­rielle d’in­di­vi­dua­li­tés, le dé­jà fa­ti­gué Max doit veiller à la bonne co­hé­sion de l’en­semble pour que les pe­tits fours ar­rivent à bon port. La ca­mé­ra de To­le­da­no et Na­kache cir­cule avec une ai­sance dé­con­cer­tante d’un lieu à un autre, se­mant ici et là des mi­cro­fic­tions ame­nées à se té­les­co­per. La qua­li­té et le bon stan­ding du cas­ting fa- ci­litent l’iden­ti­fi­ca­tion : Vincent Ma­caigne, Ke­vin Azaïs, Jean-Paul Rouve, Sam Kar­mann, Ju­dith Chem­la… Dans ce film cho­ral au­tour d’un ter­ri­toire pré­cis for­mant un pe­tit théâtre où les digues entre cou­lisses et scène vont cé­der, plane l’ombre de Ro­bert Alt­man – ce­lui d’Un ma­riage –, maître in­con­tes­té du genre, au mode opé­ra­toire ver­ti­gi­neux. Si le duo est beau­coup plus sage et do­cile que le re­belle amé­ri­cain, il par­vient à trou­ver un équi­libre entre toutes les forces en pré­sence. Ain­si, un ser­veur mal­adroit a au­tant d’im­pact sur le ré­cit qu’un ma­rié bien dé­ci­dé à être le centre de la fête. Cette hu­ma­ni­té, sans cesse fragilisée pour les be­soins de la fic­tion, sert de mo­teur au film et par­vient à sur­prendre. Ici, une sé­quence au ri­di­cule an­non­cé (le ma­rié en lé­vi­ta­tion ac­cro­ché à une boule lu­mi­neuse pour épa­ter sa belle et la ga­le­rie) peut se trans­for­mer en mo­ment de ten­dresse poé­tique dou­blé d’un rap­pro­che­ment – beau­coup plus at­ten­du – entre deux per­son­nages ; plus loin, une ga­lère en cui­sine en­traîne une for­mi­dable ten­sion bur­lesque. C’est sans au­cun doute pour ces ins­tants-là que les ci­néastes font des films. Si, dans sa cul­tis­sime Party, Blake Ed­wards fou­tait le souk sans prendre la peine de net­toyer en partant, To­le­da­no et Na­kache, eux, passent sys­té­ma­ti­que­ment la ba­layette pour lais­ser l’en­droit aus­si propre qu’ils l’ont trou­vé. C’est peut-être aus­si ça, avoir le sens de la fête.

D’Éric To­le­da­no et Oli­vier Na­kache • Avec JeanPierre Ba­cri, Jean-Paul Rouve… • 1 h 57 • 4oc­tobre

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