Zoooom : Ana­to­mie des clowns

LE PER­SON­NAGE N’EST PAS TOU­JOURS SI RIGOLO. IL PEUT MÊME ÊTRE TER­RI­FIANT. DÉ­MONS­TRA­TION.

Studio Ciné Live - - Sommaire - PAR PIERRE SE­RI­SIER

1 Une tra­di­tion mil­lé­naire

LE CLOWN existe de­puis l’An­ti­qui­té et a tou­jours eu un rôle am­bi­va­lent. Il est le bouf­fon au Moyen-Âge. Sa fonc­tion est de faire rire et d’as­sé­ner des vé­ri­tés dé­ran­geantes. Il dit tout haut ce que beau­coup pensent tout bas. Il pos­sède dès l’ori­gine une part d’am­bi­guï­té. Il est ha­bi­té d’une part d’ombre en­fouie qui sur­git brus­que­ment dans la lu­mière. Si ses pro­pos sont to­lé­rés, c’est en rai­son de son ab­sence de sta­tut. Il n’ap­par­tient à au­cune classe so­ciale et n’est pas consi­dé­ré comme saint d’es­prit. D’où la to­lé­rance (li­mi­tée mal­gré tout) dont il bé­né­fi­cie.

2 Un per­son­nage ir­réel

C’EST DANS CETTE tra­di­tion de l’ex­cès et de l’ab­sence de contrôle que s’ins­cri­vait le clown Au­guste. S’il de­vient le per­son­nage pré­fé­ré des en­fants, c’est parce qu’il s’adresse en prio­ri­té à eux en leur dé­li­vrant des vé­ri­tés que les adultes ne sont plus ca­pables d’en­tendre. Il est un ra­con­teur d’his­toires. Il ren­voie à l’ima­gi­naire car rien ne semble réel chez lui : la taille de ses yeux, de sa bouche, de son nez, de ses che­veux et ses vê­te­ments en font un per­son­nage ba­rio­lé et ir­réel. Il ap­par­tient au monde du cirque, uni­vers mar­gi­nal et iti­né­rant dans un monde qui se sé­den­ta­rise.

3 Un per­son­nage bien vi­vant

LES CHOSES CHANGENT quand est pris en compte le fait que sous le masque existe une per­sonne. L’ap­pa­rence est joyeuse mais l’in­té­rieur est triste. On trouve ce­la dans l’opé­ra ita­lien Pa­gliac­ci (1892), dans l’ou­vrage de Charles Di­ckens The Pi­ck­wick Pa­pers ou dans le clown in­car­né par Da­vid Bo­wie dans « Ashes to Ashes », re­pris dans la sé­rie du même nom.

4 Le re­tour de la ter­reur

DANS UN OC­CI­DENT sor­ti de la Se­conde Guerre mon­diale, l’image du clown est asep­ti­sée. Bo­zo le Clown ou Ro­nald McDo­nald sont ac­cep­tables par toute la fa­mille. Ils ne pré­sentent pas de me­nace. Les choses changent avec la pop culture des an­nées 70 et le tueur en sé­rie John Wayne Ga­cy qui se dé­gui­sait en clown. Le per­son­nage de­vient la nou­velle fi­gure de la ter­reur : tueur, bra­queur de banques, mal­fai­teur. Le livre It (Ça) de Ste­phen King (dont le re­make vient de sor­tir au ci­né­ma) ou la sep­tième sai­son de Ame­ri­can Hor­ror Sto­ry re­pre­nant Twis­ty le Clown confirment cette ten­dance.

5 Et de­main ?

LE CLOWN ter­ri­fiant est om­ni­pré­sent et semble avoir en­core de belles heures de­vant lui. D’abord à cause de sa di­men­sion ima­gi­naire, en­suite parce qu’il in­carne ce qui nous fait vrai­ment peur. Pas éton­nant que Trump soit ré­gu­liè­re­ment as­so­cié à cette fi­gure.

Ame­ri­can Hor­ror Sto­ry Cult Sai­son 7 • Dif­fu­sion sur FX

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