Por­trait : Fa­brice Éboué

Avec CoeXister, cet as du one-man-show signe son pre­mier film en so­lo. Une co­mé­die mor­dante, marque de fa­brique de son hu­mour, où vannes et su­jets de fond font bon mé­nage.

Studio Ciné Live - - Sommaire - Par Thier­ry Cheze Pho­to de­nis rouvre

En in­ter­view, un ar­tiste spé­cia­li­sé dans la co­mé­die peut se com­por­ter de trois ma­nières dif­fé­rentes. Il y a le co­mique dé­pres­sif qui voit la vie en noir dès qu’elle n’est plus éclai­rée par les sun­lights, le co­mique sur la dé­fen­sive, bles­sé de voir son art re­gar­dé de haut, et le co­mique dé­mons­tra­tif qui se sent obli­gé de sor­tir vanne sur vanne pour ne pas faillir à sa ré­pu­ta­tion. Mais il existe des ex­cep­tions, dont Fa­brice Éboué fait par­tie. Par sa ma­nière de par­ler, avec au­tant d’en­thou­siasme que de sou­rire. Une pas­sion tou­jours vé­cue avec le même ap­pé­tit. Au­jourd’hui, sort Coexister, son troi­sième long comme réa­li­sa­teur ; hier, l’ado­les­cent ma­niait l’im­pro­vi­sa­tion dans sa ville na­tale de Nogent-sur-Marne. « Je suis quel­qu’un d’as­sez sco­laire, même si, ga­min, j’étais en ré­bel­lion contre ce sys­tème-là. Mais on n’échappe ja­mais au moule de son édu­ca­tion fa­çon­née, dans mon cas, par un père mé­de­cin et une mère prof. ». Deux in­tel­lec­tuels qui ont fait naître chez lui l’amour des mots. « À 16 ans, j’en­voyais des ma­nus­crits à des mai­sons d’édi­tion. Au fil des lettres de re­fus, j’ai com­pris que ça ne mar­che­rait pas comme ça. Et je me suis donc mis à écrire des sketches et à mon­ter sur scène. » D’abord aux BlancsMan­teaux en 1998 puis, de fil en ai­guille, avec le Ja­mel Co­me­dy Club qui le ré­vé­le­ra aux yeux du plus grand nombre. RE­FUS DU CONSEN­SUS

Et le ci­né­ma, dans tout ça ? Au dé­part, un simple loi­sir. Ni plus, ni moins. « Ça n’a ja­mais été un but, mais mon pen­chant pour les films peu consen­suels s’est ré­vé­lé as­sez tôt. Comme C’est ar­ri­vé près de chez vous, dé­cou­vert à 14 ans, au grand dam de ma mère, ou Les idiots, de Lars Von Trier. » Il dit aus­si se shoo­ter ré­gu­liè­re­ment aux vieilles co­mé­dies fran­çaises. « Je suis un grand fan de Jean-Pierre Ma­rielle et de cette époque de ci­né­ma, qui me cor­res­pond. Celle où on osait et où les éclats de rire n’em­pê­chaient ja­mais le fond. » Ce à quoi il s’em­ploie lui-même der­rière une ca­mé­ra en trai­tant de la Cen­tra­frique avec Le cro­co­dile du Bots­wan­ga, de l’es­cla­vage dans Case dé­part et des re­li­gions dans CoeXister. De loin le plus réus­si des trois. Ce dont il convient. « Case dé­part s’est mon­té trop vite dans l’eu­pho­rie du suc­cès du Cro­co­dile… Sou­dain, plus per­sonne n’ose rien vous dire et le scé­na­rio s’en res­sent. Voi­là pour­quoi j’ai vou­lu prendre mon temps sur le troi­sième. » Il jette ain­si à la pou­belle plu­sieurs co­mé­dies d’aven­ture plus fa­ciles à fi­nan­cer mais trop pré­vi­sibles… avant de tom­ber sur un clip des Trois prêtres, ces hommes d’Église de­ve­nus chan­teurs, jack­pots de l’in­dus­trie mu­si­cale. « En me pen­chant sur leur his­toire, j’ai dé­cou­vert que le plus jeune est un sé­mi­na­riste qui, après la tour­née, s’est désen­ga­gé de la vo­ca­tion pour se ma­rier. » Un dé­clic. « Je trou­vais in­té­res­sant de voir ces per­sonnes, cen­sées sym­bo­li­ser la chas­te­té et la sa­gesse, de­ve­nir des sortes de rock stars. Avec les ex­cès qui vont avec. » Ra­pi­de­ment, il élar­git ce concept aux deux autres grandes re­li­gions mo­no­théistes et réunit un cu­ré, un rab­bin et un imam. Il se confronte ain­si par le rire aux dé­bats qui agitent la so­cié­té sur la dif­fi­cul­té de vivre en­semble. « J’aime écrire des vannes et je sais qu’un bon ef­fet fe­ra tou­jours rire. Mais je sais aus­si que j’ai pu, par le pas­sé, ca­cher les fai­blesses de mes scé­na­rios sous ce ta­pis-là. Or faire rire pour faire rire ne m’in­té­resse pas. J’ai be­soin de fond. Voi­là pour­quoi ce su­jet me pa­rais­sait idéal pour te­nir seul les com­mandes de la mise en scène pour la pre­mière fois. Il était temps de m’as­su­mer! » Et de re­fu­ser, comme tou­jours, le consen­sus, sa marque de fa­brique sur scène comme sur grand écran. Pas éton­nant, dès lors, que TF1, dé­ten­trice des droits de dif­fu­sion, n’ait ja­mais pro­gram­mé Case dé­part à 20 h 50. Ni que le fi­nan­ce­ment de CoeXister ait été com­pli­qué. « Je ne compte plus les chaînes et les dis­tri­bu­teurs qui m’ont dit : “On aime beau­coup mais on ne peut pas” », s’amuse-t-il. Avant de trou­ver le sou­tien de France 2, après ce­lui d’Eu­ro­paCorp… qui lui a va­lu un coup de fil d’un cer­tain Luc Bes­son. « Il m’a pro­po­sé de re­gar­der le pre­mier mon­tage. Puis m’a ap­pe­lé pour m’ex­pli­quer qu’au bout de vingt mi­nutes, il avait failli sor­tir. Dès le len­de­main, il m’in­di­quait où cou­per pour ar­ri­ver plus vite à la ren­contre entre mes trois per­son­nages. Je ne dis pas que sur le mo­ment j’ai sau­té de joie. Mais si j’ai une qua­li­té, c’est celle d’écou­ter les autres. Sur un pla­teau, je dé­bats avec mes co­mé­diens. Et, chaque soir, je ré­écris mon scé­na­rio. Être réa­li­sa­teur, pour moi, c’est savoir ce qu’on veut et suivre les conseils avi­sés. » Bref, être prof et élève en même temps. Sco­laire un jour, sco­laire tou­jours : on n’échappe pas à son édu­ca­tion.

CoeXister De et avec Fa­brice Éboué • Avec Ram­zy Bé­dia… • Sor­tie : 11 oc­tobre

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