Le pou­voir des fleurs

Sen­tir bon, c’est bien. Se sen­tir bien, c’est mieux

Stylist - - News - Par De­nyse Beaulieu

Sen­tir bon, c'est bien. Se sen­tir bien, c'est mieux

Ins­pi­rez, ex­pi­rez… Se concen­trer sur sa res­pi­ra­tion, c’est le b.a.-ba de la mé­di­ta­tion. Sans qu’on prenne for­cé­ment le temps d’être pré­sent à ce qui nous passe par le nez. Pour­tant, l’odo­rat est, par ex­cel­lence, le sens de la pré­sence im­mé­diate au monde, nos bulbes ol­fac­tifs étant les seules par­ties du cer­veau di­rec­te­ment ex­po­sées à l’ex­té­rieur. C’est par le nez que le monde nous pé­nètre, via les mo­lé­cules ol­fac­tives qu’il dé­gage. Par le nez qu’on en dé­code les mes­sages in­vi­sibles – le verbe « sen­tir » ren­voie à la fois à l’ol­fac­tion et à l’in­tui­tion… Et, plu­tôt que de se ser­vir du par­fum sur le mode selfie (mon sillage, c’est mon bran­ding), si on en fai­sait l’ob­jet de mé­di­ta­tion le plus fren­chie de la pla­nète mind­ful ? Ma­thilde Laurent, par­fu­meur chez Car­tier, le dé­mon­trait en 2015 en as­so­ciant le Dr. Ch­ris­tophe An­dré, star hexa­go­nale de la pleine conscience, à la pré­sen­ta­tion de L’heure Per­due, on­zième temps de la col­lec­tion Les Heures du Par­fum de Car­tier. Nul be­soin d’avoir le blair d’un braque al­le­mand pour lais­ser agir son flair. Il suf­fit de se don­ner le temps de res­pi­rer, lais­ser les images men­tales et les émo­tions af­fleu­rer, lâ­cher prise en se lais­sant dé­ri­ver au fil d’un sillage… Na­mas­té.

QUAND VOUS AVEZ EN­VIE DE PLA­NER

Brû­lé dans les temples de­puis des mil­lé­naires, l’en­cens est en quelque sorte la pe­tite robe noire de la spi­ri­tua­li­té ol­fac­tive ; son ré­glage par dé­faut. Et pour cause. La ré­sine du bos­wel­lia sa­cra contien­drait une sub­stance psy­choac­tive aux ef­fets an­ti­dé­pres­seurs et an­ti-an­xié­té, se­lon un chi­miste spé­cia­liste des fu­mées qui font pla­ner : le Pr. Ra­phaël Me­chou­lam de l’uni­ver­si­té hé­braïque de Jé­ru­sa­lem, consi­dé­ré comme le père de la science du can­na­bis. S’il est dé­con­seillé de brû­ler cette di­vine ré­sine dans un 35 m2 sous peine de voir dé­bar­quer les pompiers, on peut la hu­mer dans Mor­tel de Yann Vas­nier. Un ex­quis équi­libre yin/yang entre les fa­cettes froides de l’en­cens et la cha­leur ani­male du ciste, pré­sen­té dans la pre­mière col­lec­tion de par­fums à por­ter de Cire Tru­don. Le fu­met ca­tho-go­thique de l’en­cens vous file des fris­sons ? Uti­li­sé par les boud­dhistes pour main­te­nir l’es­prit alerte du­rant la mé­di­ta­tion, le san­tal au­rait aus­si l’éton­nante pro­prié­té d’être cap­té par des ré­cep­teurs ol­fac­tifs si­tués… dans la peau ! Des cher­cheurs al­le­mands de la Ruhr Uni­ver­si­ty ont même dé­mon­tré qu’une mo­lé­cule de syn­thèse à l'odeur de san­tal, le San­da­lore, avait des ver­tus ci­ca­tri­santes. Chez Serge Lu­tens, cette bien­veillante es­sence se ré­in­carne dans San­tal Ma­jus­cule, où une rose miel­lée exa­cerbe sa fa­cette flo­rale, et le ca­cao sa dou­ceur lac­tée : le nir­va­na. Si vos pen­chants contem­pla­tifs vous en­traînent plu­tôt vers l’épure des sanc­tuaires ja­po­nais, L’eau Sen­to d’oli­via Gia­co­bet­ti (Iunx) ex­hale une se­reine va­peur de bois flot­té et de tor­rents de mon­tagne.

QUAND VOUS DE­VEZ VOUS REPULPER LES NEU­RONES

Qu’est-ce qui rend plus in­tel­li­gent ? Un mi­lieu in­odore, une odeur simple ou un par­fum plus com­plexe ? En 2006, le psy­cho­logue amé­ri­cain Eric Span­gen­berg consta­tait que les per­for­mances in­tel­lec­tuelles de ses étu­diants étaient boos­tées par la dif­fu­sion, à leur in­su, de l’odeur toute bête de l’orange. Dans les deux autres cas, elles de­meu­raient com­pa­rables. Se­lon lui, la sa­tis­fac­tion de re­con­naître une sen­teur fa­mi­lière, fût-ce in­cons­ciem­ment, ser­vi­rait de sti­mu­lant. Alors que le dé­co­dage d’une odeur com­plexe de source in­con­nue mo­bi­li­se­rait une par­tie de nos ca­pa­ci­tés cé­ré­brales, l’odo­rat étant avant tout le sens de l’alerte pour les bêtes que nous sommes… On évi­te­ra donc de se ra­ti­boi­ser le Q.I. en pé­riode de sur­chauffe avec des com­po­si­tions har­mo­nieuses et li­sibles comme L’eau d’orange verte de Fran­çoise Ca­ron pour Her­mès, tou­jours aus­si juste de­puis son lan­ce­ment en 1979. Twist eu­pho­ri­sant sur le re­gistre du co­ol, Her­ba Fres­ca, des Aqua Al­le­go­ria de Guer­lain, dé­cale la fraî­cheur de l’aci­du­lé du ci­trus à la ver­deur de la menthe.

“Nos bulbes ol­fac­tifs sont les seules par­ties du cer­veau di­rec­te­ment ex­po­sées à l’ex­té­rieur”

Top, Ba­len­cia­ga.

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