For­mules éso­té­riques

Trois trends cos­mé­tiques qui ont du sens (ou pas).

Stylist - - News - Par Va­len­tine Pé­try

Trois trends cos­mé­tiques

Lors de la der­nière éclipse, vous avez je­té vos mau­vaises ex­pé­riences pas­sées dans une grande pou­belle men­tale. Vous avez pu­ri­fié votre ap­par­te­ment à la sauge (grosse am­biance dans vos 30 m2). Vous avez dis­po­sé un quartz rose sur votre table de che­vet, his­toire de faire un bar­rage éner­gé­tique entre votre cer­veau et votre ip­hone du­rant le temps des rêves (vous pour­riez le lais­ser dans le sa­lon, comme un être hu­main dé­cent, mais c’est un autre su­jet). Et vous avez sub­sti­tué le nu­mé­ro de votre éner­gi­seur à ce­lui de votre den­tiste dans vos speed dials. Vous avez rem­pla­cé votre sé­rum par une huile pres­sée à froid, ve­gan, cruel­ty free et in­fu­sée d’amé­thyste. Flash news : vous n’êtes pas une per­sonne ra­tion­nelle, vous êtes une vi­sion­naire. Dé­mons­tra­tion.

VOUS ÊTES HY­PER-MYS­TIQUE

Vous vou­lez per­cer les ul­times se­crets de l’uni­vers, prendre un ca­fé avec le Grand Ar­chi­tecte, ve­nir à bout du mys­tère de la pierre phi­lo­so­phale... Ça va pas fort, vous. Pour­quoi ce n’est pas de votre faute : dans les su­per­mar­chés, les key­notes de Gwy­neth Pal­trow, les ca­ta­logues Ur­ban Out­fit­ters… Les cris­taux sont par­tout. Dans les la­bos cos­mé­tiques, l’uti­li­sa­tion des roches re­monte à une quin­zaine d’an­nées (d’abord dans des pro­duits de ma­quillage). De­puis, les mi­né­raux sont des ac­tifs uti­li­sés par des marques new age mais aus­si d’autres plus tech­niques, pas du tout orien­tées crys­tal the­ra­py.

Pour­quoi c’est une bonne idée : le dia­mant et la perle ap­portent de l’éclat comme de très bons pig­ments flou­teurs. Ré­duits en poudre, les mi­né­raux pro­curent un scrub doux. « Les pierres sont éga­le­ment d’im­por­tantes sources d’oli­go-élé­ments. On les broie en poudre fine puis on li­qué­fie ce talc. Cer­taines, comme la tour­ma­line, aug­mentent lé­gè­re­ment la tem­pé­ra­ture de la peau et sti­mulent la mi­cro­cir­cu­la­tion », rap­pelle Ch­rys­telle Lan­noy, fon­da­trice de Ge­mo­lo­gy. Pas mal aus­si : le cris­tal, le quartz rose et le jade – qui sont durs, non po­reux et chauffent au contact de l’épi­derme –, pour mas­ser la peau et op­ti­mi­ser la pé­né­tra­tion d’un soin. Un cran plus loin, les pierres sont par­fois uti­li­sées pour leur ma­gné­tisme. « Les vi­bra­tions des cris­taux captent les éner­gies né­ga­tives em­ma­ga­si­nées par le corps. Je les place sur les dif­fé­rents cha­kras : des quartz roses sur les joues, des amé­thystes sur les pau­pières.

“Les vi­bra­tions des cris­taux captent les éner­gies né­ga­tives em­ma­ga­si­nées par le corps”

En plus de leurs bien­faits apai­sants, elles ont un ef­fet an­ti-âge na­tu­rel », ex­plique Ber­nice Ro­bin­son, rei­ki mas­ter au Spa Aka­sha. Pour­quoi il faut vous cal­mer quand même :

en ce qui concerne la pure for­mu­la­tion, l’idée (co­ol au de­meu­rant) que les bien­faits ho­lis­tiques s’in­fusent dans une émul­sion n’est pas prou­vée scien­ti­fi­que­ment. Ni la charge en oli­go-élé­ments d’ailleurs. « Ce n’est pas en met­tant les pierres dans une huile ou une eau qu’on va trans­fé­rer leurs bien­faits. Il faut trans­for­mer la pierre en li­quide pour cap­ter ses oli­go-élé­ments », in­siste Ch­rys­telle Lan­noy. Mé­fiance donc face aux Crys­tal Waters, cen­sées cap­ter les toxines de l’or­ga­nisme.

Post-it men­tal : « Cer­taines roches trans­forment le spectre so­laire. Elles pour­raient être uti­li­sées pour di­mi­nuer la lu­mière bleue au contact du vi­sage et éli­mi­ner la bac­té­rie res­pon­sable de l’ac­né », Gé­rard Red­zi­niak, consul­tant scien­ti­fique en der­mo-cos­mé­tique.

VOUS ÊTES COM­PLÈ­TE­MENT PA­RA­NO

Vous n’ache­tez que du bo­ta­nique pres­sé à froid, non trans­for­mé. Vous n’avez pas for­cé­ment rai­son. Mais un peu quand même. Pour­quoi ce n’est pas de votre faute :

les sec­teurs de la gas­tro­no­mie et de la cos­mé­tique sont plus po­reux qu’il n’y pa­raît (oui, nous aus­si, cette phrase nous met mal à l’aise, pas de sou­ci). Même si le mou­ve­ment eat clean s’est fait étriller par les scien­ti­fiques der­niè­re­ment, il se­ra plus dur à éteindre qu’un feu de pi­nède en Corse au mois d’août. Fa­ta­le­ment, le slo­gan « from farm to table » a dé­ri­vé en « from farm to face » et prône l’uti­li­sa­tion de ma­tières pre­mières non trans­for­mées.

Pour­quoi c’est une bonne idée : les ex­trac­tions « douces » font consen­sus : pres­sées à froid, les huiles contiennent un taux d’an­ti­oxy­dants et de nu­tri­ments plus éle­vé. En ef­fet, lors­qu’elles sont chauf­fées, leurs an­ti­oxy­dants peuvent se dé­gra­der en ra­di­caux libres, ce qui est quand même com­plè­te­ment contre-pro­duc­tif. Cer­taines marques vont en­core plus loin et pro­posent d’uti­li­ser l’in­té­gra­li­té de la plante dans une for­mule, his­toire de maxi­mi­ser son po­ten­tiel. « Les plantes ne contiennent pas un seul an­ti­oxy­dant iso­lé mais des cen­taines de com­po­sés chi­miques : des co-fac­teurs, qui pré­viennent leur dé­gra­da­tion et par­ti­cipent à la san­té cu­ta­née en re­lan­çant la pro­duc­tion de col­la­gène ou en amé­lio­rant la com­mu­ni­ca­tion in­ter-cel­lu­laire », ex­plique Lau­rel Shaf­fer, fon­da­trice de Lau­rel. Se­lon elle, si l’en­semble du game cos­mé­tique ne tra­vaille pas avec des plantes en­tières, c’est parce que le coût est plus éle­vé et le pro­cess plus com­plexe (car il faut maî­tri­ser l’en­semble des com­po­sants chi­miques conte­nus dans le vé­gé­tal). Pour­quoi il faut vous cal­mer quand même : ce qui est vrai pour le sys­tème di­ges­tif ne l’est pas for­cé­ment pour la peau. À la dif­fé­rence d’un ali­ment pré­pa­ré/in­gé­ré/di­gé­ré, une for­mule cos­mé­tique doit pou­voir te­nir dans le temps (jus­qu’à 36 mois). Une ex­trac­tion raw, c’est bien mais ça n’est rien si elle n’est pas ac­com­pa­gnée d’une conser­va­tion adé­quate. Si les ac­tifs ne sont pas trans­for­més pour être sta­bi­li­sés, il faut les iso­ler le plus pos­sible. Met­tez vos soins au ré­fri­gé­ra­teur, donc.

Post-it men­tal : « Tous les an­ti­oxy­dants sont co­lo­rés. Une crème à base d’ex­traits bo­ta­niques dont la tex­ture est claire, c’est une crème dont la ma­jo­ri­té des nu­tri­ments a dis­pa­ru », Lau­rel Shaf­fer, fon­da­trice de Lau­rel.

VOUS ÊTES UNE BONNE PER­SONNE

Vous ne man­gez plus de viande de­puis 1999 et cher­chez com­pul­si­ve­ment le Lea­ping Bun­ny (ce pe­tit la­pin du la­bel cruel­ty free) sur le moindre pack qui croise votre che­min. Alors oui, vous êtes un bou­let au res­tau­rant et sé­rieu­se­ment ca­ren­cée en fer mais votre kar­ma cli­gnote de mille feux.

Pour­quoi ce n’est pas de votre faute : chaque ma­tin avant de prendre votre ca­fé, vous che­ckez le compte Ins­ta­gram de Kat Von D, la ta­toueuse/ ma­quilleuse/amie des bêtes/ver­sion dé­cente de Bri­gitte Bardot en 2017. Et les jours où vous êtes bien en forme, vous en­chaî­nez avec un vi­sion­nage de vi­déos sur le site l214.com (fau­dra quand même en par­ler à votre psy à un mo­ment). Ces sui­vis ré­gu­liers vous ont pro­vo­qué moult dé­col­le­ments de ré­tine mais vous en avez re­ti­ré un en­sei­gne­ment fon­da­men­tal : les ani­maux, c’est nous (ap­pe­lez votre psy ou votre mère là, ça n’a pas l’air d’al­ler, vous).

Pour­quoi c’est une bonne idée : parce que c’est du bon sens et que pour une fois, tout le monde est d’ac­cord sur ce su­jet. Re­laxez-vous : grâce au pro­gramme REACH, les tests cos­mé­tiques sur les ani­maux sont in­ter­dits de­puis 2013 dans l’union eu­ro­péenne, tout comme l’im­por­ta­tion de pro­duits aux for­mules tes­tées sur des bêtes. La loi n’ayant pas eu d’im­pact né­ga­tif sur le bu­si­ness de ce qui reste le plus grand mar­ché mon­dial en termes de cos­mé­tiques, d’autres pays ont sui­vi comme l’inde, Is­raël, la Co­rée du Sud… Il existe de toute fa­çon bien d’autres tech­niques pour tes­ter l’ef­fi­ca­ci­té d’un soin : in­fli­ger d’in­fimes doses à des êtres

hu­mains, ob­ser­ver des ré­sul­tats sur des cel­lules in­cu­bées, des ex­plants de peau ou du tis­su cu­ta­né im­pri­mé en 3D… Pour­quoi il faut vous cal­mer quand même :

parce que pour l’ins­tant, la loi est im­par­faite ; ces tests sont tou­jours au­to­ri­sés pour cer­tains com­po­sants chi­miques. « Nous tra­vaillons au­près de l’agence eu­ro­péenne des pro­duits chi­miques pour que le Par­le­ment eu­ro­péen mo­di­fie cette faille », as­sure Mi­chelle Thew, di­rec­trice de Cruel­ty Free In­ter­na­tio­nal. Et qu’il reste le cas de la Chine, dont le gou­ver­ne­ment re­quiert ces tests pour les pro­duits im­por­tés. Et cer­taines marques, ir­ré­pro­chables en Eu­rope, jouent le jeu de Pé­kin. En re­vanche, celles qui sou­haitent contour­ner cette obli­ga­tion et conser­ver un kar­ma po­table peuvent for­mu­ler di­rec­te­ment sur le sol chi­nois, en res­pec­tant une liste d’in­gré­dients au­to­ri­sés. Pour sa­voir si votre cos­mé­tique est clean sur n’im­porte quelle time zone, fiez-vous au Lea­ping Bun­ny : des marques se sont vu re­ti­rer le lo­go parce qu’elles étaient trop bor­der.

Post-it men­tal : « Notre but est de faire pas­ser une ré­so­lu­tion à L’ONU pour in­ter­dire les tests sur les ani­maux dans le monde d’ici 2020 », Mi­chelle Thew, di­rec­trice de Cruel­ty Free In­ter­na­tio­nal.

Top, Jour­dan.

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