BES­CHE­RELLE TA MÈRE

Stylist - - Culture -

Pour­quoi les ro­mans se mettent-ils à par­ler comme des ca­mion­neurs ? Quelques se­maines après le Fief de Da­vid Lo­pez et ses zo­nards « rur­bains », la se­conde vague de la ren­trée lit­té­raire conti­nue de mi­ser ses je­tons sur la langue de la rue. Dans l’bé­ton se dé­roule certes au­jourd’hui (chro­nique de l’été de deux ga­mines ryth­mée par les chan­tiers d’un père bé­ton­neur) mais dé­gage un fort par­fum d’an­cien : ou­li­pienne à l’ar­got sty­li­sé et vir­tuose, Anne F. Gar­ré­ta y re­com­pose une langue verte à la Za­zie dans le mé­tro, naïve, vio­lente, ponc­tuée de bar­ba­rismes am­bi­gus – on « s’élec­tro­pute », on se « nui­cide ». Dans son ro­man au­to­fic­tion­nel Pa­name Un­der­ground, Zar­ca bosse un autre phra­sé : un jar­gon contem­po­rain, caille­ra aux ac­cents ti­ti, mar­qué aus­si par le bras­sage cultu­rel du Pa­ris cra­do dont le livre as­sure la vi­site gui­dée. Or « au-de­là du folk­lore, la re­con­nais­sance de la langue po­pu­laire par ces pu­bli­ca­tions a un en­jeu po­li­tique » pour Au­rore Vin­cen­ti, lin­guiste et au­teure des Mots du bi­tume, « car le “bon usage” du fran­çais nor­mé de­meure un moyen de mar­gi­na­li­ser des classes so­ciales, plus pauvres et moins édu­quées ». Lâ­chez le di­co : faire des fautes, c’est en­ga­gé. T.R.. Pa­name Un­der­ground de Zar­ca, éd. Goutte d’or, 17 €. Dans l’bé­ton d’anne F. Gar­ré­ta, éd. Gras­set, 17 €.

Tout fout le camp : même la ren­trée lit­té­raire se met à faire des fautes de fran­çais.

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