Les fu­tu­ro­logues sont en burn-out

Stylist - - Cover Story -

Avant, il suf­fi­sait de pas­ser un mois à New York pour pré­dire les dix pro­chaines an­nées en France. On sché­ma­tise à peine. De­puis que votre pe­tit-cou­sin est sus­cep­tible de faire la une du Time grâce à ses tu­tos ma­quillage sur Youtube, l’ave­nir pa­raît un peu moins li­néaire qu’un vol JFK/CDG. « Le mé­tier de fu­tu­ro­logue est de­ve­nu plus com­plexe, confirme l’an­thro­po­logue Paul Jo­rion. Dans les an­nées 50, il suf­fi­sait de faire Sciences Po et de re­gar­der les news. Au­jourd’hui, il y a une ac­cé­lé­ra­tion du temps qui gêne la ca­pa­ci­té à pré­dire. Sans par­ler du nombre : s’il est fa­cile d’ima­gi­ner les ré­ac­tions en chaîne sur un pe­tit échan­tillon d’êtres hu­mains, c’est qua­si im­pos­sible de le faire sur une pla­nète qui compte huit mil­liards d’in­di­vi­dus. » Et si les pré­dic­to­logues ga­lèrent à ajus­ter leur lon­gueur de vue, c’est aus­si la faute d’un sys­tème po­li­ti­co-éco­no­mique qui a dé­ci­dé de se lais­ser al­ler : « Au mi­lieu du XXE siècle, on avait le Com­mis­sa­riat gé­né­ral au Plan qui pla­ni­fiait l’ave­nir pour des dé­cen­nies. Mais l’ul­tra­li­bé­ra­lisme a vou­lu se dé­les­ter de ce vieux ré­si­du so­cia­liste et lais­ser cette fonc­tion à la “main in­vi­sible”. Nous nous sommes pri­vés nous-même de la ca­pa­ci­té de re­gar­der vers l’ave­nir. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.