Cul­tu­rist

Stylist - - Summario -

Des idées pour se cou­cher moins bête

En ma­tière de pro­mo, toutes les étoiles sont ali­gnées pour le re­tour de Ja­nelle Monáe sur le cir­cuit mu­si­cal après cinq ans pas­sés à se consa­crer au ci­né­ma – on l’a vue à l’af­fiche des Fi­gures de l’ombre et de Moon­light. Aux US, le trai­ler de son nou­veau pro­jet, un al­bum as­sor­ti d’un film nar­ra­tif, s’est in­vi­té en ou­ver­ture de Black Pan­ther dans une ri­bam­belle de salles. Gui­dé par la voix ob­sé­dante de la chan­teuse, le spec­ta­teur était hap­pé dans un uni­vers fu­tu­riste nim­bé de lu­mière fluo et d’une at­mo­sphère de mys­tère. Sans par­ler des re­tom­bées mé­dia­tiques

et com­mer­ciales pour la star, cette as­so­cia­tion est sur­tout un juste re­tour d’as­cen­seur : Ja­nelle a, plus que qui­conque, contri­bué à mettre sur le de­vant de la scène pop l’es­thé­tique afro­fu­tu­riste – ce cou­rant ar­tis­tique qui hy­bride my­tho­lo­gies afri­caines et élé­ments de SF – avec une sé­rie d’al­bums-concepts nar­rant les aven­tures de son al­ter ego, Cin­di May­wea­ther, une an­droïde re­belle en lutte contre une

ma­jo­ri­té op­pres­sive. Elle a pa­vé la voie au film de Ryan Coo­gler (Black Pan­ther, donc) mais aus­si à une icône de l’en­ver­gure de Ri­han­na, qui a po­sé dans le ma­ga­zine W dé­gui­sée en guer­rière in­ter­ga­lac­tique. On au­rait pu craindre que la dame soit à pré­sent dé­pas­sée sur son propre ter­rain par la nou­velle garde pour­sui­vant son hé­ri­tage. Pour­tant, ça crève les yeux dès les pre­miers clips di­vul­gués au compte-gouttes avant la sor­tie du disque : loin de cé­der à la nos­tal­gie ré­tro-fu­tu­riste, l’ar­tiste fait ici peau neuve pour être en phase avec son temps. La dys­to­pie cy­ber­punk de ses pre­miers opus a cé­dé la place à une uto­pie afro­fé­mi­niste et queer où les femmes noires sont au pou­voir (Django Jane), où les corps se dé­si­rent et se cherchent sans dis­tinc­tion de genre sur des dan­ce­floors moites au son de grooves funk 80’s re­haus­sés de prods avant-gar­distes

(Make Me Feel), et où les sem­pi­ter­nels sym­boles phal­liques ont été rem­pla­cés par des formes uté­rines rose bon­bon (Pynk). Avec Ja­nelle pour pré­si­dente, le fu­tur s’an­nonce fun. B.F. Dir­ty Com­pu­ter de Ja­nelle Monáe, Bad Boy Re­cords.

Ja­nelle re­vient d’une pla­nète loin­taine pour en­fi­ler se­rei­ne­ment sa cou­ronne de reine du queer, de l’afro et du tur­fu.

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