Édito

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Le dé­goût de la chose est tel qu’après deux ans de re­la­tion, il conti­nue à in­ves­tir, afin de s’adon­ner à « l’ac­ti­vi­té quo­ti­dienne com­mune à tous », les W.-C. des ca­fés, res­tau­rants, hô­tels du quar­tier si sa com­pagne est sur zone. Et comme ils ré­sident à Los An­geles, les heures sa­cri­fiées en voi­ture dans le but de re­fer­mer une porte in­con­nue sur cette his­toire ju­gée hon­teuse sont consé­quentes. En­fant, il vo­mis­sait lors­qu’il était confron­té à ses propres dé­jec­tions. Au­jourd’hui, s’il pou­vait, il s’in­jec­te­rait, à ce mo­ment pré­cis de la jour­née, une dose mas­sive d’hyp­no­tiques in­tra­vei­neux et s’ab­sen­te­rait du monde du­rant cette poi­gnée de mi­nutes in­te­nables. Sans ja­mais frô­ler la co­pro­phi­lie, sa com­pagne, sous les in­jonc­tions du monde du well­ness très en forme sur la côte Ouest des États-unis (p .34), s’in­té­resse de près à son tran­sit et semble res­sen­tir une réelle frus­tra­tion de­vant le re­jet ra­di­cal par son com­pa­gnon de toute évo­ca­tion de ce « monde-là ». Elle est for­cée de ca­cher son Squatty Pot­ty lui per­met­tant d’exé­cu­ter une pos­ture pro­pice à l’ou­ver­ture du co­lon. Ou bien de réa­li­ser son la­ve­ment rec­tal au ca­fé au bu­reau, le week-end, à l’abri des re­gards. Pour pro­té­ger la fra­gi­li­té émo­tion­nelle de son bi­nôme, elle a même ré­em­mé­na­gé chez sa mère folle du­rant une se­maine, his­toire de pou­voir me­ner à bien sa dé­tox men­suelle du co­lon au chlo­rure de ma­gné­sium. Avant de s’au­to­ri­ser à en­tre­voir la pos­si­bi­li­té d’une vie sans lui, elle opte comme sou­vent pour la trans­cen­dance. Et lui offre pour son an­ni­ver­saire un voyage de quelques jours à Ha­waï. Ve­nant d’elle, connais­sant sa pas­sion mal­saine pour tout ce qui est poin­tu, dif­fi­cile, snob, il s’étonne de ce choix de des­ti­na­tion. Il est au-de­là de l’éton­ne­ment lors­qu’une fois sur place, elle lui pro­pose de faire une pro­me­nade en snor­ke­ling à Ha­pu­na Beach. Il n’en re­vient pas, lui qui pour­rait vivre la tête sous l’eau en apnée à cher­cher des crabes. Après une heure de ran­don­née aqua­tique sans une seule plainte, ils vont s’as­seoir sur le sable blanc doux comme une pe­luche 100 % po­ly­es­ter. Elle lui de­mande quel est son pois­son pré­fé­ré. Il ré­pond tout de suite qu’il adore le pois­son-per­ro­quet, ses lignes bleu fluo comme tra­cées par un en­fant ins­pi­ré. Elle sou­rit, en fai­sant glis­ser du sable entre ses doigts : « Est-ce que tu sais que tes ma­gni­fiques pieds sont ac­tuel­le­ment cou­verts de dé­jec­tion de pois­son­per­ro­quet ? » Le mot « dé­jec­tion » dans sa bouche à elle, c’est beau­coup trop. Il ré­prime un vo­mis­se­ment, tan­dis qu’elle lui ex­plique que son pois­son pré­fé­ré est un her­bi­vore qui se nour­rit des algues qui re­couvrent les co­raux morts, ce qui l’amène à ava­ler de pe­tits mor­ceaux de co­rail. Blanc. Qu’il re­jette. Il n’a pas grand-chose à ré­pondre, sai­si par le haut-le-coeur et la poé­sie. Il prend une grande ins­pi­ra­tion, s’al­longe et lui de­mande de le re­cou­vrir de sable jus­qu’aux épaules. C’est long et sen­sa­tion­nel­le­ment agréable le poids du « sable » sur lui. Bien­tôt ne reste que sa tête à l’air libre. Sa tête qui sou­rit et qu’elle em­brasse dou­ce­ment.

“ELLE EST FOR­CÉE DE CA­CHER SON SQUATTY POT­TY”

aude wal­ker di­rec­trice de la ré­dac­tion

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