Heu­reu­se­ment qu’il y a Whatsapp pour qu’ils se parlent

Vous aus­si, ap­pre­nez à gé­rer di­gne­ment vos groupes fa­mi­liaux.

Stylist - - Stylist - Par San­die Du­bois

Ap­pre­nez à gé­rer di­gne­ment vos groupes fa­mi­liaux

C’est tou­jours quand on est en train de faire des choix de vie dis­cu­tables (boire de l’arôme Sa­veur à la bou­teille de­vant les

Real Hou­se­wives) que sou­dain, sur l’écran de votre Smart­phone, une no­ti­fi­ca­tion af­fiche une pho­to lé­gen­dée par un « Bises de Qui­be­ron, Pa­pa a une an­gine mais on a bien rou­lé ». De là, le groupe Whatsapp fa­mi­lial s’em­balle : votre frère en­voie une pho­to de son pe­tit der­nier, votre soeur – cette fayote – se fend d’un « trop co­ol, en­voyez des pho­tos de vous en pei­gnoir à la tha­las­so ». Bref, si l’en­fer de­vait avoir un ani­mal totem, ce se­rait pro­ba­ble­ment une conver­sa­tion fa­mi­liale croi­sée. Car­ton sur­prise de l’an­née, le film Cra­zy Rich Asians est avant tout l’his­toire d’une fa­mille ri­chis­sime pas chaude pour ma­rier le pe­tit der­nier du clan. Et pour rendre ce fa­mi­ly dra­ma vrai­ment cré­dible, toute l’équipe du film (60 per­sonnes tout de même) a com­mu­ni­qué pen­dant des mois via un groupe Whatsapp afin de boos­ter le team buil­ding. Ça vous parle ? Avec 450 mil­lions d’uti­li­sa­teurs quo­ti­diens, 60 mil­liards de mes­sages en­voyés chaque jour et au moins au­tant de mal­en­ten­dus dans une seule et même conver­sa­tion, le groupe fa­mi­lial Whatsapp est aus­si dys­fonc­tion­nel à l’écran QU’IRL. Et vous, c’est quoi votre meilleur rôle de com­po dans cette his­toire ?

LE/LA PATER/MATER DOLORELOU

Dans Le Par­rain, Mi­chael Cor­leone avait la lourde tâche de por­ter l’hon­neur de son clan. Une pi­che­nette com­pa­rée à la ges­tion de votre groupe « Le­moine fa­mi­ly », qui heu­reu­se­ment, file droit de­puis que vous y faites ré­gner la jus­tice et la peur. Et pour ça, votre tech­nique est bien ro­dée : d’abord, la mé­thode où vous en­voyez vos phrases en les dé­cou­pant mot par mot pour que le té­lé­phone de vos in­ter­lo­cu­teur.rice.s sonne toutes les deux se­condes (l’équi­valent mo­derne du sup­plice de la goutte), voire si ça ne suf­fit pas, lan­cer un ap­pel vi­déo pour hu­mi­lier votre ad­ver­saire par écran in­ter­po­sé. Le der­nier en date s’adres­sait à votre belle-soeur, ban­nie du groupe « an­ni­ver­saire ma­mie » à vie alors qu’elle es­sayait d’orien­ter la dis­cus­sion sur le ré­veillon, la folle. Im­pi­toyable mais juste, vous êtes tel­le­ment car­ré.e que vous faites peur à votre fa­mille qui vous sur­nomme Le Bau­haus, rap­port à votre cô­té cha­leu­reux. En­voyez-leur des blagues pour mon­trer que vous sa­vez être fun (vous pou­vez boire un Ca­pri Sun sans pen­ser aux co­lo­rants après tout).

Mé­mo : là où il y a des gènes, il n’y a pas de plai­sir.

L’AT­TEN­TION WHORE DRA­MA

Phrases su­jettes à qua­druple in­ter­pré­ta­tion, emo­jis bi­zarres… On ne sait pas si vos mes­sages sont des ap­pels au se­cours dé­gui­sés ou de vraies ques­tions (« On est d’ac­cord que le brunch ne dé­marre pas sans moi ? »). Vous al­ter­nez phases de mes­sages en ra­fale et pé­riode de ghos­ting où votre propre mère est obli­gée d’ap­pe­ler vos voi­sin.e.s pour sa­voir si vous êtes en vie. Votre pire trig­ger ? Que la conver­sa­tion s’en­chaîne sur un su­jet qui ne vous concerne pas comme quand votre frère de­mande à votre cou­sin s’il peut ve­nir le ré­cu­pé­rer à la gare lors d’un week-end au­quel vous n’avez ja­mais en­vi­sa­gé de vous rendre. Pour au­tant, ce dé­ni to­tal de votre per­sonne (« Hé, tu vois pas que le double check bleu veut dire que j’ai lu vos mes­sages ? On est chez les Tuche ou quoi ? ») est pour vous digne d’un aban­don qui né­ces­site de dé­clen­cher le plan Or­sec à sa­voir « Si­gna­ler le groupe » avec l’oeil fou.

Mé­mo : at­ten­tion à ne pas en­voyer des nudes juste parce que vous avez be­soin de vous ras­su­rer.

LE/LA HAP­PY MA­NA­GER DE COUSINADE

Votre li­fe­goal ? Être un.e chef.fe de clan par­fait.e (votre fond d’écran est une pho­to de Mi­mi Tho­ris­son en­tou­rée des siens dans les vignes). Alors, heu­reu­se­ment que Whatsapp n’exis­tait pas au XVIE siècle car vous met­tez tel­le­ment de coeur à l’ou­vrage pour ani­mer le groupe fa­mi­lial que vous au­riez pu ré­con­ci­lier les Mon­tai­gu et les Ca­pu­let. Parce que vous ai­me­riez avoir une tri­bu aus­si sou­dée que les frères Lo­pez, vous n’y al­lez pas de main morte pour lan­cer plus de conver­sa­tions qu’un mo­dé­ra­teur Doc­tis­si­mo. Vos armes : pho­tos des membres du groupe lors­qu’ils étaient en­fant, mes­sage qui com­mence sys­té­ma­ti­que­ment par « tu te sou­viens »... Et, évi­dem­ment, votre lan­ceur de conver­sa­tion pré­fé­ré pour cas­ser In­ter­net et sou­der votre clan, la ques­tion « je vous rap­porte quoi de chez Ikea ? ».

Mé­mo : ne su­rin­ves­tis­sez pas trop votre fa­mille. À moins d’être Kris Jen­ner, bien sûr.

L’ANGOISSÉ.E DANS LA FRIENDZONE

Le groupe fa­mi­lial Whatsapp est le ter­rain de vos né­vroses pro­fondes (votre mas­ter 1 en psy­cho n’est pas per­du pour tout le monde) que vous uti­li­sez comme un dou­dou ras­su­rant. Pro­blème : de­puis que vous avez quit­té le nid, vos pa­rents vivent leur best life (votre mère vous a en­voyé le clip de Djad­ja de­puis son riad de Mar­ra­kech) et n’hé­sitent pas à vous ghos­ter. Ron­gé.e par l’an­goisse, vous al­ter­nez mes­sages in­for­ma­tifs sur le scor­but (vos pa­rents ne mangent pas as­sez de fruits avec tous ces Uber Eats) et chan­tage af­fec­tif au­près de votre fra­trie, en par­ti­cu­lier en en­voyant des mes­sages au beau mi­lieu de la nuit (« Tu dors ? Parce que moi, je suis prêt.e à dor­mir pour tou­jours, tu sais »). En gé­né­ral, c’est là que votre père se fend d’un emo­ji An­da­louse pour vous si­gni­fier qu’il est prêt pour un Fa­ce­time.

Mé­mo : sur Whatsapp non plus, per­sonne ne vous en­tend crier.

LE TROLL DE FIN DE RACE

Gé­né­ra­le­ment si­tué.e en mi­lieu de fra­trie, vous au­riez rê­vé d’être fils/fille unique. Le groupe fa­mi­lial est donc un dé­ver­soir de frus­tra­tion et d’illu­sions per­dues (vous avez l’âme bal­za­cienne). Vos in­ter­ven­tions y res­semblent à des vi­déos

Mise au point d’en­joy Phoe­nix : ef­fets d’an­nonce dou­teux (« Au fait, pour l’hé­ri­tage de grand­père »...), dé­la­tion de votre cou­sine So­phie qui n’a mis que 5 balles dans la ca­gnotte Leet­chi et fake news gê­nante à base de «Je sais qui a rap­por­té des pu­naises de lit dans la mai­son du Cap-fer­ret ». À la ma­nière d’une py­ra­mide de Pon­zi, vous sub­di­vi­sez vos mes­sages se­lon vos be­soins du mo­ment (pro­mettre un dî­ner à vos cou­sins en vue d’un dé­mé­na­ge­ment, en­voyer des fleurs à votre tante DRH pour un job…) et me­na­cez tout le monde de faire un test ADN chez 23andme pour prou­ver que vous va­lez mieux que ces cons.

Mé­mo: at­ten­tion au re­tour de kar­ma à force de ré­pé­ter à votre soeur qu’elle est la fille du fac­teur.

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