Boys don’t cry

Ne re­tiens pas tes larmes, laisse al­ler ton cha­grin.

Stylist - - Contents - Par Théo Ri­be­ton

Et pour­tant si. La preuve par 13

Existe-t-il en­core une per­sonne en ce bas monde qui croie sé­rieu­se­ment que Boys Don’t Cry ? Si vous la connais­sez, vous pou­vez lui ache­ter un ti­cket pour Rock en Seine 2019, où elle pour­ra ob­ser­ver que les Cure, avec leur ma­quillage dé­gou­li­nant, n’ont ja­mais chan­té ce cre­do sans une louche d’iro­nie. Vous pou­vez aus­si lui mon­trer que la lar­mi­chette mas­cu­line est de­ve­nue si po­pu­laire qu’elle a même ses pro­duits dé­ri­vés, comme le mug « Male Tears », dé­ri­vé en va­riantes in­fi­nies et tou­jours au som­met du merch fé­mi­niste. Et vous pour­rez en­fin lui par­ler de Brett Ka­va­naugh, qui ne s’est pas gê­né pour mouiller la ré­tine en pleine au­dience ju­di­ciaire, sans que ce­la l’em­pêche (il est per­mis de pen­ser que ça l’a même ai­dé) d’in­té­grer la Cour su­prême quelques jours plus tard mal­gré de mul­tiples ac­cu­sa­tions d’agres­sion sexuelle. Pleu­rer se­rait-il pas­sé de l’in­ter­dit mas­cu­lin au va-tout ? La ré­ponse en un coup de ré­tro : ce­la fait jus­te­ment un bail que, sous cou­vert de faux ta­bous, boys cry pour un oui ou pour non.

JUSTE UNE LARME CRY-BA­BY, 1990

Quand une perle lui sourd du coin de l’oeil, toutes les filles s’éva­nouissent pour Cry-ba­by, le blou­son noir le plus po­pu­laire de Bal­ti­more. Dans l’amé­rique 50’s (à la­quelle le film rend hom­mage) les mau­vais gar­çons dé­couvrent que non seule­ment ils peuvent pleu­rer, mais que c’est le nec plus ul­tra de la sé­duc­tion. Il y avait quelques in­dices dans la dé­cen­nie : James Dean est mort en 1955 sans qu’on l’ait ja­mais vu les yeux secs.

MO­NO­POLE DU COEUR BA­RACK OBA­MA, 2016

Oba­ma a beau­coup pleu­ré : en pro­non­çant l’orai­son fu­nèbre du fils de Joe Bi­den, en écou­tant Are­tha Frank­lin chan­ter, en re­mer­ciant ses équipes de cam­pagne… La plus cé­lèbre, c’était en ren­dant hom­mage aux vic­times de la tue­rie de San­dy Hook. Feinte ou non (Fox News l’ac­cu­se­ra d’avoir uti­li­sé des oi­gnons), l’émo­tion est dans tous les cas sor­tie avec lui des in­ter­dits de la com’ po­li­tique.

L’AR­NAQUE BROADCAST NEWS, 1987

Ca­ta­pul­té du ser­vice des sports pour pré­sen­ter une émis­sion d’in­ves­ti­ga­tion très sui­vie, Tom Gru­nick (William Hurt) se laisse ga­gner par des larmes plus ou moins sin­cères lors d’une in­ter­view émo­tion, et dé­clenche un tel tol­lé qu’il met en jeu son amour nais­sant avec sa pro­duc­trice, plus in­tègre. Oui, c’est pos­sible de faire de l’éthique jour­na­lis­tique le noeud gor­dien d’une rom­com.

TOM ET JER­RY JER­RY MAGUIRE, 1996

Faites le test au­tour de vous : tout le monde se rap­pelle des san­glots de Re­née Zell­we­ger lors du mo­no­logue fi­nal, et de son « you had me at hel­lo » à gros tré­mo­los. Per­sonne de ceux de Tom Cruise (qui n’est presque ja­mais mort dans sa car­rière, mais a beau­coup pleu­ré : Ma­gno­lia, Mi­no­ri­ty

Re­port…), qui est pour­tant à ça du stade morve et ce dès le dé­but de ce tire-larmes gé­né­ra­li­sé.

CHA­GRIN MUSCLÉ BRA­HIM ASLOUM, 2016

En sport, les hommes pleurent quand ils gagnent ou quand ils perdent, mais ja­mais lors­qu’ils res­tent in­vain­cus. L’ex­cep­tion s’ap­pelle Bra­him Asloum : der­nier vain­queur fran­çais du titre olym­pique, il était in­con­so­lable en 2016 lorsque son hé­ri­tier dé­si­gné So­fiane Ou­mi­ha pas­sa, en fi­nale, à un fil de lui suc­cé­der, pour fi­na­le­ment s’in­cli­ner. La sé­quence fait (poids) mouche grâce aux larmes les plus humbles de l’his­toire du noble art.

99 PROBLEMS ROC­CO ET SES FRÈRES, 1960

Dans son rôle de boxeur-tom­beur, Alain De­lon ap­prend à pleu­rer, mais pas pour les bonnes rai­sons : aveu­glé par ses liens fra­ter­nels, ob­sé­dé par le coeur des hommes et ses contra­rié­tés, on le ver­ra car­ré­ment choui­ner de com­pas­sion pour son frère après que ce­lui-ci a vio­lé par ja­lou­sie Na­dia, leur amour com­mun. Il faut bien com­men­cer son ap­pren­tis­sage émo­tion­nel quelque part, mais il reste de la route.

VERRE DE LARMES THE IDLE CLASS, 1921

Un ma­ri re­çoit un billet ul­ti­ma­tum de son épouse : « Si tu n’ar­rêtes pas de boire, c’est fi­ni.» Il se re­tourne pu­di­que­ment, et son corps semble se­coué de vio­lents san­glots. Cha­plin joue sur ce qu’on croit être la le­vée du ta­bou de l’homme en larmes ; mais l’époux se re­tourne à nou­veau, et l’on dé­couvre que les mou­ve­ments n’étaient pas dus à des san­glots mais à l’agi­ta­tion d’un sha­ker. Bonne vanne pré-loi Evin.

YOU HAD A BRAD DAY SE7EN, 1995

C’est les yeux rouges et la voix trem­blante que Brad Pitt, en dé­cou­vrant « what’s in the box » lors de la scène fi­nale, pète un câble, son­nant le dé­but de sa pé­riode « dé­sé­qui­li­bré men­tal », bien­tôt sui­vie de L’ar­mée des douze singes, Fight Club et Snatch. Ap­pré­ciez le pa­ral­lèle entre larmes mâles et pro­blèmes men­taux, que Leo Dica­prio connaît bien aus­si (Shut­ter Is­land).

MAU­VAIS PER­DANT ED­MUND MUSKIE, 1972

Ac­cu­sé de pro­pos in­ju­rieux en­vers les mi­no­ri­tés, le can­di­dat fa­vo­ri de la pri­maire dé­mo­crate pro­nonce un dis­cours d’au­to­dé­fense enragée. Très haut dans le game du « non, j’ai juste une pous­sière dans l’oeil », il pré­ten­dra en­suite que c’était de la neige fon­due qui lui cou­lait sur les joues. L’his­toire ne dit pas quelle ver­sion était vraie, mais son émo­ti­vi­té sup­po­sée lui coû­te­ra la vic­toire. TI­MO­THÉE CHIALAMET

CALL ME BY YOUR NAME, 2018

In­con­nu au ba­taillon en­core six mois plus tôt, Ti­mo­thée se re­trouve dans la moi­tié des films ci­tés à l’os­car (bon OK, dans deux) et dé­croche lui-même une no­mi­na­tion grâce à une in­ter­pré­ta­tion à fleur de peau et un plan-gé­né­rique fi­nal hau­te­ment la­cry­mal, qui risque de le mar­quer du­ra­ble­ment : on ne le re­trouve pas beau­coup plus sou­riant dans Beau­ti­ful Boy, son pro­chain film. Et si c’était lui le nou­veau Cry-ba­by ?

R.I.P. ANCHORMAN, 2004

La clique de Judd Apa­tow a beau­coup oeu­vré pour les larmes masculines : om­ni­pré­sentes dans Pi­neapple Ex­press (2007) et son flo­ri­lège de gros bé­bés fra­giles, mais d’abord re­mar­qua­ble­ment exé­cu­tées dans Anchorman, où Will Fer­rell hurle de cha­grin dans une ca­bine té­lé­pho­nique (« a glass case of emo­tion ») après la mort ac­ci­den­telle de Bax­ter, son chien.

LE MONDE N’ÉTAIT PAS PRÊT SPI­DER-MAN, 2002

On a beau­coup mo­qué la per­for­mance de To­bey Maguire en Spi­der-man, ses ex­cen­tri­ci­tés, sa car­rure fai­blarde, sa phase emo dans le 3… et son vi­sage ré­gu­liè­re­ment dé­for­mé par la tris­tesse, bien au-de­là des stan­dards de la di­gni­té mâle. Et si ce too much était juste une émo­ti­vi­té nor­male, mais trop as­su­mée pour son époque ? En tout cas, il a com­plè­te­ment dis­pa­ru de­puis.

À QUELQUE CHOSE MAL­HEUR EST BON DAW­SON, 2000

Il y a les gens qui savent re­bon­dir, et puis il y a James Van Der Beek. De re­tour à un point se­mi-mort une dé­cen­nie après Daw­son, l’ac­teur n’était plus vrai­ment connu que pour son Ugly Crying Meme, du fi­nal de la sai­son 3. Il a dé­ci­dé d’en de­ve­nir le meilleur avo­cat, al­lant jus­qu’à lan­cer le site de reac­tion gifs Ja­mes­van­der­memes.com. Ré­sul­tat : un ca­pi­tal sym­pa­thie boos­té et une car­rière qui a de­puis re­pris du poil de la bête.

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