Ti­touan Puyo, dans la cour des grands

SUP - - Sommaire - _TEXTE ET PHO­TOS LAURENT NEVAREZ

RÉ­VÉ­LÉ LORS DU DER­NIER CHAM­PION­NAT DE FRANCE DE SUP- RACE À CA­NET, LE CALÉDONIEN TI­TOUAN PUYO, 23 ANS, N’A DE­PUIS CESSÉ D’IM­PRES­SION­NER JUS­QU’À DÉ­CRO­CHER EN MAI DER­NIER LE TITRE DE CHAM­PION DU MONDE ISA SUR L’ÉPREUVE LONGUE DIS­TANCE. DÉ­FI­NI­TI­VE­MENT EN­TRÉ DANS L’ÉLITE IN­TER­NA­TIO­NALE ET PLUS MO­TI­VÉ QUE JA­MAIS, ‘’ TI­TOU’’ N’EN RESTE PAS MOINS UN GARÇON EX­TRÊ­ME­MENT AC­CES­SIBLE ET GEN­TIL DONT L’HU­MOUR ET LA BONNE HU­MEUR SONT UNA­NI­ME­MENT AP­PRÉ­CIÉS. REN­CONTRE EX­CLU­SIVE AVEC LA RÉ­VÉ­LA­TION SUP- RACE MON­DIALE DE L’AN­NÉE…

Sa­lut Ti­touan, on te dé­couvre de­puis peu à tra­vers tes ré­sul­tats im­pres­sion­nants sur la scène race fran­çaise et in­ter­na­tio­nale, peux­tu nous ra­con­ter d’où tu viens ? J’ha­bite à Nou­méa, en Nou­velle-Ca­lé­do­nie, de­puis une di­zaine d’an­nées mais je suis né à Ra­pa dans les îles aus­trales, en Po­ly­né­sie. Mes pa­rents ont quit­té la France pour se rendre dans le Pa­ci­fique à bord d’un voi­lier avec mon grand frère et je suis né lors­qu’ils sont ar­ri­vés en Po­ly­né­sie. Nous avons bou­gé en Ca­lé­do­nie un peu plus tard. J’ai donc ha­bi­té toute mon en­fance et mon ado­les­cence sur un ba­teau, une vie as­sez par­ti­cu­lière mais très sym­pa. Tu as donc tou­jours eu un contact pri­vi­lé­gié avec l’océan, tu étais des­ti­né à t’in­ves­tir plei­ne­ment dans une ac­ti­vi­té nautique en quelque sorte… Oui en ef­fet, j’ai fait un peu de voile en op­ti­miste au dé­but mais bi­zar­re­ment je n’ai pas ac­cro­ché plus que ça, en étant tout le temps sur le ba­teau je n’avais pas for­cé­ment en­vie de faire de la voile en de­hors. Vers 10 ans, j’ai vou­lu suivre mon frère ai­né Al­ban et j’ai dé­cou­vert le Va’a, la pi­rogue po­ly­né- sienne sans gou­ver­nail. Le Va’a est très pré­sent en Ca­lé­do­nie, c’est la souche po­ly­né­sienne de la culture lo­cale, il y a une vraie dy­na­mique spor­tive au­tour de ce sport. C’était au dé­but un ex­cellent moyen de dé­cou­vrir la côte et les îles, puis je me suis pris au jeu des com­pètes et j’ai dé­cro­ché des po­diums dès ma deuxième an­née. J’étais su­per mo­ti­vé pour m’in­ves­tir d’avan­tage et j’ai été de nom­breuses fois cham­pion de Ca­lé­do­nie mi­nime, ca­det, ju­nior puis open jus­qu’à cette an­née en­core. J’ai eu la chance d’être sé­lec­tion­né en équipe de Ca­lé­do­nie pour de nom­breux cham­pion­nats du monde en Nou­velle Zé­lande, Ca­li­for­nie… ou bien d’autres com­pé­ti­tions très re­le­vées comme les jeux du pa­ci­fique, avec Tahiti et les autres îles. J’ai ap­pris énor­mé­ment d’un point de vue spor­tif et hu­main au cours de ces dé­pla­ce­ments en groupe. À quel mo­ment com­mences-tu le SUP ? En fait, c’est un peu une drôle de cir­cons­tance. Après les jeux du pa­ci­fique en août 2011, je suis par­ti en France pour mes études, à Brest, puis dans les landes et je ne pou­vais plus vrai­ment m’en­traî­ner en Va’a. De re­tour en

Ca­lé­do­nie, à l’au­tomne 2012, tous mes potes m’ont dit que j’avais un peu trop man­gé en France ! [rires]. J’étais à 87 ki­los et on m’a conseillé de faire du SUP car c’est un su­per exer­cice pour perdre du poids et re­trou­ver la forme. Après une petite se­maine d’en­traî­ne­ment, le re­ven­deur Star­board de Nou­velle-Ca­lé­do­nie m’a prê­té une planche 12’6 x 30 Tou­ring pour par­ti­ci­per à une course lo­cale se te­nant le week-end sui­vant. J’ai trou­vé ça très sym­pa et je suis ar­ri­vé

« JE SUIS UN PEU COMME UN MO­TEUR DIE­SEL, IL FAUT QUE JE ME LANCE ! » [RIRES]

pre­mier en 12’6, si bien qu’à la fin de l’épreuve, le ma­ga­sin ‘’Nou­méa Board Shop’’ m’a pro­po­sé de ve­nir choi­sir une planche Star­board de race au ma­ga­sin. C’était une su­per op­por­tu­ni­té pour moi d’avoir mon propre ma­tos et ça m’a don­né en­vie de conti­nuer le SUP-race en pa­ral­lèle du Va’a. J’ai alors fait toutes les courses que je pou­vais en Ca­lé­do­nie et le conseiller de la ligue ca­lé­do­nienne, Pas­cal Gan­gu­tia, voyant mes bons ré­sul­tats, m’an­nonce que si je gagne les cham­pion­nats de Ca­lé­do­nie, il m’en­voie au cham­pion­nat de France. Et à par­tir de là tu n’as plus que cette com­pé­ti­tion dans le vi­seur… Oui, ça m’a don­né un bel ob­jec­tif, c’était une pé­riode où je tra­vaillais dans une école de SUP qu’on a mon­té avec le shop et je pas­sais beau­coup de temps sur l’eau, ce qui m’a for­cé­ment fa­ci­li­té l’en­traî­ne­ment au ni­veau de l’équi­libre et de la tech­nique de rame. L’épreuve ar­rive en­fin et je gagne le cham­pion­nat calédonien puis à un mois de par­tir en France, je n’ai fait que m’en­traî­ner à 100 % pour la race, l’école tour­nait sans moi. Je vou­lais ab­so­lu­ment faire un bon ré­sul­tat au cham­pion­nat de France, c’était mon ob­jec­tif prin­ci­pal ! Ar­rive donc le fa­meux cham­pion­nat de France de SUP-race à Ca­net en Rous­sillon où tu dé­croches le titre sur la longue dis­tance dès le pre­mier jour, ra­contes-nous ça vu de l’in­té­rieur ? Quand je me suis ren­du sur cette com­pé­ti­tion, je n’avais au­cune idée de mon ni­veau, ayant tou­jours concou­ru en SUP contre des ra­meurs ca­lé­do­niens, c’était es­sen­tiel de me faire une opi­nion. L’épreuve longue dis­tance s’est hy­per bien dé­rou­lée pour moi, j’ai eu de la chance sur les condi­tions car c’était down­wind et chez moi je fais énor­mé­ment d’en­traî­ne­ment dans ce type de condi­tions avec un peu la même force de vent. J’étais éga­le­ment en confiance sur la planche avec la­quelle je m’étais en­traî­né toute l’an­née (All­star 2013 12’6 x 25’’). Je tombe au dé­part de la course mais bi­zar­re­ment j’ar­rive pe­tit à pe­tit à re­ve­nir sur les pre­miers. Je sen­tais que j’avan­çais plu­tôt bien et je me suis dit que je pou­vais es­sayer de ga­gner en me mo­ti­vant pour tout don­ner sur la der­nière par­tie. Ça cor­res­pond bien au rythme que j’avais dé­jà en Va’a, j’ai ja­mais été très per­for­mant en sprint en ligne pré­fé­rant da­van­tage les longues dis­tances, je suis un peu comme un mo­teur die­sel, il faut que je me lance ! [rires] Tu es ar­ri­vé sur l’évè­ne­ment en qua­si in­con­nu, quel a été ton re­gard et tes im­pres­sions sur le mi­lieu du SUP race tri­co­lore, un mi­cro­cosme qui a l’ha­bi­tude de se re­trou­ver sur chaque épreuve ? C’était amu­sant car à la réunion brie­fing d’avant course je ne connais­sais ab­so­lu­ment per­sonne. J’étais au fond de la salle avec 3 autres Ca­lé­do­niens, Alexandre Rouys, Sa­rah De­lau­ney et Tho­mas Goyard, j’ai juste croi­sé Lu­do Du­lou que je connais­sais un peu de la pi­rogue dans le Pays Basque. Après 10 an­nées de com­pé­ti­tion en Va’a et 1 an et de­mi de SUP en Ca­lé­do­nie où je connais­sais tout le monde, c’est une sen­sa­tion par­ti­cu­lière de prendre place sur la ligne de dé­part sans que per­sonne ne vous cal­cule. Après la course, c’était dif­fé­rent, j’ai vrai­ment ren­con­tré plein de gens sym­pas et ap­pré­cié la ré­ac­tion des par­ti­ci­pants qui m’ont fé­li­ci­té sans au­cune mau­vaise pen­sée ni ja­lou­sie. J’ai vrai­ment été bien ac­cueilli par les autres ri­deurs et j’ai même eu la sen­sa­tion que beau­coup étaient contents qu’il y ait une nou­velle tête qui ar­rive dans le SUP fran­çais. Je trouve qu’il y a une ex­cel­lente am­biance dans le mi­lieu, c’est un sport pra­ti­qué à très haut ni­veau tout en gar­dant un es­prit convi­vial, j’es­père que ça va du­rer. Le len­de­main de la longue dis­tance, je fais 3e sur la beach race der­rière Éric Ter­rien et Ar­thur Arut­kin. Un ré­sul­tat qui m’a confor­té éga­le­ment. Ce cham­pion­nat a été un dé­clic pour toi au ni­veau spor­tif ? Il y a l’avant et

l’après Ca­net, non ? En ef­fet après ce bon ré­sul­tat, j’ai dé­ci­dé de me consa­crer à 100 % au SUP. J’ai dû dé­ca­ler mon re­tour en Nou­velle-Ca­lé­do­nie pour par­ti­ci­per, à Quiberon, aux sé­lec­tions en équipe de France (pour le cham­pion­nat ISA) et d’autres courses im­por­tantes en France comme la tra­ver­sée de Pa­ris en dé­cembre. J’étais en­tré dans le jeu et les spon­sors me pro­po­saient de m’ai­der sur différents évè­ne­ments. Après Pa­ris où tu ter­mines 3ème, tu en­chaînes en­suite avec le stage à Quiberon avec différents for­mats de courses qui t’obligent à t’adap­ter… Oui c’était très po­si­tif d’être pen­dant 5 jours avec tout ce groupe des meilleurs ri­deurs fran­çais. On a eu différents for­mats de race avec des down­winds tech­niques, du flat et des beach races dans les vagues. Je ne suis pas un ex­pert dans ce der­nier type de condi­tion et j’ai eu la sen­sa­tion d’ap­prendre pas mal au contact des autres. L’am­biance était très com­pé­ti­tive mais vrai­ment ex­cel­lente et à l’is­sue de ces courses, mes ré­sul­tats com­bi­nés à ceux de Ca­net me per­mettent de dé­cro­cher la se­conde place en équipe de France pour le Ni­ca­ra­gua en mai, un vrai sou­la­ge­ment et la sen­sa­tion d’avoir at­teint un ob­jec­tif sup­plé­men­taire. Tu as en­suite pu ren­trer au pays se­rei­ne­ment, quit­ter le froid hi­ver­nal et par­tir te res­sour­cer, comment s’est pas­sé cette trêve hi­ver­nale pour toi ? J’ai re­trou­vé ma famille, mes amis et j’ai re­pris le bou­lot sur une base de voile et kayak dans une pro­vince au sud de la Ca­lé­do­nie. C’était bien de se res­sour­cer après cette fin d’an­née très in­tense et de pré­pa­rer la sai­son 2014 que je vou­lais at­ta­quer à fond. Tu com­mences jus­te­ment cette sai­son par­ti­cu­liè­re­ment tôt puisque tu pars sur la Gold Coast aus­tra­lienne par­ti­ci­per à la my­thique course 12 To­wers, ra­conte nous ce pro­jet ? Quelles ont été tes im­pres­sions ? En fait, c’est Greg Clo­sier qui m’a mis l’idée en tête du­rant le stage à Quiberon. Il m’a dit que le par­cours de la longue dis­tance en down­wind de­vrait me plaire. J’ai donc pris un billet d’avion et j’ai été lo­gé pen­dant 15 jours chez Pe­ter Dor­ries, l’en­traî­neur de Beau O’Brian (lui aus­si du team Star­board) qui m’a éga­le­ment coa­ché. C’était ex­cellent de dé­cou­vrir la culture lo­cale au­tour du SUP et du paddleboard vrai­ment tour­née vers la per­for­mance. Il y a sur cette zone de la Gold Coast les meilleurs ri­deurs aus­tra­liens voire mon­diaux, les mecs s’en­traînent très dur, c’est vrai­ment im­pres­sion­nant la dy­na­mique qu’il y a au­tour du SUP-race. Tu as quand même réus­si à les battre sur une course, ra­contes-nous un peu ça… Oui, on peut voir ça comme ça [rires]. En fait, la pre­mière course, l’épreuve longue dis­tance, s’est su­per bien pas­sé pour moi, un down­wind as­sez tech­nique avec un vent

« C’EST UNE SEN­SA­TION PAR­TI­CU­LIÈRE DE PRENDRE PLACE SUR LA LIGNE DE DÉ­PART SANS QUE PER­SONNE NE VOUS CAL­CULE. »

mo­dé­ré. J’étais to­ta­le­ment in­con­nu sur la ligne de dé­part à cô­té de Jake Jen­sen, Paul Jack­son, Beau O’Brian… des mecs que je voyais dans les ma­ga­zines et que je n’au­rais ja­mais pen­sé dépasser un jour ! Eux non plus n’au­raient ja­mais ima­gi­né être dé­pas­sés par moi, tu me di­ras ! [rires]. Après avoir été en tête une bonne moi­tié de la course, je tombe au pas­sage d’une pointe et Beau O’Brian re­prend la tête mais je reste à son contact juste der­rière et je pro­fite d’une chute de sa part dans les vagues de l’ar­ri­vée pour le dépasser et fi­nir pre­mier. C’était énorme pour moi d’al­ler cher­cher ces mecs­là sur leur ter­rain ! Le len­de­main sur la Beach Race, ils m’ont quand même mis la mi­sère et je ter­mine seule­ment 6e mais c’est une com­pé­ti­tion très im­por­tante pour moi, une confron­ta­tion avec l’élite mon­diale qui m’a don­né confiance et m’a mon­tré que je pou­vais es­sayer de ri­va­li­ser. Là en­core, comme à Ca­net, tu es ar­ri­vé in­co­gni­to… As-tu dé­jà ana­ly­sé pour­quoi ce sta­tut te réus­sit tant ? Est-ce le challenge ou l’ab­sence de pres­sion qui te donne des ailes ? C’est en ef­fet bien agréable d’ar­ri­ver sans pres­sion sur un évè­ne­ment, per­sonne ne te dit quoi que ce soit avant pour te stres­ser, tout ce qui se passe n’est que du bo­nus ! Per­sonne ne vient non plus te gê­ner ou te suivre au dé­part, tu fais ta course tran­quille, tu doubles cer­tains gars qui te cal­culent pas trop ou pensent que tu vas cra­quer ra­pi­de­ment et si ja­mais tu gagnes c’est énorme de voir les gars qui se de­mandent d’un coup qui tu es ? D’où tu viens ?... Bon après c’est sûr que ça ne dure qu’un temps et après mon coup à la longue dis­tance des 12 To­wers je n’étais plus vrai­ment un par­fait in­con­nu sur la scène mon­diale, un pe­tit chal­len­ger on va dire. [rires] De re­tour en Nou­velle-Ca­lé­do­nie tu t’es fo­ca­li­sé sur la pré­pa­ra­tion du cham­pion­nat du monde Isa dé­but mai ? En ef­fet, j’ai conti­nué à m’en­traî­ner dur physiquement et à par­ti­ci­per à un maxi­mum de courses sur l’île avec Vincent Ve­rhoe­ven qui est ve­nu pas­ser 2 mois ici. On s’est su­per bien en­ten­du et c’était top de se mo­ti­ver tous les deux. Je pre­nais chaque course comme un en­traî­ne­ment sup­plé­men­taire, cer­taines fois je par­tais avec un peu de re­tard pour m’en­traî­ner à draf­ter et re­mon­ter les gars, il y avait des mecs en 14’ que j’es­sayais de suivre… Il y a l’air d’avoir une très bonne dy­na­mique au­tour du SUP sur l’île, comment dé­cri­rais-tu ça ? Il y a de plus en plus d’en­goue­ment et pas mal de courses chaque week-end. Il y a plu­sieurs clubs avec pas mal d’adhé­rents qui rament ré­gu­liè­re­ment sur différents spots. Il y a de bons ra­meurs, des mecs comme Franck Mul­ler qui par­ti­cipe cette an­née à la Mo­lo­kai en So­lo. Moi je suis li­cen­cié à Bou­rail, là où la ligue de surf a son fief, mais je rame avec des gars de tous les clubs. Le ma­tin on peut faire des en­traî­ne­ments frac­tion­nés pour tra­vailler le car­dio et si le vent se lève l’après-mi­di au-des­sus de 10 noeuds, c’est l’ef­fer­ves­cence, tout le monde s’ap­pelle ou en­voie des mes­sages sur Fa­ce­book pour or­ga­ni­ser des down­winds. On fait alors un ou deux runs de 8km entre l’anse Va­ta et la baie du Kuen­du par exemple. Il y a aus­si une sa­crée fer­veur ca­lé­do­nienne qu’on res­sent à cha­cun de tes bons ré­sul­tats. Tu es vrai­ment l’en­fant du pays là-bas, n’est-ce pas ? En ef­fet ! [rires] Ça reste une petite île et on se connait tous dans le mi­lieu, sur­tout après mes 10 an­nées de Va’a et mes sé­lec­tions en équipe de Ca­lé­do­nie. Je res­sens un im­mense sou­tien lo­cal à chaque fois que je vais sur une com­pé­ti­tion im­por­tante, tout le monde suit mes ré­sul­tats et m’en­cou­rage, ça fait évi­dem­ment très plai­sir. Après, cer­taines fois ça peut être dé­sta­bi­li­sant quand c’est too much et ça peut fi­nir par mettre la pres­sion : pour eux je suis obli­gé de tout ga­gner cette an­née et il n’y a per­sonne d’autre en face ! [rires] Mal­heu­reu­se­ment, ce n’est pas aus­si simple que ça ! Après ce break au Pays, ar­rive en­fin l’échéance du Ni­ca­ra­gua, tu te sens comment pour abor­der cette com­pé­ti­tion si im­por­tante ? J’étais très re­po­sé et me sen­tais bien pré­pa­ré physiquement et men­ta­le­ment. Je pense que c’était vrai­ment très bé­né­fique d’être res­té quelques mois en Nou­velle-Ca­lé­do­nie pour me res­sour­cer et être avec mes proches. J’avais son­gé un mo­ment à par­ti­ci­per aux étapes SUWS du Bré­sil et d’Abu Dha­bi mais au fi­nal quand tu vas sur ce type d’épreuves

tu ne t’en­traînes plus trop, tu voyages beau­coup, tu es loin de chez toi, tu ne manges pas for­cé­ment ce que tu vou­drais… Je suis ar­ri­vé au cham­pion­nat ISA au Ni­ca­ra­gua sans pres­sion, je ne connais­sais presque au­cun des ad­ver­saires, j’avais du mal à éva­luer leur ni­veau. Même si tout le monde en Ca­lé­do­nie at­ten­dait un gros ré­sul­tat de ma part (comme tou­jours), j’es­sayais de ne pas en te­nir compte pour ar­ri­ver dé­ten­du. C’est un peu ma fa­çon de faire, la « Pa­ci­fic At­ti­tude » comme on dit là-bas ! [rires]. Ra­contes-nous un peu comment tu as vé­cu cette com­pé­ti­tion de l’in­té­rieur ? Le fait de se dé­pla­cer sur cet évè­ne­ment au sein de l’équipe de France m’a par­ti­cu­liè­re­ment plu et rap­pe­lé beau­coup de bons sou­ve­nirs lorsque j’étais en sé­lec­tion ca­lé­do­nienne de Va’a : le défilé de chaque équipe, por­ter le dra­peau, croi­ser d’autres ath­lètes très sym­pas. Je pense que le fait d’avoir par­ti­ci­pé à de nom­breux évè­ne­ments in­ter­na­tio­naux en pi­rogue m’a permis de ne pas être trop im­pres­sion­né par tout ce qu’il y a au­tour de cette com­pé­ti­tion et perdre mes moyens. Et puis l’am­biance était top... Le fait d’être en bi­nôme avec Éric Ter­rien, un ha­bi­tué des mon­diaux ISA et un ex­cellent ri­deur de ni­veau proche, était un vrai plus ? Il y avait une com­pli­ci­té mais aus­si une ému­la­tion très po­si­tive entre vous ? Bien sûr c’était gé­nial d’être avec Éric, on est pote et il m’a ap­pris énor­mé­ment tout au long de l’épreuve. Il connais­sait bien le pla­teau et sa­vait qu’on avait les ca­pa­ci­tés pour faire un coup et es­pé­rer un ré­sul­tat. Il passe beau­coup de temps à faire du re­pé­rage de par­cours et moi qui ne suis pas un grand spé­cia­liste, ça m’a énor­mé­ment ser­vi d’avoir ce type d’ap­proche sur­tout sur un tra­cé aus­si com­pli­qué. La com­pé­ti­tion dé­marre par la qua­li­fi­ca­tion de la beach-race puis la fa­meuse longue dis­tance ? Sur les qua­li­fi­ca­tions, j’ai beau­coup ob­ser­vé les courses des prin­ci­paux fa­vo­ris pour es­sayer de les iden­ti­fier en tant qu’ad­ver­saires et com­prendre comment ils gèrent leurs courses. C’était très in­té­res­sant pour moi qui ne connais­sais per­sonne. Puis ar­rive le jour de la longue dis­tance, je pars co­ol comme d’ha­bi­tude tout en res­tant au contact du groupe de tête mais j’ai du mal à ren­trer dans le draft, alors je dé­cide de m’écar­ter et de ra­mer tout seul. Je voyais que j’avan­çais bien sans trop for­cer, ce qui est tou­jours bon signe, et je me sen­tais en forme. Éric me fait en­suite ren­trer dans le train de draft et on a tra­vaillé en­semble. Je me dé­tache dans la der­nière sec­tion down­wind et réus­sis à main­te­nir cette avance jus­qu’à l’ar­ri­vée pour rem­por­ter la course.

À quoi pense-t-on à ce mo­ment-là ? C’était in­croyable après au­tant d’ef­forts de rem­por­ter ce titre mon­dial et d’être ac­cueilli par toute l’équipe de France... C’était tel­le­ment sa­tis­fai­sant aus­si d’avoir fait ce tra­vail d’équipe avec Éric qui dé­croche une belle mé­daille de bronze et de par­ta­ger ce po­dium. Je sa­vais que la longue dis­tance était l’épreuve sur la­quelle je pou­vais faire quelque chose et c’était tel­le­ment agréable d’avoir été au bout de mes ob­jec­tifs, je ne vou­lais pas ra­ter cette course. Pas fa­cile de se concen­trer sur la beach race le len­de­main, sans avoir le même suc­cès tu es quand même dans le match ? Oui, for­cé­ment après une telle émo­tion on a du mal à dor­mir pen­dant la nuit avec l’ex­ci­ta­tion, les nerfs… Sur cette deuxième épreuve, je reste dans le train de draft pen­dant toute la course mais je sens que j’ai moins d’éner­gie et lorsque je place deux at­taques pour re­mon­ter, elles ne paient pas et je dois me conten­ter d’une 7e place mais heu­reu­se­ment Éric dé­croche une belle 4e place. Après cette très belle per­for­mance au Ni­ca­ra­gua, tu rentres en France et dé­cides de faire toutes les plus grosses courses en Eu­rope ? Oui, l’ob­jec­tif était de conti­nuer à me confron­ter aux meilleurs, ap­prendre à les connaitre et sur­tout ac­qué­rir un maxi­mum d’ex­pé­rience sur tous les for­mats de course. J’ai donc par­ti­ci­pé à la SUP race cup de Ste Maxime, puis les SUWS de Bil­bao et Olé­ron. J’ai fait quelques bons ré­sul­tats et ap­pris beau­coup sur ces courses, no­tam­ment sur les for­mats sprints pas évi­dents à gé­rer. Puis je suis al­lé à Lost Mills en Al­le­magne, la plus grosse course en termes de ni­veau. Je com­mets une er­reur de par­cours en sui­vant le groupe de tête et ne par­vient pas à re­ve­nir. Une vraie dé­cep­tion mais une le­çon à re­te­nir pour la suite. C’est tou­jours in­té­res­sant de ra­mer face à des ri­deurs comme Dan­ny Ching, Con­nor Bax­ter ou le Ta­hi­tien Georges Crons­teadt, une star mon­diale du Va’a que je voyais en pos­ter sur les murs quand j’étais ga­min. Tu as bou­gé sur toutes ces com­pé­ti­tions en Eu­rope avec toute une bande de ri­deurs fran­çais voire in­ter­na­tio­naux, c’est im­por­tant pour toi d’avoir cet es­prit de groupe ? Tu sembles comme un pois­son dans l’eau au­jourd’hui dans le mi­lieu du SUP tri­co­lore… En fait, tout a com­men­cé quand Vincent Ve­rhoe­ven est ve­nu en Nou­velle-Ca­lé­do­nie. A mon re­tour en France j’ai fait tous les dé­pla­ce­ments avec lui et ses amis Greg Clo­sier, Ar­thur Da­niel … On s’en­tend vrai­ment très bien et d’autres ri­deurs in­ter­na­tio­naux comme Cas­per Stein­fath, Beau O’brian ou Dy­lan Frick se sont aus­si gref­fés

au truc, c’était su­per d’échan­ger et ri­go­ler tous en­semble. Je viens un peu de cette culture de la convi­via­li­té et du sport d’équipe en pi­rogue. J’aime par­ta­ger les mo­ments de sport mais aus­si tous les à-cô­tés avec des potes. Ça cor­res­pond à mon ap­proche dé­con­trac­tée de chaque évè­ne­ment.

Vous ve­nez tous d’uni­vers as­sez différents, comment dé­cri­rais-tu l’ap­port es­sen­tiel dont tu as bé­né­fi­cié en SUP-race avec ta grosse ex­pé­rience de pi­rogue Va’a ?

En pi­rogue, j’ai tou­jours ai­mé le down­wind et je re­trouve en SUP beau­coup de ces sen­sa­tions de glisse mais avec une po­si­tion debout qui est vrai­ment très agréable et na­tu­relle. J’ima­gine que la pi­rogue m’a ap­pris à lire le plan d’eau, sa­voir comment pla­cer ma planche par rap­port au bump et sur­tout le bon ti­ming pour ac­cé­lé­rer. C’est bien sûr une bonne pré­pa­ra­tion car­dio et mus­cu­laire in­dis­pen­sable pour le SUP et d’un point de vue tech­nique j’ai trans­po­sé la ges­tuelle de rame que j’avais ap­prise dans le Va’a, du moins pour le haut du corps. J’ai dû ce­pen­dant tra­vailler les jambes, l’équi­libre sur les planches étroites et la co­or­di­na­tion.

Quels sont se­lon toi tes qua­li­tés tech­niques prin­ci­pales et les points que tu as à tra­vailler ?

Je pense que j’ai conser­vé du Va’a la glisse, la ges­tuelle et l’en­du­rance. Main­te­nant je sais que je dois vrai­ment tra­vailler l’ex­plo­si­vi­té des dé­parts en SUP et plus glo­ba­le­ment la beach race dans les vagues. Je dois pro­gres­ser sur les vi­rages de bouées en front­side no­tam­ment, les re­lances et les chan­ge­ments de rythme. Même le draf­ting (col­ler le tail de la planche de­vant soi et uti­li­ser sa vague pour ra­mer moins fort, ndlr) est quelque chose de nou­veau pour moi qui est au­jourd’hui fon­da­men­tal en SUP. Il faut que je mange un maxi­mum de com­pètes pour amé­lio­rer ces points là et ga­gner en ex­pé­rience.

Puisque tu parles de beach race et de vagues, on n’a pas abor­dé l’as­pect surf du stand up, tu vas de temps en temps te faire des ses­sions pour chan­ger de la race ?

Oui, ça m’ar­rive de temps en temps d’al­ler sur­fer en Ca­lé­do­nie avec un SUP sur la bar­rière de co­rail ou sur des vagues au bord comme à Bou­rail. Je fais du surf et du long­board de­puis que je suis ga­min et j’ai tou­jours ai­mé al­ler m’écla­ter dans les vagues. Quand les condi­tions sont bonnes, j’ai même plu­tôt ten­dance à al­ler en surf qu’en SUP ces der­niers temps car j’ai da­van­tage l’im­pres­sion de cou­per avec le stand up que je pra­tique énor­mé­ment en race. Quand les condi­tions sont pe­tites, j’adore al­ler en SUP, c’est tel­le­ment fa­cile de s’amu­ser.

Un autre point que l’on n’a pas abor­dé c’est ton équi­pe­ment, tu uti­lises quoi comme ma­té­riel en race ?

Ma planche prin­ci­pale est la All Star 2014 12’6 x 25.5’’. Elle est très po­ly­va­lente, ain­si même lorsque les condi­tions changent, je sais qu’elle mar­che­ra tou­jours. Elle est tech­nique mais ef­fi­cace en down­wind pas trop mus­clé et se ré­vèle ra­pide sur le plat. Lorsque les condi­tions sont su­per flat, je peux aus­si uti­li­ser oc­ca­sion­nel­le­ment la Sprint 2014 12’6 x 26’’ mais dès que ça bouge j’aime moins. Pour les pa­gaies j’uti­lise l’En­du­ro M 475 in² avec sa pale ar­ron­die, je n’ai pas pris le temps de m’ha­bi­tuer à la nou­velle High as­pect et sa pale très rec­tan­gu­laire, j’ai moins d’af­fi­ni­tés pour cet angle très faible et cette forme de pale.

Pour fi­nir, quels sont tes pro­jets à ve­nir ?

D’un point de vue spor­tif j’ai en­vie de par­ti­ci­per à de gros évè­ne­ments, je dois nor­ma­le­ment faire la Mo­lo­kai en duo avec Zane Sch­weit­zer éga­le­ment du team Star­board. C’est une oc­ca­sion unique de faire ma pre­mière tra­ver­sée et de bé­né­fi­cier de tous les avan­tages qu’il y a sur place. J’ai aus­si en­vie, bien sûr, d’al­ler à la Bat­tle of Paddle en Ca­li­for­nie et ten­ter de dé­cro­cher un bon ré­sul­tat sur la longue dis­tance. Bien évi­dem­ment, je n’oublie pas non plus le cham­pion­nat de France à la fin de l’an­née, c’est un évè­ne­ment ma­jeur du ca­len­drier, il y a une su­per am­biance, une sa­crée ému­la­tion et puis j’ai­me­rais bien dé­fendre mon titre quand même ! [rires]

Ci-des­sus : En pi­rogue Va’a ou en SUP, Ti­touan ne rate ja­mais une oc­ca­sion de s’en­trai­ner au down­wind chez lui en Nou­velle Ca­lé­do­nie sur les bumps du pa­ci­fique.

En haut : Aus­si so­lide men­ta­le­ment que physiquement, Ti­touan sa­vait que cette longue dis­tance des cham­pion­nats du monde ISA, était sa course. En bas à gauche : Mo­ments in­tenses de joie à l’ar­ri­vée entre les deux com­plices tri­co­lores En bas à droite : Ti­touan sa­voure son titre mon­dial ISA sur le po­dium avec Eric Ter­rien.

Ci-des­sus : Même après les 18km de la longue dis­tance de Ste Maxime, Ti­touan ne perd pas son éter­nel sou­rire. Page de droite, en haut : Tou­jours prêt à ex­plo­rer de nou­veau ter­rains de jeu, le Ri­der de Nou­méa s’en­traine de plus en plus dans les vagues en 12’6, un vrai plus pour la beach race. Page de droite, en bas : Sui­vi de près par Eric Ter­rien et Leo Ni­ka, Ti­touan ar­rive le pre­mier à la der­nière bouée de la longue dis­tance de Ste Maxime et se pré­pare à un sprint fi­nal in­tense.

Ci-des­sus : Sur­feur de­puis tou­jours Ti­touan aime de temps en temps chan­ger de la race al­ler s’amu­ser en SUP dans les belles vagues de Nou­velle Ca­lé­do­nie.

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