FRED BON­NEF

AC­TI­VE­MENT PRÉ­SENT SUR LA SCÈNE SUP DE­PUIS SES DÉ­BUTS DANS L’HEXA­GONE, FRED BON­NEF A ÉTÉ CONTRAINT DE QUIT­TER SOU­DAI­NE­MENT SON TER­RAIN DE JEU PRÉ­FÉ­RÉ À LA SUITE D’UN TRÈS GRAVE AC­CI­DENT DE LA ROUTE IL Y A 3 ANS. ALORS QUE LES ES­POIRS DE RE­MON­TER UN JOUR S

SUP - - Sup People - _TEXTE ET PHOTOS : L.NEVAREZ

Sa­lut Fred, ta vie a bas­cu­lé bru­ta­le­ment un cer­tain 21 mai 2012, peux-tu nous rap­pe­ler le contexte des évè­ne­ments et les im­por­tants dom­mages que tu as su­bis ? Alors que je re­ve­nais du cham­pion­nat du Lan­gue­doc-Rous­sillon de SUP, à Ca­net-en-Rous­sillon, au vo­lant de mon four­gon, j’ai su­bi une col­li­sion fron­tale sur l’au­to­route à la hau­teur de Bé­ziers par un vé­hi­cule qui s’est re­trou­vé en sens in­verse après avoir ex­plo­sé les rails de sé­cu­ri­té. Il n’y a pas de mots as­sez vio­lents pour ex­pli­quer le choc que j’ai en­cais­sé. Je suis res­té 3 heures et de­mie in­car­cé­ré dans mon vé­hi­cule avant que les pom­piers ne m’en sortent. J’ai su­bi plus de 18 frac­tures dont 8 ou­vertes et cer­taines ex­trê­me­ment graves. J’ai failli être am­pu­té plu­sieurs fois de la jambe droite. Mon crâne, mes côtes, mon ster­num, mon avant-bras gauche, mes deux jambes : tout était ex­plo­sé, écra­sé. On ne voyait pas à l’époque com­ment je pou­vais m’en sor­tir. Un très long che­min de croix dé­bute alors pour toi, une lutte de chaque ins­tant pour es­sayer de re­trou­ver un jour tes fa­cul­tés mo­trices per­dues, ra­conte-nous un peu les étapes de cette longue gué­ri­son/ré­édu­ca­tion. Il a d’abord fal­lu que je me batte pour res­ter en vie et que je me sorte du cau­che­mar dans le­quel le coma m’avait plon­gé. Puis il a fal­lu me convaincre moi-même que ce­la va­lait la peine de conti­nuer à lut­ter. J’au­rais aus­si bien pu me lais­ser al­ler. Je me suis dit que je n’avais rien à perdre et qu’il fal­lait es­sayer. J’ai fait une sorte de pacte avec moi­même, j’ai pris ma dé­ci­sion et je suis al­lé jus­qu’au bout. J’avais une confiance aveugle en mon chi­rur­gien Ro­main Au­goyard, j’ai en­cais­sé plus de 35 opé­ra­tions, la plus longue ayant du­ré 17 heures ! Cha­cune me per­met­tait de pas­ser un cap phy­si­que­ment, mais ce fut très dur. J’ai en­chai­né les séances de ré­édu­ca­tion tous les jours en fai­sant sys­té­ma­ti­que­ment beau­coup plus que ce que l’on me de­man­dait. J’avais vrai­ment la rage, mais il le fal­lait parce que j’avais des mon­tagnes à gra­vir tous les jours. Je me suis achar­né jus­qu’à réussir à re­mar­cher. Le tra­vail psy­cho­lo­gique et men­tal est co­los­sal éga­le­ment ? J’ai tou­jours pen­sé que se soi­gner passe par la connais­sance de soi. J’ai ap­pris à uti­li­ser mes émo­tions pour sur­pas­ser mes dou­leurs, connaitre les pro­ces­sus de la frus­tra­tion, de la peur et de la haine. J’ai ap­pris à les ap­pri­voi­ser, à en connaitre les causes et à ne pas les lais­ser me contrô­ler. J’ai par­lé à mon corps comme on parle à une autre per­sonne, je me suis pro­je­té men­ta­le­ment, je me suis vu mar­cher à nou­veau, cou­rir, sur­fer... J’ai es­sayé d’être po­si­tif, de cé­lé­brer chaque pe­tite vic­toire. Puis j’ai ap­pris à re­lâ­cher, à ne pas lut­ter sys­té­ma­ti­que­ment, à ex­pri­mer mes sen­ti­ments et mes dou­leurs, à ar­rê­ter de tout in­té­rio­ri­ser et à éta­blir un rap­port de confiance avec le per­son­nel soi­gnant. C’est aus­si ce­la qui m’a ai­dé à avan­cer. Est-ce que le fait de re­mon­ter un jour sur un SUP était aus­si un élé­ment mo­teur qui te don­nait la force et l’es­poir ? À quoi te rac­cro­chais-tu ? Je me suis rac­cro­ché aux ex­pé­riences ac­cu­mu­lées tout au long de ma vie, à mon en­fance pas­sée sur un voi­lier, aux voyages, à mon par­cours de pas­sion­né, à ce jeune rê­veur de 20 ans qui par­tait en trip à Ta­ri­fa sans un sou. Je me suis rac­cro­ché à des ga­lères en tout genre que j’avais eues et à ma ca­pa­ci­té à les sur­mon­ter seul. Je m’étais dé­jà prou­vé avant l’ac­ci­dent que tout est pos­sible avec de la vo­lon­té. Le stand up paddle, que j’ai dé­cou­vert fin 2007, m’a ou­vert de nom­breuses pos­si­bi­li­tés. J’y ai cru dès que je suis mon­té des­sus et j’ai sur­tout pu consta­ter les bé­né­fices phy­siques que ce­la m’ap­por­tait. Donc l’idée de re­mon­ter sur un SUP a ef­fec­ti­ve­ment été un énorme mo­teur, car je sa­vais qu’à par­tir du mo­ment où je se­rai ca­pable de pra­ti­quer à nou­veau ce sport, ce­la ac­cé­lè­re­rait ma ré­édu­ca­tion. J’ai eu rai­son de m’ac­cro­cher à cette idée, car d’une cer­taine ma­nière, le SUP m’a sau­vé phy­si­que­ment et psy­cho­lo­gi­que­ment, il m’a per­mis de re­con­nec­ter avec l’océan et de me re­cons­truire. Cette épreuve sem­blant se rap­pro­cher de la fin, tu en es où exac­te­ment au ni­veau de ta ré­cu­pé­ra­tion phy­sique ? Quelles sen­sa­tions as-tu re­trou­vées sur ta planche et qu’est-ce qu’il te reste en­core à sur­mon­ter ? J’ai en­core beau­coup de li­mi­ta­tions mé­ca­niques et je res­sens des dou­leurs tous les jours, mais pa­ra­doxa­le­ment, je sens tout de même que je peux en­core comp­ter sur mon phy­sique. Ce qui me gêne le plus, ce sont le gros manque de sou­plesse de ma che­ville droite, les dou­leurs sur les ro­tules de mes deux ge­noux, ain­si que les li­mi­ta­tions res­pi­ra­toires liées à ma cage tho­ra­cique qui a été en­fon­cée pen­dant l’ac­ci­dent. Mal­gré tout, sur l’eau, j’ai re­trou­vé le plai­sir de sur­fer des vagues et je sors dans des condi­tions sé­rieuses au Pays Basque et dans les Landes. Je re­fais éga­le­ment du SUP race et je me fais quelques bons down­winds quand l’oc­ca­sion se pré­sente. Mais je souffre de la che­ville droite quand la dis­tance est trop longue. Je reste op­ti­miste et je conti­nue à tra­vailler pour pro­gres­ser. Tu n’avais pas en­tiè­re­ment dé­cro­ché avec le SUP pen­dant ta conva­les­cence, on se sou­vient tous que tu as été di­rec­teur de course au Cham­pion­nat de France Race 2013 à Col­lioure et au Mon­dial du Vent à Leu­cate, que re­tiens-tu de ces ex­pé­riences ? Pascal Ma­ka, Guillaume As­truc et Ch­ris­tophe Ro­que­fère m’ont pous­sé pour que je m’im­plique dans l’or­ga­ni­sa­tion et dans la di­rec­tion de course. Je crois qu’ils ont sen­ti que j’avais be­soin d’avan­cer à la fois pour moi et pour les autres. J’ai pré­pa­ré ces courses alors que j’étais en centre de ré­édu­ca­tion. À cette époque, beau­coup de choses

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