2. CON­SEILS TECH­NIQUES DE TI­TOUAN

SUP - - Pédago -

AT­TRA­PER LES BUMPS

Beau­coup de no­vices pensent que le bump ar­rive de der­rière, car ils ont l’image de la vague en surf, mais en réa­li­té en SUP-race, lorsque l’on est lan­cé, on avance plus vite que les bumps, ces cla­pots que l’on cherche à ex­ploi­ter et qu’on fi­nit par dou­bler (a contra­rio en surf, les vagues vont plus vite que le ri­deur qui rame). Ce­la étant dit, je pense qu’il faut donc évi­ter à n’im­porte quel mo­ment en down­wind d’avoir le re­gard por­té der­rière soi, mais bien de­vant avec un champ de vi­sion de 90° en­vi­ron. En de­hors de la si­tua­tion où l’on re­dé­marre après une chute ou que l’on est to­ta­le­ment ar­rê­té, on ne re­cherche pas le bump qui ar­rive, mais plu­tôt ce­lui qui se pré­sente de­vant nous, un creux qui forme sous son nose et dans le­quel on va es­sayer de des­cendre. Le but du down­wind pour­rait se sché­ma­ti­ser à vou­loir tou­jours mettre la pointe de sa planche là où il y a le plus de creux. La planche doit rester au maxi­mum la tête en bas et on es­saie de ra­mer le moins pos­sible. Le ti­ming pour ra­mer fort afin de par­tir sur le bump est cru­cial. Il est dif­fi­cile de don­ner un mo­ment pré­cis, car il dé­pend de beau­coup de pa­ra­mètres : le ni­veau du ri­deur et l’ef­fi­ca­ci­té de son geste, sa vi­tesse ini­tiale, la qua­li­té du bump, le pla­ce­ment que l’on donne à sa planche, le vo­lume de la planche et de son nose, etc. Il n’y a pas non plus de type de rame par­ti­cu­lière pour dé­mar­rer un bump, ça dé­pend de ce der­nier et de la planche. Ça peut être un gros coup puis­sant, par­fois, ou à d’autres mo­ments, des ra­fales de coups en fré­quence. Cha­cun doit donc se for­ger son ex­pé­rience, com­prendre comment se passent les choses sur l’eau, trou­ver ses re­pères. Il n’y a pas de meilleur con­seil que d’ava­ler des ki­lo­mètres de down­wind pour ap­prendre, c’est là que ça se rap­proche du surf ! Une chose est cer­taine, sur­tout lors­qu’on est no­vice, c’est qu’il faut tou­jours es­sayer d’an­ti­ci­per au maxi­mum la prise de bump et ne pas at­tendre le der­nier mo­ment pour ra­mer. Dès que la planche re­garde vers le ciel, c’est-à-dire qu’on est sur le dos du bump, ça ne sert sou­vent à rien de for­cer, c’est trop tard, à ce mo­ment-là, il vaut mieux tem­po­ri­ser et at­tendre un autre bump qui se pré­sente.

SUR­FER LES BUMPS AVEC CONTRÔLE

Une fois que la planche est prise par le bump, on va donc glis­ser et cher­cher à gar­der du contrôle. Sur cer­tains bumps bien mar­qués, on va cher­cher à tirer un maxi­mum de glisse en les sur­fant. On peut re­cu­ler ses ap­puis et quit­ter sa po­si­tion de rame au centre pour se mettre en po­si­tion surf à l’ar­rière et ain­si bien contrô­ler, comme dans une vague, évi­ter que le nose en­fourne de­vant, le­ver les bras par­fois. C’est plai­sant à faire, par­fois en exa­gé­rant, sur­tout sur

les gros down­winds, mais dans les plus pe­tites condi­tions, pour amé­lio­rer vos per­for­mances, je re­com­mande de ne pas trop se lais­ser al­ler à ça sur chaque bump pour ne pas s’ar­rê­ter trop long­temps de ra­mer, mais da­van­tage es­sayer d’être ré­ac­tif et ra­mer un pe­tit coup puis­sant de temps en temps, se re­pla­cer… J’aime l’idée de lais­ser tou­jours la pa­gaie au contact de l’eau, même si l’on ne force pas, on est prêt à mettre un gros coup au bon en­droit et au bon mo­ment. Je sais que Tra­vis Grant, par exemple, est tou­jours en train de ra­mer ou de cher­cher à op­ti­mi­ser sa glisse avec le bon coup de pa­gaie. Quand ça glisse vrai­ment, on peut main­te­nir un geste de rame même si l’on n’en­fonce pas la pa­gaie dans l’eau, on ac­com­pagne et on peut, à tout mo­ment, mettre un vrai coup de pa­gaie. Je pense qu’on amé­liore ses per­for­mances en étant tou­jours en alerte et tou­jours prêt à op­ti­mi­ser sa glisse sur les bumps. La pa­gaie n’a pas uni­que­ment un rôle de pro­pul­sion, elle sert aus­si par­fois à mo­di­fier le pla­ce­ment de la planche, orien­ter sa tra­jec­toire sur­tout lors­qu’on reste au centre de la planche en po­si­tion de rame même pen­dant les pe­tits surfs. Je trouve que c’est une no­tion im­por­tante, ce­la vient sans doute de mon pas­sé de pi­rogue Va’a, car on se di­rige uni­que­ment avec la rame. Ain­si l’angle de la pa­gaie qui rentre dans l’eau est fon­da­men­tal, l’idée, c’est d’ame­ner une orien­ta­tion en com­plé­ment du rôle mo­teur. Sur des down­winds pas très forts et avec cer­taines planches adap­tées avec du ro­cker, lors­qu’on reste au centre en po­si­tion de rame on peut éga­le­ment di­ri­ger sa planche en jouant un peu sur les ap­puis droi­te­gauche. As­so­cié à des coups de pa­gaies ju­di­cieux on ar­rive à bien contrô­ler sa planche. Ce n’est pas aus­si franc et ra­di­cal qu’une prise de rail sur l’ar­rière, mais ça fonc­tionne as­sez bien avec l’ha­bi­tude. Le po­si­tion- ne­ment des pieds est très im­por­tant. En réa­li­té, même au centre, il ne faut ja­mais gar­der les pieds to­ta­le­ment pa­ral­lèles, il faut main­te­nir un lé­ger dé­ca­lage, comme les boxeurs, qui per­met­tra de gé­rer éga­le­ment l’axe lon­gi­tu­di­nal de la planche, d'évi­ter d’en­four­ner ou de trop frei­ner sur l’ar­rière. On se dé­cale d’un de­mi-pied gé­né­ra­le­ment puis d’un pied si les bumps sont plus mar­qués et au-de­là de ça on passe en po­si­tion surf. Dans cette po­si­tion, on di­rige alors da­van­tage sa planche avec les ap­puis talons et or­teils comme en surf ou SUP-surf, ce qui gé­nère des prises de rails plus mar­qués sur­tout si l’on est proche du tail.

ÉCO­NO­MI­SER DE L’ÉNER­GIE

Il faut com­prendre que les dé­pla­ce­ments sur la planche sont sym­pas, mais c’est aus­si une source de perte d’éner­gie avec toute la fa­tigue qui s’ac­cu­mule dans les jambes. Sur de gros par­cours comme la Mo­lo­kai on es­saie d’avoir des planches où on se dé­place le moins pos­sible. C’est l’idée du « rud­der », le gou­ver­nail qu’il y a sur les planches un­li­mi­ted pour les di­ri­ger sans avoir à se re­cu­ler. Ad­di­tion­née à la com­pen­sa­tion de l’agi­ta­tion du plan d’eau, la fa­tigue des jambes est un élé­ment cru­cial en down­wind, c’est le point à sur­veiller.

Lorsque je com­mence à avoir la flemme d’al­ler sur l’ar­rière, que je com­mets des pe­tites er­reurs en en­four­nant un peu le nose, c’est un des pre­miers in­dices de fa­tigue que je re­marque. Il faut donc s’éco­no­mi­ser. Un autre point es­sen­tiel se passe du­rant les phases de glisse, lorsque le bump vous fait avan­cer, pen­sez à bien re­lâ­cher (dé­cris­per) les épaules pour ré­cu­pé­rer et conser­ver de l’éner­gie.

OP­TI­MI­SER LA GLISSE

Du­rant les phases de surf, outre le re­lâ­che­ment, il est bien sûr im­por­tant d’op­ti­mi­ser sa glisse pour être sûr de tirer l’es­sen­tiel de l’éner­gie qu’ap­porte le bump. La glisse est un concept par­fois dif­fi­cile à dé­fi­nir, c’est un fee­ling, mais pour moi c’est sur­tout lié au po­si­tion­ne­ment sur la planche, il faut tou­jours es­sayer d’avoir les pieds as­sez rap­pro­chés à l’en­droit le plus ju­di­cieux « sweets­pot » pour la lais­ser glis­ser au maxi­mum. C’est très pré­cis, ça de­mande de connaître son ma­té­riel, mais aus­si de sen­tir les choses. Un des prin­ci­paux con­seils que je pour­rais don­ner, c’est de faire du surf long­board, c’est une ex­cel­lente école pour la glisse, car on se dé­place sans ar­rêt sur la planche pour trou­ver le point op­ti­mal qui per­met de glis­ser long­temps sur la vague. Un autre bon con­seil, c’est d’es­sayer, cer­tains jours de condi­tions as­sez cor­rectes, de se dire qu’on fait le par­cours en es­sayant de ra­mer le moins pos­sible pour op­ti­mi­ser sa glisse et tirer le maxi­mum de chaque bump. Ça per­met de tra­vailler les sen­sa­tions et cer­taines fois on peut se rendre compte que le temps à l’ar­ri­vée peut être meilleur ou pas très éloi­gné d’un run où l’on rame à fond.

SUR­FER DE TRA­VERS

Lorsque l’on dé­bute, on va gé­né­ra­le­ment se conten­ter de sur­fer les bumps en al­lant tout droit, mais as­sez ra­pi­de­ment vous al­lez vous rendre compte qu’il est sou­vent utile de sur­fer de tra­vers d’un cô­té ou de l’autre se­lon les op­por­tu­ni­tés de dé­fer­le­ment of­fertes par chaque bump. On adop­te­ra gé­né­ra­le­ment une po­si­tion plu­tôt surf et comme dans les vagues, on ac­com­pa­gne­ra gé­né­ra­le­ment sa prise de tra­jec­toire sur le rail par ap­pui ju­di­cieux de la pa­gaie du cô­té in­té­rieur (cô­té or­teils en front­side et cô­té talons en back­side). Sur­fer de tra­vers les bumps peut ser­vir, tout d’abord, à rec­ti­fier sa tra­jec­toire lorsque l’orien­ta­tion de vent n’est pas to­ta­le­ment dans l’axe. On va ain­si cher­cher à sur­fer des bumps tou­jours dans le même sens pour cor­ri­ger son dé­ca­lage par rap­port à l’axe du par­cours. Mais même avec un vent par­fai­te­ment orien­té, dans des bumps très mar­qués et pen­tus, sur­fer de tra­vers est le meilleur moyen pour évi­ter de des­cendre trop vite et d’al­ler per­cu­ter le bump de de­vant, ce qui nous frei­ne­rait d’un coup et de­man­de­rait un ef­fort sup­plé­men­taire pour pas­ser par-des­sus. Dans des condi­tions plus clas­siques, il faut com­prendre que la ligne droite n’est pas tou­jours le chemin le plus ra­pide, il ne faut pas hé­si­ter à par­cou­rir da­van­tage de chemin en sla­lo­mant au gré des bumps qui se pré­sentent pour avan­cer plus vite. Du mo­ment qu’on glisse, c’est tou­jours ça le plus im­por­tant en down­wind. Lorsque l’on est sur un bump, si ça creuse sur un des cô­tés, on va sans cesse es­sayer d’al­ler pla­cer la planche vers cette di­rec­tion pour op­ti­mi­ser la glisse et ra­mer le moins pos­sible.

AT­TENDRE DANS LE BUMP

Contrai­re­ment à ce qu’on pour­rait pen­ser, en down­wind il ne faut pas tou­jours cher­cher à en­chaî­ner les bumps et al­ler vite. Dans cer­tains cas, c’est plus sain de rester at­tendre dans le bump en phase de glisse et sur­tout en ob­ser­va­tion (on peut en pro­fi­ter pour boire un coup aus­si). Il faut ju­ger le ti­ming du bump, il vaut même mieux par­fois frei­ner un peu la planche en char­geant l’ar­rière pour bien rester sur le bump plu­tôt que le dé­pas­ser, sur­tout s’il n’y a rien de­vant. On es­saie d’ex­ploi­ter tout ce qu’il a à of­frir jus­qu’à épui­se­ment, les An­glo-Saxons comme Matt Not­tage ap­pellent ça « to suck the bump » (su­cer le bump). Les gens sont par­fois surpris dans cer­tains cas de voir un ri­deur ex­pé­ri­men­té mettre un coup de frein au lieu d’op­ti­mi­ser la glisse. Après, comme tou­jours, ça dé­pend des par­cours, en Ore­gon à Hood Ri­ver on évite ça, car on passe notre temps à dou­bler les bumps pour avan­cer, c’est ali­gné comme un tapis rou­lant.

RE­LAN­CER

À la fin d’une prise de bumps, il faut es­sayer d’an­ti­ci­per la perte de vi­tesse et re­lan­cer en re­pre­nant une rame dy­na­mique pour gar­der de la vi­tesse. Si l’on n’a au­cune op­tion de creux et de connexion qui ne se pré­sente nulle part, c’est tou­jours ju­di­cieux de cher­cher à se dé­ca­ler un peu de sa tra­jec­toire ini­tiale, al­ler sur le cô­té, car la pro­ba­bi­li­té d’avoir de nou­veaux bumps dans l’axe d’ori­gine est plus faible que sur les cô­tés, comme pour les sé­ries de vagues qui s’ar­rêtent au bout d’un mo­ment puis re­prennent après une ac­cal­mie. Lorsque l’on est dans un pas­sage sans bumps, il faut re­prendre une rame clas­sique et es­sayer d’avoir tou­jours un peu d’iner­tie dans la planche pour pou­voir dé­mar­rer de nou­veaux bumps le plus fa­ci­le­ment quand ils se pré­sentent, sans trop de­voir for­cer…

Par­fois, Ti­touan n’hé­site pas à re­cu­ler sur le tail pour sur­fer un bump plus pen­tu.

Glis­ser sur un pe­tit bump peut of­frir un court mo­ment pour s’hy­dra­ter.

Sa­voir re­lan­cer avec éner­gie.

Sai­sir les op­por­tu­ni­tés sur les cô­tés.

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