Obri­ga­do Pe­niche

SUP - - Trip - _TEXTE: P. HERPEL _PHOTOS: D. PETERMANN /FANATIC

Théâtre des der­niers cham­pion­nats d’Eu­rope de SUP au prin­temps, la ville de Pe­niche et ses spots alen­tour sont l’épi­centre du surf por­tu­gais et offrent un potentiel tout aus­si im­pres­sion­nant pour le stand up paddle comme en té­moignent les ri­deurs al­le­mands Pau­li­na Herpel et Va­len­tin Il­lich­mann qui sont par­tis pas­ser plu­sieurs se­maines sur place. Entre les belles ses­sions dans les vagues, les ba­lades sur la côte et un mode de vie si plai­sant, le Por­tu­gal n’a pas lais­sé beau­coup de ré­pit à ces deux pas­sion­nés. Ré­cit.

Je suf­foque de cha­leur dans ma veste d’hi­ver et mes épaules me font mal à cause du gros sac à dos que je porte. Je me dis qu’un T-shirt au­rait été lar­ge­ment suf­fi­sant, c’est im­pres­sion­nant comme il fait bon à cette époque de l’an­née ici au Por­tu­gal ! Il y a en­vi­ron quatre heures, je mar­chais dans les rues gla­cées d’Ham­bourg en hi­ver et je tra­verse dé­sor­mais l’aé­ro­port de Lis­bonne en ayant la sen­sa­tion d’être dans une nuit d’été. Dan, notre ami pho­to­graphe, a fait le tra­jet avec moi et pos­sède presque autant de ba­gages que moi. Nous sommes ra­pi­de­ment re­joints par Va­len­tin qui peine à traî­ner der­rière lui son gros board­bag conte­nant trois planches. Avec tout cet at­ti­rail, nous avons en­core un der­nier pro­blème à ré­soudre avant de prendre la route pour Pe­niche : comment pou­vons-nous ren­trer tout ça dans la voi­ture de lo­ca­tion ? Après une vé­ri­table par­tie de Te­tris qui au­ra du­ré plus de trente mi­nutes, nous réus­sis­sons à san­gler ju­di­cieu­se­ment les planches sur le toit et à com­bler le moindre cen­ti­mètre cube de l’ha­bi­tacle. Nous voi­là par­tis pour une heure de voi­ture, ser­rés comme des sar­dines.

LES HOBBITS DE PE­NICHE

La pre­mière nuit a été re­la­ti­ve­ment courte et je sens en me ré­veillant une dé­li­cieuse odeur d’iode qui me mo­tive pour at­ta­quer cette pre­mière journée. Notre mai­son­nette est si­tuée sur la pres­qu’île de Ba­léal, lé­gè- re­ment au nord de la ville. On di­rait une grotte de Hobbits avec ses bas pla­fonds, ses rares pe­tites fe­nêtres et son at­mo­sphère hu­mide. L’en­droit est aty­pique, mais il ne manque pas de charme et se si­tue idéa­le­ment face à la mer. Ab­so­lu­ment rien ne vient gâ­cher cette in­croyable vue sur l’At­lan­tique dont on ne cesse de pro­fi­ter de­puis la ter­rasse ou l’étage. De plus, il nous faut à peine deux mi­nutes pour en­fi­ler nos combinaisons trem­pées et re­joindre le line-up, on ne pou­vait rê­ver mieux. Nous com­men­çons la journée avec un pe­tit-dé­jeu­ner co­pieux mé­lan­geant de l’avoine, des ba­nanes, des avo­cats et beau­coup de « na­ta ». Le « pas­tel de na­ta » est sans conteste le des­sert le plus cé­lèbre et dé­li­cieux du Por­tu­gal, des gâ­teaux de pâte feuille­tée rem­plis de pud­ding à la va­nille, juste di­vin ! Il nous faut prendre des forces avant les longues ses­sions de SUP sur l’un des nombreux spots qu’offre le sec­teur. À droite de la pé­nin­sule se trouve La­gide, une belle gauche de reef qui est ta­pis­sée d’our­sins, un dé­tail à ne ja­mais né­gli­ger, croyez­moi! Nous sommes al­lés ob­ser­ver le ré­cif à ma­rée basse, et dans chaque pe­tit bas­sin se cachent ef­fec­ti­ve­ment ces char­mantes pe­tites bêtes qu’il ne faut pas ap­pro­cher de trop près en tom­bant sous peine d’avoir une mé­mo­rable séance d’acu­punc­ture. Ce­la ne dis­suade pas les nombreux sur­feurs de fré­quen­ter ce spot. Ils ré­servent d’ailleurs un ac­cueil pas tou­jours très cha­leu­reux aux sup ri­deurs les très bons jours, mieux vaut le sa­voir à l’avance. Ce­la n’est pas grave, car il y a bien d’autres su­per en­droits à proxi­mi­té. Sur les deux cô­tés de la pé­nin­sule de Ba­léal, la plage est sé­pa­rée par une route, et des vagues très propres et bien adap­tées aux dé­bu­tants dé­ferlent sur le sable. Plus vous avan­cez dans la baie, plus les vagues sont grandes et puis­santes, les cou­rants sont éga­le­ment plus forts. Au mi­lieu de la baie, en al­lant au sud vers Pe­niche, se trouve un spot vrai­ment in­té­res­sant, mais qui de­mande un mi­ni­mum d’ex­pé­rience tant la vague est plu­tôt franche et ra­pide. Il y a des vagues pour tous les pro­fils de ri­deurs.

SUR­FER, MAN­GER, DOR­MIR…

Je re­garde la mer en me de­man­dant si je dois choi­sir l’op­tion long-SUP confor­table ou plu­tôt une planche courte et ma­noeu­vrable ? Je n’ar­rive pas à me dé­ci­der, les condi­tions sont si bonnes que ça se­ra ex­cellent dans tous les cas, c’est cer­tain ! Une très belle houle longue est ve­nue frap­per la baie de Ba­léal, nous ne sommes ja­mais ras­sa­siés et en de­man­dons en­core et en­core. Le ciel est d’un bleu très vif, presque kitsch, mais ô com­bien agréable ! Je sens l’eau froide cou­rir dans le dos de ma com­bi­nai­son, je monte ra­pi­de­ment sur ma planche et rame jus­qu’au pic pour at­ta­quer une nou­velle ses­sion ma­ti­nale. Les vagues sont plus puis­santes que je ne le

pen­sais et à vrai dire je n’ima­gi­nais pas avoir d’aus­si bonnes condi­tions en ve­nant ici au Por­tu­gal. Nous res­tons des heures dans l’eau toute la journée et même jus­qu’au cou­cher du so­leil à sur­fer sans re­lâche et sa­vou­rer les dé­lices du Por­tu­gal. Le pro­gramme des pre­miers jours est presque tou­jours iden­tique, des jour­nées ryth­mées par les ses­sions et le re­pos. Nous sommes de­ve­nus un peu comme des au­to­mates pro­gram­més pour sur­fer, man­ger et dor­mir.

LIS­BONNE

Dan vou­lait ab­so­lu­ment faire des images à Lis­bonne et voir ses nombreux points d’in­té­rêt. Ain­si, par une belle journée en­so­leillée, nous avons cou­pé notre rou­tine par une es­cale ci­ta­dine qui s’est ré­vé­lée pas­sion­nante. Nous sommes par­tis nous ba­la­der juste sous l’im­mense pont qui re­lie le quar­tier d’Al­cân­ta­ra avec la ville d’Al­ma­da. L’es­pace d’un ins­tant, j’ai cru que nous avions chan­gé de conti­nent tant le « Ponte 25 de Abril » res­semble au Gol­den Gate Bridge de San Fran­cis­co en Ca­li­for­nie. Il nous a fal­lu trou­ver l’ac­cès pour al­ler sur l’eau, et nous sommes par­tis ra­mer. Le cou­rant est im­pres­sion­nant et re­quiert une vi­gi­lance de tous les ins­tants, mais c’est une sen­sa­tion in­croya­ble­ment exal­tante de ra­mer sous une construc­tion aus­si énorme qui nous fait sen­tir sou­dai­ne­ment si pe­tit. Le reste de la vi­site de la ville fut tout aus­si gran­diose et pre­nant.

Nous avons pas­sé tant de su­per mo­ments à flâ­ner dans les ruelles et à sai­sir l’am­biance unique qui règne dans la mé­ga­pole por­tu­gaise, un sa­vou­reux mé­lange d’au­then­ti­ci­té et de dy­na­misme. Lis­bonne vaut in­dis­cu­ta­ble­ment le coup d’oeil, je n’avais pas vu une telle ville de­puis long­temps.

PE­NICHE WAY OF LIFE

La vie au Por­tu­gal nous pa­raît si agréable, tout est par­fait, la nour­ri­ture est bonne, le surf nous comble de bon­heur et les pay­sages nous trans­portent chaque jour un peu plus. De notre pe­tite mai­son­nette, on reste ob­ser­ver le re­tour des pê­cheurs. Le bu­tin pa­raît im­por­tant au­jourd’hui, nous aper­ce­vons des poulpes géants, l’une des spé­cia­li­tés lo­cales. Ceux-là par­ti­ront sans doute di­rec­te­ment vers les cui­sines des res­tau­rants et dans notre fu­ture as­siette. Dif­fi­cile de faire plus frais pour ce plat in­con­tour­nable du pays, qui n’est cer­tai­ne­ment pas le plus es­thé­tique, mais à coup sûr l’un des plus goû­teux, es­sayez donc pour vous faire un avis ! Nous vi­si­tons le centre de Pe­niche et mar­chons le long des rem­parts de cette char­mante pe­tite ci­té for­ti­fiée. Le so­leil vient su­bli­mer la beau­té de ses ruelles et sou­li­gner son at­mo­sphère si pai­sible. Nous avons une su­perbe vue sur la baie de Praia de San­ta Ri­ta, en­tou­rée de splen­dides col­lines vertes. Il nous a en­suite été re­com­man­dé de vi­si­ter le quar­tier de San­ta Cruz qui ne nous a évi­dem­ment pas dé­çus le moins du monde. Nous sommes d’ailleurs tou­jours sous le charme de cet en­droit as­sez éton­nant.

TOUT EST UNE HIS­TOIRE DE TI­MING !

Pe­niche est un su­per spot de surf pour ap­prendre, mais ce­la si­gni­fie aus­si que cer­tains jours il peut y avoir jus­qu’à une cen­taine de pra­ti­quants de tout ni­veau au line-up. Ce n’est pas tou­jours fa­cile de com­po­ser avec la foule sur cer­tains spots, mais, ici plus qu’ailleurs, il faut aus­si avoir le bon ti­ming ! Par­fois, les condi­tions sem­blaient par­faites, nous en­fi­lions ra­pi­de­ment nos combinaisons et cour­rions dans l’eau, puis, après deux bonnes vagues, la ma­rée sem­blait dé­jà avoir chan­gé et c’était ter­mi­né. Nous au­rions dû être ici une heure plus tôt, la plage est si abrupte qu’un phé­no­mène de ba­ck­wash (res­sac) se met par­fois ra­pi­de­ment en place et dé­grade les vagues. Tout le monde le sait bien, l’art du surf (et donc du SUP-surf) c’est d’être au bon en­droit au bon mo­ment. Nous avons re­te­nu la le­çon du jour et amé­lio­ré un peu plus notre connais­sance du spot, c’est comme ça qu’on ap­prend et qu’on se fa­mi­lia­rise avec l’en­droit.

DER­NIER JOUR

Les ses­sions et les ba­lades sur les spots alen­tour se sont en­chaî­nées jour après jour, le temps passe tou­jours trop vite quand on est pas­sion­né et com­blé. La fin du sé­jour se rap­pro­chant à grands pas, vint le temps de la der­nière ses­sion. Elle a tou­jours une sa­veur par­ti­cu­lière. L’ex­ci­ta­tion se mé­lange à la nos­tal­gie. Va­len­tin et moi res­sen­tons un peu la même chose et on se re­passe en tête le film de ces se­maines de pur bon­heur. Nous pro­fi­tons des vagues et de ce dé­cor si agréable jus­qu’à la nuit. Il y a tou­jours une der­nière vague à prendre, im­pos­sible de sor­tir de l’eau. Mal­gré le temps pas­sé sur place et nos ef­forts, nous sommes tou­jours in­ca­pables de par­ler por­tu­gais, mais nous connais­sons presque tout de Pe­niche et de ses alen­tours. Les op­por­tu­ni­tés of­fertes par cette zone sont énormes, toute la côte est par­se­mée de vagues aus­si belles que va­riées, mais aus­si de criques et de dé­cors somp­tueux pour faire des ba­lades en planches gon­flables. Obri­ga­do Por­tu­gal ! Ta cui­sine dé­li­cieuse, ton ac­cueil unique, ton cli­mat fa­bu­leux et tes belles vagues vont ter­ri­ble­ment nous man­quer !

Ci-des­sus : ex­plo­ra­tion du lit­to­ral en­tre­cou­pé au­tour de Pe­niche pour Va­len­tin et Pau­li­na. Page de droite : En haut : quelle que soit la taille de la houle, Pau­li­na est tou­jours par­tante pour cher­cher un bon spot et sur­fer. Mi­lieu gauche : les bonnes ses­sions se sont en­chaî­nées à un rythme in­ces­sant du­rant tout le sé­jour. Mi­lieu droite : Va­len­tin ne re­grette pas un ins­tant d’avoir ap­por­té le long-SUP pour les jours plus pe­tits. En bas : en route pour une autre ses­sion de l’autre cô­té de Pe­niche.

Ci-des­sus : le « Ponte de 25 Abril » de Lis­bonne nous trans­porte à San Fran­cis­co l’es­pace d’un ins­tant.

Ci-contre : au nord de Ba­léal se trouvent des ki­lo­mètres de côte sau­vage à découvrir.

En haut : il n’est pas rare de voir Va­len­tin et Pau­li­na prendre plai­sir à par­ta­ger la même vague.

Ci-des­sus, à droite : Juste un der­nier surf avant la nuit…

Ci-des­sus, à gauche : la ré­gion cen­trale du Por­tu­gal ne manque clai­re­ment pas de contraste.

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