MO­LO­KAI 2 OA­HU

Tra­ver­sée de 52 km en plein Pa­ci­fique entre les deux îles ha­waïennes de Mo­lo­kai et Oa­hu, la M2O est sans doute la plus ex­trême et la plus pres­ti­gieuse des courses « longue dis­tance » de la sai­son, et ce mil­lé­sime 2017 fut par­ti­cu­liè­re­ment mé­mo­rable avec d

SUP - - Sup Event - _TEXTE : L. NE­VA­REZ _PHOTOS : 808PHOTO/M2O SAUF MENTIONS

Après la tra­di­tion­nelle et émou­vante cé­ré­mo­nie de com­mu­nion, l’en­semble des par­ti­ci­pants fi­nit de pré­pa­rer son ma­té­riel et en­va­hit l’océan. Les condi­tions de cette édi­tion 2017 s’an­noncent par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­santes avec des ali­zés bien pré­sents, ce qui ra­vit tous les ama­teurs de down­wind qui at­tendent cet évé­ne­ment avec im­pa­tience. Les pro­nos­tics vont bon train, mais une chose est cer­taine, il y au­ra cette an­née for­cé­ment deux nou­veaux vain­queurs suite au for­fait de la triple cham­pionne Son­ni Hon­scheid et l’ab­sence du lau­réat 2016 Kai Len­ny, par­ti à Puer­to Es­con­di­do au Mexique pour une com­pé­ti­tion de grosses vagues du cham­pion­nat du monde de surf (qu’il rem­por­te­ra d’ailleurs). Le coup d’en­voi est don­né au large des côtes de l’île de Mo­lo­kai, et la masse des par­ti­ci­pants en SUP et padd­le­board s’élance sur le fa­meux « cha­nel of bones » qui ral­lie Oa­hu, avant de re­trou­ver cha­cun leurs ba­teaux ac­com­pa­gna­teurs qui at­tendent un peu plus loin, à dis­tance ré­gle­men­taire. Sur le pa­pier, avec six ou sept can­di­dats sé­rieux pour la vic­toire, cette Mo­lo­kai était clai­re­ment an­non­cée dès le dé­part comme l’une des plus com­pé­ti­tives et des plus im­pré­vi­sibles de son his­toire. Après une pre­mière phase un peu plus calme, les condi­tions de vent et les bumps de­viennent de plus en plus mar­qués et on re­trouve ef­fec­ti­ve­ment à mi-par­cours ces six/sept ri­deurs aux avant-postes avec un seul ob­jec­tif en tête : ar­ri­ver le pre­mier à Oa­hu ! Lin­coln Dews mène ini­tia­le­ment le cor­tège d’une courte avance puis Tra­vis Grant et Con­nor Bax­ter prennent tous les deux le contrôle des opé­ra­tions en res­tant dans un mou­choir de poche sans pour autant dis­tan­cer réel­le­ment Lin­coln qui est juste der­rière, tout comme son com­pa­triote aus­tra­lien James Ca­sey qui est plus im­pres­sion­nant que ja­mais cette sai­son en down­wind. Ayant op­té pour un choix de tra­jec­toire un peu plus au nord, le nu­mé­ro un tri­co­lore Ti­touan Puyo est lui aus­si to­ta­le­ment dans le match et oc­cupe une 3e place vir­tuelle à une cen­taine de mètres der­rière le duo de tête. Après une pre­mière par­ti­ci­pa­tion à la M2O en équi­page avec Zane Sch­weit­zer il y a 2 ans, le Ca­lé­do­nien a fait de la Mo­lo­kai l’un des prin­ci­paux ob­jec­tifs de sa sai­son et n’a pas mé­na­gé son en­traî­ne­ment en se fa­mi­lia­ri­sant avec les grandes planches un­li­mi­ted qui de­mandent un mi­ni­mum d’ha­bi­tude, pour le ma­nie­ment du gou­ver­nail no­tam­ment. Le Bré­si­lien Vi­ni­cius Mar­tins connaît bien le chan­nel of bones et s’éver­tue à ne pas lais­ser les lea­ders s’échap­per. Il par­vient à com­bler son re­tard à mesure que les bumps sont de plus en plus for­més tout comme l’Ha­waïen Ko­dy Ker­box qui mal­gré une sai­son de race as­sez en re­trait, reste tou­jours aus­si im­pres­sion­nant dans ces condi­tions down­wind qu’il ex­ploite par­fai­te­ment avec une planche cus­tom de son nou­veau spon­sor. Alors que la course entre dans sa troi­sième heure et que la fa­tigue com­mence à pe­ser na­tu­rel­le­ment sur chaque concur­rent, l’in­croyable bi­nôme de tête se dé­tache pro­gres­si­ve­ment des pour­sui­vants et entre dans un duel ab­so­lu­ment épique. Pos­sé­dant à eux deux pas moins de cinq des six der­nières vic­toires sur cette tra­ver­sée si lé­gen­daire, Tra­vis Grant et Con­nor Bax­ter sont au coude à coude en plein mi­lieu de l’océan et donnent tout ce qu’ils peuvent pour re­joindre le ri­vage de l’île d’Oa­hu. Avec une ca­dence ef­fré­née et à l’af­fût du moindre bump qui passe, ils aper­çoivent la terre puis ar­rivent côte à côte au ni­veau des fa­meuses fa­laises de Chi­na Wall et son cé­lèbre ba­ck­wash. À quelques mi­nutes de l’ar­ri­vée, l’in­tense duel connaît un ul­time re­bon­dis­se­ment au ni­veau du der­nier pan de la fa­laise lorsque le frère de Tra­vis Grant lui crie de­puis le ba­teau ac­com­pa­gna­teur « Al­lez, vas-y, fais-le pour Hu­go ! (son jeune fils) » et que ses amis sur place lui ap­portent de nombreux en­cou­ra­ge­ments. Le ri­deur aus­tra­lien avoue­ra à l’ar­ri­vée avoir trou­vé à ce mo­ment une force émo­tion­nelle in­té­rieure lui per­met­tant d’ac­cé­lé­rer et de réus­sir à se dé­ta­cher pro­gres­si­ve­ment de son va­leu­reux ad­ver­saire sur le der­nier ki­lo­mètre avant la ligne d’ar­ri­vée. Pous­sé par le chal­lenge avec ce der­nier et les condi­tions par­ti­cu­liè­re­ment fa­vo­rables, il au­ra réus­si à bou­cler la tra­ver­sée de 52 km en tout juste moins de 4 heures et dé­croche un nou­veau re­cord, jusque-là to­ta­le­ment im­pen­sable. Deuxième à fran­chir la ligne dans la baie d’Ha­waï, Con­nor Bax­ter est certes dé­çu, mais ne peut que se fé­li­ci­ter de cette somp­tueuse ba­taille qu’il au­ra li­vrée, et avec un temps de 4h 3min 46s, il pul­vé­rise lui aus­si le re­cord des an­nées pré­cé­dentes. Juste der­rière eux, à une di­zaine de mi­nutes, Ti­touan Puyo livre éga­le­ment une ba­taille ser­rée avec James Ca­sey. Avec tou­jours autant de maî­trise et de glisse, le mul­tiple cham­pion de France réus­sit à conte­nir la fougue de ce der­nier et dé­croche une ma­gni­fique 3e place. Le Ca­lé­do­nien s’illustre une nou­velle fois au plus haut ni­veau et réa­lise une per­for­mance re­mar­quable pour une pre­mière par­ti­ci­pa­tion so­lo face à un pla­teau de ri­deurs très ex­pé­ri­men­tés. Vi­ni­cius Mar­tins s’empare en­suite de la 5e place, re­lé­guant Lin­coln Dews et Ko­dy Ker­box aux 6e et 7e rangs. 8e au scratch, Josh Ric­cio dé­croche la vic­toire dans la ca­té­go­rie « stock boards » (ou 14 pieds) et se­ra se­con­dé un peu plus sur le po­dium par le Basque Lu­do­vic Du­lou, au­teur d’une très belle course. Après six tra­ver­sées en padd­le­board et autant de suc­cès, le ri­deur de Saint-Jean-de-Luz a mis à pro­fit toute son ex­pé­rience et signe en SUP une très belle 11e place au scratch. Un autre ha­bi­tué des très longues dis­tances en plein océan comme Ze­race, le Gua­de­lou­péen Franck Fi­fils rê­vait de­puis tou­jours de ve­nir par­ti­ci­per à la Mo­lo­kaï et dé­croche sur son un­li­mi­ted une 17e place très en­cou­ra­geante qui ré­com­pense tous ses ef­forts. La com­pé­ti­tion fut cette an­née tout aus­si in­té­res­sante chez les femmes. Alors que tous les re­gards étaient bra­qués sur An­na­bel An­der­son, l’in­dé­trô­nable nu­mé­ro une mon­diale, les pro­nos­tics ont été dé­joués par sa com­pa­triote néo-zé­lan­daise Pe­ne­lope

Stri­ck­land. Après un titre mon­dial ISA en no­vembre der­nier, l’im­pres­sion­nante ri­deuse a connu une pre­mière par­tie de sai­son 2017 dif­fi­cile et ne fi­gure pas for­cé­ment par­mi les fa­vo­rites. C’était sans comp­ter sur la dé­ter­mi­na­tion sans faille de cette ath­lète hors du com­mun et sa riche ex­pé­rience qui lui ont va­lu de mon­ter sur le po­dium de la M2O par deux fois dans le pas­sé. Ra­pi­de­ment après le dé­part, elle com­mence à creu­ser un lé­ger écart sur ses ad­ver­saires qu’elle s’éver­tue à am­pli­fier en ra­mant sans re­lâche et en ne se re­tour­nant ja­mais. À mi­course, elle a un de­mi-ki­lo­mètre d’avance sur ses deux ri­vales, l’Aus­tra­lienne Te­rene Black et An­na­bel An­der­son. Les condi­tions de plus en plus agi­tées ne font qu’ac­croître l’avance de Pe­ne­lope Stri­ck­land qui semble alors ab­so­lu­ment in­ar­rê­table et qui monte en puis­sance ki­lo­mètre après ki­lo­mètre. Elle gagne le ri­vage d’Oa­hu après 4h 52min de tra­ver­sée d’une rare in­ten­si­té, dé­cro­chant une 10e place au scratch so­lo et bri­sant elle aus­si le re­cord fé­mi­nin de l’épreuve da­tant de 2012 (par Ta­lia Gan­gi­ni). Plus de 24 mi­nutes der­rière elle, ses deux ri­vales ar­rivent au coude à coude, et c’est fi­na­le­ment Te­rene Black qui par­vient à prendre le des­sus sur la fa­vo­rite néo-zé­lan­daise. En équi­page, cette édi­tion 2017 de la M2O a éga­le­ment été le théâtre d’une belle ba­taille avec, dans la ca­té­go­rie duo, une vic­toire très im­pres­sion­nante des lo­caux Bernd Roe­di­ger et de Mi­chi Sch­wei­ger sur Mo Frei­tas et An­drew Lo­gre­co. La ca­té­go­rie trio est rem­por­tée quant à elle par le jeune Fran­çais Alex Bi­crel et ses deux jeunes com­pères lo­caux Ho­bey Moss et Ha­ris­son Deis­roth qui bouclent la tra­ver­sée en 4h 48min. Un jo­li ré­sul­tat et une nou­velle ex­pé­rience in­ou­bliable pour le jeune Bor­de­lais qui a dé­jà connu les joies du Ka­wai’i Chan­nel l’an pas­sé. Pa­rions qu’il ne de­vrait pas tar­der à nous im­pres­sion­ner lui aus­si en so­lo, comme ses aî­nés, dans les an­nées à ve­nir. La Mo­lo­kai écrit sa lé­gende un peu plus chaque an­née.

Haut gauche : la Néo-Zé­lan­daise Pe­ne­loppe Arm­strong au­ra dé­joué les pro­nos­tics et ef­fec­tué une course ex­cep­tion­nelle.

Mi­lieu gauche : après un peu moins de 4 heures de ba­taille in­tense, Tra­vis Grant sa­voure sa ma­gni­fique vic­toire. © HRD /M2O

Haut droite : le po­dium mas­cu­lin ras­semble cer­tai­ne­ment les trois meilleurs spé­cia­listes du down­wind au monde. © HRD /M2O

Mi­lieu droite : cette an­née en­core, la Mo­lo­kai était l’une des courses les plus at­ten­dues de la sai­son. Bas : An­na­bel An­der­son était ve­nue en quête de l’un des seuls titres qui manquent à sa car­rière.

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