Jo­nah Lo­mu

Tampon! - - SOMMAIRE -

Vingt ans après avoir ex­plo­sé aux yeux du monde, il reste la seule superstar que le rug­by ait ja­mais vrai­ment connue. Jo­nah Lo­mu est une lé­gende mais aus­si un sur­vi­vant de­puis sa greffe de rein. Amou­reux lu­cide de son sport, il re­vient sur sa car­rière hors norme, sa jeu­nesse dans les quar­tiers chauds d’au­ck­land, ses vi­rées en BMX, la fi­nale per­due de 1995 ou en­core sa conver­sion au mor­mo­nisme.

Vous êtes né à Au­ck­land, mais vous avez pas­sé les six pre­mières an­nées de votre vie aux Ton­ga. Quel sou­ve­nir gar­dez­vous de cette époque? Je me re­vois pieds nus, à cou­rir par­tout, tou­jours en li­ber­té. Il y avait aus­si la mer et les ba­garres. Je me sou­viens de mes oncles et à quel point ils étaient gros. Mais je ne re­pense pas trop à cette époque. Je suis une per­sonne qui re­garde sim­ple­ment ce qui se passe de­vant et qui pour­suit son che­min.

Pour­quoi vos pa­rents ont-ils choi­si de quit­ter les Ton­ga? Ils vou­laient nous don­ner une meilleure édu­ca­tion et de meilleures op­por­tu­ni­tés. Ce­la n’au­rait pas été pos­sible là-bas. Mes deux pa­rents tra­vaillaient dans une usine.

À Au­ck­land, vous avez gran­di dans l’un des quar­tiers les plus durs de la ville. Cette vio­lence a-t-elle mar­qué votre per­son­na­li­té? Dans le coin où j’ai pas­sé ma jeu­nesse, tout le monde connaît tout le monde, mais ce­la ne si­gni­fie pas que tu es en sé­cu­ri­té pour au­tant. Si tu baisses ta garde, tu peux avoir des en­nuis. Et même si tu es sur tes gardes, des gens es­saient quand même de te cau­ser des en­nuis. À South Au­ck­land, si tu ne sais pas te battre, tu te fais tout le temps co­gner. Donc, il fal­lait ga­gner le res­pect et ce­la pre­nait du temps, tout sim­ple­ment parce que si tu mon­trais ne se­rait-ce qu’un ins­tant de fai­blesse, tu sa­vais que les gens en pro­fi­te­raient. Je crois que ça m’a ap­pris à être vi­gi­lant. J’y re­tourne par­fois. Le pro­blème, c’est que les choses dans ce quar­tier sont tou­jours les mêmes. Comme tout le reste, la si­tua­tion em­pire avant de pou­voir s’amé­lio­rer.

Quelle place avait le rug­by là-bas? C’était un élé­ment in­con­tour­nable de la vie du quar­tier. Tout le monde ai­mait jouer. C’était aus­si un bon ap­pren­tis­sage pour les en­fants. On avait l’ha­bi­tude de jouer sur le bé­ton, dans la rue.

Mais vous jouiez sans contact? Ah non, on se pla­quait ( rires).

Vous pra­ti­quiez d’autres sports? J’ai com­men­cé le rug­by sé­rieu­se­ment à 14 ans. Avant, et même après, je me suis in­té­res­sé à d’autres sports: le kick-boxing, la boxe, l’ath­lé­tisme… Dans ma fa­mille, on donne plu­tôt dans les sports de com­bat. L’un de mes cou­sins en­traîne: Ray Se­fo, qui a com­bat­tu Cy­ril Abi­di et Jé­rôme Le Ban­ner ( deux lé­gendes du K-1 en France, ndlr). C’est chez lui que je m’en­traî­nais. Je ne pen­sais pas que j’al­lais de­ve­nir un joueur de rug­by. Je pen­sais qu’en gran­dis­sant, je fi­ni­rais boxeur. J’ai même pen­sé à de­ve­nir pro. J’ai­mais ça et je m’en­traî­nais beau­coup. Je m’en suis d’ailleurs ser­vi pour le rug­by, que ce soit men­ta­le­ment ou phy­si­que­ment.

Et l’école dans tout ça? Vous sa­vez, il existe deux types d’élèves: ceux qui s’as­soient au pre­mier rang et ceux qui dorment au der­nier. Je dor­mais ( rires). Pour­tant, j’étais plu­tôt pas mau­vais à l’école, mais à cause de l’en­droit d’où je ve­nais, j’avais ap­pris à ne pas être trop ma­lin. Après, ma mère m’a en­voyé dans un in­ter­nat. J’ai mis beau­coup de temps à m’adap­ter là-bas. Je n’ai­mais pas être pri­vé de li­ber­té.

La li­ber­té, comme prendre votre BMX et ar­pen­ter tout Au­ck­land avec votre bande… Je le fais en­core, vous sa­vez! Ça m’a beau­coup man­qué. C’était juste la li­ber­té à l’état pur que de mon­ter sur le vé­lo et al­ler où je vou­lais. Mes amis et moi avions l’ha­bi­tude de pé­da­ler de chez moi jus­qu’à la plage, ce qui fait bien quatre ou cinq heures al­ler-retour. On ado­rait ça, toute cette li­ber­té, on dé­cou­vrait le cen­tre­ville d’au­ck­land. C’était une ville com­plè­te­ment dif­fé­rente. Pen­dant la jour­née, les grat­te­ciel, et la nuit, l’agi­ta­tion des boîtes de nuit, des bars, des gens qui se saoulent, qui s’em­brouillent, qui se battent, qui se font poi­gnar­der. Enfin, c’était comme ça à l’époque, quand j’étais jeune.

Vous avez sou­vent dit que le rug­by vous avait écar­té du mau­vais che­min. Com­ment l’ex­pli­quez-vous? Quand tu dé­couvres le rug­by, tu ap­prends com­ment te contrô­ler. Com­ment contrô­ler la vio­lence, sur­tout. Si tu peux contrô­ler cette vio­lence, tu réus­sis dans ce que tu fais. Si tu es agres­sif, sans contrôle, alors tu vas perdre. Dans le rug­by comme dans la vie.

Et à quel mo­ment vous pre­nez conscience d’être un joueur dif­fé­rent des autres? Il y a beau­coup de gens qui veulent être les meilleurs. Moi, ce n’était pas ‘je veux être le meilleur’, c’était ‘je veux voir à quel point je suis bon contre les meilleurs’. Et si j’étais as­sez bon pour les battre, alors j’es­père que j’étais le meilleur. C’était juste ma fa­çon de jouer. Je res­pecte mon ad­ver­saire mais je ne le crains ja­mais.

Tout est al­lé très vite pour vous. À 19 ans, en 1994, vous dé­bu­tez et per­dez avec les All Blacks contre la France. Vous aviez été très cri­ti­qué à l’époque. Il pa­raît que vous aviez failli si­gner avec les Syd­ney Bull­dogs en XIII. C’est vrai? Je pense que c’était juste parce que j’étais le plus jeune. J’avais l’im­pres­sion d’avoir été trai­té de ma­nière in­juste. À ce mo­ment-là, j’étais per­sua­dé que je ve­nais de jouer mon der­nier match avec la sé­lec­tion. J’ai com­men­cé par le XIII, et je suis pas­sé à XV en pen­sion. J’ai tou­jours pen­sé que j’y re­tour­ne­rais. Mais non, fi­na­le­ment.

“À South Au­ck­land, si tu ne sais pas te battre, tu te fais tout le temps

co­gner. Donc, il fal­lait ga­gner le res­pect et ce­la pre­nait du temps,

tout sim­ple­ment parce que si tu mon­trais ne se­rait-ce qu’un ins­tant de fai­blesse, tu sa­vais

que les gens en pro­fi­te­raient”

Vous avez beau­coup souf­fert phy­si­que­ment lors de la longue pré­pa­ra­tion pour la Coupe du monde 1995. À l’époque, vous aviez dé­jà des pro­blèmes de rein. Pour­quoi n’avoir rien dit? Parce que je ne vou­lais pas sus­ci­ter la com­pas­sion. Je vou­lais juste être choi­si pour mon ni­veau. Si je suis as­sez bon pour être dans l’équipe, je suis as­sez bon pour être dans l’équipe. Si je le ne suis pas, je rentre à la mai­son.

Dès le pre­mier match contre l’ir­lande, vous cre­vez l’écran en quelques ac­tions. On vous pro­pulse star de la com­pé­ti­tion. Ce­la ne doit pas être fa­cile à gé­rer à 20 ans. Pen­dant la Coupe du monde, je ne li­sais pas les jour­naux, je re­gar­dais juste des films, au­cune chaîne de té­lé­vi­sion. Donc, je ne sa­vais pas ce qui se ra­con­tait à l’ex­té­rieur sur moi. Je n’en ai ja­mais eu la moindre idée. Moi, je te­nais juste à jouer pour mon pays et mon équipe.

Quand on vous voit mar­cher sur vos ad­ver­saires comme l’an­glais Mike Catt en de­mi-fi­nale, on a l’im­pres­sion d’un adulte qui s’amuse avec un en­fant. Vous aviez aus­si cette sen­sa­tion de fa­ci­li­té? Pour moi, Mike Catt était au bon en­droit au mau­vais mo­ment. C’est comme ça que je l’ex­plique. Au bon en­droit pour moi, mais au mau­vais mo­ment pour lui. J’étais en train de tré­bu­cher sur cette ac­tion. S’il avait été peut-être à deux pas ou même un seul en ar­rière, j’au­rais pu m’ef­fon­drer à ses pieds. Mais sa pré­sence à cet en­droit pré­cis m’a ai­dé à re­trou­ver mon équi­libre. Je lui en suis re­con­nais­sant à chaque fois que je le vois. Mais nous n’en par­lons pas, j’ai trop de res­pect pour Mike et sa car­rière.

To­ny Un­der­wood a lui aus­si pas­sé un sale mo­ment ce jour-là. Avant le match, il avait ex­pli­qué que vous aviez croi­sé des ai­liers faibles et qu’il avait un plan pour vous stop­per. Vous étiez dé­ci­dé à lui ré­pondre sur le ter­rain? Oh oui. J’adore quand quel­qu’un es­saie de me dé­fier. En fait, le rug­by est un sport de com­bat: ap­porte ce que t’as de mieux, j’ap­porte ce que j’ai de mieux, et on ver­ra qui est le meilleur.

Vous étiez un joueur craint pour votre phy­sique, mais vous n’étiez pas trop ba­gar­reur sur un ter­rain. Vous n’aviez pas be­soin de l’être? Pour moi, ce n’était pas né­ces­saire. Le rug­by est un jeu ma­gni­fique où tu joues se­lon des règles. Si tu es là pour quoi que ce soit d’autre, comme es­sayer de bles­ser ton ad­ver­saire, tu ne de­vrais pas jouer. Qu’est-ce que j’au­rais ga­gné à faire mal à quel­qu’un? J’au­rais pu être sus­pen­du et mon équipe se se­rait re­trou­vée pu­nie. Pour­quoi? Pour avoir été stu­pide. Ça ne va­lait pas le coup.

On dit par­fois que l’équipe des Blacks en 1995 était la meilleure qu’on n’ait ja­mais vue, et pour­tant, vous avez per­du en fi­nale contre l’afrique du Sud. Com­ment l’ex­pli­quez-vous? C’est l’es­sence même du rug­by. À quel point vous êtes fort n’a pas d’im­por­tance, c’est ce qui se passe pen­dant 80 minutes qui compte. Mais il faut rendre le res­pect qu’elles mé­ritent aux équipes qui nous ont bat­tus. Les Fran­çais en 1999 et les Sud-afri­cains quatre ans plus tôt ont bien joué. Je les ai tou­jours res­pec­tés, parce qu’ils ar­ri­vaient et jouaient leur jeu pour nous contrer. C’est la beau­té du sport, non? Par­fois, tu gagnes, par­fois, tu perds. C’est comme la vie.

Après vos quatre es­sais en de­mi-fi­nale, les Spring­boks avaient pré­pa­ré un plan an­ti-lo­mu. Vous l’aviez tout de suite per­çu sur le ter­rain? Je sa­vais qu’ils pré­voyaient quelque chose. Mais notre pro­blème, c’est que nous n’avons pas réus­si à ter­mi­ner nos ac­tions. Je pre­nais des trous, j’ai eu des oc­ca­sions, mais nous avions des pro­blèmes de fi­ni­tion. Il y a des jours comme ça. Pour moi, le tour­nant de cette fi­nale ar­rive quand je re­çois le bal­lon de Walter Lit­tle et que je suis ar­rê­té pour une passe en avant. Ce mo­ment-là ( il marque une pause)… À mes yeux, il n’y avait pas en-avant. L’ar­bitre était très loin de l’ac­tion donc je ne sais pas com­ment il a pu le voir. C’est sa dé­ci­sion et tu dois l’ac­cep­ter. Pour moi, quand on parle de sou­ve­nirs dou­lou­reux, je pense à ce mo­ment pré­cis. J’ai eu l’oc­ca­sion de mar­quer l’es­sai qui au­rait pu faire toute la dif­fé­rence.

Il y a aus­si toutes ces ru­meurs sur l’em­poi­son­ne­ment dont cer­tains de vos par­te­naires au­raient été vic­times… Dans le fond, ce ne sont que des ru­meurs. Nous n’étions juste pas as­sez bons pour ga­gner cette fi­nale. Et puis, ce match ap­par­tient aux livres d’his­toire à pré­sent. Donc, on ne peut plus dé­battre sur ce su­jet. Pour vous dire la vé­ri­té, quand je pense à cette dé­faite en 1995, je me dis que si nous avions ga­gné, les gens ne se sou­vien­draient pas de cette Coupe du monde. C’était quelque chose de plus grand, de bien plus im­por­tant que le rug­by. C’était un mou­ve­ment, une na­tion, l’afrique du Sud, qui était en passe de se ré­con­ci­lier avec elle-même. Les Sud-afri­cains avaient be­soin de ce ré­sul­tat pour être tous réunis sous un seul dra­peau, un pré­sident et un ca­pi­taine. C’est plus grand que tout. Ce jour-là, nous étions 22 joueurs mais nous af­fron­tions 44 mil­lions de per­sonnes. Lorsque vous vous dites ça, ça veut dire beau­coup. Je ne peux pas par­ler pour mes co­équi­piers, mais pour moi, ça a en quelque sorte apai­sé la dou­leur

“Si nous avions ga­gné

en 1995, les gens ne se sou­vien­draient pas de cette Coupe du monde. C’était quelque chose de plus grand, de bien plus im­por­tant que le rug­by. C’était un mou­ve­ment, une na­tion, l’afrique du Sud, qui était en passe de se ré­con­ci­lier

avec elle-même”

Avec ma­man. de la dé­faite. Peu de joueurs, peu d’équipes peuvent dire qu’ils ont joué un match qui a chan­gé l’his­toire d’un pays.

Vous avez pu par­ler avec Nel­son Man­de­la à cette oc­ca­sion? Je lui ai par­lé avant le tour­noi, lors­qu’il est ve­nu nous voir. Le plus drôle, c’est quand vous es­sayez de pen­ser à quelque chose d’in­tel­li­gent à dire à quel­qu’un comme lui et quand il ar­rive, vous blo­quez et dites sim­ple­ment: ‘Sa­lut, heu­reux de vous ren­con­trer.’

L’aus­tra­lien John Eales a dit que vous avez fait dé­cou­vrir le rug­by au monde en­tier en 1995. Vous aviez conscience de votre im­por­tance? J’en avais conscience. C’est dif­fi­cile de mettre le doigt des­sus mais je sup­pose que c’est ce qui ar­rive quand vous jouez un type de rug­by unique et que les gens aiment re­gar­der. Après, ils veulent en sa­voir plus, en voir plus. Je trouve ça mar­rant main­te­nant que des en­fants qui n’étaient même pas nés quand j’ai com­men­cé avec les All Blacks re­gardent mes vi­déos sur Youtube et qu’ils soient là, genre: ‘ Wow Jo­nah!’ C’est un phé­no­mène in­té­res­sant la cé­lé­bri­té ( rires).

On a aus­si l’im­pres­sion qu’il manque un joueur qui sort du lot comme vous à l’époque pour par­ler au grand pu­blic. Com­ment l’ex­pli­quez-vous? Il y a beau­coup de joueurs qui es­saient de se pro­je­ter, de de­ve­nir des su­per­stars, mais ce sont les gens qui dé­cident pour vous. S’ils ne veulent pas faire de vous une superstar, ce­la n’ar­ri­ve­ra ja­mais. Vous sa­vez, je jouais au rug­by parce que j’ai­mais ça et je pense que les gens l’ont com­pris, que ce soit avec les All Blacks, Au­ck­land ou Wel­ling­ton. Je ne sais pas si les jeunes de nos jours jouent pour la pas­sion ou pour la paye. Quand tu vois la pas­sion que les joueurs avaient, comme Serge Blan­co après son es­sai contre l’aus­tra­lie en 1987, c’était juste de l’émo­tion à l’état pur. Ces gars avaient cet amour du maillot qu’ils por­taient alors qu’ils étaient en­core ama­teurs. Je crois que j’ai eu la chance d’être ama­teur pen­dant deux ans puis pro­fes­sion­nel pen­dant le reste de ma car­rière. Les jeunes de main­te­nant n’au­ront ja­mais cette chance. Ils ne sau­ront ja­mais ce que c’est de jouer juste par pas­sion. À pré­sent, ils ne pensent plus qu’à leur contrat, leur pro­chain club et tout le reste. Je n’ai rien contre, mais les prio­ri­tés sont dif­fé­rentes de celles de l’époque.

Las Ket­chup.

“En fait, le rug­by est un sport de com­bat: ap­porte ce que t’as de mieux, j’ap­porte ce que j’ai de mieux, et on ver­ra qui est

le meilleur”

L’ar­gent se­rait-il en train de chan­ger la nature pro­fonde du rug­by? C’est l’évo­lu­tion lo­gique de ce jeu. Mais ce­la pour­rait être pré­ju­di­ciable pour cer­tains pays en termes de dé­ve­lop­pe­ment. Quand vous avez un tel af­flux d’étran­gers dans un pays, vous ne don­nez pas leur chance aux joueurs lo­caux qui vont se re­trou­ver bar­rés par des in­ter­na­tio­naux néo-zé­lan­dais ou aus­tra­liens. C’est une his­toire com­pli­quée. Il y a des joueurs fan­tas­tiques en France, par exemple, mais l’af­flux d’étran­gers n’aide pas votre rug­by. C’est bien pour les clubs et c’est ce que veulent leurs pro­prié­taires, mais la sé­lec­tion ne dis­pose plus de ce ter­reau pro­pice à l’éclo­sion d’un grand nombre de jeunes. On de­vrait vrai­ment trou­ver une so­lu­tion pour ré­gu­ler ce­la.

Les Fran­çais es­timent ne pas avoir de grands joueurs au ni­veau in­ter­na­tio­nal, d’ailleurs… Thier­ry Du­sau­toir reste un grand lea­der. Et ce n’est pas le seul. Mince, quel est son nom? Un de­mi d’ou­ver­ture... Il a été bles­sé très tôt pen­dant la fi­nale en 2011. Je l’aime bien. Mince! Il a été bles­sé parce qu’il avait pla­qué Ma’a No­nu et il s’est as­som­mé.

Mor­gan Par­ra? Ouais, c’est lui! Très bon bu­teur. S’il ne s’était pas bles­sé, je pense que vous au­riez été en me­sure de mieux jouer au pied et de ga­gner le match. J’es­saye tou­jours de m’in­té­res­ser au rug­by des autres pays. Là, il y a des Sa­moans qui sont en train de per­cer mais aus­si des Fid­jiens. Beau­coup de jeunes sont en train d’éclore, des joueurs très ex­ci­tants.

Est-ce qu’une de ces équipes peut rê­ver d’une vic­toire en Coupe du monde un jour? C’est tout à fait pos­sible. Beau­coup de Fid­jiens, Ton­giens ou Sa­moans viennent en France. C’est bien pour eux, c’est aus­si ce que les clubs veulent et ce­la pro­fite à ces sé­lec­tions. Ils sont de plus en plus forts grâce à leur ex­pé­rience du très haut ni­veau en Top 14 ou en Coupe d’eu­rope. Mais en­core une fois, je pense que ce­la contri­bue à ce que le ré­ser­voir des jeunes joueurs fran­çais s’amenuise, puis­qu’ils dis­posent de moins de temps de jeu.

En par­lant des Fran­çais, vous avez réus­si à com­prendre cette dé­faite in­croyable de 1999? Avant la de­mi-fi­nale, la ques­tion était de sa­voir de com­bien de points vous al­liez ga­gner. C’était qua­si­ment un match où chaque équipe a eu sa mi-temps. Si vous re­gar­dez bien, je pense qu’il y a quelque chose comme 18 ou 20 minutes avant même que je touche le bal­lon en se­conde pé­riode. Quelle frus­tra­tion! Nous avons dé­vié du plan de jeu et les Fran­çais ont trou­vé un se­cond souffle. C’était l’une de ces fois où rien ne fonc­tion­nait pour nous alors que tout sou­riait aux Fran­çais. Leurs coups de pied at­ter­ris­saient où ils vou­laient, le bal­lon re­bon­dis­sait exac­te­ment comme ils en avaient be­soin… Mais c’est ty­pique des Fran­çais. Quand ils dé­cident d’ap­puyer sur le bou­ton, c’est une équipe ma­gique à re­gar­der. J’ai une très grande ad­mi­ra­tion pour leur style. À la fin du match, je suis res­té pour ser­rer la main de chaque joueur, les fé­li­ci­ter et leur sou­hai­ter bonne chance pour la fi­nale, parce que les Fran­çais avaient li­vré une per­for­mance digne d’une fi­nale.

Il n’em­pêche que le retour en Nou­velle-zélande a dû être dif­fi­cile… Je suis très vite pas­sé à autre chose. Je m’oc­cu­pais de ce dont je de­vais m’oc­cu­per. Je me suis pré­pa­ré pour la sai­son sui­vante. J’adore juste jouer au rug­by, c’était la chose la plus im­por­tante pour moi. Je n’ai ja­mais consi­dé­ré le rug­by comme un tra­vail.

“À la fin du match en 1999, je suis res­té pour ser­rer la main à chaque joueur, les fé­li­ci­ter et leur sou­hai­ter bonne chance pour la fi­nale, parce que

les Fran­çais avaient li­vré une per­for­mance

digne d’une fi­nale”

En 2004, on vous trans­plante un rein. Après cette opé­ra­tion, vous n’avez plus été le joueur do­mi­nant de vos jeunes an­nées. Com­ment avez-vous vé­cu cette si­tua­tion et les cri­tiques qui sont al­lées avec? Pour dire la vé­ri­té, ça n’a même pas été un pro­blème. Les choses que j’ai dû vivre afin de pou­voir res­ter en bonne san­té de nou­veau, je ne pense pas que quel­qu’un d’autre au­rait réus­si à les sup­por­ter. C’était un autre type de ba­taille, de do­mi­na­tion. C’était une do­mi­na­tion men­tale dont j’avais be­soin. Je de­vais être fort men­ta­le­ment pour être en me­sure de do­mi­ner les grands dé­mons que re­pré­sentent la ma­la­die et une greffe de rein. Un jeu dif­fé­rent. Pas seule­ment un match de rug­by, mais un match sur la vie. Je de­vais juste me pré­pa­rer men­ta­le­ment et phy­si­que­ment pour être en forme et conti­nuer à vivre.

Et main­te­nant, com­ment vous sen­tez-vous avec votre trai­te­ment, qui reste très lourd? Ça va bien. Aus­si bien que ça puisse al­ler. Je suis tou­jours en at­tente d’une greffe de rein, je fais en­core des dia­lyses mais je suis heu­reux dans mon ma­riage et j’ai deux en­fants que j’aime à en mou­rir. Qu’est-ce que je peux de­man­der de plus?

Dans le do­cu­men­taire LE SOUFFLE DE LA CO­LÈRE, vous ex­pli­quez que vous aviez 0,001% de chance d’avoir des en­fants à cause de tous vos trai­te­ments. De­ve­nir père tient du mi­racle pour vous? À cause de l’un des trai­te­ments que je de­vais suivre, si je vou­lais avoir des en­fants, je de­vais sto­cker mon sperme. C’est ce qu’on m’a ex­pli­qué à l’époque. Et j’avais ef­fec­ti­ve­ment 0,001% de chance d’avoir des en­fants à cause de mon nombre de sper­ma­to­zoïdes se­lon les sta­tis­tiques des mé­de­cins. J’étais dé­vas­té quand j’ai ap­pris la nou­velle. C’était un su­jet dont je de­vais par­ler avec ma femme: si elle vou­lait des en­fants, je n’étais pas vrai­ment la bonne per­sonne… Heu­reu­se­ment, elle pen­sait le contraire. Nous avons eu Bray­ley en 2009 et Dhy­reille en 2010. Notre plus jeune est né en France, à Mar­seille. Je suis très heu­reux. La vie est vrai­ment bonne avec moi.

Quel sou­ve­nir gar­dez-vous de votre pas­sage à Mar­seille? C’était as­sez im­pro­bable pour vous d’évo­luer dans un club ama­teur en Fé­dé­rale sur des pe­tits ter­rains. Les gens et la ville étaient fan­tas­tiques, ain­si que la nour­ri­ture. Mais le club n’était tout sim­ple­ment pas hon­nête avec moi. Ce n’était même pas à pro­pos des struc­tures ou du ni­veau. Ils n’ont seule­ment pas été hon­nêtes dès le dé­but sur beau­coup de choses, en termes de sé­cu­ri­té pour ma fa­mille no­tam­ment. Je ne veux pas en dire plus… Mais avec ma femme, on se dit que si on en avait l’oc­ca­sion, on re­tour­ne­rait en France de­main. Parce que nous avons tou­jours ai­mé ce pays. Notre plus jeune fils a 5 ans et conti­nue de nous dire: ‘Je veux re­tour­ner à Mar­seille.’ Il est né là-bas, alors c’est notre pe­tit Fran­çais. Il y a

“Je de­vais être fort men­ta­le­ment pour être en me­sure de do­mi­ner les grands dé­mons que re­pré­sentent la ma­la­die et

une greffe de rein”

Je te tiens, tu me tiens… pas.

beau­coup d’in­fluence fran­çaise en lui. Par exemple, il aime vrai­ment le fro­mage. Je n’ai ja­mais vu un Ton­gien qui ai­mait au­tant le fro­mage.

Der­niè­re­ment, vous étiez à Salt Lake Ci­ty. Une ville im­por­tante pour vous puisque vous êtes mor­mon. Vous ra­con­tez avoir per­du la foi avant de dé­cou­vrir cette re­li­gion. C’est une très longue his­toire mais la ver­sion courte est que ma femme est membre de l’église de Jé­susCh­rist des Saints des Der­niers Jours et que je me suis conver­ti. Mais il y a aus­si des membres dans ma fa­mille. Je n’ai ja­mais per­du la foi, je la cher­chais juste. J’ai tou­jours ré­ci­té des prières avant le match. La re­li­gion a tou­jours oc­cu­pé une grande place dans ma car­rière. C’est jusque que je ne m’étais ja­mais vrai­ment en­ga­gé dans une seule foi. Je crois en ce que je crois, mais je ne cherche pas à dire à qui ce soit ce qu’il doit faire, ce qui est juste ou pas. C’est un choix très per­son­nel.

Après votre car­rière de joueur, vous vous êtes es­sayé au cultu­risme. C’était une fa­çon pour vous de com­bler le vide lais­sé par le rug­by? J’ai fait un tas de choses. Du cultu­risme, de la boxe aus­si. C’était juste une ques­tion de plai­sir, une fa­çon de pro­fi­ter de la vie. Sim­ple­ment m’amu­ser. Mon pote, la vie est trop courte pour être trop sé­rieux et se lais­ser re­te­nir par les ‘vous ne de­vriez pas être ci ou vous ne de­vriez pas être ça’. Je me suis juste amu­sé. Pour moi, c’est le plus im­por­tant. Prendre du plai­sir et pro­fi­ter de mes deux fils.

L’ac­tuel sé­lec­tion­neur de la Nou­velle-zélande, Steve Han­sen, es­time qu’on n’a ja­mais pu voir le vrai Lo­mu à cause de vos pro­blèmes de san­té. Et vous, avec le re­cul, com­ment ju­gez-vous votre car­rière? Je suis dé­fi­ni­ti­ve­ment fier. Aus­si courte que fut ma car­rière, j’en ché­ris tous les mo­ments. Je suis vrai­ment heu­reux d’avoir par­ti­ci­pé à 63 test matchs. Je ne vou­drais rien chan­ger, pas même les dé­faites. Tout sim­ple­ment parce que ce­la m’a fait moi, ça a fait de moi une meilleure per­sonne, mais ça m’a aus­si ap­pris beau­coup de choses très utiles sur la vie. Je pense aus­si aux grands amis que je me suis faits à tra­vers le monde: Émile Nta­mack, Brian O’dris­coll et Ro­nan O’ga­ra, Jon­ny Wil­kin­son… Ces gars-là, je peux les ap­pe­ler mes amis. Je me suis aus­si fait des amis dans la gé­né­ra­tion pré­cé­dente, comme Serge Blan­co. C’était l’un de mes hé­ros, je l’ad­mi­rais en tant que joueur. Phi­lippe Sel­la aus­si, Phi­lippe Saint-an­dré… Je suis très chan­ceux d’avoir frayé avec ces gars-là, d’avoir joué avec mes pairs, comme Mi­chael Jones, Ian Jones ou An­drew Mehr­tens, dans une grande équipe de All Blacks. Je ne chan­ge­rais rien.

Comme pour toutes les édi­tions pré­cé­dentes, les Néo-zé­lan­dais dé­barquent dans cette Coupe du monde 2015 comme les grands fa­vo­ris… On a l’ha­bi­tude. On a com­men­cé beau­coup de tour­nois en tant que fa­vo­ris et on n’a ja­mais ga­gné à l’ex­té­rieur ( les Blacks ont rem­por­té la Coupe du monde 1987 et 2011 de­vant leur pu­blic, ndlr). Je n’aime pas être le fa­vo­ri. Pas­sons dé­jà la phase de poule et après, j’es­père que ce se­ra un re­play entre la Nou­velle-zélande et la France. Sauf que cette fois, les All Blacks vont ga­gner, je sup­pose ( rires). En 2011, une équipe de té­lé­vi­sion fran­çaise est ve­nue m’in­ter­vie­wer chez moi. J’ai an­non­cé une fi­nale avec une vic­toire d’un point des All Blacks contre la France. Et je crois que j’ai eu rai­son. Après le match, les jour­na­lises sont ve­nus vers moi en cou­rant et m’ont de­man­dé: ‘Mais com­ment est-ce que tu sa­vais?’ Comme on jouait à la mai­son, je sa­vais qu’il y au­rait la même fi­nale qu’en 1987, dans le même stade.

Vous avez conscience que Jo­nah Lo­mu Rug­by est un jeu vi­déo culte pour toute une gé­né­ra­tion? Ah oui, bien sûr. C’est drôle parce qu’il est tou­jours nu­mé­ro un mon­dial des ventes de jeux vi­déo de rug­by. Et j’en suis l’heu­reux et fier pro­prié­taire. Il a car­ton­né parce qu’il était vrai­ment fa­cile à jouer. Tout le monde pou­vait s’amu­ser avec. Vous pou­viez même jouer avec votre pe­tite amie. Et puis les com­men­taires étaient drôles. C’était un suc­cès à l’époque et je trouve qu’il se dé­fend en­core. TOUS PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CAL ET AP.

www.jo­nah­lo­mu.com

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“Mon fils est né à Mar­seille, alors c’est notre pe­tit Fran­çais.

Il y a beau­coup d’in­fluence fran­çaise en lui. Par exemple, il aime vrai­ment le fro­mage. Je n’ai ja­mais vu un Ton­gien qui ai­mait

au­tant le fro­mage”

Le fa­meux com­bo slip tur­quoise et au­to­bron­zant.

“Give me Five!”

WALK THE LINE.

Le pense-bête dans la peau.

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