Fu­tur

Pas de ré­sul­tats, pas de projet de jeu et un sé­lec­tion­neur dé­pri­mant, le XV de France dé­barque en An­gle­terre avec les cer­ti­tudes d’un élève qui n’a pas ré­vi­sé de­puis quatre ans. Pas grave. C’est le plus sou­vent en fai­sant n’im­porte quoi avant que les Bleu

Tampon! - - SOMMAIRE - ET ALEXANDRE PEDRO / PHOTOS: PANORAMIC ET ICONS­PORT

Tam­pon! a dé­jà vu pour vous la Coupe du monde du XV de France. Entre Londres et Cardiff, les Bleus vont en­core faire par­ler d’eux.

VALE RE­SORT, mar­di 15 sep­tembre

À l’heure de dé­voi­ler son équipe de dé­part pour af­fron­ter l’italie en ou­ver­ture de la Coupe du monde, Phi­lippe Saint-an­dré est ten­du. Ses gar­çons sont-ils prêts? “Pas une en­gueu­lade, pas un conflit, c’est pas nor­mal, bor­del”, s’in­quiète-t-il au­près de son ad­joint, Yan­nick Bru, sur le ter­rain de golf de Vale Re­sort, camp de base des Bleus. Si les conflits n’existent pas, PSA est bien dé­ci­dé à les créer. “Je vais les pi­quer de­main, tu vas voir”, pré­vient “Le Go­ret”, après une ap­proche au fer 5 éga­rée dans le bun­ker. Et le sé­lec­tion­neur frappe fort. Il an­nonce que Pa­pé, Du­sau­toir et Fo­fa­na dé­bu­te­ront sur le banc et jus­ti­fie sa dé­ci­sion de pla­cer Par­ra à l’ou­ver­ture: “On a quand même presque ga­gné en 2011 avec Mor­gan en 10.” Pas faux. Ses ex­pli­ca­tions sur le choix de Ré­mi Ta­lès comme ar­rière convainquent un peu moins. Le len­de­main, Fran­çois Hol­lande rend vi­site aux Bleus. Pré­sen­té à Scott Sped­ding, le pré­sident ne peut s’em­pê­cher de l’in­ter­pel­ler par un “do you speak french?” en ré­fé­rence à l’épi­sode cé­lèbre entre Jacques Chi­rac et Jack­son Ri­chard­son. Le trait d’es­prit échappe à l’ar­rière d’ori­gine sud-afri­caine qui monte sur la table et en­tonne La Mar­seillaise pour prou­ver son at­ta­che­ment à la Ré­pu­blique. Pen­dant ce temps, Ui­ni Ato­nio com­met une en­torse à son ré­gime sans glu­ten des­ti­né à l’ame­ner sous la barre des 140 ki­los et ter­mine les pommes de terre sar­la­daises de Hol­lande. Oui, les Bleus sont prêts.

LONDRES, di­manche 20 sep­tembre

“Tu sais où tu peux te la car­rer ta bière?” La phrase barre la une de L’équipe au len­de­main d’une dé­faite 15-18 contre les Ita­liens. Il faut croire que Pascal Pa­pé n’avait pas soif ou juste pas en­vie de trin­quer avec son sé­lec­tion­neur. Comme Marc Liè­vre­mont quatre ans plus tôt après le nau­frage ton­gien, PSA au­ra l’al­cool so­li­taire. Il n’ima­gine pas en­core qu’une mu­ti­ne­rie s’est dé­cla­rée. Les joueurs le re­lèvent de ses fonc­tions après un vote or­ga­ni­sé sur leur chat Fa­ce­book. Alain Fin­kiel­kraut ne tarde pas à dé­non­cer sur ité­lé “l’es­prit de la ra­caille qui gagne le rug­by”. “On a peut-être fait une conne­rie”, se dit après coup Fré­dé­ric Mi­cha­lak, nom­mé en­traî­neur des ar­rières à l’an­cien­ne­té.

LONDRES, jeu­di 24 sep­tembre

Ça va mal. Les mu­tins l’em­portent seule­ment 25-20 contre la Rou­ma­nie d’ovi­diu To­ni­ta, qui a pas­sé la sai­son pré­cé­dente entre Cas­ta­net et Aixen-pro­vence en Fé­dé­rale 1. Brice

Du­lin re­gagne ses quar­tiers seul, l’ha­leine char­gée et l’oeil amo­ché. L’ar­rière évoque une ren­contre for­tuite avec un groupe d’an­glais ta­toués. Per­sonne ne le croit. Serge Blan­co, dé­pi­té, convoque une confé­rence de presse le len­de­main. Pre­mière ques­tion po­sée par un jour­na­liste de Sud Ouest: “Que pen­sez-vous de la trei­zième place de Biar­ritz en Pro D2 alors que Bayonne est qua­trième?” Sergio fait la moue et an­nonce qu’un groupe de trois joueurs com­po­sé de Thier­ry Du­sau­toir, Fré­dé­ric Mi­cha­lak et Ni­co­las Mas est al­lé convaincre Saint-an­dré –aper­çu pour la der­nière fois en fa­mille à Vul­ca­nia– de re­ve­nir. Lio­nel Ros­si­gneux, l’at­ta­ché de presse, ins­talle un ré­tro­pro­jec­teur. Une vi­déo­con­fé­rence sur Skype avec un PSA tout sou­riant dé­marre. Au mi­lieu de quelques ba­var­dages sur son co­me­back sou­hai­té par “tous les membres du groupe”, l’homme a une an­nonce de taille à faire: “J’ai un projet de jeu.”

CARDIFF, sa­me­di 10 oc­tobre

Un drop sal­va­teur de Wes­ley Fo­fa­na contre le Ca­na­da a main­te­nu les Fran­çais en vie, mais l’ir­lande s’avance verte et triom­phante. Guy No­vès sug­gère de rap­pe­ler son gendre, Vincent Clerc, fléau le plus craint par les Ir­lan­dais de­puis le mil­diou. Pen­dant ce temps, Saint-an­dré met la der­nière touche à son projet de jeu qu’il qua­li­fie de “ré­vo­lu­tion­naire mais dans la conti­nui­té”. Les grandes lignes: être cos­taud de­vant, s’en­voyer der­rière, bien dé­fendre. So­fiane Gui­toune in­ter­vient et ex­plique le prin­cipe des blocs uti­li­sé à L’UBB. PSA dé­clare ne pas connaître et ex­plique que son rug­by se­ra simple mais ef­fi­cace “si les joueurs sont bien phy­si­que­ment”. Pen­dant ce temps, Scott Sped­ding s’en­traîne, lui, à pleu­rer sur La Mar­seillaise. “C’est sym­pa comme chan­son, c’est de qui?” s’en­quiert Ro­ry Ko­ckott.

CARDIFF, MILLE­NIUM, di­manche 11 oc­tobre

La ci­vière éva­cue le corps lourd et inerte de Paul O’con­nell. “On voit un vert dans notre camp, on le tue.” Pas un homme de sens fi­gu­ré, Yoann Maes­tri ap­plique les consignes de son pa­tron à la lettre. Ré­duits à qua­torze pen­dant une heure, les Fran­çais re­nouent contre toute at­tente avec un rug­by de vil­lage fait de doigts en­fon­cés dans les or­bites et de pal­pa­tions in­tem­pes­tives. Pen­dant le match, Ch­ris­tian Jeanpierre trouve que “les Ir­lan­dais en ra­joutent”. Ber­nard Laporte ap­pro­fon­dit par son ana­lyse tech­nique: “On n’est pas un sport de pu­celles”, dé­nonce “Ber­nie” alors que Jo­na­than Sex­ton ra­masse ce qui res­semble à un bout d’oreille. Ser­vi par une sau­tée de Mathieu Bas­ta­reaud, Guil­hem Gui­ra­do met un ca­drage-dé­bor­de­ment à Gor­don d’ar­cy pour ins­crire l’es­sai de la qua­li­fi­ca­tion en coin. Alors que Ch­ris­tophe Dechavanne, cho­qué, de­mande à re­jouer le match, Éric Zem­mour sa­lue sur le pla­teau du Grand Jour­nal “un sur­saut de vi­ri­li­té sa­lu­taire face à la cas­tra­tion de l’homme fran­çais im­po­sée par le fé­mi­nisme do­mi­nant”. Maï­te­na Bi­ra­ben désap­prouve. “Je crois qu’on a sur­tout res­pec­té les fon­da­men­taux”, es­time Louis Pi­ca­moles en du­plex.

VALE RE­SORT, ven­dre­di 18 oc­tobre

Nuages noirs dans le ciel des Bleus avant de dé­fier la Nou­velle-zélande pour une place en de­mi-fi­nale. Pour sa charge vi­rile sur O’con­nell, Maes­tri écope d’une sus­pen­sion de six mois mal­gré la plai­doi­rie en la­tin du pré­sident de la FFR, Pierre Ca­mou. Confon­dus par la vi­déo, Pascal Pa­pé et Ra­bah Sli­ma­ni sont, eux, ex­pul­sés par le pre­mier Eu­ros­tar. La presse néo-zé­lan­daise dé­nonce “les bar­bares fran­çais” et en ap­pelle à ven­ger le Rain­bow War­rior ain­si que les tables de che­vet de Wel­ling­ton. Sous pres­sion, Saint-an­dré craque quand un jour­na­liste ki­wi lui de­mande des nou­velles de son plan de jeu. “You bull­shit me with your ques­tion.” Pas de doute, les Fran­çais sont prêts.

CARDIFF, MILLE­NIUM, di­manche 18 oc­tobre

La scène dé­con­certe. Alors que les Blacks exé­cutent leur ha­ka –cette “macarena néo-zé­lan­daise”, re­la­ti­vise Ber­nard Laporte–, les Bleus forment un cercle par­fait au­tour de Scott Sped­ding qui a pris l’ini­tia­tive de lire l’ap­pel du 18 juin à ses co­équi­piers et com­pa­triotes. Cin­quième mi­nute, Dan Car­ter se blesse. Ten­don d’achille rom­pu et sai­son ter­mi­née. Pré­sent dans les gra­dins ce jour-là, Ja­cky Lo­ren­zet­ti est fu­rieux. Le Ra­cing est bon pour une sai­son avec Ta­lès à l’ou­ver­ture. Les Bleus rap­pellent, eux, que le french flair n’est ja­mais qu’un sa­vant mé­lange d’inspiration et d’une grosse paire. Mi­cha­lak ne tape pas un bal­lon au pied, Sped­ding à l’ar­rière re­monte tous les bal­lons et Hu­get plante un dou­blé en quelques minutes. Fris­son dans le stade. À l’heure de jeu, Ri­chie Mccaw voit le ven­geur De­ba­ty lui pré­sen­ter la fac­ture pour l’en­semble de son oeuvre. Pri­vés de leur ca­pi­taine (plan­cher or­bi­tal en­fon­cé), les Blacks pa­niquent une nou­velle fois à l’idée de voir l’his­toire se ré­pé­ter. Sans ou­blier que Craig Jou­bert ne leur laisse rien pas­ser. L’ar­bitre sud-afri­cain ferme même les yeux sur l’en-avant de Pi­ca­moles pour l’es­sai de Du­sau­toir. “Oui bon, faut pas s’en­flam­mer non plus. On n’a ja­mais bat­tu que les Blacks”, re­la­ti­vise l’en­traî­neur des ar­rières, Pa­trice La­gis­quet, dé­jà in­quiet à l’idée de re­trou­ver l’an­gle­terre en de­mi-fi­nale.

LONDRES, ven­dre­di 23 oc­tobre

Nom de code: Wa­ter­world. Cette fois, la pluie ne se­ra pas l’auxi­liaire des An­glais. Se fiant aux prévisions de son ap­pli Météo France, Phi­lippe Saint-an­dré met en place un plan de jeu a prio­ri im­per­méable. Au me­nu: du com­bat au centre du ter­rain et de l’oc­cu­pa­tion avec Fré­dé­ric Mi­cha­lak dri­vé par un Jon­ny Wil­kin­son ve­nu de Toulon lui en­sei­gner l’art de la chan­delle. Al­bion crie à la tra­hi­son et le ton monte. Vincent Mos­ca­to es­time que “La­dy Di était la der­nière An­glaise bai­sable” alors que Scott Sped­ding rap­pelle que “ces en­foi­rés ont brû­lé notre Jeanne d’arc”. Cette fois, c’est vrai­ment sûr, les Bleus sont prêts.

LONDRES, di­manche 25 oc­tobre

Le plan fonc­tion­nait pour­tant à mer­veille. Après 40 minutes de grands coups de pompe et d’un jeu de gagne-ter­rain, la France vi­rait en tête à la pause (9-3). Et puis… La pluie s’est ar­rê­tée et la Rose a fleu­ri. Sans pré­ve­nir, son XV a dé­ci­dé de re­lan­cer de­puis ses 22 mètres, d’at­ta­quer en pre­mière main, de re­mettre à la mode le coup de pied de re­cen­trage. Bref, de jouer au rug­by. Une sym­pho­nie de 40 minutes or­ches­trée par le duo Young-ford pour quatre es­sais qui fe­ra écrire à Pierre Ville­preux le len­de­main dans Mi­di Olym­pique que “nous sommes dé­sor­mais tous des An­glais”. Mal­gré la trace sur les fesses (36-15), les Bleus pré­fèrent vivre d’illu­sions. “On a été do­mi­na­teurs en mê­lée”, se rac­croche le ca­pi­taine Du­sau­toir. Saint-an­dré re­grette, lui, qu’on ne puisse “plus faire confiance à la météo an­glaise”.

PARIS, GARE DU NORD, sa­me­di 31 oc­tobre

Ils se sont quit­tés sur un quai entre un Re­lay et une Bonne Jour­née, où Ato­nio a enfin pu épan­cher ses envies de vien­noi­se­ries. Les Bleus ont re­fou­lé le sol fran­çais. Gui­ra­do avait la tête de ce­lui qui avait dor­mi dans l’eu­ros­tar à cô­té de Bas­ta­reaud et ses lourds ron­fle­ments, Phi­lippe Saint-an­dré a émis l’idée d’un der­nier verre, “tous en­semble his­toire de ne pas se quit­ter comme ça”. Mais les hommes avaient une bonne ex­cuse: un avion à prendre, un ami ga­ré en double file ou juste une vi­laine gueule de bois. La faute au 51. Cin­quante et un, comme le nombre de points dans le mu­seau pas­sés par l’aus­tra­lie pour une pe­tite fi­nale trop grande pour eux. Alors qu’il at­tend son taxi, quelques gouttes viennent ca­res­ser le crâne du fu­tur ma­na­ger du Lille Mé­tro­pole Rug­by. “Le Go­ret” sou­rit alors que la pluie re­double. Pour­quoi main­te­nant? Une main ré­con­for­tante vient lui at­tra­per l’épaule. C’est celle de son ad­joint, Yan­nick Bru. “Phi­lippe, ar­rête de te prendre la tête. Ils avaient an­non­cé de la flotte. Tu vou­lais qu’on fasse quoi?” Pré­voir un plan de jeu al­ter­na­tif? La France dé­pi­tée oui, mais Hol­ly re­trou­vée. PAR ANTOINE MESTRES

Obé­lix d’an­tibes.

Haut-de-forme pour tous.

Le frère Scott.

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