Iron Mike

Il porte un pré­nom qui le pré­des­ti­nait plu­tôt à en­fi­ler les gants, mais il a pré­fé­ré les mê­lées et les lancers en touche. Ta­lon­neur à Agen, Mike Tad­jer n’a pas eu une tra­jec­toire comme les autres. Ren­contre avec un in­ter­na­tio­nal… por­tu­gais. Chic type

Tampon! - - News - PAR BA­BA­CAR SALL à AGEN

uand on a gran­di en ban­lieue pa­ri­sienne, éle­vé par une mère sy­rienne et un père por­tu­gais, les pro­ba­bi­li­tés d’em­bras­ser une car­rière de rug­by­man sont as­sez faibles a prio­ri. Sur­tout que Mike Tad­jer a long­temps eu un bal­lon rond dans la tête. Sauf que l’ac­tuel ta­lon­neur d’agen en Top 14 est né à Mas­sy, le fief his­to­rique du rugby dans l’es­sonne et une pe­tite usine à for­mer des fu­turs in­ter­na­tio­naux comme Ma­thieu Bas­ta­reaud, Ro­main Millo-ch­lus­ki, Grégory Lam­bo­ley ou Jim­my Mar­lu. Au­jourd’hui at­ta­blé dans son res­tau­rant de su­shis pré­fé­ré, Mike ne re­grette pas l’in­sis­tance de son édu­ca­teur de l’époque à le conver­tir à un sport dont il ne com­pre­nait pas grand-chose au dé­part. Cet édu­ca­teur, c’est Alain Ga­zon et il n’a pas ou­blié sa ren­contre avec cet élève de CM2 plu­tôt tur­bu­lent. “Je fai­sais des cycles rugby dans les écoles et j’ai tout fait

Qpour le faire ve­nir même si c’était un vrai cas­se­burnes! avoue-t-il. C’est un très bon ga­min mais il faut gé­rer l’ani­mal.” Confir­ma­tion du ca­rac­tère du gar­çon avec Vincent Du­pond, pré­sident de l’as­so­cia­tion du club de Mas­sy où Mike gra­vit les éche­lons. “Si tu ne vou­lais pas être em­mer­dé, fal­lait le mettre ca­pi­taine, pré­vient ce­lui qui a été comme un se­cond père pour lui. C’est un mec qui aime être lea­der. Quand il te fai­sait chier, tu lui don­nais des res­pon­sa­bi­li­tés et c’était bon.”

Sur le ter­rain, le jeune homme fait par­ler sa puis­sance à un poste où ses mo­dèles sont “William Ser­vat et Ra­phaël Iba­nez”. Il de­vient même in­ter­na­tio­nal chez les moins de 18 ans et rêve de por­ter un autre maillot un jour, ce­lui de la grande équipe de France. Sauf que le des­tin a d’autres pro­jets pour lui. Tout juste ma­jeur, Tad­jer in­tègre l’équipe pre­mière de Mas­sy en Pro D2. “Pour y avoir joué pen­dant plus de dix ans, c’était comme un rêve, bien que je sois par­ti très vite dans un autre club.” Cet autre club, c’est le très am­bi­tieux Ra­cing-me­tro 92, où il suit Alain Ga­zon en 2008. “Je l’avais pré­sen­té à Pierre Ber­bi­zier et il l’avait ado­ré.” En­fin, un temps. Si le ma­na­ger du Ra­cing loue sa qua­li­té de lan­cer en

“C’est plu­tôt co­ol d’avoir des res­pon­sa­bi­li­tés et d’ai­der. Sur­tout au ni­veau de la mê­lée. Parce qu’on la bosse beau­coup en France mais pas trop ici” Mike Tad­jer à pro­pos de l’équipe du Por­tu­gal

touche no­tam­ment, il ap­pré­cie moins son com­por­te­ment. “Ce con, il s’est dé­truit tout seul, dé­plore Ga­zon. Quand tu connais ‘Ber­biz’, tu sais qu’il y a des trucs qu’il n’ac­cepte pas. Quand il ar­ri­vait la cas­quette à l’en­vers… Quand t’es avec les pros, t’as des te­nues obli­ga­toires, hein, et par­fois, ça ne lui plai­sait pas du tout.”

Une pre­mière avec le Por­tu­gal sous la neige

La sai­son sui­vante en Top 14, la marche est trop haute pour Tad­jer, qui se contente d’évo­luer avec les espoirs. “Der­rière, je me fais une grosse bles­sure mus­cu­laire, je ne me fais pas opé­rer di­rec­te­ment. Puis, après quatre mois d’in­fil­tra­tions, on dé­cide de m’opé­rer.” Dé­but de la galère. Le Ra­cing ne re­nou­velle pas son contrat, il s’en­traîne alors à Ba­gneux avant de re­trou­ver Mas­sy en Fé­dé­rale 1, où il doit cher­cher un bou­lot pour pou­voir prendre une li­cence ama­teur. “Grâce au club, j’ai pu tra­vailler avec un des par­te­naires et, par la suite, re­trou­ver l’équipe”, ra­conte-t-il, re­con­nais­sant. Et voi­là le coup de fil en pro­ve­nance du Por­tu­gal qu’il n’at­ten­dait pas ou plus de la part du sé­lec­tion­neur des Lo­bos (les Loups). “C’était une grosse fier­té. Il m’avait dé­jà ap­pe­lé quand j’étais au Ra­cing mais le coach avait re­fu­sé que j’y aille.” Pre­mière sé­lec­tion en 2012 et pre­mière A Por­tu­gue­sa. “L’hymne na­tio­nal, ça te re­mue! C’était contre la Rou­ma­nie, à Bu­ca­rest, il y avait 20 cen­ti­mètres de neige sur la ville et ils ont été obli­gés de dé­nei­ger le ter­rain juste avant le match.” De­puis, l’en­fant de Mas­sy est de­ve­nu un des chefs de meute des Lo­bos. “Comme tous les joueurs ne sont pas pro­fes­sion­nels, on s’en­traîne le ma­tin et le soir vers 19h. C’est plu­tôt co­ol d’avoir des res­pon­sa­bi­li­tés et d’ai­der. Sur­tout au ni­veau de la mê­lée. Parce qu’on la bosse beau­coup en France mais pas trop ici.” Après avoir re­noué avec la branche por­tu­gaise de sa fa­mille, Mike ai­me­rait bien un jour re­tour­ner en Sy­rie, un pays dé­cou­vert plus jeune lors d’un sé­jour de trois se­maines et dont il garde un sou­ve­nir mar­quant. “Émo­tion­nel­le­ment, ça a été très fort, on était dans la fa­mille du cô­té de ma grand-mère, ra­conte-t-il au site Ren­contre XV. Les gens là-bas n’ont pas grand-chose et ils te donnent tout, ils sont très ‘fa­mille’, et moi, j’adore ça. ” Avec son “autre fa­mille”, celle de Mas­sy, le ta­lon­neur par­ti­cipe à la re­mon­tée en Pro D2 en 2014 avant de si­gner à Agen la sai­son sui­vante. Le SUA dis­pute alors un match de bar­rage pour ac­cé­der au Top 14 face à Mont-de-mar­san. Les Lan­dais ont la pé­na­li­té de la mon­tée au bout du pied d’em­ma­nuel Sau­busse, une pé­na­li­té presque im­man­quable que va pour­tant ra­ter le bu­teur mon­tois pour le plus grand bon­heur d’un Mike Tad­jer spec­ta­teur at­ten­tif et stres­sé. De­puis, l’in­ter­na­tio­nal por­tu­gais a pro­fi­té des bles­sures de Dja­lil Nar­jis­si et Marc Bar­tho­meuf pour faire son trou et ali­gner neuf ti­tu­la­ri­sa­tions. Des dé­buts pro­met­teurs en Top 14, mais pas de quoi em­pê­cher le SUA de ga­lé­rer à la der­nière place du clas­se­ment avec un re­tour à l’éche­lon in­fé­rieur qui se pro­file. “On a une phase re­tour un peu plus clé­mente en re­ce­vant des clubs de bas de ta­bleau”, cherche à po­si­ti­ver Tad­jer. À 26 ans, ce­lui qui prend grand soin de sa barbe de hips­ter ne s’in­ter­dit pas d’être am­bi­tieux. “J’ai­me­rais jouer dans une équipe de haut de ta­bleau en Top 14 et, pour­quoi pas, être cham­pion! Mais aus­si une par­ti­ci­pa­tion en Coupe du monde avec le Por­tu­gal.” C’est ce qui s’ap­pelle avoir une faim de loup.

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