RE­TOUR à

Ch­ris­tophe La­mai­son

Tampon! - - News - PAR AN­TOINE MESTRES ET ALEXANDRE PE­DRO à BAYONNE / PHO­TOS: PANORAMIC, DPPI, ICONS­PORT ET AFP/DPPI

➩Il faut bien com­men­cer par là. D’où vient le sur­nom “Ti­tou”? C’est le pe­ti­tou, le pe­tit au Pays basque, c’est très fré­quent ici. Même des ani­maux s’ap­pellent Ti­tou. Une fois, j’avais ren­du vi­site à une école et quand je me suis pré­sen­té en di­sant que je m’ap­pe­lais Ti­tou, un des élèves a le­vé la main pour dire: ‘Comme mon chien, mon­sieur.’ Du coup, j’ai dit qu’ils pou­vaient aus­si m’ap­pe­ler Ch­ris­tophe.

Et dans le bou­lot, c’est Ti­tou ou Ch­ris­tophe? Tou­jours Ti­tou. En fait, per­sonne ne m’ap­pelle Ch­ris­tophe.

Com­ment un an­cien rug­by­man se re­trouve au­jourd’hui à di­ri­ger une en­tre­prise spé­cia­li­sée dans les éner­gies re­nou­ve­lables? J’étais en fin de car­rière, ça com­men­çait à sen­tir la sa­pi­nette pour moi et je me suis lan­cé avec un co­pain du rugby, Ni­co­las Martin. Je n’ar­ri­vais pas à com­prendre pour­quoi on pou­vait voir des champs éo­liens à Pam­pe­lune et pas chez nous, de l’autre cô­té de la fron­tière. J’ai com­men­cé à m’y in­té­res­ser et des ren­contres m’ont per­mis d’avoir ac­cès à des per­sonnes chez EDF, ce qui m’a ame­né à tra­vailler avec la fi­liale EDF Éner­gies nou­velles spé­cia­li­sée dans ce do­maine. Après, tu suis la mou­vance quand tu com­mences à t’in­té­res­ser aux éner­gies re­nou­ve­lables: l’éo­lien, le pho­to­vol­taïque, l’hy­drau­lique ou la bio­masse au­jourd’hui.

Tout a pour­tant failli s’ar­rê­ter à cause de votre conseiller fi­nan­cier de l’époque contre le­quel vous avez por­té plainte en 2008*… Il était dans la boucle ( sou­rire). Ça fait par­tie des choses de la vie, on ne peut pas tou­jours avoir af­faire à de bonnes per­sonnes. Au­jourd’hui, je suis tou­jours dans la par­tie, Ni­co­las aus­si. J’ai lais­sé un pe­tit chèque ( 148 000 eu­ros se­lon son es­ti­ma­tion à l’époque, ndlr) et ça ne fait pas plai­sir. On a dé­ce­lé au bout d’un mo­ment qu’il y avait le loup dans la ber­ge­rie, on a vou­lu en par­ler à des mé­dias pour le faire sa­voir, parce que cette per­sonne conseillait d’autres rug­by­men et je vou­lais aver­tir les joueurs à une pé­riode où le rugby de­ve­nait pro­fes­sion­nel et que l’on com­men­çait à s’in­té­res­ser à leur ar­gent, qu’ils fassent gaffe.

Vous ap­par­te­nez à la pre­mière gé­né­ra­tion confron­tée à cette pro­blé­ma­tique. J’étais cé­li­ba­taire, pas mal taxé, et je m’aper­ce­vais qu’il fal­lait don­ner un chèque à l’état en fin d’an­née. Donc l’idée, c’était de trou­ver un moyen d’in­ves­tir pour en don­ner un peu moins. Tu es jeune, tu passes à la té­lé, tu as un contrat as­sez sym­pa mais sur deux ou trois ans. Pour le ban­quier, le char­gé de pa­tri­moine ou le fis­ca­liste, tu de­viens une proie fa­cile et toi, tu te dis que tu n’as qu’à ta­per dans le bal­lon pour ga­gner de l’ar­gent et leur faire confiance. Or, quand tu ar­rêtes, tu n’as plus les mêmes re­ve­nus, le ban­quier te fait la gueule, le char­gé de pa­tri­moine se barre.

Vous avez un peu dis­pa­ru du mi­lieu du rugby. Par choix? Oui. On me res­sort juste du pla­card tous les quatre ans pour la Coupe du monde.

Mais vous pro­fi­tez de ce ré­seau rugby pour votre en­tre­prise. Je se­rais bien bête de ne pas l’uti­li­ser. Que tu aies été in­ter­na­tio­nal ou joueur de 4e sé­rie, j’es­time que tu fais par­tie d’une même fa­mille.

Cette fa­meuse fa­mille existe vrai­ment? (Il ré­flé­chit) En toute hon­nê­te­té, elle existe. Elle a sans doute pas mal évo­lué avec le rugby pro­fes­sion­nel, mais du mo­ment que tu as joué, tu peux faire ap­pel à elle. Sur­tout ici au Pays

Le fa­meux drop dans un fau­teuil.

Et il y avait Pa­trick Sé­bas­tien comme pré­sident. Vous en gar­dez quels sou­ve­nirs? Il des­cen­dait de Pa­ris à chaque match. Il avait ses deux mondes: ce­lui du show­biz et le rugby à Brive qui le ras­su­rait. Ça lui tar­dait de nous re­trou­ver le week-end, il ai­mait sen­tir l’odeur du ves­tiaire, c’était un peu sa coke à lui ( rire).

Com­ment on se com­porte avec un pré­sident qui est aus­si une star de la té­lé et un gros fê­tard re­ven­di­qué? On comp­tait sur lui pour qu’il nous fasse rire, qu’il nous fasse son imi­ta­tion de Bour­vil, bien sûr. On était ses joueurs, rien que de nous voir, il était content ; je ne l’ai ja­mais en­ten­du gueu­ler sur nous. Comme il était un pré­sident qui sor­tait du cadre, il fai­sait aus­si en sorte qu’on soit un peu à son image. On n’avait pas peur des ca­rac­tères, le vi­lain pe­tit ca­nard, il fal­lait qu’il soit chez nous. Il y avait des mecs qui cas­saient les codes, des Ca­sa­deï, Car­bon­neau, Alé­gret, Ka­ka­la…

On ne voit plus trop des types comme eux au­jourd’hui. Les mecs sont trop po­li­cés. Il faut être un peu fê­lé pour jouer au rugby, li­mite ka­mi­kaze pour qu’un mec de 120 ki­los te rentre de­dans. Et quitte à être fê­lé, au­tant l’être tout le temps. Pour res­ter po­li, on va par­ler de fo­lie, il faut al­ler au-de­là ce qu’un homme peut être ca­pable en gé­né­ral.

Vous étiez for­cé­ment au ma­riage de Pa­trick Sé­bas­tien, puis­qu’il a or­ga­ni­sé la cé­ré­mo­nie à la mi-temps d’un match contre Tou­louse. Presque, c’était juste avant la ren­contre. Un jour, il ar­rive et nous dit qu’il va se ma­rier avec sa na­na et que ça se­ra au Sta­dium. On était à l’échauf­fe­ment pen­dant la cé­ré­mo­nie avec les dan­seuses en grandes robes de­vant nous. Il fal­lait cas­ser les codes de ce rugby de vil­lage. On dit que Max Guaz­zi­ni a été le pre­mier, mais Pa­trick l’a fait à la même époque.

Il y a eu aus­si cette ba­garre contre les Gal­lois de Pon­ty­pridd au bar Le Toul­zac à Brive. Une af­faire dont on a même par­lé dans les JT à l’époque. On a eu un peu peur ce soir-là. Après, on s’est aper­çus que chez les Gal­lois, il y avait 50% de chô­meurs, ils étaient ve­nus à Brive pour se faire plai­sir. Sans par­ler des conten­tieux sur le ter­rain avec des contrats mis sur la tête des uns et des autres. Ce qui était mar­rant, c’est que le len­de­main, Bru­no Marty ( pro­prié­taire du bar et an­cien joueur du CAB tout juste re­trai­té, ndlr) avait mis une a∞che sur la porte: ‘ En­trez sans frap­per.’

Vous aviez le sen­ti­ment d’être un club dif­fé­rent? Le chal­lenge était à moyen terme, sur deux ou trois ans. Au ni­veau du staff mé­di­cal, de l’en­traî­ne­ment, on était pré­cur­seurs avec Laurent Seigne et Pierre Mont­laur. Et puis, il y a eu la fi­nale de Coupe d’eu­rope de 1997 qui a mar­qué les gens. Dé­jà, c’était la pre­mière an­née où des clubs an­glais étaient en­ga­gés. Et avec notre équipe de fous fu­rieux, on se re­trouve face à Lei­ces­ter et son ar­ma­da d’in­ter­na­tio­naux. Et là, on fait un match avec du jeu de par­tout, quatre es­sais et on gagne.

Mal­gré ce titre, tout le monde n’ai­mait pas le CAB. Vous n’aviez pas l’im­pres­sion de dé­ran­ger? Il y en a qui ai­maient Brive, d’autres moins. C’est la même chose au­jourd’hui avec Tou­lon. En France, on n’aime pas trop les clubs qui gagnent, comme Tou­lon main­te­nant.

Et vous pen­sez quoi du mo­dèle tou­lon­nais? Je ne sais pas, je n’ai pas for­cé­ment un avis ob­jec­tif sur la ques­tion.

Un avis sub­jec­tif alors? Je crois que c’est bien pour Tou­lon, mais pour le rugby fran­çais? Je ne sais pas trop. On est obli­gé de re­con­naître que c’est la bonne mé­thode puisque ça gagne et que tout le monde co­pie Tou­lon. Mais je ne suis pas cer­tain qu’ailleurs, tu puisses en faire un copier-col­ler. Pour­quoi? Parce que tu n’as pas un Boud­jel­lal, tu n’as pas un La­porte, tu n’as pas les même moyens fi­nan­ciers ni la pas­sion propre au Sud-est.

Ce qui vous dé­range, c’est que les étran­gers barrent les jeunes Fran­çais? Al­lez, on va dire qu’il y une grosse di­zaine de joueurs étran­gers qui sont in­dis­pen­sables à leur club, parce qu’ils savent ga­gner les matchs et ap­portent un plus. Un Mca­lis­ter, par exemple, c’est du pain bé­ni pour Tou­louse. Quand il n’y en a qu’une di­zaine, ça me va ; quand il y en a 1 500, ça me va moins. Tu en as en Top 14 et Pro D2, bien sûr, mais tu en trouves aus­si en Fé­dé­rale ou Fé­dé­rale 2. Et là, ça me dé­range vrai­ment.

Le pro­blème ne vient-il pas aus­si de la qua­li­té de la for­ma­tion fran­çaise? Bien sûr, on a vou­lu copier l’hé­mi­sphère Sud et un jeu ba­sé sur le phy­sique et on en a ou­blié notre iden­ti­té. Mais au-de­là de ça, je trouve dom­mage que les clubs se fassent la guerre pour ré­cu­pé­rer les meilleurs jeunes. On use trop vite les ga­mins, on leur fait croire des choses qui n’ar­rivent pas. Dans mon école, j’en ai cer­tains qui veulent être pro, je leur dis: ‘Mais non, fran­che­ment, n’y pen­sez même pas.’ À 14 ans, tu ne sais pas si un ga­min va de­ve­nir pro.

Pour­quoi? Au foot, tu es très vite fixé si le gosse est au-des­sus. Au rugby, il y a le pa­ra­mètre phy­sique, com­ment il va se fondre dans l’équipe, est-ce qu’il va évi­ter les bles­sures… Le foot est un sport plus in­di­vi­duel, le ga­min au-des­sus tech­ni­que­ment qui met six buts par matchs, on va le re­gar­der. Au rugby, tu dé­pends des autres. Il n’y a que Jo­nah Lo­mu qui tra­ver­sait tout seul le ter­rain.

C’est peut-être pour ça qu’il a été la seule star pla­né­taire. Et tant mieux. Au rugby, ce sont d’abord les his­toires col­lec­tives qui im­portent.

“Pa­trick Sé­bas­tien avait ses deux mondes: ce­lui du show­biz et le rugby à Brive qui le ras­su­rait. Ça lui tar­dait de nous re­trou­ver le week-end, il ai­mait sen­tir l’odeur du ves­tiaire, c’était un peu sa coke à lui”

Alors moi, quand on me par­lait de meilleur bu­teur, de re­cords, je m’en fou­tais roya­le­ment.

Même lorsque Fré­dé­ric Mi­cha­lak a bat­tu votre re­cord de points en sé­lec­tion? Ma fille m’a dit: ‘Pa­pa, tu as quand même la mé­daille d’ar­gent.’ Mais si­non, on s’en fout quand même.

Ce re­cord, vous l’avez bat­tu en 37 sé­lec­tions seule­ment. C’est as­sez peu fi­na­le­ment pour quel­qu’un qui a au­tant mar­qué l’his­toire du XV de France. Il y a eu des bles­sures, quelques al­lers-re­tours mais quand j’y étais, on va dire que c’était le bon mo­ment, ça ga­gnait ( sou­rire).

En 1997, vous mar­quez 18 points lors de la vic­toire en An­gle­terre, vous réa­li­sez le Grand Che­lem, et pour­tant vous dis­pa­rais­sez un peu par la suite. Que s’est-il pas­sé? Un tsu­na­mi contre l’afrique du Sud ( dé­faite 52-10, ndlr) au Parc où je joue là-aus­si. Il y a eu une re­mise en ques­tion de l’équipe et des joueurs. C’était comme ça.

Être en­cen­sé puis re­mis en cause très vite, c’est un peu le propre du rugby fran­çais. C’est bien fran­çais, oui, je l’ai connu. Tu le sais dès le dé­but. Un de mes en­traî­neurs m’a dit pour ma pre­mière sé­lec­tion: ‘Fé­li­ci­ta­tions, mais le plus dur ce n’est pas d’y ar­ri­ver mais d’y res­ter.’ Il avait tout dit.

Pour la Coupe du monde 1999, vous ne par­tez pas pour être ti­tu­laire, il n’y avait pas vrai­ment d’har­mo­nie dans le groupe… ( Il coupe) C’est le moins qu’on puisse dire.

Et pour­tant, vous ar­ri­vez en fi­nale et réa­li­sez le plus grand ex­ploit du rugby fran­çais en bat­tant la Nou­velle-zé­lande en de­mi-fi­nale. Com­ment on peut l’ex­pli­quer? Avant la Coupe du monde, je suis nu­mé­ro trois en 10 der­rière Ugo Mo­la et Tho­mas Cas­tai­gnède. Pen­dant la pré­pa­ra­tion, Pierre Ville­preux me conseille de re­gar­der et d’ap­prendre pour la suite. Bien sûr, ça a eu le don de m’éner­ver. Et je me sou­viens que lors des en­traî­ne­ments, il y avait les ti­tu­laires d’un cô­té et les cos­tards comme moi de l’autre et on leur

Mau­vaise nuit ? met­tait la mi­sère. Par la suite, Ugo glisse ar­rière, Tho­mas se blesse avant le deuxième match et je me re­trouve ti­tu­laire.

Le re­tour de Fabien Gal­thié –ou­blié de la liste dans un pre­mier temps– est aus­si un tour­nant... Il coïn­cide au mo­ment où on s’ap­prête à quit­ter la France pour jouer notre quart de fi­nale contre l’ar­gen­tine à Du­blin. On res­sen­tait pas mal de pres­sion, on se fai­sait sif­fler à l’en­traî­ne­ment, les mé­dias étaient contre nous ou les en­traî­neurs, le sché­ma de jeu n’était pas très bien iden­ti­fié.

Skre­la et Ville­preux étaient-il trop am­bi­tieux? En France, il faut que ça gagne et que ça plaise. Or, ça ne ga­gnait pas vrai­ment et ça plai­sait en­core moins. C’était le jeu à la tou­lou­saine, avec du jeu de­bout alors que le rugby avait évo­lué et qu’on com­men­çait à par­ler d’un jeu phy­si­co­phy­sique. Ville­preux et Skre­la étaient convain­cus par cette fa­çon de jouer, mais n’avaient peut-être pas les bons in­gré­dients au dé­part. Et puis, avec les bles­sures, il y a eu cer­tains ré­ajus­te­ments. Je suis de­ve­nu l’ou­vreur, Fabien est re­ve­nu, Émile (Nta­mack) s’est ins­tal­lé au centre alors que les coachs n’en vou­laient pas et on met 40 points à l’ar­gen­tine qui po­sait dé­jà sou­vent pro­blème à la France.

Et ce soir-là, il y a une grosse troi­sième mi­temps. On sait qu’on va jouer les Blacks et per­sonne n’a ou­blié qu’on a pris 50 points contre eux en pré­pa­ra­tion. On a at­teint l’ob­jec­tif fixé en étant en de­mi-fi­nale et on en a plein le cul parce que de­puis deux mois et de­mi, on est cri­ti­qués de par­tout, donc on a juste en­vie de dé­com­pres­ser. On se re­trouve dans cette salle d’hô­tel où on s’oc­troie une pe­tite bière, et puis une deuxième, une troi­sième, et on com­mence à dé­li­rer comme on sa­vait dé­li­rer en troi­sième mi-temps. On était en­core une gé­né­ra­tion d’ama­teurs et on sa­vait lâ­cher la pres­sion, mais in­tel­li­gem­ment. À l’époque, le tube du mo­ment, c’était Tom­ber la che­mise, alors on a tous fi­ni torse nu, les di­ri­geants com­pris.

La se­maine avant la de­mi-fi­nale, la ques­tion qui re­ve­nait, c’était: ‘Com­bien de points vous al­lez prendre?’ Ce n’était que ça. ‘Com­ment vous al­lez faire pour exis­ter?’‘com­ment vous al­lez em­pê­cher Jo­nah Lo­mu de mar­quer cinq es­sais?’ Af­freux.

Il exis­tait un plan an­ti-lo­mu, d’ailleurs? Il fal­lait jouer der­rière lui pour le faire cou­rir, c’était la consigne. On avait re­mar­qué que lors­qu’il de­vait mul­ti­plier les courses, il fi­nis­sait par s’es­souf­fler. On l’avait no­té à la vi­déo avec Fabien (Gal­thié) et Émile (Nta­mack) et le groupe l’avait va­li­dé. Il y avait une grosse prise de risque, parce que si tu ra­tais le coup de pied, tu te pre­nais une contreat­taque der­rière.

Même avec 14 points de re­tard après le se­cond es­sai de Lo­mu, vous ne pa­ni­quez pas. Il y avait tout pour faire un bon film: le lieu, le cas­ting, le scé­na­rio. On vou­lait en pro­fi­ter et que ce film ne donne pas un na­vet. J’avais l’im­pres­sion de re­vivre le match de 97 face aux An­glais, dé­jà à Twi­cken­ham. On prend une bran­lée à la mi­temps et puis, on re­vient pro­gres­si­ve­ment, et ce sont les mêmes joueurs qui ont vé­cu ça. Il fal­lait les faire dou­ter, la consigne était de mar­quer dès qu’on al­lait dans leur camp avec une pé­na­li­té ou un drop. Et même chez les Blacks, tu doutes quand ton ad­ver­saire marque à chaque fois. On connaît la suite.

Et vous mar­quez 28 points. Vous avez l’im­pres­sion de réa­li­ser le match par­fait? J’ai fait mon job, cha­cun a fait son job. Je ne peux pas ra­me­ner ce match à ma per­for­mance. Il y a des mo­ments dans une car­rière de spor­tif où on est dans ‘ la zone’, on fait exac­te­ment ce qu’il faut faire. Ja­mais on a re­gar­dé le score, on ne re­marque même pas les An­glais qui chantent La Mar­seillaise. J’ar­rive en confé­rence de presse, je vois des jour­na­listes qui pleurent, les mêmes qui ba­lan­çaient sur l’équipe de France juste avant. On com­mence juste à réa­li­ser ce qu’on vient de faire.

Vous sa­vez qu’après ce match, vous en­trez à tout ja­mais dans l’his­toire du rugby et du sport fran­çais. Eh bien, mer­ci! Mer­ci Youtube ( rire).

C’est le propre du sta­tut du bu­teur: on passe très vite de hé­ros à zé­ro ou l’in­verse. À l’époque, tu étais bu­teur parce qu’il en fal­lait bien un. Si ça pas­sait, tant mieux, si ça ne pas­sait pas, tant pis. Il n’y avait pas en­core les fa­meuses sta­tis­tiques. On a com­men­cé à se rendre compte vers 1995

“Chez moi à La­ba­tut, le stade de rugby était en face de la mai­son. Je pre­nais mes quatre ou cinq bal­lons et j’al­lais ta­per. Et comme il n’y avait pas de fi­lets der­rière les po­teaux, je fai­sais pas mal de ki­lo­mètres pour al­ler les cher­cher ”

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