Ar­gen­tine

Tampon! - - Sommaire - PAR RI­CAR­DO MESTRE, À BUE­NOS AIRES / TRA­DUC­TION: PIERRE BOIS­SON / PHO­TOS: IGNA­CIO CO­LO POUR TAM­PON!

Dans le pé­ni­ten­cier de San Mar­tin à Bue­nos Aires, le pa­villon 8 est ré­ser­vé aux Es­par­ta­nos (les Spar­tiates). Un gang? Non, une équipe de rug­by pas comme les autres avec des joueurs en quête de ré­demp­tion.

Eduar­do “Co­co” Ode­ri­go a pas­sé plus de dix an­nées à en­voyer en pri­son des ra­vis­seurs, des vo­leurs et des hommes de mau­vaise vie. Un jour de 2009, sur l’in­sis­tance d’un ami, il dé­cide de faire un tour au pé­ni­ten­cier de San Mar­tin, dans la ban­lieue de Bue­nos Aires, pour ob­ser­ver com­ment vivent ceux qui en­freignent la loi. Les images des pri­son­niers ne sont ja­mais plus sor­ties de la tête de l’avo­cat. Ama­teur de rug­by, il pense que ce sport peut être le mo­dule par­fait pour mettre les pri­son­niers sur la voie de la ré­in­ser­tion. Ain­si sont nés Los Es­par­ta­nos (Les Spar­tiates). De­puis, les pen­sion­naires du pa­villon 8 ont af­fron­té des équipes de po­li­ciers, de pro­cu­reurs et sont mêmes ar­ri­vés aux portes du Va­ti­can. Mais leur plus belle vic­toire est ailleurs, et sur­tout après.

C’est un ter­rain où l’herbe ne pousse plus. Y a-t-elle un jour pous­sé, d’ailleurs? Ici, il ne faut pas avoir peur de mar­cher et sur­tout se je­ter dans la boue. De loin, on pour­rait croire à l’en­traî­ne­ment d’un club de quar­tier, entre maillots dé­pa­reillés (d’équipes de foot de pré­fé­rence), bas de sur­vê­te­ment et casques en­fon­cés exa­gé­ré­ment. Mais il suf­fit de le­ver la tête pour aper­ce­voir les mi­ra­dors, les gardes ar­més, un uni­vers de bé­ton froid, de grillages en en­fi­lade et de bar­be­lés. Bien­ve­nue à San Mar­tin, pé­ni­ten­cier de haute sé­cu­ri­té de la ban­lieue de Bue­nos Aires. Col­lé à une dé­charge gi­gan­tesque qui crache de la suie 24 heures sur 24, l’en­droit ne pré­sente pas de quar­tier VIP. Pour­tant, il existe bien un es­pace ré­ser­vé, avec ses droits et sur­tout ses de­voirs. Le pa­villon 8 est le ves­tiaire et l’ha­bi­tat quotidien des Es­par­ta­nos –qui doivent leur nom au film 300 mais ne sont que 39. On dit qu’ici, il n’y a pas de ba­garre, pas de dis­pute, pas de drogue. On dit que les dé­te­nus or­ga­nisent des tours pour faire la sieste et pour écou­ter de la musique. Cer­tains, comme Ariel, 43 ans et vé­té­ran de la bande, écoutent de la musique évan­gé­liste: Je­sus Adrian Ro­me­ro et Mar­cos Witt sont ses idoles. Ceux qui n’ac­ceptent pas ces condi­tions ont la porte grande ou­verte. “Cer­tains sont par­tis parce qu’ils ne les res­pec­taient pas et conti­nuaient à me­ner leur vie d’avant, cadre Ariel. On est ici pour chan­ger à 100%. Si­non, il vaut mieux par­tir.”

Seule­ment 5% de taux de ré­ci­dive

Chan­ger les hommes par le rug­by pour mieux les ai­der à en­vi­sa­ger leur vie d’après et ne pas ra­ter leur se­conde chance, voi­là la mis­sion que s’est fixée Co­co Ode­ri­go. Che­veux blancs et al­lure frêle, l’homme de 45 ans pa­raît presque ti­mide pour un avo­cat. D’ailleurs, au dé­but, il

n’osait pas par­ler à ses proches de son pro­jet. Qu’al­lait-il cher­cher si loin de son mi­lieu so­cial? “Il y a eu des cri­tiques de nos amis. Ils nous di­saient que la pri­son n’était pas un en­droit pour nous. Mais on a réus­si à s’ins­tal­ler et main­te­nant, c’est presque de­ve­nu à la mode, il y a beau­coup de jeunes et de femmes qui viennent ici.” Quelques ber­lines al­le­mandes ga­rées de­hors sont là pour confir­mer le mé­lange des genres qu’il a réus­si à opé­rer. Des chefs d’en­tre­prise bien mis et leurs enfants ado­les­cents af­frontent le temps d’un match ces pri­son­niers dont le dé­rou­lé du ca­sier les fe­raient chan­ger de trot­toir s’ils de­vaient les croi­ser dans une rue de Bue­nos Aires. Ce­lui de Ga­briel Mar­quez, le ca­pi­taine, est char­gé mal­gré ses 23 ans et une sor­tie pré­vue pour 2022. Vol qua­li­fié, port d’arme, ten­ta­tive d’ho­mi­cide et jeu­nesse per­due pour quelques pe­sos, Ga­briel es­time s’en être pas mal sor­ti avec sa peine de dix ans. Cou­vert de boue, il re­garde dans les yeux les jeunes vo­lon­taires du riche quar­tier de San Isi­dro et re­tourne jouer. Il dit que le rug­by a fait de lui le pri­son­nier mo­dèle au­quel l’ad­mi­nis­tra­tion ac­corde da­van­tage d’au­to­ri­sa­tions de sor­tie pour voir sa com­pagne et sa fille d’un an. Dans son quar­tier na­tal de San Mi­guel où il a pous­sé trop vite au mi­lieu de onze frères et soeurs, la dé­lin­quance est mon­naie cou­rante. “Mon père l’a été. Deux de mes frères ont fi­ni en pri­son. J’étais un ga­min à pro­blèmes, je pre­nais de la coke, je fu­mais de l’herbe…” Ga­briel as­sume sa vie d’avant, mais es­père que celle d’après lui don­ne­ra une se­conde chance avec un tra­vail et une di­gni­té re­trou­vée.

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En­core des belles ru­meurs dans le Mi­dol.

Il a pris com­bien le chien?

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