Fré­dé­ric Mi­cha­lak

À peine ma­jeur, il était dé­jà une star de son sport. À 34 ans, il re­vient sur une car­rière faite de hauts et de bas, mais tou­jours gui­dée par son amour du jeu. En­tre­tien avec un homme qui a des choses à dire sur son mé­tier.

Tampon! - - Sommaire - PAR GRÉ­GO­RY LETORT ET ALEXANDRE PE­DRO, À LYON / PHO­TOS: RE­NAUD BOU­CHEZ POUR TAM­PON!, PANORAMIC ET DPPI

Après le Stade Tou­lou­sain et le RC Tou­lon, il ter­mine à Lyon son tour des clubs en rouge et noir. Le der­nier cha­pitre, à 34 ans, d’un ro­man d’ap­pren­tis­sage qui ra­conte la tra­jec­toire de l’en­fant pro­dige du rug­by fran­çais. En seize ans de car­rière, Fré­dé­ric Mi­cha­lak a tout ex­pé­ri­men­té. Il y a eu l’in­sou­ciance du dé­but, un Bou­clier à 18 ans avec les co­pains, les dé­buts fra­cas­sants avec les Bleus jus­qu’à ce que le ciel de Syd­ney ne lui tombe sur la tête en 2003, en de­mi-fi­nale de Coupe du monde. Il y a aus­si eu les titres (six Coupes d’eu­rope, trois cham­pion­nats, quatre Tour­nois des 6 Na­tions), la no­to­rié­té, les sol­li­ci­ta­tions et les in­com­pré­hen­sions qui vont avec, mais aus­si le corps qui lâche, l’exil sud-afri­cain, les re­tours fra­cas­sants alors qu’on l’a dit fi­ni pour un sport qui est res­té, chez lui, un jeu. Avec un 9 ou 10 dans le dos, il a vu le rug­by chan­ger, les sa­laires ex­plo­ser, le Top 14 de­ve­nir la Pre­mier League du rug­by, la for­ma­tion à la fran­çaise être re­mise en cause. Sur tout ce­la, le nou­vel ac­tion­naire ma­jo­ri­taire du club de Bla­gnac (Fé­dé­rale 1) a des choses à dire et des pro­po­si­tions à for­mu­ler. Peut-être le dé­but d’un pro­chain ro­man, comme di­ri­geant ou en­traî­neur…

Est-ce que tu te sou­viens de ton pre­mier match of­fi­ciel avec le Stade Tou­lou­sain, en 2000, contre Tou­lon en Coupe de la Ligue? Tu avais rem­pla­cé Sté­phane Ou­gier. Oui, j’étais ren­tré à l’aile, je crois. La Coupe de la Ligue exis­tait en­core… Je me re­trou­vais aux cô­tés de grands noms du rug­by fran­çais. À l’époque, Tou­louse fai­sait rê­ver, ga­gnait des titres tous les ans. C’était comme dans un rêve. Mais il fal­lait avoir du ca­rac­tère. Il y avait des per­son­na­li­tés et il fal­lait vite s’im­po­ser, être per­for­mant tout de suite, jeune ou pas.

Il pa­raît que les an­ciens tes­taient beau­coup les pe­tits jeunes comme toi. On se fai­sait cham­brer, mais on ne se lais­sait pas faire. J’avais la chance d’avoir plu­sieurs jeunes avec moi, comme Clé­ment ( Poi­tre­naud, ndlr), Jean­jean, Bouil­hou. Au Stade, on était toute une gé­né­ra­tion à ar­ri­ver et on vou­lait faire chier les an­ciens. Il y avait des cha­maille­ries en per­ma­nence. Ils cher­chaient à voir si on avait du ré­pon­dant, et on en avait, ils n’étaient pas dé­çus. Ce qui a créé fi­na­le­ment une os­mose et un état d’es­prit qui se re­trou­vait sur le ter­rain.

Tu res­sen­tais une dif­fé­rence d’ap­proche entre toi, un en­fant du pro­fes­sion­na­lisme, et les Ca­zal­bou, Nta­mack, Mio­rin, qui ont dé­bu­té ama­teurs avant de de­ve­nir pros? Non, ils étaient aus­si pro­fes­sion­nels que nous. Ils avaient tous un bou­lot à cô­té mais dans leur fa­çon de tra­vailler et de s’en­traî­ner, ils étaient pros à 200%. Ils avaient le sta­tut de joueur in­ter­na­tio­nal et, à cô­té, en cas de bles­sure, un bou­lot. Je pense que c’était fi­na­le­ment la bonne ap­proche.

Tu as ré­flé­chi à un plan B en cas d’échec dans le rug­by? Pas vrai­ment, je n’ai pas sui­vi des études pous­sées, j’ai juste eu un bac pro commerce. Je vou­lais faire du rug­by à haut ni­veau, en équipe pre­mière à Tou­louse, sans sa­voir si j’al­lais en vivre. C’est ça qui me fai­sait rê­ver.

Pour­tant, il y a une im­pres­sion de fa­ci­li­té qui en­toure tes dé­buts. Ne fi­nis-tu pas par te dire que le Top 16 (nom du cham­pion­nat à l’époque), ce n’était pas si dif­fi­cile que ça? Je ne vais pas vous dire que je m’éton­nais sur le ter­rain mais ça s’est fait na­tu­rel­le­ment. Quand tu es al­lé à l’école tou­lou­saine, comme moi de­puis les pous­sins, tu as été édu­qué avec un style de jeu trans­mis de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion. En équipe pre­mière, tu te re­trouves fi­na­le­ment avec ce style, le jeu de­bout, que tu as pra­ti­qué de­puis tout jeune. En plus, de­vant moi, j’avais un pack im­pres­sion­nant, des joueurs qui avaient 60 sé­lec­tions. C’était plus fa­cile pour nous d’ar­ri­ver dans cette équipe do­mi­nante. On est en­trés dans un moule et on a peut-être ap­por­té de la fraî­cheur, de l’en­thou­siasme, un truc nou­veau.

Et pas mal de fo­lie, aus­si. Beau­coup. Beau­coup d’in­sou­ciance. Et puis c’était notre ADN à Tou­louse: le mou­ve­ment, l’adap­ta­tion. Les chis­te­ras, on les fai­sait de­puis tout petit. Après, ta­per dans un bal­lon, on ne sa­vait pas le faire. J’avais du mal à ta­per une pé­na­li­té de 22 mètres un peu dé­ca­lée parce que je n’avais pas les bonnes po­si­tions de bal­lon. Je ne ta­pais que de loin. Cette in­sou­ciance, c’est ce qui m’a va­lu des bons trucs mais aus­si des mo­ments dif­fi­ciles. J’étais un joueur im­pré­vi­sible, ce qui était bien. On me sur­veillait mais on ne sa­vait pas ce que j’al­lais faire. Sauf que ça a joué aus­si des tours à mon équipe. C’est tou­jours pa­reil, il faut trou­ver le juste mi­lieu. Avec le temps, l’ex­pé­rience, on le trouve.

Tu de­viens cham­pion de France à 18 ans avec tes co­pains. Tu as bien pu pro­fi­ter après? Même pas! Le len­de­main, je suis par­ti pour la Coupe du monde des moins de 21 ans en Aus­tra­lie. Ça m’a bien fait chier, d’ailleurs. En plus, j’avais une pe­tite bles­sure. Ré­sul­tat, je n’ai pas par­ti­ci­pé aux deux pre­mières se­maines de com­pé­ti­tion. Je crois que je n’ai ja­mais fê­té un titre de cham­pion de toute ma car­rière. À chaque fois, il fal­lait par­tir en tour­née dans la fou­lée, en Nou­velle-zé­lande ou en Aus­tra­lie, c’était un crève-coeur. Sur­tout que, bien sou­vent, tu ne joues pas le pre­mier match.

En quelques mois, tu de­viens une pe­tite star à Tou­louse, alors que tu vas tou­jours au ly­cée. Comme on gère ce chan­ge­ment? Ce qui était mar­rant, c’était de voir cer­tains profs, qui me di­saient que je n’ar­ri­ve­rais à rien, me de­man­der des places. On ne t’ap­prend pas à l’école à de­ve­nir cé­lèbre. Pour moi, je jouais au rug­by, c’est tout. Sauf que tu joues au rug­by mais der­rière, on te de­mande des au­to­graphes, des gens viennent te voir pour pla­cer ton ar­gent, d’autres pour t’ex­pli­quer com­ment être meilleur. C’est vrai que ça pa­ra­site beau­coup. C’est à la fois des em­merdes et des dé­cou­vertes.

Tu parles des agents? Oui, mais aus­si des co­pains qui veulent boire un coup avec toi. Quand j’al­lais en boîte, j’avais un pa­quet de nou­veaux co­pains. Quand on est jeune, on sort, on a en­vie de dé­cou­vrir des choses et puis on fait des conne­ries. Il faut bien en faire, aus­si. L’en­nui, c’est que mes potes sor­taient tous les week-ends et fai­saient ce qu’ils vou­laient, eux. Et nous, on ne pou­vait plus trop le faire. On avait une image, celle du Stade Tou­lou­sain. Même si on va juste boire un coup de­hors, au­jourd’hui, les gens ne com­prennent pas. On a be­soin de se dé­tendre, de vivre, aus­si. Ça ne veut pas dire que l’on va être mau­vais. Il fau­drait en­voyer les scep­tiques en stage avec les Néo-zé­lan­dais, ils ver­raient. Ce qui ne les em­pêche pas d’être bons.

À votre époque, on ne ris­quait pas d’être fil­mé par un té­lé­phone por­table en boîte, au moins. Ça ne m’a pas em­pê­ché de prendre un verre dans la gueule ou de vivre des trucs à la con parce que des mecs vou­laient se frot­ter à moi. Il y a de la ja­lou­sie. C’est le re­vers de la mé­daille. On s’en rend compte avec le temps. Quand ça ne va pas, cer­taines per­sonnes vous tournent le dos, le pu­blic siffle. C’est là où tu vois le cô­té per­vers du suc­cès: on at­tend tou­jours le meilleur de toi. Sauf que t’es hu­main, tu peux aus­si faire des er­reurs.

“Quand j’al­lais en boîte, j’avais un pa­quet de nou­veaux co­pains. Quand on est jeune, on sort, on a en­vie de dé­cou­vrir des choses, et puis on fait des conne­ries”

À force d’en­tendre ‘T’es le meilleur, le plus beau’, ça peut aus­si être hu­main de prendre la grosse tête… On ne m’a ja­mais dit ça. Et même si ça a pu res­sor­tir ain­si dans les mé­dias, j’ai aus­si en­ten­du que j’étais mau­vais et le plus nul, donc bon… Une car­rière ne se fait ja­mais tout à fait au som­met. À mon avis, on ne peut ju­ger la car­rière d’un spor­tif qu’à la fin, sur sa ca­pa­ci­té à être res­té en haut. L’ex­po­si­tion dé­pend de ton poste, aus­si. C’est comme ça, tu le sais. Re­gar­dez la tour­née de no­vembre. Contre la Nou­velle-zé­lande, Ca­mille Lo­pez fait un très bon match, fran­che­ment. Toutes ses courses sont bonnes, il a un bon jeu au pied mais on s’ar­rête sur une passe in­ter­cep­tée qui amène un es­sai. C’est dur. Si de­puis le dé­but de sai­son, il y a un nu­mé­ro 10 qui est bon, c’est lui. En 2013, tu avais sup­pri­mé ton compte Twit­ter après avoir re­çu pas mal de cri­tiques… Parce que ça tou­chait à la fa­mille. Et puis j’en ai ou­vert un nou­veau en le fai­sant gé­rer par une so­cié­té, des gens au­tour de moi. J’étais à plus de 100 000 abon­nés, je suis re­par­ti de zé­ro. Une fa­çon de voir ceux qui s’in­té­ressent vrai­ment à moi.

Tu penses qu’ac­tuel­le­ment, au centre de for­ma­tion de Lyon, les jeunes sont mieux pré­pa­rés que ta gé­né­ra­tion? Il faut les pré­ve­nir du cô­té per­vers des ré­seaux so­ciaux. Il y a un cô­té in­té­res­sant pour les fans, ceux qui aiment le rug­by, pour les spon­sors. D’ailleurs, main­te­nant, ils exigent tous une pré­sence sur les ré­seaux so­ciaux, ça fait par­tie du jeu. Après, il faut se mé­fier. Il ne faut pas tout dire. Re­gar­dez par exemple Serge Au­rier… Le pro­blème au­jourd’hui, c’est la sur­mé­dia­ti­sa­tion, dans le rug­by comme dans le football. On sort vite du cadre du sport. Par­fois, on com­mente une ve­nue au stade, la mort d’un chat mais on ne parle pas de phases de jeu, de courses. Le jour où tu en as marre, tu jettes ton té­lé­phone. Ça m’est ar­ri­vé. J’avais 20 ans, je l’ai je­té dans la Ga­ronne. Je vous jure que c’est vrai.

Pour­quoi? Bon, ce n’était pas un ip­hone 7, je vous ras­sure, mais j’étais saou­lé, tout le monde m’ap­pe­lait, je sa­tu­rais. Un exemple: tu fais des pho­tos pour une marque, un ma­ga­zine, elles sont pu­bliées et pour ceux qui voient les pho­tos, elles ont été réa­li­sées du­rant la semaine. La réa­li­té, c’est qu’il s’agit d’une seule séance et que les pho­tos sortent tout au long de l’an­née. Tu ne fais pas des pho­tos toute l’an­née. Je me suis re­trou­vé au com­men­ce­ment des choses, les gens n’étaient pas for­cé­ment ha­bi­tués à ça. Il n’y avait pas vrai­ment d’exemple avant nous. Et puis j’ai fait des choses dif­fé­rentes, comme un dé­fi­lé de mode. Je viens d’un monde ar­tis­tique: j’aime la musique, la pein­ture. Et je vou­lais faire ces choses, qui m’in­té­res­saient en de­hors du rug­by. Les gens ne pou­vaient pas for­cé­ment le com­prendre et me cri­ti­quaient par rap­port à ça.

Com­ment tu t’ex­pri­mais ar­tis­ti­que­ment? Je pei­gnais. Je fai­sais des graf­fi­tis par­tout chez moi. J’avais la mai­son re­cou­verte de tags de haut en bas. C’était mon cô­té ar­tiste. Et puis il y a mon stu­dio de musique, que j’ai tou­jours. On com­pose, on fait de la pro­duc­tion. J’ai tou­jours un la­bel: Hook in Track Pro­duc­tion. On fait de la house, mais pas seule­ment. Là, on pro­duit l’al­bum d’un rug­by­man, Cé­dric Coll, de Co­lo­miers. Là, c’est juste une his­toire de pas­sion. On fait pas du Dr. Dre mais c’est du plai­sir.

À l’école, tu avais dé­jà cette fibre ar­tis­tique? Oui, comme je me fai­sais chier, je des­si­nais. S’ou­vrir à l’art, c’est gé­nial. Je sais que Maes­tri a ou­vert une ga­le­rie. C’est im­por­tant de sor­tir du quotidien du rug­by. À Lyon, Ro­main Lour­sac va de­ve­nir doc­teur, deux ou trois font des études de ki­né, c’est bien. Avoir d’autres as­pi­ra­tions à cô­té, ça per­met de gar­der de l’in­tel­li­gence, de com­mu­ni­quer nor­ma­le­ment.

C’est un lien so­cial qui s’est per­du avec le pas­sage au pro­fes­sion­na­lisme? Je prends mon exemple. J’étais en sport-études au ly­cée Jo­li­mont, je n’ai pas pas­sé deux ans à Mar­cous­sis avec un groupe élite. C’est le pire pour les ga­mins. Ils sont entre eux pen­dant deux ans, coin­cés au mi­lieu de nulle part à faire du rug­by tous les jours. Ils étu­dient même là-bas. C’est dur de se so­cia­bi­li­ser. Et fi­na­le­ment, la re­la­tion entre les an­ciens et les jeunes ne se construit pas. C’est pour ce­la qu’il y a une in­com­pré­hen­sion entre gé­né­ra­tions.

Pour­quoi tu quittes Tou­louse en 2008 pour par­tir jouer avec les Sharks en Afrique du Sud? Je

“J’étais en sport-études au ly­cée Jo­li­mont, je n’ai pas pas­sé deux ans à Mar­cous­sis avec un groupe élite. C’est le pire pour les ga­mins. Ils sont entre eux pen­dant deux ans, coin­cés au mi­lieu de nulle part à faire du rug­by tous les jours”

vou­lais dé­cou­vrir le Su­per Rug­by, même si je ne sa­vais pas où. Au dé­but, j’as­pi­rais à la Nou­vel­leZé­lande. C’est for­cé­ment un rêve de jouer là-bas, avec les meilleurs joueurs du monde. Mais les Sharks m’ont ap­pe­lé et ça s’est fait. Je vou­lais à tout prix par­tir, prendre part au Su­per Rug­by et re­ve­nir à Tou­louse après. C’était mon ob­jec­tif.

Mais comme pour Ch­ris­tian Ca­li­fa­no après son pas­sage par les Au­ck­land Blues, le re­tour à Tou­louse s’est ré­vé­lé dif­fi­cile pour toi. J’avais vé­cu une ex­pé­rience dif­fé­rente, connu une ma­nière dif­fé­rente de m’en­traî­ner, une autre phi­lo­so­phie. Je n’avais en­vie d’en ra­me­ner que le positif mais je suis re­tom­bé dans la dure réa­li­té du cham­pion­nat fran­çais. Ça a été dif­fi­cile. Je me suis bles­sé au ge­nou. J’ai eu du mal à re­ve­nir.

Con­crè­te­ment, qu’est-ce qui a été le plus com­pli­qué? La lon­gueur du cham­pion­nat. Je suis ren­tré en no­vembre 2008 après la Cur­rie Cup. On ve­nait d’être cham­pions et je me suis re­trou­vé en hi­ver, c’était com­pli­qué… Je de­vais me re­mettre de­dans. J’avais en­vie d’ap­por­ter des trucs que je fai­sais là-bas. Mais en gros, on m’a fait com­prendre que si j’y étais bien, il fal­lait y res­ter.

Comme quoi? La pre­hab, par exemple. Avant de s’en­traî­ner, on uti­lise les rou­leaux pour pré­pa­rer les muscles comme les is­chios. Ça ne se fai­sait pas à l’époque en France, je l’ai ra­me­né. On tra­vaillait beau­coup avec les élas­tiques, aus­si. Les joueurs ne com­pre­naient pas trop pour­quoi j’avais ça. Cer­tains di­saient: ‘Il se prend pour qui?’ Fi­na­le­ment, au­jourd’hui, tout le monde les a adop­tés. C’est vrai que dans le Su­per Rug­by, ils ont un temps d’avance sur nous. Aux en­traî­ne­ments, ils uti­lisent des pneus, des voi­tures qu’il faut pous­ser au­tour du ter­rain. Il faut ti­rer des mecs au sol. Ça res­sem­blait un peu à l’ar­mée.

Il y a da­van­tage de skills (tra­vail spé­ci­fique avec le bal­lon), aus­si? Pas mal, oui. On avait un en­traî­neur qui ve­nait d’aus­tra­lie et qui était is­su du foo­ty (le football aus­tra­lien, ndlr). Il nous ap­pre­nait à ta­per dans le bal­lon, sur la pointe. Fi­na­le­ment, c’est avec lui que j’ai ap­pris à ta­per. J’ai ap­pris le coup de pied au sol, pla­cé, plus que la passe au pied. On tra­vaillait au­tant, mais dif­fé­rem­ment. Des lut­teurs ve­naient nous mon­trer des tech­niques pour ar­ra­cher les bal­lons. On nous ap­por­tait plein de pe­tits ou­tils dont on pou­vait se ser­vir. On tra­vaillait la vi­sion, par exemple. On au­rait dit des dé­biles dans le ves­tiaire, où on fai­sait les exer­cices. Il fal­lait re­gar­der des chiffres tout en mar­chant le pouce le­vé de­vant les yeux. Ce qui m’a sur­pris, c’est aus­si la ma­nière de tra­vailler psy­cho­lo­gi­que­ment et men­ta­le­ment la cons­truc­tion d’une sai­son. On fai­sait des réunions tous les jours sur la fa­çon dont on al­lait at­ta­quer la sai­son, dont on al­lait s’en­traî­ner, dont on al­lait jouer. Il y avait des réunions de trois-quarts, de lea­ders de jeu, de touche. Il y avait un cô­té cé­ré­bral qui me fa­ti­guait un peu. En plus de la langue que je ne maî­tri­sais pas trop, il fal­lait tous les jours faire des réunions. En France, au bout de trois mois, les mecs t’in­sultent: ‘Dé­gage avec tes trucs, j’en peux plus.’

En 2011, tu re­viens pour­tant avec plai­sir en Afrique du Sud. Oui, j’ai ado­ré cette ex­pé­rience. On per­dait un match et le lun­di, on se di­sait tout: telle ac­tion poin­tée, pour­quoi est-ce qu’on a fait ça, pour­quoi est-ce qu’on s’est en­traî­nés comme ça. C’est court mais dur. En re­vanche, après, c’est fi­ni, on ne parle plus de la ren­contre. En France, quand tu loupes un match, on t’en parle pen­dant deux mois. J’ap­pré­ciais cette fa­cul­té à vite pas­ser à autre chose. T’es as­sez pro pour sa­voir que tu n’as pas fait un bon match. Tu n’as pas be­soin que l’en­traî­neur te le dise 24h/24.

Ce re­tour en Afrique du Sud était peut-être aus­si une bouée de sau­ve­tage pour toi. Oui. Heu­reu­se­ment que je suis par­ti, je n’en pou­vais plus d’être à Tou­louse. Je ne jouais plus. Guy No­vès m’a lais­sé par­tir, c’était plu­tôt co­ol. Je suis al­lé jouer avec les Bar­ba­rians bri­tan­niques contre l’an­gle­terre. Juste après, les Sharks m’ont ap­pe­lé pour fi­nir avec eux le Su­per Rug­by et je suis ar­ri­vé deux jours plus tard… Je n’ai pas at­ten­du long­temps.

Qu’est-ce qui avait créé, en 2011, ce sen­ti­ment de ras-le-bol de Tou­louse? J’aime Tou­louse et je me sens tou­lou­sain. Pour être franc, le ras-le-bol est ve­nu du fait que j’avais en­vie de pro­lon­ger. Mais le club ne vou­lait pas ou à des condi­tions très basses. J’aime le rug­by mais il fal­lait bien que je paye mes cré­dits, aus­si. Alors, quitte à par­tir avec un sa­laire bas, je pré­fé­rais par­tir à l’étran­ger et ne pas bais­ser mon slip. La vé­ri­té est que je suis par­ti en Afrique du Sud pour en­core plus bas, mais au moins je suis par­ti pour le plai­sir.

À cette époque, tu avais ou­vert un res­tau­rant à Tou­louse et ça ne s’est pas très bien fi­ni… Ce n’est pas quelque chose que je re­fe­rai. Je le dé­con­seille à un joueur du rug­by et à un spor­tif en gé­né­ral. Ce n’est pas for­cé­ment par rap­port au temps que ce­la ré­clame. J’ai eu aus­si une boîte de nuit à Tou­louse, ça ne s’est pas vrai­ment su. Le res­tau­rant, c’est autre chose. Pour être bon en res­tau­ra­tion, il faut être res­tau­ra­teur, pas rug­by­man. Bon, moi, je n’ai pas for­cé­ment été bien en­tou­ré. Cer­tains ont ou­vert des res­tos avec des per­sonnes com­pé­tentes à leurs cô­tés et ça s’est bien pas­sé. Pas pour ma part. Il faut aus­si faire des er­reurs.

Cer­taines pubs, les dé­fi­lés de mode, le ca­len­drier du Stade Fran­çais… Il y a des choses

“Il faut faire da­van­tage confiance aux jeunes. Et chan­ger ces pe­tits rè­gle­ments… Ce­lui des jo­kers mé­di­caux, en pre­mier lieu. Si un joueur se blesse, on de­vrait être obli­gé d’uti­li­ser un joueur fran­çais de moins de 25 ans”

dont tu ri­goles avec le re­cul? Ce sont dif­fé­rentes ex­pé­riences. Le ca­len­drier, je l’ai fait au dé­but et ça a eu un sa­cré suc­cès, il ne faut pas se men­tir. Ça a don­né aus­si une nou­velle image au rug­by en gé­né­ral, qui ne dé­pen­dait plus seule­ment des per­for­mances sur le ter­rain, et ça a at­ti­ré un nou­veau pu­blic. On sortait du cli­ché qui veut que le rug­by soit un sport de gros bour­rins. Max Guaz­zi­ni a fait par­tie de cette évo­lu­tion. Si j’ai fait des pho­tos, un dé­fi­lé de mode, des pubs té­lé, c’est parce que ça me plai­sait, dé­jà, et qu’on m’a payé pour ça. Je n’ai pas tout ac­cep­té non plus. Si­non, vous m’au­riez vu faire des trucs dé­biles, aus­si. On m’a pro­po­sé des pubs pour du jam­bon, des trucs comme ça. Mais quand ça me fai­sait vrai­ment rire, j’y suis al­lé. Comme avec Le Coq Spor­tif ( web-sé­rie avec Ju­lien Ca­zarre, no­tam­ment, ndlr). Faire un dé­fi­lé pour Ch­ris­tian La­croix, ça ne m’a rien fait ga­gner mais ça m’a fait dé­cou­vrir un uni­vers qui me pas­sion­nait et que j’avais en­vie de connaître.

Tu as aus­si eu un bur­ger à ton nom chez Quick: le Mi­cha­lak Bur­ger. Tu avais par­ti­ci­pé à son éla­bo­ra­tion? Pas du tout. Un bur­ger à mon nom, c’était as­sez ri­go­lo. Avec Anel­ka, en plus. Un mec un peu comme moi, in­com­pris à une époque. Je l’ai trou­vé très in­tel­li­gent, mais il était in­com­pris, tu ne peux rien faire contre ça. Les mé­dias savent faire ai­mer ou haïr quel­qu’un, ils sont très forts pour ça. Vous avez ce sen­ti­ment d’être in­com­pris, aus­si? Non, au­jourd’hui, je ne pense pas. Mais de l’avoir été, oui. Je pense qu’il y a eu une in­fluence mé­dia­tique où comptent seule­ment les ap­pa­rences, plus que les idées et les actes. Je ne pou­vais pas faire chan­ger d’avis les gens. C’était tout nou­veau à l’époque, je pense que j’en ai su­bi les consé­quences. Au­jourd’hui, c’est nor­mal de voir Sé­bas­tien Cha­bal faire une pub pour du po­ker.

Mal­gré tout, ce sont tou­jours les mêmes vi­sages qui re­viennent: Cha­bal, toi. Pour­quoi? Pour­quoi moi? Je n’en sais rien. J’ai été ‘sta­ri­sé’ sans le vou­loir, c’est tout. J’ai fait des choses qui me pas­sion­naient. Cer­taines per­sonnes s’y sont re­trou­vées, d’autres sont de­ve­nues ja­louses. Au bout du compte, je crois qu’il y a beau­coup de gens qui m’ap­pré­cient parce que je reste na­tu­rel, j’es­saie d’al­ler vers les autres, je ne reste pas dans mon coin. Je ne roule pas en Fer­ra­ri, tout va bien. Le Stade Fran­çais n’a ja­mais es­sayé de te re­cru­ter? On t’au­rait bien vu là-bas. Au mo­ment où je suis par­ti pour la se­conde fois en Afrique du Sud, Ber­nard La­porte avait pour pro­jet un re­tour là-bas et il y avait eu un contact. Je ne sais pas si j’ai bien fait de ne pas y al­ler. Mais après, j’ai choi­si Tou­lon. Je sen­tais que le RCT al­lait m’ap­por­ter quelque chose.

Et tu y re­trouves Ber­nard La­porte, qui est dé­sor­mais à la tête de la fé­dé­ra­tion et donc ton pré­sident, main­te­nant… Il me suit. Ou c’est moi, je ne sais pas. Mais c’est ri­go­lo, nous ne sommes ja­mais loin l’un de l’autre.

Tu te sou­viens quand il avait trai­té les spec­ta­teurs du Stade de France, qui t’avaient sif­flé lors d’un match contre l’ita­lie, de ‘bour­geois de merde’? Ber­nard, c’est un ca­rac­té­riel, un mec qui vit avec ses émo­tions, un mec en­tier avec des bons et des mau­vais cô­tés. Ça peut faire plai­sir ou ça peut faire mal. Il y a

“Un bur­ger à mon nom, c’était as­sez ri­go­lo. Avec Anel­ka, en plus. Un mec un peu comme moi, in­com­pris à une époque. Je l’ai trou­vé très in­tel­li­gent. Mais il était in­com­pris, tu ne peux rien faire contre ça”

un lien entre nous. On se suit, on se com­prend. C’est une per­sonne qui a en­vie de réus­sir, et moi aus­si. Je res­pecte sa ma­nière d’être, il sait ce qu’il veut. C’est une de ses forces. Je lui re­proche aus­si cer­taines choses: sa fa­çon de dire, de gé­rer des joueurs, sa fa­çon d’être. Par­fois, il ne s’est pas sou­cié de cer­tains joueurs. Il a pu avoir des mots durs en­vers eux, mais c’est son ca­rac­tère, il est en­tier. Ça va être dif­fi­cile pour Ber­nard d’être pré­sident d’une fé­dé­ra­tion avec 1 800 clubs qui vont le sol­li­ci­ter. J’en fe­rai par­tie. Je vais le faire chier un peu puisque je suis di­ri­geant, main­te­nant.

Oui, puisque tu viens d’in­ves­tir à Bla­gnac, en Fé­dé­rale 1, où tu es dé­sor­mais ac­tion­naire ma­jo­ri­taire. Pour­quoi cette en­vie de s’en­ga­ger dans le rug­by ama­teur? J’ai gran­di dans le quar­tier d’ancely, à 100 mètres de Bla­gnac. Tous mes potes ont joué là-bas. J’ai en­core mes amis dans le club, dont un qui y est de­puis 25 ans et qui va pas­ser pré­sident ( Be­noit Trey, ndlr). C’est un coin que je connais bien. Pour moi, il s’agit dé­jà d’ai­der fi­nan­ciè­re­ment le club et de trans­mettre ce que j’ai pu ap­prendre à la fois dans les mé­thodes d’en­traî­ne­ment, le ma­na­ge­ment, le mar­ke­ting. C’est rendre service au rug­by en gé­né­ral.

Tu am­bi­tionnes de mon­ter en Pro D2. Pour­quoi pas en Top 14? Je pense qu’il n’y a au­cun in­té­rêt, pour l’heure, à an­non­cer des am­bi­tions. Au­jourd’hui, toutes les grandes villes peuvent avoir un grand club. Après, en avoir deux ou trois… On est à cô­té de Tou­louse, Co­lo­miers n’est pas loin. Mais on peut faire en sorte de tra­vailler sur la for­ma­tion. Il y a 700 li­cen­ciés à Bla­gnac. C’est un des meilleurs clubs for­ma­teurs de France. Je veux sim­ple­ment in­sis­ter sur ce qui fonc­tionne et ap­por­ter tout ce qui pour­ra fa­vo­ri­ser la pro­gres­sion des jeunes joueurs. J’ai­me­rais créer une aca­dé­mie des pi­liers, quelque chose qui manque en France.

Il y a chez toi cette en­vie de s’in­ves­tir. Avec Pas­cal Pa­pé, tu as été l’un des pre­miers in­ter­na­tio­naux à évo­quer les li­mites du sys­tème fran­çais après le nau­frage face aux Blacks à la der­nière Coupe du monde. Ça fait quinze ans que je suis en pre­mière division, quinze ans que je n’en­tends que des cri­tiques sur le ca­len­drier, sur le nombre de matchs. Je ne pen­sais pas qu’on al­lait prendre au­tant de points face aux All Blacks. C’est vrai qu’on les a pris au mau­vais mo­ment, ils étaient un ni­veau au-des­sus. Mais le match contre l’ir­lande, en poule, doit faire ré­flé­chir. Les équipes qui réus­sissent au plus haut ni­veau de­puis de nom­breuses an­nées doivent avoir des se­crets dans la for­ma­tion ou dans la fa­çon de s’en­traî­ner. Il ne faut pas être consan­guin, il ne faut pas avoir peur d’al­ler voir ailleurs, d’al­ler cher­cher un en­traî­neur étran­ger, par exemple. Bien sûr, en France, on a des qua­li­tés, mais il faut aus­si al­ler ob­ser­ver ce qui se fait à l’étran­ger, uti­li­ser les forces de nos ad­ver­saires. Après la der­nière Coupe du monde, on a beau­coup par­lé de la qua­li­té de la for­ma­tion en France. On en re­vient tou­jours au même pro­blème: les jeunes manquent de temps de jeu en Top 14 et le cham­pion­nat Es­poirs est dé­con­si­dé­ré. Le ni­veau n’est pas bon. Ber­nard La­porte dit qu’il veut re­struc­tu­rer tout ça, qu’il veut faire de la place pour les es­poirs, les JIFF ( Les clubs sont as­treints à un quo­ta de joueurs dits JIFF. Pour être JIFF, il ne faut pas for­cé­ment être fran­çais, mais avoir pas­sé au moins trois sai­sons au sein d’un centre de for­ma­tion en France ou avoir été li­cen­cié au moins cinq an­nées à la FFR, au plus tard lors de la sai­son qui s’achève l’an­née de ses 23 ans, ndlr). J’ai l’im­pres­sion qu’il y a eu une prise de conscience sur le po­ten­tiel qu’on a en France. Il me semble qu’il y a une bonne dy­na­mique qui est en­ga­gée. Comme l’idée des points en moins pour ceux qui ont moins de joueurs is­sus d’un centre de for­ma­tion fran­çais à par­tir de l’an­née pro­chaine. C’est in­té­res­sant. Main­te­nant, tous les clubs s’af­folent pour trou­ver des JIFF. Après, c’est le cô­té per­vers des choses: ça bouge parce que, fi­na­le­ment, on t’y oblige.

Si tu as émer­gé à 18 ans à l’époque, c’est parce qu’il y avait des blessés. Mais au­jourd’hui, on au­rait sans doute fait ap­pel à un étran­ger comme jo­ker mé­di­cal. Bien sûr. J’étais en Es­poirs, on jouait contre l’équipe pre­mière tous les mer­cre­dis. Un jour, Guy No­vès vient me voir et me dit: ‘Écoute, je vais t’es­sayer en 9, il me manque du monde. Je te laisse un ou deux mois pour t’en­traî­ner à ce poste, puis tu y joue­ras.’ Fillol était bles­sé, Ca­zal­bou aus­si. J’ai joué, alors qu’on m’a for­mé comme 10, et je n’ai pas lâ­ché le groupe. Il faut faire da­van­tage confiance aux jeunes. Et chan­ger ces pe­tits rè­gle­ments… Ce­lui des jo­kers mé­di­caux, en pre­mier lieu. Si un joueur se blesse, on de­vrait être obli­gé d’uti­li­ser un joueur fran­çais de moins de 25 ans. Re­voir seule­ment cette règle, ça chan­ge­rait tout. Ça per­met­trait de faire mon­ter un peu plus de jeunes. Et comme, au­jourd’hui, il y a énor­mé­ment de blessés dans le rug­by… Vous ver­rez, il y au­ra bien plus de jeunes qui ap­pa­raî­tront.

On pour­rait ima­gi­ner que la Pro D2 serve de trem­plin au Top 14? On peut aus­si pen­ser au­tre­ment le Top 14. Il faut moins de pres­sion sur le cham­pion­nat. Un Top 16, ça se­rait bien. Il y a des équipes qui mé­ri­te­raient d’être en pre­mière division. Tu fais deux poules de huit et même s’il y a des équipes dans l’autre poule que tu n’af­fron­te­ras pas une an­née, ça fait une belle for­mule avec moins de matchs. Là, il y a des jeunes que les clubs n’osent pas lan­cer, ils pré­fèrent les prê­ter un an en Pro D2, comme Tho­mas Ra­mos, le jeune ar­rière prê­té par Tou­louse qui car­tonne à Co­lo­miers. Il pour­rait dé­jà jouer en Top 14. Si les jeunes res­tent trois ans au centre de for­ma­tion à re­gar­der les autres jouer, c’est mort pour eux. Tu ap­prends sur le ter­rain, pas à la mus­cu. Dans une in­ter­view à L’équipe ma­ga­zine, tu di­sais avoir l’im­pres­sion que le ni­veau s’était ap­pau­vri tech­ni­que­ment en France avec l’ac­cent mis sur la VMA, le phy­sique et moins sur la sen­si­bi­li­té avec le bal­lon. Ce constat, je ne suis pas le pre­mier à le for­mu­ler. Re­gar­dez le re­por­tage d’in­té­rieur Sport sur le pôle France de Mar­cous­sis. On n’y parle que de pré­pa­ra­tion phy­sique. Les pre­miers cri­tères de choix chez les jeunes sont phy­siques. C’est Fa­bien Pe­lous ( alors ma­na­ger des moins de 20 ans, ndlr) lui-même qui le dit. At­ten­tion, j’aime bien Fa­bien, ce n’est pas une cri­tique, c’est un constat. On en­ten­dait qu’un joueur, pour pré­tendre à la sé­lec­tion, de­vait avoir un su­per pou­voir. Ce sont les termes em­ployés. Heu­reu­se­ment que je n’étais pas chez eux.

Tu se­rais de­ve­nu un autre joueur? Je n’au­rais plus eu cette ma­nière de voir les choses et d’être in­sou­ciant sur un ter­rain. Au contraire, c’est sur l’adap­ta­tion qu’il faut mettre l’ac­cent. Jus­qu’à 14 ou 15 ans, il faut jouer sur la tech­nique in­di­vi­duelle, ne pas mettre un nu­mé­ro dans le dos… À 14 ans, tous les joueurs se­raient ca­pables de jouer de la même fa­çon. Comme au rug­by à 7, avec les of­floads (passe après contact, ndlr), les passes à gauche et les passes à droite. Et après, ils se spé­cia­li­se­raient au poste, en tra­vaillant avec des joueurs d’ex­pé­rience. Comme par exemple la mê­lée, le jeu au pied pour un nu­mé­ro 10, etc. Il y a plein de choses à faire. Je suis al­lé en équipe de France à l’époque de Marc Liè­vre­mont, que je res­pecte tout comme Émile Nta­mack, avec qui j’ai joué. Ils ont failli être cham­pions du monde, tu ne sais pas com­ment. Mais ils avaient une mé­thode se­lon la­quelle, sur le ter­rain, quand tu avais le bal­lon, il fal­lait dire ce que tu al­lais faire. Men­ta­le­ment, tu te condi­tionnes: ‘Al­lez, je vais faire un duel.’ Le rug­by, c’est autre chose. Si j’ai le bal­lon et que je vois un trou, je fais la passe pour que mon co­équi­pier le prenne. Ou alors je m’écarte pour prendre le dé­fen­seur, pour faire la passe en créant le dé­ca­lage. Tech­ni­que­ment, ça se tra­vaille. On a fait des er­reurs de­puis dix ans. Au­jourd’hui, on re­parle du french flair, c’est bien. Mais on va avoir du mal à faire re­jouer Serge Blan­co. PRO­POS RE­CUEILLIS PAR GL ET AP

“Ça va être dif­fi­cile pour Ber­nard La­porte d’être pré­sident d’une fé­dé­ra­tion avec 1 800 clubs qui vont le sol­li­ci­ter. J’en fe­rai par­tie. Je vais le faire chier un peu puisque je suis di­ri­geant, main­te­nant”

“Je vous ai vu jouer dans Le Roi Lion.”

Fred so­li­daire avec les Conti.

Week-end en Thaï­lande avec ??????Gar­ba, Pe­lous et Ima­nol.

Ter­mi­nale STT.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.