An­dré Bo­ni­face

An­toine Blon­din et Ro­ger Ni­mier ont écrit sur eux, De­nis La­lanne les a à ja­mais im­mor­ta­li­sés comme les “Bo­ni”. Guy et An­dré Bo­ni­face étaient les ju­meaux du rug­by fran­çais mal­gré leurs trois ans d’écart. Avec ses jambes de feu et son punch, Guy, le ca­det,

Tampon! - - Sommaire - RE­CUEILLIS PAR GL ET VR

Avec Guy, son re­gret­té frère, il a peut-être for­mé la plus belle paire de centres vue dans l’his­toire du XV de France. À 82 ans, le Lan­dais n’a pas per­du sa verve lé­gen­daire et pi­mente ses sou­ve­nirs de quelques piques. La pa­role est à l’at­taque.

Voi­là que vient de s’ache­ver l’ex­po­si­tion qui vous était consa­crée à Mont­fort-en-cha­losse… Elle m’a fait beau­coup de bien. Je ne vis qu’à tra­vers ce sou­ve­nir de Mont­fort, c’est le dé­part de ma vie. Quand vous ar­ri­vez dans un vil­lage, qu’est-ce que vous voyez en pre­mier? L’église. À Mont­fort, elle est à deux ki­lo­mètres et c’est le stade qui est au centre du vil­lage. De chez moi, on voyait les po­teaux. Je crois que c’était le des­tin. L’après-mi­di, ma mère nous di­sait: ‘Al­lez aux vêpres.’ Évi­dem­ment, on s’ar­rê­tait au stade. Au re­tour, on di­sait qu’on était al­lés aux vêpres… Mon père a ache­té cette mai­son, la plus proche du stade, c’était notre jar­din. Sur­tout que mon père est ve­nu ici presque par ha­sard. Il est né à Mu­gron et il a eu le cu­lot de ve­nir se ma­rier à Mont­fort ( à moins de dix ki­lo­mètres de Mu­gron, ndlr), d’y prendre ma mère et de res­ter y vivre mal­gré la ri­va­li­té avec sa ville na­tale.

Sans cette mai­son ache­tée par votre père, on ne se­rait pas là au­jourd’hui? Exac­te­ment. Quand j’avais 12 ans, mon père a fait une autre chose dé­ter­mi­nante. Un jour, il m’an­nonce: ‘On va al­ler voir jouer Ty­rosse, tu vas voir un grand joueur.’ C’était contre Bayonne et j’ai vu Jean Dau­ger. Et en ef­fet, il a pris le bal­lon, per­cé et mar­qué un es­sai. Plus tard, il est tom­bé, les mecs lui font mal au ge­nou et il est sor­ti. J’ai dit à mon père: ‘Ça va, on peut par­tir.’ On a quit­té le stade. Mon idéal de joueur a été ce type: Dau­ger. Il était le plus fort, il était beau, il avait tout.

Le sens de la for­mule, aus­si. C’est lui qui a dit: ‘La passe est une of­frande?’ Je ne sais pas si c’est de lui ou de moi. Je crois que c’est de moi.

La phrase lui est at­tri­buée sur le fron­ton du stade de l’avi­ron Bayon­nais. Oui, mais je crois bien que c’est moi qui ai dit ça. Après, ce qui est sûr, c’est que pen­dant le peu de temps que je suis res­té à Dax, j’ai eu l’oc­ca­sion de jouer avec lui. J’avais 16 ans et de­mi. C’était contre une équipe bri­tan­nique, Gla­mor­gan, et c’est à par­tir de ce jour-là que j’ai com­pris que ce n’était pas ce­lui qui mar­quait qui fai­sait le bou­lot. J’avais mar­qué trois ou quatre es­sais mais j’avais le sen­ti­ment de n’avoir rien fait. Je fai­sais 10,8 se­condes au 100 mètres, per­sonne ne me rat­tra­pait, mais Dau­ger fai­sait tout le bou­lot avant. Il me de­man­dait de res­ter tout le temps en se­cond centre, à ses cô­tés, lui créait le dé­ca­lage et me don­nait la balle. J’avais fait dix per­cées comme ça. C’est là que j’ai vou­lu dé­dier ma car­rière à la passe, je crois que j’en ai même fait une dans l’en-but à Dar­rouy. Je ne suis ja­mais ar­ri­vé sur un ar­rière avec un co­équi­pier à cô­té en pen­sant faire une feinte de passe. Ja­mais. C’est fa­cile de faire une feinte de passe et d’en­voyer le gars en tri­bune.

Com­ment on se re­trouve in­ter­na­tio­nal ju­nior en jouant à Mont­fort? C’est l’un des ex­ploits de ma car­rière. Je jouais en Pro­mo­tion Hon­neur, donc per­sonne ne me connais­sait. Quand je suis ar­ri­vé, per­sonne ne m’a dit bon­jour. J’avais 16 ans, mes co­équi­piers 19, des mecs qui jouaient à Tou­louse, à Mont­fer­rand, dans tous les grands clubs. Moi, j’avais mes chaussettes tan­go et noir de Mont­fort et je me di­sais: ‘ Vi­ve­ment l’heure du match, qu’ils voient qui je suis.’ Et j’ai été la ré­vé­la­tion. Je pense que dans la vie, on est fait pour quelque chose, il suf­fit de ren­trer de­dans et de vivre avec.

Si vous voyez une cer­taine évi­dence dans votre des­tin, c’est peut-être aus­si qu’à l’école pri­maire vos jour­nées com­men­çaient par dix mi­nutes de dis­cus­sion sur le rug­by? C’est vrai, on fai­sait le compte ren­du du match de Mont­fort. Vous connais­sez l’his­toire de notre pre­mier bal­lon de rug­by? On n’avait pas de bal­lon, on se dé­brouillait avec des chif­fons, des bé­rets. Mais on avait un co­pain qui avait du fric et son père lui avait pro­mis qu’il lui of­fri­rait un bal­lon de rug­by s’il était pre­mier en dic­tée. On avait ra­con­té ça de­vant l’ins­ti­tu­teur, qui a fait sem­blant de ne pas en­tendre. Il fai­sait 20 fautes par dic­tée, le type, mais à la fin du mois, il était pre­mier avec 18… Son père lui a of­fert le bal­lon. Il était fou de rug­by, l’ins­tit’. Ce pre­mier bal­lon, on l’avait à l’école et dès qu’on sortait, on po­sait les car­tables et on jouait sur la place pu­blique, qui était ma­gni­fique mais pleine de pe­tits gra­viers. C’était un sa­cri­lège de faire tom­ber le bal­lon, il ne fal­lait pas l’abî­mer. Donc on était les pe­tits All Blacks de Mont­fort!

Puis­qu’on évoque les pre­mières an­nées, en quoi consis­tait exac­te­ment le mé­tier de votre père, sel­lier-bour­re­lier? Moi, je ne sais pas plan­ter un clou, mais mon père, lui, était d’une grande adresse. Il fa­bri­quait tout ce qu’on vou­lait avec du cuir: des sacs à main, des va­lises, des fau­teuils. Il tra­vaillait sur com­mande. Et sou­vent, il ne fai­sait pas payer. Ma mère l’en­gueu­lait. Il était un peu poète, il était ex­cep­tion­nel, mon père. J’avais le plus beau car­table du ly­cée. Il était ma­gni­fique, avec des boucles. Quand il re­ce­vait le cuir, je le voyais le tou­cher, il était heu­reux, comme moi avec le bal­lon. Mon père n’a ja­mais joué au rug­by mais il avait ce don pour le cuir, un rap­port tac­tile avec la ma­tière qu’il m’a peu­têtre trans­mis et qu’il te­nait de son père, sel­lier-bour­re­lier éga­le­ment. Le grand-père, c’était un ani­ma­teur dans le vil­lage. Ma grand-mère l’em­mer­dait beau­coup. Alors il al­lait à la pêche mais ne met­tait pas d’ha­me­çon. Il ne vou­lait juste pas être em­mer­dé. Il dor­mait tout l’après­mi­di… Ça dé­fi­nit l’homme. Ma grand-mère lui fai­sait re­mar­quer qu’il n’at­tra­pait ja­mais rien. ‘Ça mord pas, qu’est-ce que tu veux faire?’

Ef­fec­ti­ve­ment, un sa­cré nu­mé­ro! Il était un peu le pré­cur­seur de mon frère Guy, qui pas­sait des nuits en­tières avec les gens à dis­cu­ter, à chan­ter. C’était un épi­cu­rien. Le grand-père bu­vait un peu de vin blanc tous les jours. Il avait un cir­cuit dans le vil­lage, qu’il sui­vait avec un co­pain. Et il y avait, à Mu­gron, un petit bis­trot qui s’ap­pe­lait Chez Né­nette. La ser­veuse avait des seins énormes. Quand il y avait un match, il ne re­gar­dait pas la té­lé­vi­sion, il res­tait tour­né vers elle. On lui di­sait: ‘Mais tu ne re­gardes pas tes pe­tits-fils?’ ‘Je vais les voir lun­di, ils vont ve­nir à la mai­son.’ C’était un type drôle.

Vous dites que votre grand-père res­sem­blait à votre frère Guy, et vous, quel genre de per­son­na­li­té aviez-vous, alors? Plus tai­seux? Moi, j’étais le garde-fou. Quand je par­tais en sé­lec­tion à Pa­ris, je pou­vais pas­ser une nuit en­tière à par­ler avec un gars que je ne connais­sais pas si je sen­tais qu’il était un peu pas­sion­né. Je n’étais pas un tai­seux avec les gens qui ai­maient par­ler de rug­by, quoi. Mais mon frère, lui, fai­sait le tour de Pa­ris. C’est le pre­mier joueur de rug­by qui est ren­tré Chez Cas­tel. Il était à l’avant-garde de tout. Il a eu la pre­mière Aus­tin des Landes, il était ha­billé en Levi’s, de la che­mise jus­qu’au

“J’ai vou­lu dé­dier ma car­rière à la passe, je crois que j’en ai même fait une dans l’en-but à Dar­rouy. Je ne suis ja­mais ar­ri­vé sur un ar­rière avec un co­équi­pier à cô­té en pen­sant faire une feinte de passe. Ja­mais”

pan­ta­lon. Guy a ra­me­né Ro­ger Ni­mier, Fran­çoise Sa­gan, An­toine Blon­din. Moi, j’ai ra­me­né Jean La­cou­ture. C’était pas le show-biz, c’était le ta­lent qui était avec nous.

Blon­din, vous re­con­nais­sez qu’il a quand même lar­ge­ment par­ti­ci­pé à la my­tho­lo­gie, la lé­gende des Bo­ni­face… Ah oui! Vous avez lu ce qu’il a écrit sur nous? Sur Guy? Il a écrit des choses ma­gni­fiques que l’on ne peut pas écrire si on n’aime pas quel­qu’un. Il y avait une re­la­tion fu­sion­nelle entre eux. An­toine avait ache­té un mou­lin à Mont-de-mar­san, ma­gni­fique. Il vou­lait faire un club-house à l’an­glaise pour le club. Il était même ve­nu vivre chez nous. Un soir, il avait vo­mi par­tout! Ma mère m’a dit: ‘Mais qui c’est?’, je lui ai ré­pon­du: ‘C’est un co­pain de Guy.’ ‘Ah bon, alors on peut rien dire!’

Vous par­lez d’une re­la­tion fu­sion­nelle entre Guy et Blon­din, mais que dire de celle que vous en­tre­te­niez avec votre frère… Pour ma pre­mière

“On est vrai­ment de­ve­nus comme des ju­meaux avec Guy. En dé­pla­ce­ment, on n’avait pas be­soin d’une chambre avec deux lits, un seul, ça nous al­lait très bien”

sé­lec­tion, je ne suis pas res­té au ban­quet à Pa­ris. Je suis ren­tré en train de nuit, je vou­lais re­ve­nir à Mont­fort. Je suis ar­ri­vé à l’église à l’heure de la messe. Quand j’ai ou­vert la porte, en en­ten­dant le bruit du lo­quet, mon frère a dit à son co­pain: ‘C’est Dé­dé qui ar­rive.’ Il a eu une in­tui­tion. J’avais mis le maillot dans un jour­nal, je lui ai don­né. Plus tard, on est vrai­ment de­ve­nus comme des ju­meaux. En dé­pla­ce­ment, on n’avait pas be­soin d’une chambre avec deux lits, un seul nous suffisait. On ne se quit­tait pas.

Le truc fou, c’est que quand Guy in­tègre l’équipe pre­mière de Mont-de-mar­san, vous êtes le pre­mier sur­pris. Je ne me dou­tais pas qu’il était bon. Quand il était à Mont­fort, il était be­so­gneux, il ne cou­rait pas bien, il n’était pas très adroit. Il a dé­bu­té ta­lon­neur, puis est pas­sé di­rec­te­ment de Mont­fort à Mont-de-mar­san, alors que moi je suis pas­sé par Dax, où j’ai été in­terne au col­lège pen­dant six ans. Quand je par­tais à l’in­ter­nat, du lun­di au sa­me­di, il pleu­rait, il ve­nait alors me voir avec ma mère le jeu­di, et il pleu­rait quand il me quit­tait. C’est le rug­by qui nous a sé­pa­rés pour mieux nous réunir. Un jour, à Mont-de-mar­san, j’en­tends dire dans le ves­tiaire qu’il y a un jeune qui va jouer en 16e de fi­nale contre Dax. C’était Guy! À 17 ans et de­mi, il est ren­tré en pre­mière sans pré­ve­nir. Ja­mais je ne l’au­rais ima­gi­né.

Vous vous po­siez la ques­tion de sa­voir qui était le meilleur? Non, la conne­rie, c’est les gens qui disent: ‘ Ton frère était meilleur que toi’, ou l’in­verse, c’est pire que tout. Guy se se­rait bat­tu si quel­qu’un lui avait dit ça, il lui au­rait fou­tu un mar­ron.

Et vous? Moi je dis qu’on était pa­reil, com­plé­men­taires. Mais avec beau­coup plus de mé­rite pour mon frère parce que phy­si­que­ment, il n’avait pas les mêmes qua­li­tés na­tu­relles. Avec Guy, on se de­man­dait tout le temps: ‘Qu’est-ce qu’on en au­rait fait du petit?’ Parce qu’on a per­du un frère, Ber­nard, tout jeune, d’une bron­chite. ‘ On l’au­rait mis à l’ou­ver­ture? À l’ar­rière? Pas à l’aile, ça c’est sûr, c’était le troi­sième.’ Ma mère était en­ceinte quand mon père est par­ti à la guerre et a été fait pri­son­nier. Il a eu une per­mis­sion pour la mort de son fils. Il ne l’a ja­mais vu vi­vant. Le petit, il au­rait été dans le rug­by, c’est sûr.

L’ac­ci­dent mor­tel de votre frère ne vous a-t-il pas éloi­gné du rug­by? Ah si, ça m’a dé­mo­li. Pen­dant plus d’un an, je n’ai pas vu un match à la té­lé, j’ai quit­té presque tout et j’ai vé­cu à Mont­fort avec mon père et ma mère, qui était com­plè­te­ment anéan­tie, elle avait per­du un frère à 20 ans, son père à 40, son fils à 30, et le petit… Ma mère était tou­jours ha­billée en noir. Alors on di­sait: ‘Elle ne fait que pleu­rer’, mais elle n’a eu que des cha­grins dans sa vie.

Et vous, com­ment avez-vous trou­vé la force après la mort de Guy? Je pen­sais ne ja­mais re­jouer. Je ne sais pas, le rug­by fait par­tie de ma vie, quoi, je n’ai ja­mais pen­sé à de­ve­nir riche, ban­quier, in­tel­lec­tuel. Phy­si­que­ment, après l’ac­ci­dent de mon frère, j’étais dé­té­rio­ré. Je me suis re­mis un peu en fai­sant des en­traî­ne­ments phy­siques seul, tout ça, mais j’étais de­ve­nu un zom­bie pen­dant un an. J’avais 33 ans. On al­lait

“De­puis l’âge de 20 ans, je n’ai plus man­gé de viande, de pain, plus bu d’al­cool, et je n’ai ja­mais fu­mé de ma vie. Les co­pains, au­jourd’hui, quand ils vont au res­tau­rant à Mont­fort, ils com­mandent le tour­ne­dos Ros­si­ni. Moi, c’est ome­lette et sole”

ré­veillon­ner en­semble ( le 31 dé­cembre 1967, ndlr), dans un petit vil­lage à cô­té de Mont-de-Mar­san. J’étais avec ma femme et des amis, on at­ten­dait Guy, qui était tou­jours en re­tard. Les gens me re­gar­daient bi­zar­re­ment. En fait, ils ap­pre­naient par la té­lé ou la ra­dio que mon frère avait eu un ac­ci­dent. Il était dans une cli­nique à dix ki­lo­mètres, à Saint-se­ver. Il avait eu un ac­ci­dent mais on ne sa­vait pas si c’était grave. Donc moi, j’ar­rive à l’hô­pi­tal pour une che­ville cas­sée, quoi. Le pauvre… Il est mort dans la nuit. Le père du gars qui a re­çu mon frère avait soi­gné la tu­ber­cu­lose de mon père dans cette même cli­nique. On a été des enfants de bon­heur, mais on n’a pas été gâ­tés. Votre père sui­vait vos matchs? Il ve­nait nous voir au stade, il se met­tait dans une tri­bune, per­sonne ne sa­vait qui il était. Une fois, en Écosse, je l’ai re­pé­ré dans les tri­bunes, à l’ins­tinct. J’ai in­ter­pel­lé mon frère: ‘Re­garde où est pa­pa!’ Il était au der­nier rang, der­rière les po­teaux. Je suis tout de même al­lé voir le sé­lec­tion­neur et je l’ai trai­té de tout, de gros co­chon. ‘Ses deux fils jouent et vous lui fi­lez la place la plus vi­laine?’ Les sé­lec­tion­neurs étaient là, avec leur gros ci­gare, à dor­mir la moi­tié du match, et lui était à cette place. Mais mon père ne se plai­gnait ja­mais.

En équipe de France, tout com­mence comme sur un nuage, et puis ça se com­plique puisque vous êtes ré­gu­liè­re­ment pla­car­di­sé. Pour­quoi? Pour moi, ça a été fa­cile pen­dant des an­nées. Je ne re­gar­dais pas la com­po­si­tion des équipes, je sa­vais que j’y étais. Et puis, il y a eu cette cas­sure et ils ont com­men­cé à m’em­mer­der. C’est ar­ri­vé presque au même mo­ment que les dé­buts in­ter­na­tio­naux de mon frère ( en 1960, ndlr). Pour nous, ça a été dra­ma­tique, ils ne nous fai­saient pas jouer en­semble. Jus­qu’au jour où on a dé­cla­ré à L’AFP que nous ne joue­rions plus qu’en­semble. C’était un ul­ti­ma­tum. À par­tir de là, on a fait notre fin de car­rière en­semble, jus­qu’à l’ac­ci­dent.

Est-ce que c’est vrai qu’un jour, Jean Ga­chas­sin (ou­vreur du XV de France, ndlr) a dit: ‘On s’en fout de ce qu’exige l’en­traî­neur, on va jouer comme on veut’? Oui, c’était exac­te­ment ça. C’était le jour où je suis re­ve­nu après un an de pur­ga­toire: France- Galles, à Pa­ris. On me­nait 19-0, l’ar­bitre s’est sec­tion­né le ten­don d’achille. Ber­nard Ma­rie, le père de Mi­chèle Al­liot-ma­rie, l’a alors rem­pla­cé. Il nous a bouf­fé le match. Sa fille m’a ap­pe­lé il y a deux ans: ‘Mon père se­rait content de vous ren­con­trer, tous.’ J’ai ré­pon­du: ‘Ah non, il n’y en a au­cun qui veut man­ger avec lui.’ On était par­tis pour fi­ler 40 points aux Gal­lois et il nous a pri­vés de bal­lon pen­dant tout le reste de la par­tie, on n’a rien pu faire.

Et der­rière, vous et la bande des fron­deurs avaient été sanc­tion­nés. Non, avec Jean Prat ( alors sé­lec­tion­neur, ndlr), on fai­sait ce qu’on vou­lait. J’ai joué treize sai­sons en équipe de France, les meilleures, c’étaient les trois ou quatre der­nières. On pou­vait faire du jeu et jus­qu’à la passe in­ter­cep­tée à Car­diff de Ga­chas­sin ( en 1965, ndlr), je me suis épa­noui. C’est for­mi­dable de se faire vi­rer sur une passe à 80 mètres de la ligne de but. Ce n’était quand même pas une of­fense au jeu. Le mec qui a in­ter­cep­té a été fort. On a été vi­ré tous les trois: Ga­chas­sin, Guy et moi.

Vous avez eu 48 sé­lec­tions en treize ans mais vous n’avez ja­mais été ca­pi­taine… Ja­mais. Même Dar­rouy a été ca­pi­taine en équipe de France, alors qu’à Mont-de-mar­san, il au­rait été le cin­quième choix. Moi, je l’ai été pen­dant quinze ans, jus­qu’à ce que je sois sus­pen­du six mois et que la fé­dé m’in­ter­dise de ca­pi­ta­nat à Mont-de-mar­san. Tout ça, c’était pour m’em­mer­der.

On peut re­ve­nir sur cette sus­pen­sion? Quand Mont-de-mar­san a été cham­pion, on est al­lés en Rou­ma­nie pour ren­con­trer le cham­pion na­tio­nal. J’y étais dé­jà al­lé, ce n’était pas un ca­deau. On a joué dans l’eau. Un petit Mon­tois était pris par un gros pi­lier rou­main, qui al­lait le noyer. Voyant ça, je lui ai fou­tu un coup de pied au cul, c’était sym­bo­lique. (Les bras char­gés de pâ­tis­se­ries, Alain Jup­pé, de pas­sage à Hossegor, sa­lue An­dré Bo­ni­face) L’ar­bitre m’a de­man­dé de sor­tir. C’était un ar­bitre ita­lien in­con­nu, je ne suis pas sor­ti. Je suis ar­ri­vé à Pa­ris le len­de­main, j’étais dé­jà sus­pen­du six mois sans avoir été au­di­tion­né, c’était en­core une in­jus­tice. On me pri­vait de la tour­née en Afrique du Sud. Ni mon frère ni moi ne sommes par­tis.

Vous êtes fi­na­le­ment cham­pion, une seule fois, en 1963. Quel sou­ve­nir gar­dez-vous du Bren­nus? Ce titre n’était pas pour nous, c’était pour la ville, pour ces gens qui nous sup­por­taient de­puis des an­nées. Le bon­heur, on l’a don­né à 20 000 per­sonnes. Le plus beau, c’était la de­mi­fi­nale Mont-de-mar­san-lourdes, à Lyon. Mais la fi­nale n’a pas été ex­tra­or­di­naire. Mont-de-Mar­san-dax, c’était in­jouable. C’étaient quinze jours de fo­lie, de conne­ries. Il ne fal­lait pas perdre. À Dax, ils l’at­tendent tou­jours, le titre. Ils ne l’au­ront ja­mais.

En 1965, vous êtes ex­pul­sé en de­mi-fi­nale contre Brive… À cause d’un mec odieux de Brive. Seule­ment moi et sa mère connais­sions son nom. Il s’ap­pelle Sa­ran. Il se met­tait en face de nous –qu’il était vi­lain avec sa mous­tache– et nous in­sul­tait. C’était in­fer­nal, il par­lait de ma mère. À force, il a réus­si son coup, il m’a fait ex­pul­ser et mon frère a été bles­sé à la che­ville. On par­tait pour rem­por­ter le titre et cet in­ci­dent nous a fou­tus en l’air. J’ai re­trou­vé ce Sa­ran, 30 ans après. J’al­lais si­gner mon bou­quin à la foire du livre de Brive. J’en signe 1 000, 2 000 et il y a un mec qui ar­rive de­vant moi, je lui dis: ‘Je ne te si­gne­rai pas le livre.’ ‘Pour­quoi?’ ‘Je sais qui tu es.’ Trente ans que je ne l’avais pas vu, je n’ai pas si­gné son livre. C’est une mé­moire par­ti­cu­lière, hein?

“Nos ca­rences vont se ré­vé­ler dans le Tour­noi des six na­tions à nou­veau, les An­glais vont nous fi­ler 20 points. Vous ver­rez, on en re­par­le­ra”

Pour vos dé­buts en sé­lec­tion, non seule­ment vous ga­gnez le pre­mier Tour­noi des cinq na­tions du XV de France, mais vous bat­tez aus­si les Blacks, une pre­mière. Pour­quoi vous avez tou­jours mi­ni­mi­sé cette vic­toire? Je leur trou­vais des ex­cuses, je crois qu’ils étaient sor­tis la veille, je ne peux pas croire qu’on ait pu les battre à leur vrai ni­veau, quoi. On a quand même bat­tu les All Blacks, on ne s’en ren­dait pas compte, pour­tant c’était du ja­mais-vu. Je me ré­gale tou­jours à les voir au­jourd’hui. L’autre jour, ils étaient un peu au bout du rou­leau ( contre la France, en no­vembre der­nier, ndlr). Et en plus, on les ha­bille en gris, je ne veux pas qu’on leur en­lève le maillot. Du coup, ma femme a dit: ‘Je ne veux pas re­gar­der le match, ce ne sont pas les All Blacks.’ Avec eux, j’ai tou­jours l’es­poir de voir de temps en temps de belles ac­tions. Sur ce match, j’ai ai­mé le mou­ve­ment du petit de Bor­deaux, Se­rin, quand il a dé­li­ca­te­ment don­né sa balle, et puis il a re­dres­sé le buste, il était beau. Ça ne dure pas long­temps mais l’image reste. Ça se voit qu’il a du ta­lent.

Quelle est la part de don dans votre car­rière? Le don, c’est ce qu’il y a de plus fra­gile. C’est beau d’être doué mais il ne faut pas vivre sur ses ac­quis, le plus dur c’est de se main­te­nir. J’en ai vus des mecs doués à 18 ans, dont on n’en­ten­dait plus par­ler en­suite. Le don, c’est dan­ge­reux, c’est du cris­tal, ça ex­plose fa­ci­le­ment. L’en­tre­te­nir, c’est le plus dur. À 20 ans, je me suis bou­sillé le ge­nou. Je suis al­lé voir le cé­lèbre pro­fes­seur Ge­neste à Bor­deaux, il m’a diag­nos­ti­qué une rup­ture des li­ga­ments croisés. C’était en 1954. Il m’a dit: ‘Si on t’opère, peut-être que tu ne pour­ras plus ja­mais jouer. Mais je vais te conseiller un truc, tu vas faire de la ré­édu­ca­tion tous les jours pour mus­cler au­tour du ge­nou, et tu vas jouer comme ça.’ J’ai fait ça pen­dant quinze ans. Chez moi, j’avais construit des poids comme chez les ki­nés, j’ai sou­le­vé des tonnes tous les jours. J’ai fait ma car­rière avec un ge­nou, l’autre était pé­té. J’ai aus­si joué pen­dant dix ans avec quatre doigts. J’at­ta­chais mon doigt pé­té. Quand je lou­pais un bal­lon, je mon­trais ma main et je di­sais que je n’avais que quatre doigts. Les gens di­saient que j’étais doué, mais ils ne sa­vaient pas que je fai­sais de la ré­édu­ca­tion tous les jours. Et de­puis l’âge de 20 ans, je n’ai plus man­gé de viande, de pain, plus bu d’al­cool, et j’ai ja­mais fu­mé de ma vie. Les co­pains au­jourd’hui, quand ils vont au res­tau­rant à Mont­fort, ils com­mandent le tour­ne­dos Ros­si­ni. Moi, c’est ome­lette et sole. La viande, ça fout des cla­quages.

À votre époque, vous fi­nis­siez les en­traî­ne­ments par des matchs de rug­by à 7… Oui, tous, huit contre huit, ou neuf, ça dé­pend com­bien on était, c’était la ré­com­pense de l’en­traî­ne­ment. Des passes, quoi, c’était le bon­heur. Quand j’ai en­traî­né, sur une heure d’en­traî­ne­ment, on fai­sait 50 mi­nutes de bal­lon. Le joueur de rug­by, même un pi­lier, est in­té­res­sé par le bal­lon. Les faire cou­rir, se bais­ser, se re­le­ver, ça les em­merde. Les All Blacks ont tout le temps le bal­lon dans les mains.

Votre pre­mière tour­née en Nou­velle-zé­lande en 1961, ça a été une ré­vé­la­tion? Je n’ai que des re­grets sur cette tour­née. Les All Blacks n’at­ten­daient qu’une chose, que les Fran­çais leur montrent le jeu, le french flair. Et on n’a pas pu les ré­ga­ler, on avait un bal­lon sur dix, on avait des avants… On au­rait été ba­layés par Mont-de-Mar­san avec ces avants! J’avais en­vie qu’on leur montre ce qu’était notre jeu. En face, je ne me rap­pelle pas d’un trois-quarts, ils étaient ignares en rug­by.

C’est pour ça que vous ne ci­tez que des avants quand vous par­lez des Blacks? Co­lin Meads, Brian Lo­chore, Wil­son Whi­ne­ray, en les voyant jouer à la main, je sen­tais qu’il y avait une édu­ca­tion du jeu, mais elle n’était pas faite pour les trois-quarts. Alors, ils vou­laient qu’on joue pour leur mon­trer.

Leur mon­trer quoi? Le french flair? C’est les Bri­tan­niques qui ont in­ven­té ce mot, sû­re­ment qu’on l’avait. Au­jourd’hui, on vit sur cette ré­pu­ta­tion mais le french flair, c’est fi­ni. Ce qui me fait mal au coeur, c’est qu’on joue n’im­porte com­ment. Là, on est contents parce qu’on a per­du de peu de­vant des All Blacks qui étaient fa­ti­gués. De­vant l’aus­tra­lie aus­si, qui sortait d’une dé­faite contre l’ir­lande. Nos ca­rences vont se ré­vé­ler dans le Tour­noi des six na­tions à nou­veau, les An­glais vont nous fi­ler 20 points. Vous ver­rez, on en re­par­le­ra.

D’où vient le pro­blème? C’est la for­ma­tion qui est en faillite. En Nou­velle-zé­lande c’est une for­ma­tion libre de 8 à 12 ans, on pose son car­table, on se met pieds nus, on joue jus­qu’à la nuit, ça ne se passe pas dans les écoles de rug­by. À cet âge, il faut une li­ber­té d’es­prit, de jeu, lan­cer le bal­lon, l’at­tra­per, faire des passes croi­sées, faire n’im­porte quoi. L’édu­ca­tion tech­nique c’est à cet âge. Re­tal­lick n’était peu­têtre pas cos­taud à 12 ans, il jouait peut-être centre, et là, il est de­ve­nu un deuxième ligne qui passe les bal­lons mieux que Bas­ta­reaud. J’ai un ami qui me ra­con­tait que son ga­min de 10 ans, en as­sis­tant à l’échauf­fe­ment avant le der­nier France-Nou­velle-zé­lande, lui a de­man­dé si les deux équipes al­laient vrai­ment jouer au même jeu. Il voyait les Fran­çais ren­trer dans des boucliers et, de l’autre cô­té, les gars se pas­saient le bal­lon. C’est pas mal de re­mar­quer ça à cet âge.

En équipe de France, il y a eu des centres qui ont trou­vé grâce à vos yeux? Il y en a un qui a le re­cord de sé­lec­tions, Sel­la. Pour­tant, il ne m’a ja­mais fait mon­ter au pla­fond. Il jouait à cô­té d’un mec à Agen qui s’ap­pe­lait Mothe, un petit tech­ni­cien, très fort. Les deux avaient une com­plé­men­ta­ri­té qui a ren­du énor­mé­ment service à Sel­la. Co­dor­niou était fort mal­gré sa taille. C’est aus­si la par­ti­cu­la­ri­té d’un grand joueur, un petit de­vient grand en cou­rant. Alors qu’il y a des grands qui de­viennent pe­tits en cou­rant. Traille, quand il cou­rait, il de­ve­nait petit. Ga­chas­sin et Co­dor­niou, c’était l’in­verse. Ga­chas­sin était un grand at­ta­quant, le meilleur que l’on ait eu.

Vous avez des sou­ve­nirs, en tant qu’ac­teur, des mo­ments de jeu les plus jouis­sifs que vous avez vé­cus? Ce sont des ful­gu­rances, comme ça, quand on passe entre deux joueurs. Mit­ter­rand, avec qui j’ai joué au golf ici, m’a de­man­dé: ‘Com­ment fai­siez-vous pour pas­ser avec une telle fa­ci­li­té au mi­lieu des gens?’ Je lui ai ré­pon­du: ‘Je ne m’en ren­dais pas compte, il ne fal­lait pas me re­gar­der, il fal­lait re­gar­der les gens qui cou­raient à cô­té de moi.’ Je trom­pais un peu les gens par mon al­lure mais j’étais à fond, par­fois, alors que les gens pen­saient que j’en gar­dais sous la se­melle.

Vous avez aus­si man­gé des or­to­lans avec lui? Non. Mais il en avait chez lui, pa­raît-il. Jup­pé en a chez lui, ici. J’ai man­gé une fois à Latche, chez Mit­ter­rand. Il m’a ap­pe­lé: ‘J’ai­me­rais jouer

“Co­dor­niou était fort mal­gré sa taille. C’est aus­si la par­ti­cu­la­ri­té d’un grand joueur: un petit de­vient grand en cou­rant. Alors qu’il y a des grands qui de­viennent pe­tits en cou­rant. Traille, quand il cou­rait, il de­ve­nait petit”

au golf avec vous.’ Je crois que c’est Gla­va­ny qui m’a mis en re­la­tion, je l’ai trou­vé agréable. La pre­mière fois, non. Le type vous étu­die. Après, on était en di­let­tante, je pou­vais croire que c’était moi le pré­sident de la Ré­pu­blique.

En 2012, vous avez dit que le rug­by al­lait mou­rir en France. Ah bon? Eh bien, il est presque mort. Ce n’est pas le nou­vel état-ma­jor qui va le faire re­vivre.

Vous par­lez de Ber­nard La­porte. Vous avez eu une em­brouille avec lui par presse in­ter­po­sée en 2012. Bah, il y avait 3-3 à la mi-temps d’un Mont-de-mar­san-tou­lon. Près de 25 mil­lions de bud­get pour Tou­lon, quatre mil­lions pour Mont-de-mar­san. Quand je des­cends et que je dis que c’est pas la peine de dé­pen­ser des mil­lions pour jouer à ce rug­by-là, La­porte me traite de tout.

Vous re­gret­tez tout ce que ça a dé­clen­ché? Non, j’es­père que lui re­grette. Moi, je suis res­té cor­rect. J’ai même pas ré­pon­du, parce que lui a dit que j’étais un mi­nable, que j’avais ra­té ma vie. J’aime pas ce type. D’abord, il est com­plexé, peu­têtre un peu par moi. Je l’ai dit à sa femme quand je l’ai vue: ‘ Votre ma­ri, je ne le connais pas, il m’a at­ta­qué, il a été odieux avec moi.’ Elle a ré­pon­du qu’il avait été ex­ces­sif. Quand j’ai pas vou­lu lui ser­rer la main, elle m’a dit: ‘Moi, je ne suis pas mon ma­ri.’ ‘Oui mais vous vi­vez avec lui, vous lui ser­rez la main de temps en temps.’ Elle était un peu em­bê­tée… En tant que pré­sident de la FFR, Ber­nard La­porte a mis fin à la sé­lec­tion de joueurs étran­gers. Là, il est sur la même ligne que vous. De Villiers, je l’ai­mais beau­coup. Il a été na­tu­ra­li­sé, il a été in­ter­na­tio­nal. Mais qu’est-ce qu’il a fait après sa car­rière? Il est re­par­ti en Afrique du Sud! C’est un mec su­per, for­mi­dable, hein… Mais ils vont tous re­par­tir. Moi je veux bien qu’ils viennent jouer mais pas en équipe de France. Après, La­porte dit: ‘Il y a trop d’étran­gers’, et à quand il s’oc­cu­pait de Tou­lon, il y en avait 25. Il a pas peur de dire tout et son contraire et de faire l’in­verse de ce qu’il dit. C’est les po­li­ti­ciens, ça. Et l’autre, le pré­sident Boud­jel­lal, qui avait dit à pro­pos de moi: ‘Je vais le pro­me­ner dans un fau­teuil rou­lant dans le stade.’ Il ne me connaît pas, hein…

Vous pré­fé­riez le Tou­lon des an­nées Her­re­ro? Da­niel, je ne le connais pas. Le vrai Her­re­ro, c’est An­dré, j’ai joué en équipe de France avec lui. An­dré, le cor­saire de la rade, ex­cep­tion­nel. Da­niel, le frère, c’est le mar­chand d’his­toires. Il ra­conte bien sauf que main­te­nant, il est em­mer­dé avec son ban­deau, il est obli­gé de le mettre. Il est iden­ti­fié à ça, alors…

Vous écri­vez en­core, An­dré? Ce ma­tin, j’ai écrit à Lo­ren­zet­ti. Un jour, j’étais ici, à mon bu­reau et un gars est ve­nu me voir pour me dire: ‘Mon pa­tron est là, au coin, il ai­me­rait vous ren­con­trer.’ Je dis d’ac­cord, qu’il vienne, je ne sa­vais pas qui c’était, et je le vois ar­ri­ver avec une écharpe bleu et blanc, il me dit: ‘J’ai­me­rais faire un pè­le­ri­nage avec vous.’ Il m’ex­plique qu’il veut al­ler à Mont­fort le ma­tin et pas­ser toute une jour­née avec moi. On est donc par­tis à 9h, on a man­gé là-bas au res­tau­rant, où les co­pains prennent leur tour­ne­dos Ros­si­ni, on a tout fait, puis, quand on est ren­trés le soir, il m’a dit: ‘Ça a été l’un des meilleurs mo­ments de­puis des an­nées.’ De­puis, on est res­tés amis. On a un se­cret entre nous, on a dé­cou­vert en­semble un en­droit où j’ai dû pas­ser 500 fois à Mont­fort et quand il m’a dit: ‘Re­garde en haut’, on a vu 50 ci­gognes dans un petit bois, que je n’avais ja­mais vues. Alors quand je passe, je l’ap­pelle pour lui dire: ‘Je suis dans notre coin pri­vé des ci­gognes.’ Il est content. TOUS PRO­POS

“La­porte dit: ‘Il y a trop d’étran­gers’ et quand il s’oc­cu­pait de Tou­lon, il y en avait 25. Il a pas peur de dire tout et son contraire et de faire l’in­verse de ce qu’il dit. C’est les po­li­ti­ciens, ça”

PHO­TOS: JEAN-PHI­LIPPE MOULET POUR TAM­PON! ET PRESSE SPORTS PRO­POS RE­CUEILLIS PAR GRÉ­GO­RY LETORT ET VINCENT RIOU, À HOSSEGOR /

An­dré vient d’en­voyer un snap.

La France éter­nelle.

Le Ke­nyan blanc.

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