Mont­pel­lier

L’ef­fec­tif pour­rait être ce­lui des Bulls de Pre­to­ria ou des Sharks de Dur­ban. Le Hé­rault Rug­by est de­ve­nu en moins de trois ans (et l’ar­ri­vée de Jake White comme coach) une sorte de province sud-afri­caine lan­gue­do­cienne. De­puis, l’an­cien club for­ma­teur sy

Tampon! - - Sommaire - PAR AN­TOINE MESTRES, À MONT­PEL­LIER / PHO­TOS: ICONSPORT

En l’es­pace de trois ans, le MHR est de­ve­nu mal ai­mé du Top 14 avec sa lé­gion de joueurs sud-afri­cains et son pré­sident-mé­cène très pres­sé. En­quête au coeur d’un club qui in­carne les maux du rug­by pro­fes­sion­nel en France.

Après une vic­toire étri­quée 31-26 contre Bor­deaux dé­but jan­vier dans le froid de l’al­trad Sta­dium, il est ar­ri­vé en zone mixte les mains dans les poches et le sou­rire en coin. Face aux jour­na­listes, Jake White a ré­pon­du dans un fran­glais hé­si­tant plu­tôt ha­bile, lui per­met­tant de ser­vir avec une langue de bois qui conten­tait tout le monde: “Nous avons fait la dif­fé­rence avec les trois-quarts, Na­do­lo, Jim Na­gu­sa, Joe To­mane”, sa­voure-t-il. Puis, sans tran­si­tion, il a pla­cé ses mes­sages: “Beau­coup de per­sonnes pensent que Mont­pel­lier joue avec les avants tout le temps, c’est pas vrai. D’abord la dé­fense, le jeu au pied, en­suite on peut jouer.” Sans qu’on lui de­mande, l’en­traî­neur sud-afri­cain a en­chaî­né sur l’his­toire ré­cente du club au prix de quelques écarts avec la vé­ri­té: “Quand je suis ar­ri­vé, Mont­pel­lier pou­vait des­cendre en Pro D2, on s’est sta­bi­li­sés dans le top 6. L’an der­nier, on fi­nit 3es, main­te­nant on est 2es. Il faut res­ter en haut, c’est ça l’ob­jec­tif du club. Avant, c’était de res­ter dans le Top 14.” En réa­li­té, le MHR est ins­tal­lé dans les hau­teurs du rug­by fran­çais de­puis quelques an­nées. Peu im­porte, Jake White cherche d’abord à dé­fendre son bi­lan et ses mé­thodes avant d’al­ler peut-être cher­cher un titre en fin de sai­son: “L’an­née pro­chaine, Vern Cot­ter ré­cu­pé­re­ra une bonne équipe qui sait ce qu’il faut faire pour ga­gner.” Jake White se­ra alors par­ti, et Mont­pel­lier pour­ra tour­ner la page la plus sul­fu­reuse de son his­toire, celle des “Lan­gue­boks”, son équipe com­po­sée à 63% d’étran­gers, – dont 16 Sud-afri­cains pour la ma­jo­ri­té in­con­nus du grand pu­blic–, son rug­by bru­tal et res­tric­tif, son coach cham­pion du monde en 2007 avec les Spring­boks aux airs de mau­vais gé­nie der­rière ses lu­nettes, adepte d’un ma­na­ge­ment “gla­cial”, sans ou­blier son pré­sident aux dents longues, Mo­hed Al­trad, 57e for­tune du pays et très pres­sé de rem­plir l’ar­moire à tro­phées. Ra­re­ment une équipe au­ra été au­tant cri­ti­quée que le MHR entre 2015 et 2017. Sans doute parce que la France du rug­by court der­rière son iden­ti­té per­due et parce que le Mont­pel­lier Hé­rault Rug­by concentre tout ce qui l’ef­fraie: beau­coup d’ar­gent, beau­coup d’étran­gers, les jeunes lais­sés de cô­té et le court terme comme seul ho­ri­zon. D’au­tant qu’il y a en­core quelques an­nées, la for­ma­tion mont­pel­lié­raine était éri­gée en mo­dèle et ses ga­mins ame­naient un vent de fraî­cheur sur le cham­pion­nat. Ju­lien To­mas, de­mi de mê­lée de la Sec­tion pa­loise, était de ceux-là. En 2011, avec ses potes Fran­çois Trinh-duc, Ful­gence Oue­drao­go et Louis Pi­ca­moles, il a même em­me­né son équipe de coeur en fi­nale du cham­pion­nat au Stade de France contre le Stade tou­lou­sain. Par­ti en 2013, il a vu de­puis son club chan­ger, non sans amer­tume. “Même si j’ai pris du re­cul, ça m’a fait du mal de le voir comme ça. Tu passes 18 ans à un en­droit, tu te dis que, quelque part, la vé­ri­té est ici. Puis les choses changent, L’ADN dis­pa­raît pour par­tie, et fi­na­le­ment, t’as l’im­pres­sion de voir un autre club.” Il faut dire que To­mas a tout connu au MHR, de la lutte pour le main­tien en 2006 dans le mo­deste stade Sa­ba­thé de­vant 5 000 per­sonnes en fu­rie à cette fi­nale per­due de 2011. Avec Fa­bien Gal­thié à sa tête, l’équipe en­thou­siasme avec son jeu brillant et sa jeu­nesse in­car­née par les “quatre fan­tas­tiques”. “Avant la de­mi-fi­nale contre le Ra­cing cette an­née-là, les pré­si­dents du Top 14 m’ap­pe­laient et me di­saient: ‘Faites-le’”, re­si­tue un an­cien du club.

“Place nette pour mettre les Su­dafs”

Au­jourd’hui, cette époque est ré­vo­lue. Ful­gence Oue­drao­go est or­phe­lin de trois autres fan­tas­tiques. Au prin­temps der­nier, le troi­sième ligne di­sait au re­voir à son ami d’en­fance Fran­çois Trinh-duc, par­ti à Tou­lon sans avoir droit à ses adieux à l’al­trad Sta­dium. Pour le der­nier match de la sai­son ré­gu­lière contre le RCT, Jake White, pas du genre à s’en­qui­qui­ner avec les sym­boles, écarte l’ou­vreur

“Tu passes 18 ans à un en­droit, tu te dis que, quelque part, la vé­ri­té est ici. Puis les choses changent, L’ADN dis­pa­raît pour par­tie, et fi­na­le­ment, t’as l’im­pres­sion de voir un autre club” Ju­lien Tho­mas, an­cien de­mi de mê­lée

du groupe. Après l’an­nonce du groupe, Oue­drao­go s’est fen­du d’un tweet qui a mis le feu aux poudres et tra­duit son ma­laise: “Peu im­porte le score de di­manche, ce match res­te­ra une dé­faite his­to­rique pour le club...” L’été der­nier, las, l’in­ter­na­tio­nal me­nace d’aban­don­ner le ca­pi­ta­nat. “Vu que le staff me re­met­tait en ques­tion, j’ai sim­ple­ment dit que je pou­vais re­mettre mon bras­sard”, cor­rige-t-il au­jourd’hui, la­co­nique. Dé­sor­mais, les choses sont ren­trées dans l’ordre et il par­tage le bras­sard avec Aka­pu­si Qe­ra, Ben­ja­min Fall ou Ké­lian Gal­le­tier. “Si ça te­nait à Jake, il ne se­rait plus ca­pi­taine”, glisse un joueur. “Les quatre fan­tas­tiques, c’est quelque chose qu’on ver­ra de moins en moins, le rug­by a évo­lué en peu de temps, re­grette ce­lui qu’on sur­nomme ‘Fu­fu’. On a tout vé­cu, mais la page est tour­née. Au­jourd’hui, on est 3es du cham­pion­nat, on joue de belles choses.” Dans l’ef­fec­tif ac­tuel, tout le monde ne prend pas au­tant de pin­cettes pour dé­crire l’am­biance. C’est le cas de Charles Gé­li, au MHR de­puis 2012, et se­cond ta­lon­neur dans la hié­rar­chie der­rière Bis­marck du Ples­sis: “Fran­çois TrinhDuc de­vait avoir un match d’adieu au stade… An­tho Floch et Le Bus (Ni­co­las Mas, ndlr) même chose. Ni­co Mas est le pi­lier le plus ca­pé du rug­by fran­çais et il n’a pas eu droit à une sor­tie dé­cente. White ne l’a même pas convo­qué pour la de­mi-fi­nale. L’in­té­rêt de White est de dire: c’est moi le pa­tron et j’em­merde tout le monde. Je ne com­prends pas que des gens ne lèvent pas la voix, mais bon, c’est comme ça…” De­puis qu’il a for­mu­lé en dé­cembre des en­vies d’ailleurs, Gé­li a pas­sé un bon mois “au fri­go”. Sa si­tua­tion n’est pas un cas iso­lé de­puis l’ar­ri­vée du tech­ni­cien sud-afri­cain. De nom­breux cadres fran­çais (Thi­baut Pri­vat, An­toine Bat­tut, Alex Tu­lou…) se sont re­trou­vés mis à l’écart sous sa di­rec­tion. “Dès qu’ils ont pu faire place nette pour mettre les Su­dafs, ils l’ont fait”, re­si­tue Di­dier Bès, his­to­rique du club, an­cien joueur, ca­pi­taine, puis ad­joint de Fa­bien Gal­thié, Jake White et dé­sor­mais en charge de la mê­lée de Cler­mont. Charles Gé­li s’énerve: “White ne va faire croire à per­sonne qu’alex Tu­lou est un mau­vais! Pour se jus­ti­fier, il nous a mon­tré une séance de touches où Alex fai­sait quelques pas de danse sur le cô­té. Des mecs qu’il a re­cru­tés, j’en ai vu aus­si faire les cons à l’en­traî­ne­ment.” Da­vid At­toub, au­jourd’hui à Lyon, s’est vu lui conseiller par Shaun So­wer­by, l’ad­joint et porte-flingue de White, “d’ar­rê­ter le rug­by”, confie un an­cien sa­la­rié. Même des stars étran­gères re­cru­tées pour un pont d’or, comme l’aus­tra­lien Ben Mo­wen, fi­nissent par­fois dans les tri­bunes. “Les Su­dafs, les Aus­tra­liens et les Néoz, dé­jà entre eux, ils ne s’aiment pas”, glisse une autre source en in­terne. Am­biance. Il y a peu, Charles Gé­li a dis­cu­té avec Vern Cot­ter qui lui a as­su­ré qu’il comp­te­rait sur lui la sai­son pro­chaine.

La jeu­nesse fran­çaise sa­cri­fiée

Alors en at­ten­dant, Charles prend son mal en pa­tience, même si le plai­sir a un peu dis­pa­ru ces der­niers temps. “Par­fois, on conti­nue parce qu’on a un sa­laire”, dit ce­lui qui est re­ve­nu dans le groupe dé­but jan­vier. For­mé au rug­by à l’an­cienne à Per­pi­gnan, il dé­plore “ces 15 ou 20 mecs qui ar­rivent et partent chaque été.” D’au­tant que, se­lon lui, les en­traî­neurs ne font “plus d’ef­forts”. Il s’ex­plique: “Avant ils tra­dui­saient, main­te­nant qu’ils savent qu’ils vont par­tir cet été, ils se disent qu’ils n’ont plus le temps.” Il marque une pause: “Du coup, quand ça va vite en an­glais avant les matchs ou en séance vi­déo, on ne com­prend rien.” Même to­po entre co­équi­piers. À l’ex­cep­tion de “Wiaan Lie­ben­berg, Ca­me­ron Wright et quelques autres qui font des ef­forts pour par­ler fran­çais”, tout passe par l’an­glais, ou ne se passe pas. “J’ai dé­jà es­sayé de man­ger à la table des étran­gers, tu dé­passes pas les ba­na­li­tés et fi­na­le­ment, tu bouffes tout seul, sou­rit Gé­li. Donc les Fran­çais res­tent entre eux et les étran­gers aus­si.” Après six mois dans ce contexte, Di­dier Bès aus­si a eu des en­vies d’ailleurs à l’été 2015. “J’ai ren­con­tré White. Je ne lui ai pas lais­sé le temps de m’ex­pli­quer ce qu’il vou­lait me pro­po­ser, j’ai dit que je par­tais. Je ne pre­nais pas de plai­sir.” Gé­li tente au­jourd’hui de re­col­ler un peu les mor­ceaux. Au sens propre comme au fi­gu­ré. “Dans un cou­loir, il y avait 30 pho­tos qui re­tra­çaient notre his­toire, Jake les a re­ti­rées et mis dix autres pho­tos à la place dont trois de lui. Pire en­core, dans notre salle de vie, il y avait la photo de la fi­nale 2011 qui était ac­cro­chée à un mur. La semaine der­nière, je l’ai vu de dos en train d’es­sayer de l’ar­ra­cher dis­crè­te­ment. Seule­ment, ça avait dé­col­lé un peu le pla­co, alors il l’a lais­sée et est re­ve­nu plus tard la re­ti­rer. Je l’ai re­trou­vée dans une pou­belle, je l’ai prise et je compte la re­mettre à sa place.” À la barre, Ab­de­la­tif Be­naz­zi, pro­pul­sé ma­na­ger gé­né­ral pour ac­com­pa­gner White dans son tra­vail, rap­pelle la tâche qui lui était as­si­gnée, à sa­voir “construire vite un groupe pro­fes­sion­nel”, ce qui n’était pas le cas avant, à l’époque “des star­lettes et des rois du vil­lage”, lâche-t-il sans mettre les formes. Ab­del, par­ti fin 2016, dé­fend son bi­lan: “Il a fal­lu construire des fon­da­tions saines, et donc pas­ser par des si­tua­tions dif­fi­ciles, écar­ter des joueurs.” Soit, mais pour­quoi avoir re­cru­té au­tant d’étran­gers? “Quand vous ne connais­sez pas un pays, comme ce fut le cas de Jake, vous re­cru­tez vos hommes pour al­ler vite.” Voi­là ce qui dé­range. Quand Mou­rad Boud­jel­lal s’est obs­ti­né au RCT à re­cru­ter des stars ap­pré­ciées et connues du grand pu­blic, Jake White, lui, a ra­me­né dans l’hé­rault –à l’ex­cep­tion des frères du Ples­sis et de Fran­çois Steyn– des se­conds cou­teaux dé­ni­chés dans son pays qui, aus­si bons soient-ils, n’évo­quaient rien aux an­ciens ha­bi­tués de Sa­ba­thé. Comme Jeff Es­cande. Dans son bu­reau de la Di­rec­tion des sports et de la jeu­nesse de la mai­rie de Mont­pel­lier, l’an­cien centre his­to­rique des an­nées 80 et 90 est re­mon­té et le tout dit net: “Tout ce­la ne m’in­té­res­se­ra plus. Au­jourd’hui, je ne sup­porte plus le MHR.” Jeff avait pour­tant toutes les rai­sons de conti­nuer. Il y a peu, son fils Éric Es­cande et son ne­veu En­zo Sel­po­ni étaient res­pec­ti­ve­ment de­mi

“Fa­bien (Gal­thié) est un très bon tech­ni­cien, mais ça ne lui donne pas le droit à tout. Je l’ai en­ten­du dire des choses qui ne sont pas ac­cep­tables” Di­dier Bès, an­cien ad­joint de Gal­thié et White

de mê­lée et ou­vreur avec l’équipe pre­mière. Dé­sor­mais, ils dé­fendent les cou­leurs du RCT et de L’USAP. Il bouillonne en re­cu­lant sur sa chaise: “Ce qu’il se passe est dra­ma­tique. J’ai vu qu’on es­sayait de re­cru­ter Aa­ron Cru­den ( ou­vreur rem­pla­çant des Black, ndlr). Ima­gi­nons que Car­ter ar­rive à Mont­pel­lier et que Trinh-duc ait 18 ans, Fran­çois n’a plus la même car­rière! Il ne joue pas et il cherche à par­tir. C’est une im­passe pour les jeunes.” Jeff dit qu’il prend en­core un peu de plai­sir à re­gar­der les Es­poirs, où son fils ca­det, Elian Es­cande, of­fi­cie comme centre. Mais hé­las, le constat est le même: la moi­tié de ses co­équi­piers sont… sud-afri­cains. “C’est un scan­dale, s’agace le pa­pa. Il faut dire la vé­ri­té aux jeunes, faites de gros ef­forts au centre de for­ma­tion, mais pas de pa­nique, vous ne joue­rez pas en pre­mière, un Fid­jien ou un Schwarzenegger qui ar­rive de Géor­gie pla­cé par un agent vont jouer à votre place. Le sys­tème ac­tuel avec sa course à l’ar­me­ment est ab­surde, et le MHR l’illustre par­fai­te­ment.” Dé­sor­mais, les jeunes du MHR font sur­tout le bon­heur des autres. Ke­vin Gi­me­no évo­lue à Car­cas­sonne, Jo­han Aliouat et Tris­tan La­bou­te­ley à L’UBB, Vincent Giu­di­cel­li au LOU, pen­dant que le deuxième ligne Ju­lien De­lan­noy ronge en­core son frein au MHR avant peut-être d’al­ler voir ailleurs. Ju­lien To­mas tente pour­tant ne pas ac­ca­bler son ex: “Au­jourd’hui, c’est très dif­fi­cile de faire jouer ex­clu­si­ve­ment des jeunes, il faut des ré­sul­tats im­mé­diats pour dé­ve­lop­per un club. Mais on peut trou­ver un peu de me­sure dans tout ça.” Pro­blème, le MHR ne connaît plus la me­sure de­puis près de cinq ans.

“Moi vi­vant, ja­mais Al­trad”

Com­ment en est-on ar­ri­vé là? Re­tour en 2010. Lors des élec­tions ré­gio­nales, Georges Frêche l’em­porte haut la main et an­nonce qu’il sus­pend les sub­ven­tions très éle­vées ver­sées au MHR par l’ag­glo­mé­ra­tion (900 000 eu­ros) et par la ré­gion (120 000 eu­ros). Une ma­nière pour lui de

“Quand vous ne connais­sez pas un pays, comme ce fut le cas de Jake, vous re­cru­tez vos hommes pour al­ler vite” Ab­de­la­tif Be­naz­zi, an­cien ma­na­ger gé­né­ral

rendre la pa­reille à Thier­ry Pé­rez, pré­sident his­to­rique et qui n’est autre que le gendre d’an­dré Vé­zin­het, pa­tron du conseil gé­né­ral de l’hé­rault et en­ne­mi po­li­tique in­time. Pire, lors de ces ré­gio­nales, la femme de Thier­ry Pé­rez fi­gure sur la liste du PS me­née par Hé­lène Man­droux, ri­vale de celle de Frêche. Pour les di­ri­geants de l’époque, dont Pé­rez, la nou­velle tombe mal. De­puis des an­nées, le MHR, très jeune club is­su de la fu­sion im­pul­sée en 1986 par Frêche du Mont­pel­lier Uni­ver­si­té Club Rug­by et du Stade mont­pel­lié­rain, tra­verse une crise de crois­sance et re­cherche un mo­dèle éco­no­mique viable. En dé­cembre 2008, il a même connu le cu­rieux in­ter­mède Phi­lippe Def­fins, nom­mé pré­sident et qui dé­barque avec de grosses am­bi­tions, à sa­voir “un titre dans les trois ans” pour mieux re­par­tir deux mois plus tard. Louis Ni­col­lin, frê­chiste par­mi les frê­chistes, veut bien ai­der, mais ne peut pas être seul aux ma­nettes. Le temps presse, il faut trou­ver un gros in­ves­tis­seur pour prendre le re­lais et com­bler le trou de la sai­son en cours. “Le club avait 5,7 mil­lions d’eu­ros de pro­duits non en­core réa­li­sés en 2010-2011”, dé­taille un proche du MHR. Les ren­contres avec des in­ves­tis­seurs po­ten­tiels se mul­ti­plient. “On a vu de tout, se re­mé­more un autre di­ri­geant. Un Russe était in­té­res­sé, il bos­sait au mi­nis­tère de la Dé­fense. On en a par­lé avec les élus, on était d’ac­cord pour dire qu’on ne vou­lait pas de ce genre de per­son­nages.” Des Sud-afri­cains aus­si se pointent. Entre-temps, un en­tre­pre­neur lo­cal tape à la porte. Il est le cham­pion des écha­fau­dages et s’ap­pelle Mo­hed Al­trad. Il dit vou­loir rendre “à la ville ce qu’elle lui a don­né”. “Moi vi­vant, ja­mais Al­trad”, avait pré­ve­nu Frêche. Dé­cé­dé en oc­tobre 2010, ce der­nier n’est plus là pour voir l’en­tre­pre­neur né dans le dé­sert sy­rien em­por­ter la mise contre le clan Ni­col­lin après une par­tie de po­ker et un chèque de 2,4 mil­lions d’eu­ros. En mai 2011, peu avant la fi­nale du Top 14, Mo­hed Al­trad (au­teur de ro­mans à la Pau­lo Coel­ho sur son temps libre) de­vient of­fi­ciel­le­ment ac­tion­naire prin­ci­pal. Après avoir ren­floué les caisses, le nou­veau pré­sident im­pose sa mé­thode. Un exemple. Alors que le sec­teur pro­fes­sion­nel d’un club est cen­sé fi­nan­cer le sec­teur as­so­cia­tif à hau­teur de 400 000 eu­ros, Al­trad ré­duit cette do­ta­tion à… 1 500 eu­ros. En­core? Lors­qu’un di­ri­geant ré­cu­père à la billet­te­rie des places des­ti­nées à l’as­so­cia­tion pour les dis­tri­buer en­suite, on les lui re­fuse dans un pre­mier temps. Fi­na­le­ment, il par­ti­ra avec, mais fi­ni­ra en garde à vue une nuit en­tière pour vol après une plainte dé­po­sée par Al­trad. Au dé­but de l’été 2012, une ving­taine de cadres de l’équipe di­ri­geante dont la mère de Pi­ca­moles sont li­cen­ciés sans som­ma­tion. Dans le camp Al­trad, on se dé­fend en dé­cri­vant “une ar­mée mexi­caine”. Pour le spor­tif, le nou­veau boss fait confiance à un cadre de son en­tre­prise: Ch­ris­tian Bou­che­noire.“Un vrai pas­sion­né de rug­by, re­si­tue un an­cien du MHR. Il comp­tait mettre en place une vraie stra­té­gie de long terme en uti­li­sant le centre de for­ma­tion.” Mais voi­là, il doit com­po­ser avec un homme pres­sé. En 2011, dans la fou­lée de la fi­nale, Fa­bien Gal­thié vise plus que ja­mais le poste de sé­lec­tion­neur du XV de France, alors il n’a pas de temps à perdre. Il lui faut un titre “pour lui, pas pour le club”, tacle son an­cien ad­joint Di­dier Bès. Bou­che­noire et Gal­thié entrent en conflit sur la po­li­tique spor­tive. Al­trad, confron­té à un choix cor­né­lien, pren­dra fait et cause pour Gal­thié. “On avait l’un des tout meilleurs centres de for­ma­tion de France. Le jour où il choi­sit Gal­thié contre Bou­che­noire, Al­trad a aban­don­né ce qu’était l’es­prit du MHR”, confie l’an­cien du club, qui conti­nue: “Ce­la confir­mait qu’al­trad n’avait pas une stra­té­gie de pré­sident de club, plu­tôt une stra­té­gie de ca­pi­taine d’in­dus­trie qui soi­gnait son image per­son­nelle à tra­vers un club.”

Glou­ces­ter, fu­tur Mont­pel­lier an­glais?

Sous les ordres de Gal­thié, le titre n’ar­rive pas. En in­terne, l’exi­geant ma­na­ger est re­je­té par un ves­tiaire qui souffre de voir cer­tains de ses membres se faire hu­mi­lier en pu­blic. “Fa­bien est un très bon tech­ni­cien, mais ça ne lui donne pas le droit à tout, at­taque Bès, pré­sent alors aux pre­mières loges. Je l’ai en­ten­du dire des choses qui ne sont pas ac­cep­tables. Je lui ai dit, ça ne lui a pas plus.” Au­jourd’hui, les deux hommes sont fâ­chés. “Il s’en fout de moi, je m’en fous de lui.” Long­temps, Éric Bé­chu, ad­joint de Gal­thié, a ser­vi de casque bleu entre le groupe et lui. Après son dé­cès en jan­vier 2013, Ma­rio Le­des­ma le rem­place, mais les choses ne s’ar­rangent pas. Une al­ter­ca­tion entre l’ar­gen­tin et Ma­mu­ka Gor­godze pro­voque même le dé­part du Géor­gien, chou­chou des sup­por­ters, lors de l’in­ter­sai­son 2014, à Tou­lon. Six mois plus tard, en dé­cembre 2014, alors que le MHR pointe à la 8e place du Top 14 après une sé­rie de huit dé­faites consé­cu­tives, Al­trad écarte Gal­thié et ap­pelle le pom­pier Jake White. Deux ans plus tard, le Bren­nus at­tend tou­jours, et Al­trad dé­cide de pas­ser la vi­tesse su­pé­rieure, quitte à fâ­cher le monde du rug­by. En sep­tembre der­nier, il re­crute le ta­len­tueux Ya­cou­ba Ca­ma­ra, jeune troi­sième ligne in­ter­na­tio­nal du Stade tou­lou­sain, contre 45 000 eu­ros par mois, un sa­laire af­fo­lant pour un gar­çon en­core en de­ve­nir. Avec Al­trad, les grilles sa­la­riales du Top 14 ex­plosent, mais lui se moque du qu’en-di­ra-t-on. Il ne se­rait pas non plus étran­ger aux en­vies ré­centes de dé­ser­tion de Jo­han Goo­sen du Ra­cing 92. Élu meilleur joueur du cham­pion­nat l’an pas­sé, le Sud-afri­cain veut quit­ter les Hauts-de-seine de­puis dé­cembre et se­rait même prêt à si­gner un CDI avec une en­tre­prise agri­cole du Cap pour cas­ser son CDD avec le Ra­cing. À l’ori­gine de cette en­vie pres­sante, Al­trad lui au­rait en réa­li­té pro­po­sé un contrat d’un mil­lion d’eu­ros à l’an­née. Pour de­ve­nir le 17e Bok de l’ef­fec­tif du MHR? Rien n’est moins sûr. Goo­sen pour­rait être aus­si la pre­mière re­crue d’al­trad à Glou­ces­ter. Car en pa­ral­lèle de ce dos­sier, l’homme s’est ac­ti­vé sur un autre chan­tier, im­mense: de­ve­nir l’ac­tion­naire prin­ci­pal de la for­ma­tion an­glaise et soi­gner ain­si l’image du groupe Al­trad sur le mar­ché lo­cal. Le pré­sident pres­sé pour­rait de­ve­nir ain­si le pre­mier pro­prié­taire de deux clubs dans deux pays dif­fé­rents. Mais où tout ce­la va s’ar­rê­ter? Per­sonne ne sait. Le MHR a en­core de nom­breuses pages de sa jeune his­toire à écrire et quelques pho­tos à po­ser sur les murs. Reste à sa­voir si elles fi­ni­ront dans une pou­belle. TOUS PRO­POS RE­CUEILLIS PAR AM

“J’ai dé­jà es­sayé de man­ger à la table des étran­gers, tu dé­passes pas les ba­na­li­tés et fi­na­le­ment, tu bouffes tout seul” Charles Gé­li, ta­lon­neur rem­pla­çant

“Tu parles pas afri­ka­ner, Ful­gence?”

Au moins à Mont­pel­lier, on boit fran­çais.

Quatre gar­çons plein d’ave­nir. Ma­dame est bien en­tou­rée.

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