« La peau est un ter­ri­toire, un pay­sage, un continent à ex­plo­rer »

Tatouage Magazine - - Portfolio -

Après des études d’art plas­tique, Del­phine Ghosarossian se di­rige d’abord vers la pein­ture, puis évolue na­tu­rel­le­ment vers la pho­to­gra­phie : « Je fai­sais énor­mé­ment de pein­ture, prin­ci­pa­le­ment abs­traite et très tex­tu­rée, que j’ap­pe­lais "la chair de la pein­ture". Au mo­ment de ma maî­trise, j'ai pas­sé aus­si en pa­ral­lèle une li­cence d’Es­thé­tique et Science de l’Art pour ap­pr ofon­dir la théo­rie, et j'ai eu en­vie de r emon­ter à la sur­face de la chair pour m’in­tér esser à la peau. Il me sem­blait évident d’ex­plor er ce thème par le me­dium pho­to­gra­phique car il y a une vraie conni­vence entre le grain de la peau et le grain pho­to­gra­phique. » Ayant pho­to­gra­phié la peau sur dif­fé­rentes par­ties du corps, elle com­mence à réa­li­ser des por­traits. «Ce fut une évi­dence, car, dans un por­trait, on met tou­jours en avant l’in­té­rio­ri­té de l’êtr e. Comme le dit Jean-Luc Nancy ( Ndlr : phi­lo­sophe fran­çais), pour moi : "La vé­ri­té, c’est l a peau. Elle est dans la peau, elle fait peau." » À par­tir de cet axiome, el l e dé­ve­loppe le style sin­gu­lier qui ca­rac­té­rise ses photo­gr a phi e s : «Chaque ren­contre est un ren­dez-vous. Il s’agit d’un dia­logue, d’un face-à-face entre dif­fé­rentes cultures, vi­sages et peaux. Les per­sonnes sont em­pri­son­nées dans un ca­drage très ser­ré, le re­gard est di­rect. Leur peau, telle une géo­lo­gie du vi­sage, est une plage, une dune dans la­quelle je me perds.

Trans­per­cer l'épi­derme

Les rides sont des col­lines, des lignes sans fin, les yeux, des fleuves, r em­plis d’ex­pé­rience, d’es­poirs et d’at­tentes. Je réa­lise beau­coup de por­traits de per­sonnes âgées, d’ar­tistes ou d’ano­nymes. Dans mon tra­vail, je dé­sir e mettre en avant la peau du mo­dèle, la trans­per­cer mé­ta­pho­ri­que­ment afin que leur chair/âme en­va­hisse et se pr opage à l’aune de l’image. La peau com­pose et en­ve­loppe nos êtres, telle une écri­ture na­tu­relle et com­mune, une trace vi­sible, sen­sible du vieillis­se­ment de nos corps. La peau est en­vi­sa­gée comme un ter­ri­toire, un pay­sage, une sorte de géo­lo­gie épi­der­mique, tel un continent à ex­plor er, un es­pace prêt à être dé­cou­vert.» De son in­té­rêt pour la peau et sa tex­ture à ce­lui pour le ta­touage, c’est à nou­veau une évi dence : «La peau est le mir oir de l’âme. Et le ta­touage en est un aus­si. La peau, tel un ta­bleau noir , de­vient un sup­port, une sur­face d’ins­crip­tion où les phrases se pro­mènent en épou­sant les contours du corps. Pe­tites vé­ri­tés écrites à même la peau. Elle agit comme une carte d’iden­ti­té : sa cou­leur, ses rides, ses ci­ca­trices, ses ta­touages, in­diquent notre ori­gine, no­tr e vé­cu, nos souf­frances.»

www.del­phi­ne­gho­sa­ros­sian.com

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