Tra­di­tion

Encre ma­rine à Brest 2016

Tatouage Magazine - - Sommaire - Texte et pho­tos : Lu­cie Lau­tre­dou

Ils ra­content leur vie en mer sur des peaux bu­ri­nées par le so­leil et l’ef­fort. Mon­ter sur un na­vire, un vieux grée­ment ou un ba­teau de tra­vail, et bran­cher les gars et les filles du bord sur l eurs t atouages, c’est dé­jà par­tir en voyage. Ils y ra­content les caps pas­sés, l es océans t r aver­sés, l es mill es nau­tiques ava­lés et aus­si l a so­li­tude des ma­rées, le l i en avec l es t er­ri ens l ai ssés der­rière et l’an­crage par-de­là les mers.

« Condam­né à l’océan »

En­guer­rand, 26 ans, s’est fait ta­touer au­des­sus de l’omo­plate gauche : « Plèr’ pas mo­mon reste forte », en­tou­rant un vi­sage de femme en larmes. C’était en 2015, à Bayonne. Il l’a fait pour sa mère res­tée à la Réunion, île qu’il a quit­tée en 2008 et où il n’a tou­jours pas re­po­sé son sac. « Nar­trouve anou bien­tôt » et le des­sin de son caillou sont en­crés au- des­sus de son coeur. De l’autre cô­té, une ancre et un chiffre : 2009, qu’il a ta­toués lui-même à l’ai­guille. « C’est la date du dé­part en mer, quand j’ai vi­ré l’ancre, le dé­but d’un voyage dont je ne suis tou­jours pas re­ve­nu » , ra­conte- t- il à bord du Be­lem. « Le ta­touage, c’est mar­quer dans la peau l’en­ga­ge­ment fort du dé­part et une fa­çon d’ex­té­rio­ri­ser les sen­ti­ments qu’on n’ar­rive pas à ex­pri­mer » , ex­plique cet « en­fant des îles condam­né à l’océan » comme on peut lire sur son bras droit au­tour d’une fresque de nau­frage ta­touée en 2012 à Bayonne : un cy­clone, une ancre aux airs de croix de pierre tom­bale, une hi­ron­delle s y mbo li s a n t l’ â me qu i s’ e n v o l e , un e épave... « Quel que soit le risque que je cours, je res­te­rai ma­rin », af­firme le ga­bier. Cette s cène « me f orce à me r ap­pe­ler

La Russe Xe­nia, 19 ans, ma­rin sur le Kru­zen­sh­tern.

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