Ta­touage et voyage

Tatouage Magazine - - Pionnier Jo Bell - 1989 : Bourges, 1re conven­tion en France.

Avant d’être un sor­cier, Joël était plu­tôt consi­dé­ré comme un mar­gi­nal, comme tous ceux qui te­naient des der­mos en France à cette époque. Pour lui, pas de des­sin pe­tit, même si sa mère et sa grand-mère peignent. Tout com­mence avec le ta­touage avec le­quel il rentre d’Am­ster­dam en 1980, un oeil d’Isis au­quel il ac­corde une sym­bo­lique im­por­tante. Son père, qui ne vou­lait ja­mais vo i r c e ge nr e de c hos e à l a mai­son, ne dit rien. Nor­bert, ins­tal­lé de­puis plu­sieurs an­nées à Gre­noble, lui pique le deuxième en 1983, à la s ui t e d’ une dé­cep­tion amou­reuse. Avec l’en­vie de s’y mettre à son tour, Joël re­vient le voir pour ache­ter de quoi se mettre à ta­touer les autres : « J’avais en­vie de voya­ger, je­pen­sais­que­le­ta­toua­ge­pou­vai­tê­treun­bon­moyen­de­faire des ren­contres, de faire ma vie, j’ai tout de suite fait le rap­por­ten­trel’hu­mai­net­le­ta­touage.Nor­bertm’aven­du­du­ma­té­riel et m’a dit qu’il fal­lait tendre la peau, il m’a don­né peu de conseils en fait. » Les dé­buts sont com­pli­qués. Il com­mence par se faire un Om hin­dou, avec un trait, deux fois plus épais que pré­vu. Un de ses potes lui de­mande un ser­pent sur l’avant-bras : «Je­lui ai fait un ver de terre, en rit- il au­jourd’hui. Quelque temps après,jel’ai­re­cou­vert­pa­run­pe­tit­dra­gon.Onn’avait­pasde mal à trou­ver des co­pains qui vou­laient se faire ta­touer, même si on n’était pas de grands des­si­na­teurs. » C’est ain­si qu’il ap­prend tout seul et tra­vaille pen­dant deux ans chez lui. S’il veut en faire son ac­ti­vi­té, il doit al­ler exer­cer ailleurs, c’est un ac­cord pas­sé avec Nor­bert. Il y a peu de ta­toueurs en France, cha­cun est dans sa ville comme un ba­ron. Ce se­ra Mont­pel­lier, une ville où Joël est in­con­nu, et son mé­tier presque au­tant. Le ban­quier qu’il va voir pour ob­te­nir un pe­tit cré­dit lui de­mande même s’il connaît suf­fi­sam­ment de vé­té­ri­naires pour avoir as­sez de chiens à ta­touer ! Il re­çoit ses pre­miers clients à l’étage d’une bou­tique, dans le quar­tier gi­tan. Jo Bell se sou­vient de ce pe­tit volcan, le pre­mier ta­touage qu’il encre contre de l’ar­gent, «une sen­sa­tion dif­fé­rente quand tu es payé­pour ça » . Très ra­pi­de­ment, il fait un peu de tout. Le bou­cheà- oreille fonc­tionne bien ici aus­si. Sa clien­tèle est sur­tout mas­cu­line ave c d e s mecs u n p e u l o u c h e s qui ne dis­cutent pas les ta­rifs. Il a même quelques sur­prises, comme Jean- Mi­chel, un client ori­gi­naire du c r u qui t r avai l l e à l ’ ONU et r evient de temps en temps dans l ’ Hér a u l t , à qu i J o ë l t a t o u e l e dos avec j ungle, in­di­gènes, fauves, per­ro­quet... Un pré­sage ? Le fonc­tion­naire l’em­mène quelques mois au Bré­sil, un beau voyage en pers­pec­tive, même s i l a bou­tique vi ent d’ou­vr i r. J oël par t avec s es ma­chines et ta­toue dans un vieil et gros hô­tel comme il en existe beau­coup au Ma­to Gros­so, en Ama­zo­nie : « Je fai­sais dis­jonc­ter les plombs tous les jours, mais le pa­tron de l’hô­tel conti­nuai­tà­me­pren­dre­des­ren­dez-vous!»

For­ma­tion à do­mi­cile

Deux mois avant le dé­part, Al­lan de Mar­seille, un pion­nier du ta­touage fran­çais qui a quit­té la Pro­vence, cherche un en­droit où po­ser ses ma­chines et dé­boule au stu­dio. Nor­bert lui a par­lé de Joël et de son pro­chain pé­riple en Amé­rique du Sud. Le jeune ta­toueur se sou­vient de cette ren­contre qui va beau­coup comp­ter pour lui : « Je lui ai lais­sé la bou­tique pen­dant trois mois. À mon re­tour, j’hal­lu­ci­nais de voir ce qu’il fai­sait, je­ne­sa­vais­pas­fai­re­ça.Pour­me­re­mer­cier,ilm’apri­sen­for­ma­tion chez moi pen­dant plus de 6 mois. Il m’a ini­tié aux

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