# KatzEyes

Adieu ogres, zèbres, gi­rafes et dra­gons. Jeffrey Katzenberg, fon­da­teur de Dream­works, lâche la barre et se lance dans un nou­veau dé­fi in­dus­triel. Avant ça, Cannes lui re­met une mé­daille. Pour ser­vices ren­dus ?

Technikart - SuperCannes - - News - GAËL GOLHEN

Mon­sieur Katzenberg, c’est quoi cette mé­daille du 70e fes­ti­val ?

Jeffrey Katzenberg. Je di­rais qu’il s’agit d’un hom­mage aux qua­rante an­nées que j’ai pas­sées à Cannes. Je suis ve­nu la pre­mière fois ici en 1978, pour les Mois­sons du ciel. J’avais vingt ans, je tra­vaillais à la Pa­ra­mount, j’ac­com­pa­gnais Ma­lick au fes­ti­val et… Bref, c’est le plus bel en­droit sur cette pla­nète pour cé­lé­brer le ci­né­ma. Pas d’adieux, alors ? J.K. Non, non, non. Tou­jours pas. J’avance. J’ai fait quatre cent six films – quand je dis « j’ai fait », je veux dire que ces films ont été fait par des com­pa­gnies aux­quelles j’ap­par­te­nais. Qua­rante et un films ani­més – entre Dis­ney et Dream­works et…

Vous te­nez les comptes ?

J.K. Je les connais. Pour ré­pondre à la ques­tion, j’ai tou­jours su au fond de moi qu’un jour je lè­gue­rais Dream­works à quel­qu’un. Ce n’est pas une en­tre­prise fa­mi­liale, je n’ai pas d’hé­ri­tier qui pour­rait di­ri­ger cette com­pa­gnie… C’était in­évi­table. La seule ques­tion, c’était quand… Je suis re­par­ti de zé­ro à quatre ou cinq re­prises dans ma car­rière. Et à chaque fois, la nou­velle ex­pé­rience s’est ré­vé­lée beau­coup plus ex­ci­tante que ce que je fai­sais avant. Mon bon­heur, c’est le tra­vail. Quand j’ai com­pris que je pou­vais me ré­in­ven­ter une sixième fois et ré­flé­chir aux ho­ri­zons des nou­veaux mé­dias, c’était ac­té. La der­nière fois qu’on s’était vu, vous m’aviez dit : « je n’ai pas de ré­tro­vi­seur ». J.K. Je ne re­garde ja­mais en ar­rière. Ja­mais. Vous vou­lez com­prendre comment je fonc­tionne ? Quand vous li­sez un livre, est-ce qu’il vous ar­rive de re­lire le cha­pitre que vous ve­nez de ter­mi­ner ? Non. Et bien ma vie est comme ça. Quel in­té­rêt ? Est-ce que votre dé­part ne dit pas quelque chose de l’état ac­tuel du ci­né­ma d’ani­ma­tion ? J.K. Je suis un op­ti­miste. Je ne « lâche » pas Dream­works, je ne joue pas en dé­fense. Il y a tou­jours énor­mé­ment de créa­ti­vi­té et les films sont for­mi­dables. Vous n’al­lez pas me

dire que vous n’ai­mez pas ce qu’on a vu cette an­née. Zoo­to­pie ? Tous en scène ? Les Trolls ? Et bien heu… J.K. Alors je ne peux pas grand chose pour vous ! Vaia­na ? Ce­lui-là, oui !

J.K. Bref, je ne crois pas que les films d’ani­ma­tion soient une usine. Pas en­core en tout cas. Vous al­lez me par­ler de la « ma­la­die » des suites ? Mais ceux qui font ce re­proche ne ré­flé­chissent pas : les se­quels chez Dream­works étaient toutes né­ces­saires. Dans Ma­da­gas­car, à la fin du pre­mier épi­sode, ils fi­nissent sur une île ! Des ani­maux Newyor­kais per­dus à Ma­da­gas­car ? Il de­vaient ren­trer… Rien de cy­nique là-de­dans ! Dream­works est en forme ? J.K. Le coffre est plein. Je ne leur laisse pas une mai­son vide. Et ça ne va pas vous man­quer ? J.K. Noooon. Ça me manque, un peu, quand je vous en parle. Au­tre­ment je n’y pense pas. Je me lève tous les ma­tins avec mon nou­veau pro­jet en tête. Et j’ai l’im­pres­sion que per­sonne d’autre que moi peut réus­sir ce chal­lenge. Wn­drCo, c’est ça ? De quoi s’agit-il ? J. K. Nous sommes au dé­but de l’aven­ture, mais di­sons que ça concerne les nou­veaux mé­dias. Il s’agit de ré­in­ven­ter le sto­ry­tel­ling. La nar­ra­tion d’au­jourd’hui s’ap­puie en­core sur des sté­réo­types crées par la té­lé des an­nées 50, des for­mats de 30 à 60 mi­nutes. Mais cette forme qui a été très per­for­mantes et qui a crée des mil­lions d’heures de très grande va­leur a vé­cu. La der­nière dé­cen­nie a vu ap­pa­raître de nou­veaux modes de consom­ma­tions à cause de l’ap­pa­ri­tion du smart­phone et du for­mat court. J’ai­me­rais être ca­pable de four­nir à ces nou­veaux modes de consom­ma­tions, des his­toires de qua­li­té, dans tous les for­mats (drames, sit­com, co­mé­dies, sport, té­lé réa­li­té…). Un nou­veau dé­part pour le di­ver­tis­se­ment. De l’écri­ture à la pro­duc­tion. J’ai l’im­pres­sion que c’est votre vrai mo­teur. Faire bou­ger les choses, ré­vo­lu­tion­ner un do­maine, quel qu’il soit. C’est ce que vous avez fait chez Dis­ney, avec Dream­works et main­te­nant là… J.K. Chez Dis­ney c’était dif­fé­rent. Il y avait un hé­ri­tage d’une ri­chesse in­ouïe. De­puis la pro­fes­sion de foi jus­qu’aux formes es­thé­tiques ou aux tech­no­lo­gies. On avait la carte, il fal­lait juste re­trou­ver le che­min. Dis­ney avait tout ima­gi­né et il s’agis­sait de re­trou­ver ses traces. Ce pro­jet c’est dif­fé­rent : il n’y a au­cune ré­fé­rence his­to­rique. Per­sonne ne sait comment ça marche. Per­sonne ne l’a fait. Mais nous, on va le faire.

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