# Hap­pyHa­neke

Le Saint-Père (fouet­tard) du ci­né­ma d’au­teur in­ter­na­tio­nal dé­coche un Hap py End qui ne res­semble à rien d’autre que du Ha­neke en roue libre avant de vi­rer à la sa­tire dé­con­nante. Ren­contre en VF et avec le sou­rire, s’il vous plaît.

Technikart - SuperCannes - - News - FRAN­çOIS GRELET

Hap­py End fonc­tionne un peu tel un jeu de pistes et…

Mi­chael Ha­neke: Un quoi ? Un « jeu de pistes » ? Qu’est ce que c’est ? Di­sons que, de ma­nière as­sez joueuse, vous nous som­mez de cher­cher la na­ture du film à me­sure qu’il avance… Oui...

Et vous ne la ré­vé­lez qu’aux deux tiers…

Oui, c’est plu­tôt agréable ça, non? Ce qui m’amuse c’est de jouer avec votre in­tel­li­gence. Quand je vais au ci­né­ma, ça me fait plus plai­sir d’avoir du tra­vail de­vant un film que si l’on me donne tout sur un pla­teau. Si­non c’est de la té­lé.

À l’in­té­rieur de ce pre­mier jeu s’en loge un autre, qui consiste à truf­fer Hap­py

End de ré­fé­rences as­sez ex­pli­cites à votre fil­mo.

On me dit ça, oui. Ce n’était pas conscient, hon­nê­te­ment. C’est vrai que le per­son­nage de Jean Louis Trin­ti­gnant res­semble un peu à ce­lui qu’il jouait dans Amour... mais pfff, c’est juste que je traite tou­jours le même su­jet. Mon uni­vers est très li­mi­té, aha­ha. Je ri­gole mais c’est vrai. En té­lé, on trouve un thème dans une salle de réunion et on en fait un pro­gramme – c’est à dire qu’on creuse un cli­ché idiot du dé­but à la fin, quel en­nui. Moi je parle uni­que­ment de ce que je connais parce que j’aime la pré­ci­sions, donc on peut avoir la sen­sa­tion que je me ré­pète.Tant pis. On re­pro­chait ça aus­si à Berg­man ou à Bres­son, moi je trouve que c’est une qua­li­té d’avoir un uni­vers.

Bon, le film étant une co­mé­die il dé­tonne quand même pas mal à l’in­té­rieur de votre oeuvre.

Ahah, oui on me dit ça aus­si, que le film est drôle. Ça me fait très plai­sir.

At­ten­dez, ce n’était pas fait ex­près?

Si, si, un peu, c’est quand même une farce, mais pas seule­ment j’es­père.

J’ai l’im­pres­sion que vous vous adres­sez à cer­tains de vos hé­ri­tiers avec Hap­py End…

En quel sens ?

Vous faite un film com­pi­la­toire et en même temps as­sez unique dans votre oeuvre. Comme si vous leur di­siez : n’es­sayez pas de me co­pier, je suis le seul qui peut faire du Ha­neke et sur­prendre les gens. Pas vous.

Aha­ha­ha. C’est drôle votre idée mais je ne me suis ja­mais pré­oc­cu­pé de ça. J’en­tends par­fois les jour­na­listes dire à pro­pos des films de mes jeunes confrères « ça res­semble à du Ha­neke », c’est par­fai­te­ment in­in­té­res­sant. Tout ça parce qu’il font des films en plans fixes et qu’ils aiment les plans-sé­quences.

Vous êtes quand même d’ac­cord pour dire que vous avez der­rière vous une sa­crée horde de sui­veurs, plus ou moins bons d’ailleurs ?

Oui peut être, mais il faut se dé­ta­cher de ça, comme moi j’ai es­sayé de me dé­ta­cher de l’in­fluence de Bres­son par exemple. Je donne jus­te­ment des cours dans une école de ci­né­ma et la pre­mière chose que je dis à mes élèves, c’est de ne pas faire un film à la Ha­neke. Ça ne donne que des choses nulles. Mais une fois de plus il faut ar­rê­ter de dire que les réa­li­sa­teurs qui aiment les plans fixes font du Ha­neke, c’est trop sim­pliste.

At­ten­dez, votre style ne se ca­rac­té­rise pas uni­que­ment par l’usage des plans fixes quand même…

Quoi d’autre, dites-moi ?

Dé­jà, il y a une forme de mi­san­thro­pie as­sez cruelle…

Mi­san­thrope ? Ah non ça je re­fuse. J’aime les gens. Tous mes ac­teurs vous di­ront à quel point je les aime. Je fais des drames, je parle de choses noires comme Ib­sen ou Strind­berg. Nous par­lons du pé­ché de la culpa­bi­li­té, c’est ça la force du drame.

Oui mais on peut aus­si l’ame­ner vers une forme de ly­risme…

Bien sûr, mais au­jourd’hui tout est sa­tu­ré par une grâce com­plè­te­ment ar­ti­fi­cielle. C’est du men­songe pour cal­mer les gens, leur dire que tout va bien: ça c’est mé­pri­sant, ça c’est mi­san­thrope. Si on prend le drame pour ce qu’il est, alors il faut fâ­cher les gens.

Dans sa ma­nière d’épin­gler une fa­mille de bourgeois du Nord de la France, Hap­py

End fait pen­ser un peu à du Des­ple­chin hard­core…

Je ne connais pas son ci­né­ma. J’ai vu un film, il y a des an­nées, je ne me sou­viens plus du titre. Il y avait Amal­ric de­dans...

Mince, il est presque dans tous ses films. Y a des films qui vous in­té­ressent ici, à Cannes ?

Oui, Lan­thi­mos. Et aus­si Ost­lund. Tiens, des ci­néastes dont on dit que leurs films « res­semblent à du Ha­neke »... Eh bien, je trouve ça flat­teur. Pour eux ? Ahah, mais non, pour moi !

On a une ru­brique dans notre quo­ti­dien, où l’on de­mande aux gens qu’on ren­contre ce qu’ils fe­raient s’ils avaient les pleins pou­voirs à Cannes…

(l’at­ta­ché de presse in­ter­vient: “Non ne fais pas cette ru­brique, elle est nulle”) Bon on peut es­sayer, mais je n’aime pas trop ce genre de ques­tion­naires. Ça donne des ré­ponses soit or­gueilleuses soit bêtes.

Es­sayons : est que vous dé­po­sez un ve­to contre une pre­mière palme d’or Net­flix ?

Ça ne m’in­té­resse pas de ré­pondre à ça.

Ok. Est-ce que vous dé­po­sez un ve­to contre une troi­sième palme Ha­neke ?

Ahah, mer­ci beau­coup. Au re­voir.

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