La pe­san­teur et la grâce

Technikart - SuperCannes - - News - GAëL GOLHEN

Nou­velle étape du che­min (de croix) ré­gres­sif de Bru­no Du­mont. Avec ce drôle de truc qui tente le grand écart entre la geste bres­so­nienne, l’avant-garde théâ­trale et le mu­si­cal

noise, le nor­diste signe un film qui laisse plus que scep­tique mais a au moins le mé­rite d’être to­ta­le­ment f(l)ou. Dans un Cannes à l’en­cé­pha­lo­gramme tout ra­pla­pla, on ap­plau­dit. Du­mont adapte une pièce du jeune Pé­guy avec l’idée de por­ter à ébul­li­tion les contra­dic­tions du poète mau­dit. Des mo­no­logues tor­ren­tiels qui ré­écrivent le Nou­veau Tes­tament en le mê­lant aux mal­heurs de son temps, et tra­duisent les tour­ments de la pu­celle. Comme ça ne peut pas suf­fire, le texte est chan­té (mis en mu­sique par Igorrr) et dan­sé (De­cou­flé aux cho­ré­gra­phies). Pre­mier constat, la puis­sance du ci­néaste est in­tacte et son sens des plans à cou­per le souffle tou­jours là. L’en­nui, c’est que son chaos or­ga­ni­sé, sa fusion des styles (pri­mi­ti­vismes et ma­nié­risme pom­pier), ses dé­ra­pages (le ber­ger qui rappe, les ac­teurs ama­teurs, les spi­der­walks WTF) flirtent avec le gro­tesque et la fête de pa­tro­nage. On s’en fi­che­rait (tout ce­la ne pro­voque qu’un in­té­rêt li­mi­té et un en­nui po­li) si seule­ment la mé­lo­die de Pe­guy ne de­ve­nait pas in­au­dible. Ses phrases hal­lu­ci­nées, cha­cune ve­nant prendre sa res­pi­ra­tion dans la pré­cé­dente pour en épui­ser la sub­stance, sont neu­tra­li­sées par les af­fé­te­ries zin­zin du ci­néaste. Un pe­tit coup d’hy­bris ?

Du­mont can­ni­ba­lise Charles Pé­guy dans Jean­nette, un film gen­ti­ment chaos mais étouffe-ch­ré­tien.

LA QUIN­ZAINE DES RÉA­LI­SA­TEURS

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