Le pont des Co­rée

Après une poi­gnée de main his­to­rique entre Co­rée du Nord et du Sud, Gong­jak, et ses es­pions mé­lan­co­liques, au­raient pu se faire ba­layer par la marche de l’His­toire. Mi­racle, il se ré­vèle en­core plus beau en temps de paix.

Technikart - SuperCannes - - L'itw - FRAN­ÇOIS GRE­LET

Un monde sé­pare par­fois les films dé­cou­verts par les fes­ti­va­liers et ceux qui ont été mon­trés aux sé­lec­tion­neurs. Ré­cit d’es­pion­nage 90’s, aus­cul­tant comment les rap­ports entre les deux Co­rée se sont sou­dai­ne­ment ré­chauf­fés (puis im­mé­dia­te­ment re­froi­dis) via l’en­tre­mise d’un agent in­fil­tré, Gong­jak pou­vait en­core s’en­vi­sa­ger il y a quelques se­maines comme la mé­ta­phore d’un échec per­pé­tuel, un film-spi­rale au­tour d’un dia­logue im­pos­sible. Sauf que fin avril, les di­ri­geants du Nord et du Sud ont dé­ci­dé qu’il se­rait temps de se ser­rer la pogne près d’un poste-fron­tière et la scène géo­po­li­tique s’est re­trou­vée cul par-des­sus tête, tout comme le film de Yoon Jong-bin. Le monde qui sé­pare les deux « ver­sions » de Gong­jak c’est donc tout sim­ple­ment le nôtre. Le fait que le film ne se re­trouve ja­mais rin­gar­di­sé mais tou­jours re­vi­ta­li­sé par ce coup de théâtre in­ouï n’est pas tout à fait un mi­racle, plu­tôt un bon in­dice sur son ho­ri­zon de ci­né­ma : hu­ma­niste, grande échelle et hors du temps. Qu’on le re­garde comme un constat désa­bu­sé ou l’en­re­gis­tre­ment, par mé­garde, du tout pre­mier acte vers la ré­con­ci­lia­tion, Gong­jak reste per­ti­nent parce que ja­mais ob­sé­dé par l’idée de nous ren­sei­gner sur « l’état du monde ». Comme son cou­sin ber­li­nois le Pont des

es­pions de Spiel­berg, il des­sine cal­me­ment ses fluc­tua­tions et ses vents contraires. Agents in­fil­trés, mi­li­taires zé­lés et les­si­vés, dic­ta­teurs à ca­niche : les sa­lauds de la veille se­ront peut-être les hé­ros de de­main.

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