Sal­va­do­ré !

Ex­plo­sant se­rei­ne­ment la cage do­rée de la co­mé­die fran­çaise, En Li­ber­té ! nous su­gère que la mé­lan­co­lie, c’est aus­si le bon­heur d’être drôle.

Technikart - SuperCannes - - Édito - FRAN­çOIS GRELET

Il re­vient au foyer après huit ans d’ab­sence et fran­chit le seuil de la porte. Sa femme, qui l’at­ten­dait un peu plus tard dans la jour­née, ne l’a pas vu ar­ri­ver. Elle vou­lait l’en­tendre ou­vrir le por­tail, mar­cher dans les gra­viers, pas­ser la clé dans la ser­rure et voir son vi­sage ap­pa­raître dans l’em­bra­sure de la porte. Alors, elle lui de­mande de re­com­men­cer et de faire at­ten­tion au cé­ré­mo­nial qu’elle fan­tas­mait. Il s’exé­cute une fois, ti­mide, et puis en­core une autre, mieux, et là ça y est ils peuvent en­fin s’em­bras­ser. C’est une scène su­blime, un truc qu’on pour­rait trou­ver dans un vieux Ford ou dans un beau Kore-Eda, pour res­ter dans l’actu du jour. Elle ap­pa­raît pour­tant dans le film le plus poi­lant pro­gram­mé ici. Et en plus il est fran­çais. Le titre est ré­vé­la­teur de son programme. En Li­ber­té ! parce qu’il s’au­to­rise à ten­ter le coup d’une co­mé­die po­pu im­pos­sible à pit­cher, sans cast prime-time, sans es­prit « feel good » et sans tout ce qui fait que le rire d’ici se trouve des ar­gen­tiers (même si pas tou­jours des spec­ta­teurs). C’est peut-être ça qui ex­plique le hia­tus de quatre ans entre ce Sal­va­do­ri et le pré­cé­dent. À moins que ce ne soit le temps né­ces­saire pour mettre au point une mé­ca­nique de haute pré­ci­sion, où chaque gag, qu’il soit run­ning (les mo­no­logues «

Rain Man » de Mar­maï, les coups de boules dis­crets d’Adèle Hae­nel, la lé­gende ré­écrite d’El­baz) ou non, est aus­si vec­teur d’émo­tion (même le dé­fi­lé de gen­tils SM au com­mis­sa­riat). La pe­tite veuve fli­quette éplo­rée et l’ex-tau­lard dis­jonc­té (au sens « Jim Car­rey » du terme) étaient faits pour se ren­con­trer mais pas for­cé­ment l’un pour l’autre. C’est une his­toire d’amour même pas man­quée, à peine en­vi­sa­gée, qui va­lait le coup d’être ra­con­tée en la pre­nant lé­gè­re­ment de biais, par exemple en se di­sant que ça pou­vait être très ri­go­lo. Nos voi­sines de fau­teuils quin­qua­gé­naires se sont au­tant bi­don­nées que nous, en tout cas. C’est ça le (grand) prix de la li­ber­té.

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