« JE SUIS UN MONSTRE PARCE QUE LES GENS ME MONTRENT »

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On a en­ten­du dire que tu ne sor­tais ja­mais sans quelque chose de lé­gè­re­ment cus­to­mi­sé, c'est vrai ?

Jean-Luc Verna : De toutes fa­çons, avec tous les ta­touages que je porte, je suis cus­to­mi­sé en permanence, même quand je sors de la douche. Et je ne sors pas de chez moi sans ma­quillage. Ça, c'est cer­tain !

Le mot « ma­quillage » ap­pa­raît de ma­nière sys­té­ma­tique dans les titres de tes expositions, pour­quoi ?

Je suis par­ti de chez moi ma­quillé pour vivre ma vie de jeune punk et post-punk. Donc à par­tir de 15 ans, je me suis ma­quillé tous les jours.

Ta dé­cou­verte du groupe Sioux­sie and The Ban­shees a été un dé­clen­cheur.

En les voyant, je ne pou­vais pas res­ter dans ce corps ni dans ce vi­sage que je n'avais pas choi­sis. Et comme je n'avais pas eu beau­coup de chance au ti­rage, dé­cou­vrir des gens qui se ré­in­ven­taient m'a don­né en­vie de me ré­in­ven­ter moi-même. As­sez vite, je n'ai trou­vé que cette so­lu­tion-là, en re­gard de mes pos­si­bi­li­tés de faire, et pour m'af­fran­chir de mon mi­lieu : faire de l'art.

Ton corps, tu le consi­dères comme un es­pace réel ou ir­réel ? Je le vis comme une fic­tion, ce qui me per­met de sup­por­ter les vi­cis­si­tudes d'être en­fer­mé là-de­dans… Mon corps, c'est un peu comme le châ­teau am­bu­lant de Miya­za­ki. C'est une chose dé­glin­guée, qui ne va pas bien. C'est une forme que je ne tiens pas et dont je tire le meilleur par­ti au mo­ment où je dois l'uti­li­ser – et d'au­tant plus à mon âge !

Comment te dé­crire ?

Je suis un monstre parce que les gens me montrent, c'est éty­mo­lo­gique. Les monstres, ce sont ceux que l'on montre. Béa­trice Dalle est un monstre, je suis un monstre, et cette ex­po, c'est une es­pèce de ma­gni­fique. Et quel re­gard portes-tu sur ton mi­lieu ?

Je ne suis pas un mon­dain, je fonc­tionne par rap­port aux dé­si­rs des gens. C'est-à-dire que même si c'est un luxe qui se paye évi­dem­ment as­sez cher, je ne me suis ja­mais com­mis, même de­puis le dé­but de ma car­rière, avec qui­conque que je mé­prise. Je ne fré­quente que des gens que j'aime, dans les­quels je trouve une qua­li­té hu­maine, ar­tis­tique. Je ne fré­quente pas que des ar­tistes. Je ne fré­quente pas que des ho­mo­sexuels. En voyant ma gamme de prix, on de­vine que je ne veux pas être le « chi­hua­hua » du grand ca­pi­tal, ni être un chef d'en­tre­prise qui fait de l'art pour les chefs d'en­tre­prise… Je suis sim­ple­ment un ar­tiste qui tra­vaille dans plu­sieurs do­maines de créa­tion. Et j'ai la chance de tra­vailler.

Peux-tu ra­con­ter 24 heures de la vie de Jean-Luc Verna ?

Ça va­rie énor­mé­ment se­lon les jours. Il y a des jour­nées où je suis un dan­seur, d'autres où je suis un chan­teur sur la route, d'autres où je suis désac­ti­vé pour me re­po­ser. Si je reste chez moi pour fi­nir mes des­sins (parce que les des­sins sont longs à faire), ma jour­née res­semble à celle d'un er­mite. En ce mo­ment, j'écris un mo­no­logue pour Béa­trice Dalle. Elle est la voix de ma pièce de danse. Et de­puis 25 ans, je suis pro­fes­seur de des­sin aux Beaux-Arts de Nice, de Poi­tiers et bien­tôt à cô­té de Pa­ris. C'est en­core une autre vie.

Tu as com­men­cé à faire du des­sin quand ce n'était pas à la mode. C'était ris­qué ?

J'ai fait du des­sin quand il n'y avait pas de mar­ché du des­sin. J'ai ga­lé­ré pen­dant 8 ans comme de la merde, avant de re­joindre Air de Pa­ris. Au­jourd'hui, la ga­le­rie est ta­touée dans mon dos.

jus­qu'au 26 fé­vrier 2017 au MAC/VAL, place de la Li­bé­ra­tion, 94400 Vi­try-sur-Seine www.mac­val.fr

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