« JE SUIS PLU­TÔT DU GENRE FEMME OC­CI­DEN­TALE LI­BÉ­RÉE… »

STAR­LETTE DE REALTV, MAN­NE­QUIN, DI­GI­TAL IN­FLUEN­CEUSE… NABILLA BENATTIA, 25 ANS, A DÉ­JÀ CONNU PLU­SIEURS VIES. POUR TECHNIKART, ELLE ÉVOQUE LA RE­LI­GION, LA PRI­SON ET LES PA­RA­DIS FISCAUX.

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On peut se tu­toyer parce que c'est un ma­ga­zine pour les jeunes…

Nabilla Benattia : Ah oui, bien sûr ! C'est quoi ton nou­veau livre ?

Ben, c’est un mook, c’est un truc un peu plus lé­ger que mon livre pré­cé­dent qui était une au­to­bio­gra­phie écrite en col­la­bo­ra­tion avec Jean-Fran­çois Ker­véan, un gros tra­vail sur huit mois. Là, je donne des conseils de fille, je traite de li­fe­style, de ma vi­sion des choses… Dans ton livre pré­cé­dent, tu évo­quais les re­la­tions com­pli­quées avec ton père. T'en es où avec lui au­jourd'hui ?

On n’est pas sur la même lon­gueur d’ondes : il est mu­sul­man pra­ti­quant, et moi, je suis plu­tôt du genre femme oc­ci­den­tale li­bé­rée… Ta grand-mère est juive, ta mère chré­tienne, ton père mu­sul­man, et toi, où tu te si­tues ?

Écoute, je ne sais pas trop… mais je dois t’avouer que je me sens da­van­tage mu­sul­mane. Mais une mu­sul­mane moderne, quoi ! Tu viens de lan­cer un blog. Tu te sens de de­ve­nir une di­gi­tal in­fluen­ceuse ?

Oui, mais je n’aime pas trop ces mots comme « blog » ou « blo­gueuse ». Ça fait « blo­gueuse mode » et je n’aime pas trop l’idée. Je n’aime pas les cases en fait… On peut dire que je suis écri­vain puisque j’ai ven­du 90 000 exem­plaires de mon pre­mier livre ? Tu sais, j’ai l’im­pres­sion qu’il y a beau­coup de gens que ça choque, ces nou­veaux mé­tiers : blo­gueuse, you­tu­beuse…

Toi, par exemple, ça te choque ? Non, pas vrai­ment… C'est bien que les jeunes trouvent de nou­veaux mé­tiers. C'est vrai que tu t'es fait ar­na­quer à tes dé­buts ?

Oui sur les pres­ta en boîtes par exemple. Les mecs ou­bliaient de te payer ou te four­guaient un chèque en bois. C’était grave moyen… Au­jourd’hui, je ne fais plus ces trucs-là, et j’ai

« C'EST TROP UN TRUC DE FOU LE DE­LA­WARE : Y'A ZÉ­RO IM­PÔT. COM­MENT C'EST POS­SIBLE, ÇA ? »

mon­té ma boîte en co­prod. Tu t'in­té­resses au bu­si­ness, à la pro­duc­tion ? Non, je m’oc­cupe uni­que­ment de l’édi­to­rial.

Est-ce que tu res­sens un cer­tain ra­cisme so­cial dans le fait qu'une fille comme toi soit cé­lèbre ?

Oui, grave. J’ai su­bi une guerre an­ti-Nabilla de 2012 à 2015. Cer­tains ont res­sor­ti de vieux dos­siers et sur les ré­seaux so­ciaux c’était l’hor­reur… Tu lis ce qu'on dit sur toi sur in­ter­net ?

Oui, for­cé­ment. Sur Twit­ter, je ré­ponds aux cri­tiques. Je suis ac­cro à mon por­table au point de dor­mir avec. Tu vis à Londres do­ré­na­vant. Tu es dans le col­li­ma­teur du fisc fran­çais ? Je suis en plein contrôle fis­cal en ce mo­ment. Mais je n’ai rien à me re­pro­cher. Mais c’est vrai que l’im­pôt sur les so­cié­tés, c’est vrai­ment très chaud en France ! Quand tu vois que c’est 33 % ici, et 19 % à Londres, le choix est vite fait. Ça ne donne pas vrai­ment en­vie d’en­tre­prendre en France, c’est trop du bra­quage ! Ou alors au­tant se bar­rer car­ré­ment dans le De­la­ware ! C’est trop un truc de fou le De­la­ware : y’a zé­ro im­pôt, com­ment c’est pos­sible, ça ? Tes fans, tu te sens une cer­taine res­pon­sa­bi­li­té vis-à-vis d'eux ?

Oui, dans ma ma­nière d’être, de m’ex­pri­mer par exemple. J’ai beau avoir fait des conne­ries, j’es­time te­nir une cer­taine ligne de conduite. Je suis avec le même mec de­puis 5 ans, c’est l’homme de ma vie, on a mon­té une so­cié­té en­semble, on gagne bien notre vie… J’au­rais pu me ca­ser avec un mec très riche ? Toutes les mi­nutes je peux sor­tir avec un mec riche, eh bien non. Je n’ai pas choi­si la fa­ci­li­té mais je suis fière de moi : je n’ai pas fait de films por­no non plus… Tu as quand même fait un peu de taule…

Oui, ça, c’est le pire mo­ment de ma vie. T’ima­gines le truc ? Tout le monde ne par­lait que de ça : les té­lés, les ra­dios… C'était quoi le plus dur en pri­son ?

Être dans 5 mètres car­rés, seule et sans por­table. To­ta­le­ment iso­lée. La veille j’étais chro­ni­queuse chez Ha­nou­na, le len­de­main j’étais entre quatre murs. C’était trop bi­zarre… De­puis, j’ai ap­pris à gé­rer mes émo­tions. Je ne veux plus vivre une ex­pé­rience pa­reille. T’en as pen­sé quoi de cette his­toire ? J'ai trou­vé que ça fai­sait un peu fait di­vers de cas so­ciaux… Toi et ton fian­cé, vous ar­ri­vez à gé­rer vos émo­tions de­puis ça ?

Ah oui, c’est clair qu’on fait hy­per gaffe. On gran­dit, on gagne en ma­tu­ri­té. Tu faisais quoi en pri­son ? Tu li­sais ? Bof… Ouais un peu, des BD. Je ne lis pas du tout en fait, je pré­fère les séries. C'est quoi ta sé­rie pré­fé­rée ? Vi­kings, ça re­trace toute l’his­toire des Vi­kings, c’est trop bien. Ah ! Et puis Orange Is the New Black, for­cé­ment ! Ah ah ah ! Nabilla est in­clas­sable, éd. Mi­chel La­fon, 14 ¤

PHO­TOS ZOÉ KOVACS

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