À NOUS LA PE­TITE ENGLISH

Ha­zel English a beau être aus­tra­lienne et vivre en Ca­li­for­nie, elle ren­voie au meilleur de l’in­die-pop an­glaise. Sous la frange, pas mal de ca­rac­tère.

Technikart - - SELECTOR - LOUIS-HEN­RI DE LA ROCHEFOUCAULD

C’est avec une lé­gère ap­pré­hen­sion qu’on a re­çu le nou­vel al­bum de Ride, Wea­ther Dia­ries (Wi­chi­ta). Les An­glais n’avaient plus rien sor­ti de­puis 1996. Dans quelle forme al­lait-on les re­trou­ver ? Qu’une chan­son s’ap­pelle « Ca­li » n’in­di­quait rien de bon. Ras­su­rons-nous : la­dite chan­son n’a pas pour su­jet Ca­li, le trou­ba­dour fran­çais. Et l’al­bum tient la route. Quand des vieux hé­ros de l’in­die re­tentent un pe­tit tour de piste, ça donne, au choix : le re­tour qui fra­casse ( Take Foun­tain de The Wed­ding Present ou My Way de Ian Brown), les re­trou­vailles émou­vantes ( She Paints Words in Red de The House of Love ou A Light Far Out de The Wake), la ca­tas­trophe in­té­grale (on ne ci­te­ra pas de nom). Wea­ther Dia­ries est à ran­ger dans la deuxième ca­té­go­rie. Sans être le som­met du siècle, il s’écoute avec la nos­tal­gie qu’on éprouve pour l’époque où l’on avait en­core des che­veux sur le caillou. Avant ce disque, la re­for­ma­tion de Ride en 2015 avait dé­jà eu un mé­rite : faire dé­cou­vrir au monde la chan­teuse Ha­zel English, en­ga­gée pour as­su­rer la pre­mière par­tie de cer­tains de leurs concerts. Qui est cette Ha­zel ? Frange ti­mide, teint bla­fard, shorts et che­mi­siers im­pri­més chi­nés aux puces, elle ne sort pas du même moule à gaufres que Ni­cki Mi­naj ou Aria­na Grande. Contrai­re­ment à ces gour­gan­dines, ses clips ne font pas dans le fluo et la py­ro­tech­nie, le gros rouge qui tache – dans des vi­déos tour­nées à la sau­vette, on la voit er­rer seule et mé­lan­co­lique à la tom­bée du soir. Cette élé­gante Ha­zel est née il y a 25 ans en Aus­tra­lie, pour­tant pas la zone la plus dis­tin­guée du globe. Après des études de lettres à Mel­bourne, elle dé­barque dans la baie de San Fran­cis­co, tombe sous le charme, pose ses va­lises à Oak­land. Alors qu’elle tra­vaille dans une li­brai­rie pour ga­gner sa croûte, elle rencontre Jack­son Phil­lips, le mec qui en­re­gistre de la pop va­po­reuse sous le nom de Day Wave (dont le beau pre­mier al­bum, The Days We Had, vient de sor­tir chez Ca­ro­line). Avec lui, Ha­zel a trou­vé son bras droit, le type à qui elle peut faire écou­ter les ma­quettes qu’elle com­pose, et qui l’ai­de­ra à les fi­na­li­ser. Le ré­sul­tat, c’est Just Give In / Ne­ver Going Home, deux maxis réunis. À quoi ça res­semble ? Que les choses soient claires : ce n’est pas fait pour les fans de Mi­naj ou Grande. Ha­zel ne se donne pas en spec­tacle dans le seul but que son pu­blic, en rut, ait en­vie de lui mettre la main au pa­nier. Sui­vant la de­vise de Cris­ti­na Cam­po ( « d’un coeur lé­ger, avec des mains lé­gères » ), elle en­re­gistre une musique triste qui fait pen­ser à la Tous­saint et aux soirs du mois d’août, entre Au Re­voir Si­mone et Pains of Being Pure at Heart. Si on était à la fin des an­nées 80, on lui conseille­rait de de­man­der l’asile à Sa­rah Re­cords, le la­bel de Bris­tol qui s’était spé­cia­li­sé dans la fi­nesse à re­bours de ce monde de brutes. Mais en 2017, elle a vi­si­ble­ment trou­vé sa place en Ca­li­for­nie. Tant qu’elle en­re­gistre des titres de ce ton­neau, elle peut conti­nuer de sur­fer sans crainte de n’être qu’une vague.

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