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FÉROCE ET GÉ­NÉ­REUSE, LA PORTE-PA­ROLE DE LA FRANCE IN­SOU­MISE CASSE LA BA­RAQUE ! ET ELLE N'EST MÊME PAS CAN­DI­DATE AUX LÉ­GIS­LA­TIVES... POR­TRAIT DE L'AVO­CATE DE MÉ­LEN­CHON QUI PRÉ­PARE EN COU­LISSES LE PLUS GRAND BIG BANG PO­LI­TIQUE DES CIN­QUANTE PRO­CHAINES AN­NÉE

Technikart - - SOMMAIRE - OLI­VIER MALNUIT

RA­QUEL GAR­RI­DO

Et si la vraie ré­vé­la­tion de la cam­pagne élec­to­rale, c’était elle ? Ra­quel Gar­ri­do, 43 ans, im­pro­bable avo­cate fran­co-chi­lienne et porte-pa­role à la Ru­bens de La France in­sou­mise (FI). Avec son look de can­ta­trice et son ba­gout à la Tim­sit, on ne voit plus qu’elle sur les pla­teaux té­lé. Les chaînes info se l’ar­rachent, les mi­li­tants l’adorent et sa sor­tie sur les re­ve­nus d’Alain Ch­ré­tien (dé­pu­té LR de Ve­soul) et Thi­bault Lan­xade (vice-pré­sident du Me­def) en plein dé­bat sur la baisse des sa­laires (dans l’émis­sion Ça vous re­garde sur LCP) est de­ve­nue un grand clas­sique des ré­seaux so­ciaux. « La sé­quence a été vue au moins 40 mil­lions de fois », s’en­flamme cette an­cienne pa­sio­na­ria des luttes étu­diantes (qui n’est plus à un mil­lion près). La VIème Ré­pu­blique du can­di­dat Mé­len­chon ? Mer­ci Ra­quel ! La fin pro­gram­mée de la fonc­tion de pré­sident de la Ré­pu­blique ? En­core Ra­quel. La sup­pres­sion du Sé­nat, l’in­ter­dic­tion des son­dages élec­to­raux, le droit de vote obli­ga­toire, la ré­vo­ca­tion des élus à mi-man­dat (par ré­fé­ren­dum) ? Tou­jours Ra­quel... La convo­ca­tion d’une As­sem­blée consti­tuante qui em­pê­che­rait la ré­élec­tion de tout dé­pu­té sor­tant (et même celle des élus des 11 et 18 juin pro­chains) ? Sa­crée Ra­quel !

ELLE S’Y VOYAIT DÉ­JÀ

Car le vrai pro­jet de cette fille d’émi­grés po­li­tiques per­sé­cu­tés par la junte de Pi­no­chet dans les 70’s, c’est de dy­na­mi­ter l’As­sem­blée na­tio­nale telle qu’on la connaît avec ses élus de mé­tier et ses com­bines d’appareil. Au pro­fit d’un éphé­mère Par­le­ment po­pu­laire dont les membres ne fe­raient qu’un seul et unique man­dat... « L’idée, c’est de re­mettre en­fin le peuple aux ma­nettes », as­sume l’an­cienne ju­riste in­ter­na­tio­nale for­mée chez Marc Blon­del (feu l’ancien boss de Force ou­vrière). Le soir du pre­mier tour des pré­si­den­tielles, elle s’y voyait dé­jà, à la tête de cette fa­meuse As­sem­blée cham­boule-tout et dé­bar­ras­sée des bris­cards du vieux sys­tème. « Avant 18 heures, les son­deurs nous as­su­raient que les écarts étaient si faibles qu’ils mon­tre­raient trois vi­sages à la té­lé pour ne pas faire d’er­reur. On y a cru jus­qu’au bout ! Per­sonne ne sem­blait en me­sure d’es­ti­mer l’am­pleur du dé­ga­gisme. » Per­sonne et sur­tout pas les ins­ti­tuts de son­dages qu’elle ac­cuse de vio­ler la loi en per­ma­nence... « Ils re­fusent de com­mu­ni­quer leurs taux de re­dres­se­ment (la tam­bouille in­terne qui per­met de cor­ri­ger les don­nées brutes, ndlr), ce qui leur per­met de faire ce qu’ils veulent. Comme, par exemple, flan­quer la frousse à tout le monde pen­dant un an avec une Le Pen en tête. Et gé­né­rer 45 % de votes utiles pour Em­ma­nuel Ma­cron au pre­mier tour...

LE VRAI POU­VOIR

Dans les pro­chaines se­maines, cette in­sou­mise de la pre­mière heure – 23 ans qu’elle col­la­bore avec Mé­len­chon ! – se­ra de toutes les émis­sions et les mee­tings pour dé­fendre les 559 can­di­dats du par­ti. À com­men­cer par ce­lui de la 7ème cir­cons­crip­tion du 93 (Mon­treuil-Ba­gno­let) : un cer­tain Alexis Cor­bière. L’autre porte-pa­role de FI, un ancien trots­ko-lam­ber­tiste vi­ré de l’Or­ga­ni­sa­tion com­mu­niste in­ter­na­tio­nale (OCI) pour excès de rap*.

« AVEC MÉ­LEN­CHON, ON N’EST PAS NON PLUS DES ÉDREDONS DE GENTILLESSE. » – RA­QUEL GAR­RI­DO

Et ac­ces­soi­re­ment le père de ses trois filles, ren­con­tré il y a 20 ans tout juste dans un con­grès de l’UnefID à Mont­pel­lier. « S’il peut être élu avec Jean-Luc à la tête d’un groupe FI, ils vont faire chier la terre en­tière, se ré­jouit Ra­quel Gar­ri­do. Ils vont faire de l’As­sem­blée un lieu très po­li­ti­sé, ce se­ra su­per ! » Et pour­tant, de tous les fan­tas­sins de La France in­sou­mise, c’est jus­te­ment l’une des seules à ne pas se pré­sen­ter aux lé­gis­la­tives. « J’aime le vrai pou­voir, pas le faux pou­voir », lâche l’au­teure du Guide ci­toyen de la 6e Ré­pu­blique (Fayard). Son se­cret ? Pi­lon­ner la mo­nar­chie élec­tive en conser­vant les mains vides aus­si long­temps que pos­sible : pas de poste, pas de sa­laire, (elle est bé­né­vole), pas d’avan­tages… « Si j’étais élue, avec tout ce que ça com­porte de petits ar­ran­ge­ments, je ne pour­rais pas faire tout ce que j’ai fait », es­time l’avo­cate qui n’a pas pris d’af­faires de­puis un an. Et se dé­bat avec les créan­ciers toute la jour­née... « Mon pro­blème, entre deux di­rects sur BFM, c’est de m’oc­cu­per des en­fants et d’al­ler pleurer au RSI. Je suis comme les gens dont on parle à la té­lé », ajoute Ra­quel Gar­ri­do, qui ne dé­tes­te­rait pas non plus être tête de liste aux eu­ro­péennes en 2019. PA­PA CHAN­TEUR Le 31 mars 1975, lors­qu’elle fuit la dic­ta­ture chi­lienne pour le Ca­na­da avec ses pa­rents, elle a 11 mois. Son père, un proche du MIR ( Mo­vi­mien­to de Iz­quier­da Re­vo­lu­cio­na­ria), ne doit la vie qu’à ses ta­lents de chan­teur de folk dans les geôles mi­li­taires. Aux sol­dats qui l’in­ter­rogent sur ses ac­ti­vi­tés, il ré­pond en in­ter­pré­tant les tubes amé­ri­cains qui passent à la ra­dio de la pri­son (cen­sés cou­vrir les cris des pri­son­niers). « J’aime l’Amé­rique, je ne suis pas com­mu­niste, je parle an­glais », leur hurle ce par­ti­san d’Al­lende la gueule en miettes entre deux re­prises de Bob Dy­lan. Ré­fu­giée à To­ron­to puis à Mar­ly-leRoi (Yve­lines), les Gar­ri­do ne ces­se­ront plus ja­mais de chan­ter... « La musique, on peut dire que ça a été fon­da­teur pour ma fa­mille », ré­sume l’avo­cate (sa soeur est une star de The Voice au Qué­bec) qui semble pui­ser dans le chant une forme de ron­deur plu­tôt rare en po­li­tique. « C’est un ba­zoo­ka sur un air de me­rengue », cor­rige l’un de ses dé­trac­teurs de pla­teaux té­lé. « Elle vous dé­mo­lit avec des notes de sal­sa dans la voix », s’amuse un autre qui n’en re­vient tou­jours pas. Au som­met d’un par­ti ré­pu­té pour ses coups de gueule, Ra­quel Gar­ri­do fait en­tendre une pe­tite musique bien à elle. Un nu­mé­ro de charme bien ro­dé où son accent qué­bé­cois (sa pre­mière langue ma­ter­nelle, ndlr) fait hur­ler de rire tout le monde, jus­qu’à ses plus fé­roces ad­ver­saires. « J’ai dé­mar­ré la po­li­tique en étant odieuse et sec­taire sur les bancs de Nan­terre, se rap­pelle Gar­ri­do. Au­jourd’hui avec Mé­len­chon, on n’est pas non plus des édredons de gentillesse. Mais on peut s’amu­ser, faire des blagues gra­ve­leuses. » Sa der­nière pour la route ? Un por­trait géant de Lé­nine dans son sa­lon. « De­puis qu’il l’a su, Laurent Jof­frin de Li­bé (qu’elle ap­pelle Jules Jof­frin, ndlr) me parle comme si j’étais com­mis­saire dans l’Ar­mée rouge. * Il avait pu­blié un ar­ticle sur NTM dans le jour­nal du par­ti ( L’Étin­celle).

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