LA STO­RY

LE MAINSTREAM EST OC­CU­PÉ PAR LE LOURDINGUE, L’UN­DER­GROUND LE FUMEUX ? DE­PUIS VINGT ANS, UN IRRÉDUCTIBLE GROUPE FRAN­ÇAIS RÉ­SISTE EN­CORE ET TOU­JOURS À CES ENVAHISSEURS, CONCILIANT POP RAFFINÉE ET SUC­CÈS MON­DIAL. À L’OC­CA­SION DE SON EX­CELLENT SIXIÈME AL­BUM T

Technikart - - SOMMAIRE - PAR LOUIS-HEN­RI DE LA ROCHEFOUCAULD PHO­TOS EM­MA LE DOYEN

PHOE­NIX

C’est une ar­chive culte de la French Touch : le 16 jan­vier 1998, jour de la sor­tie de Moon Sa­fa­ri, Air se pro­duit à Nulle part ailleurs. Der­rière JeanBe­noît Dun­ckel et Ni­co­las Go­din, qui jouent du syn­thé as­sis, quatre blancs­becs aux che­veux longs font of­fice de ba­cking-band. Ils sont dans leurs petits sou­liers. Qui sont ces grin­ga­lets ? Les in­con­nus de Phoe­nix, qui ne sor­ti­ront leur pre­mier al­bum que deux ans plus tard. Ils sont alors en ro­dage. Si quelques mor­ceaux cir­culent sous le lo­den à Ver­sailles, on reste entre ini­tiés. Coup de bol, Air les a en­ten­dus, et le duo a be­soin de mu­si­ciens pour jouer à té­lé. Le ma­na­ger du duo, Marc Teis­sier du Cros, pas en­core pa­tron de Re­cord Ma­kers mais dé­jà four­ré dans tous les bons coups, s’est char­gé des pré­sen­ta­tions. Vingt ans plus tard, re­voir ces images donne le ver­tige. Les aî­nés ont été écra­sés par les ca­dets. Par­ti sur les cha­peaux de roues en 1998, Air a peu à peu per­du son pu­blic, faute de singles forts. La paire semble au­jourd’hui faire par­tie de l’his­toire an­cienne et n’in­té­res­ser plus que quelques es­thètes et nos­tal­giques de la pre­mière French Touch. Il se mur­mure en prime que Go­din et Dun­ckel ne peuvent plus se pif­frer, qu’ils songent à vendre le stu­dio At­las, leur somp­tueux re­paire de Bel­le­ville… Bref, ça sent le sa­pin. De leur cô­té, les Phoe­nix ont connu une tra­jec­toire stric­te­ment in­verse : des dé­buts ca­hin-ca­ha, une

AL­LÉ DE « ON EST EN VIC­TOIRE PE­TITE VIC­TOIRE , PE­TITE ÉMAILLÉ LE TOUT S – UNE DÉ­FAITE DE CAMPAG NE E. » MILITAIR BRANCO –

ma­jor (EMI) qui les laisse tom­ber après le troi­sième al­bum, puis une ré­sur­rec­tion qui est aus­si une ex­plo­sion pla­né­taire en 2009 avec leur chef-d’oeuvre Wolf­gang Ama­deus Phoe­nix, une cote maousse pas dé­men­tie de­puis – sou­dés comme ja­mais, les quatre amis d’en­fance com­mencent ce mois-ci une tour­née qui les mè­ne­ra du Far West au Ja­pon, avec un pas­sage à Ber­cy fin sep­tembre. En 2000, peu de gens pa­riaient un ko­peck sur eux. C’est au­jourd’hui le groupe fran­çais nu­mé­ro un dans le monde. Cette réus­site n’est pas mince en soi. Elle tient de l’ex­ploit quand on ajoute que Phoe­nix est de­ve­nu de plus en plus po­pu­laire en sor­tant des disques… de plus en plus aven­tu­reux. La preuve qu’il n’y a pas que la co­chon­ne­rie aux co­chons qui paie. Qu’on peut car­ton­ner en pa­riant sur l’in­tel­li­gence du pu­blic. Ils sont fous, ces Gaulois ! D’où tirent-ils leur po­tion ma­gique ? Pour le com­prendre, il faut re­tour­ner en Ar­mo­rique sous Jules Cé­sar – soit dans les Yve­lines sous Fran­çois Mit­ter­rand.

POSTER DE BANDWAGONESQUE

An­née sco­laire 1991-1992, au ly­cée Hoche de Ver­sailles : Christian Maz­za­lai re­noue avec son co­pain d’en­fance Fré­dé­ric Mou­lin et sym­pa­thise avec Tho­mas Cro­quet. Pen­dant ce temps-là, le grand frère de Christian, Laurent, joue dans Dar­lin’ avec Tho­mas Ban­gal­ter et Guy-Ma­nuel de Ho­mem-Ch­ris­to. Après un maxi, Dar­lin’ splitte. Ban­gal­ter et Ho­mem-Ch­ris­to créent Daft Punk, Laurent se re­trouve sur le car­reau. Il au­rait pu être le lo­ser his­to­rique de l’af­faire, son sa­lut vien­dra de son fran­gin : un jour qu’il traîne chez ses pa­rents au Ches­nay, dans sa chambre or­née d’un énorme poster re­pro­dui­sant la po­chette du Bandwagonesque de Tee­nage Fan­club, Christian lui pré­sente Tho­mas. Les ados aiment Prince et l’in­die, ai­me­raient conci­lier les deux. Tom­bés en­semble dans la mar­mite, ils montent Phoe­nix. Pour rire, trois d’entre eux prennent des pseu­dos qui tiennent en­core – Fré­dé­ric de­vient Deck d’Ar­cy, Tho­mas Cro­quet se fait ap­pe­ler Mars et Laurent, Branco. As­té­rix et Obé­lix ne trou­ve­raient rien à re­dire à leur en­tente : Phoe­nix est une for­ma­tion sans lea­der ni as­pi­ra­tions so­los dont la mé­thode est « la dis­so­lu­tion de l’ego » – en stu­dio ils s’échangent leurs ins­tru­ments, à tel point qu’ils fi­nissent par ne plus sa­voir qui a fait quoi, un pour tous et tous pour un… À la fin des an­nées 90, Teis­sier du Cros signe ces mous­que­taires chez Source, fi­liale dé­fri­cheuse de Vir­gin. C’est là que sort en 2000 leur pre­mier al­bum de pop FM sur­ex­ci­tante, Uni­ted (tout un pro­gramme). Ce disque, où Ban­gal­ter passe jouer sur un titre, est mixé par Phi­lippe Zdar. Sur le mor­ceau « Fun­ky Squa­re­dance », une cho­rale me­née par Pe­dro Win­ter réunit leurs proches, dont Daft Punk, Air et Cas­sius, soit presque toute la French Touch. Branco : « La French Touch, c’était vite de­ve­nu n’im­porte quoi, mais ça reste notre fa­mille, un noyau d’amis, comme une pro­mo­tion de l’ENA. Ce qui re­lie tous ces gens, c’est qu’ils sont fins – alors que les mu­si­ciens sont sou­vent idiots. » Un mal­en­ten­du naît ici : à cause de son ré­seau, Phoe­nix est ran­gé dans le rayon musique élec­tro­nique alors que c’est un groupe à gui­tares. Des gui­tares ? Ça tombe bien, les Strokes les re­mettent à la mode l’an­née sui­vante avec Is This It. Sauf que les Fran­çais, trop so­phis­ti­qués, comp­te­ront pour du beurre dans la mou­vance re­tour du rock. Ni élec­tro, ni rock, que cherche donc Phoe­nix ? Teis­sier du Cros se sou­vient : « Un jour, chez Source, Branco le far­ceur nous avait pré­ve­nus, Phi­lippe As­co­li et moi : “On est les Beatles ! On veut faire des pop-songs avec le son des ryth­miques de l’un­der­ground.” »

« FLAM­BOYANCE DE LA JEU­NESSE »

Dix-sept ans après ce voeu pieux, Phoe­nix a réus­si son pa­ri : at­teindre une sta­ture in­ter­na­tio­nale en res­tant avant-gar­diste, libre, in­ven­tif. À quel autre groupe peut-on les com­pa­rer ? Tame Im­pa­la ? Pas à MGMT en tout cas, qui s’est fait lâ­cher dès qu’il a tâ­té de l’ex­pé­ri­men­tal… Dans le cadre de la pro­mo de Ti Amo, on re­trouve Branco à La Gaî­té Ly­rique, où ses com­pères et lui ont ins­tal­lé leurs af­faires et bos­sé ces deux der­nières an­nées. Af­fable et frin­gant, il ne fait pas ses 43 ans mal­gré ses che­veux poivre et sel. Se sou­vient-il de cette vieille ci­ta­tion ? Il en ri­gole : « J’ai dit ça ? C’est pos­sible. À l’époque, on avait la flam­boyance de la jeu­nesse. Re­marque, on n’a pas chan­gé d’ob­jec­tif… » On lui sou­met sans fla­gor­ne­rie notre théo­rie d’une ex­cep­tion Phoe­nix. Lui : « On part du prin­cipe que ce que les gens aiment chez nous, c’est l’air un peu frais qu’on amène. À nos dé­buts, on était à contre-cou­rant, mais hors de France on avait un pe­tit cô­té exo­tique de cor­res­pon­dant étran­ger qui fai­sait qu’il y avait de la bien­veillance, dont on a pro­fi­té. Pour les An­glo-Saxons, on est des ov­nis, avec des thèmes de chan­sons im­pro­bables, des in­fluences bi­zarres... Et comme nous c’est cet es­prit d’aven­ture qui nous anime, tout le monde est ga­gnant. Je crois que notre pu­blic veut être sur­pris. Il ne faut pas trop prendre les gens pour des im­bé­ciles. Si on donne aux gens ce qu’on ima­gine qu’ils veulent, on se plante. Les gens ont tou­jours be­soin de beau­té, c’est un truc de l’âme hu­maine. Après, j’ai du mal à nous com­pa­rer aux autres… Ce que je pré­fère dans l’his­toire de la musique, c’est quand il y a une fo­lie, une in­no­va­tion, et que ça ar­rive en tête des charts. C’est as­sez rare. Gé­né­ra­le­ment, ce n’est pas ça qui se passe. Mais quand ça a lieu, c’est merveilleux. Dans les an­nées 60, ce fut le cas as­sez fré­quem­ment. Plus ré­cem­ment, je ne sais pas quel exemple te don­ner qui soit bon… » La ba­taille n’était pas ga­gnée d’avance. En 2000, avec les singles « Too Young » et « If I Ever Feel Bet­ter » qui passent sur NRJ, Phoe­nix est à la mode, écou­té à la fois par les ly­céens et les bran­chés. Mars en­tend alors « faire sau­ter le der­nier cran, ce­lui du mu­si­ca­le­ment cor­rect » . Sauf que le groupe su­bit pas mal de sar­casmes – les tren­te­naires et autres per­sonnes âgées les re­gardent avec mé­pris, les pisse-froid ai­gris raillent leurs ori­gines bour­geoises et crient au feu de paille fa­shion sans len­de­main. Com­ment re­ve­nir et en­fon­cer le clou ? En­voû­té par le Voo­doo de D’An­ge­lo, le qua­tuor se met un rat dans la tête : faire un disque soul. Après un en­re­gis­tre­ment in­ter­mi­nable et dou­lou­reux entre Los An­geles et Ver­sailles, Al­pha­be­ti­cal sort en 2004. L’al­bum est fan­tas-

tique mais cri­tique et pu­blic n’y pigent que pouic. Un sou­ve­nir nous re­vient… Mai 2004, à La Boule Noire. Au pre­mier rang, on as­siste au concert pa­ri­sien de Phoe­nix. La pre­mière par­tie a été as­su­rée par Rob et Sé­bas­tien Tellier. Au­tour de nous ? Une grappe de grou­pies ja­po­naises bien ha­billées. Der­rière ? Une salle pas pleine où l’on re­con­naît Pe­dro Win­ter et Daft Punk. Phoe­nix est-il condam­né à res­ter la ma­rotte de quelques jeunes filles en ju­pette et le cou­sin à gui­tares du pe­tit club de la French Touch ? Dans le même temps, par leur ami He­di Sli­mane, ils pondent une bande-son pour un dé­fi­lé Dior. On les voit dans Vogue. Ce n’est pas comme ça qu’ils vont se ré­con­ci­lier avec ceux qu’ils agacent, d’au­tant que Mars se met en mé­nage avec So­fia Cop­po­la. En dé­cembre 2005, au Tra­ben­do, on croise des membres du groupe flan­qués de Sli­mane à un concert des Strokes. Phi­lippe Ma­noeuvre est aus­si dans la salle, et tous les jeunes groupes pa­ri­gots dans la fosse. Le re­tour du rock vit son apo­gée et Phoe­nix est re­lé­gué dans l’ombre. Ka­put ? En 2006 dé­boule It’s Ne­ver Been Like That, un troi­sième al­bum plus di­rect et dé­pouillé, rem­pli de mor­ceaux ren­ver­sants (« Con­so­la­tion Prizes », « One Time Too Ma­ny », « North », « Lost and Found », « Cour­te­sy Laughs »). Ce n’est pas en­core la bonne : Phoe­nix na­vigue dans une zone grise et se fait dé­bar­quer par son la­bel. Sur cette dé­cen­nie de tâ­ton­ne­ments, Branco pose un re­gard se­rein : « Il se­rait in­dé­cent de se plaindre. On n’a ja­mais eu l’im­pres­sion de ga­lé­rer. On a tou­jours eu des petits suc­cès et, en même temps, on a tou­jours été un peu à la ra­masse, un peu rin­gard. On est al­lé de pe­tite vic­toire en pe­tite vic­toire, le tout émaillé de dé­faites – une cam­pagne mi­li­taire. J’ai eu peur qu’on reste éter­nel­le­ment en marge, même si ce n’est pas un pro­blème. Avec le temps, nos suc­cès d’es­time ont for­mé une confré­rie d’ama­teurs à tra­vers le monde. De

« PHOE­NIX, C’EST LA MUSIQUE DES DER­NIERS JOURS DE CLASSE AVANT LES VA­CANCES D’ÉTÉ. » – SÉ­BAS­TIEN TELLIER

notre cô­té, on fait juste notre truc, en res­tant loyaux vis-à-vis de notre des­ti­née et en sa­chant qu’on n’a rien à perdre. » Le dé­clic vien­dra en­fin en 2009 avec Wolf­gang Ama­deus Phoe­nix. En­re­gis­tré rue des Mar­tyrs dans l’antre de Zdar, fas­tueux stu­dio aux airs de cha­let de mon­tagne, l’al­bum af­firme le style Phoe­nix : un mé­lange à la Strokes de mélancolie et de dé­con­trac­tion, un chic pas chi­qué, une sty­li­sa­tion des gui­tares qui ne sonnent ja­mais na­tu­relles, un soin ex­trême ac­cor­dé aux ar­ran­ge­ments et à la pro­duc­tion. C’est de la pop, certes, mais il y a un long ins­tru­men­tal à la Tan­ge­rine Dream, une chan­son qui parle de Franz Liszt, de l’in­at­ten­du et de l’in­con­gru, on n’est pas chez Da­vid Guet­ta… Et c’est pour­tant avec ce disque in­ouï que Phoe­nix va dé­col­ler aux États-Unis, y vendre des tas d’exem­plaires, y faire toutes les té­lés en vue ( Sa­tur­day Night Live, Da­vid Let­ter­man, Jim­my Fal­lon, Co­nan O’Brien, Jim­my Kim­mel), y rem­plir le Ma­di­son Square Gar­den – salle au­tre­ment plus im­por­tante que La Boule Noire. Huit ans plus tard, et après avoir confir­mé l’es­sai du suc­cès avec Ban­krupt! en 2013, Branco garde la tête froide : « La force qu’on a, c’est qu’on dis­so­cie le suc­cès et la va­leur des choses – je pense qu’il n’y a au­cun rap­port entre les deux. Une des lec­tures fon­da­men­tales que j’ai faites quand j’étais jeune, c’est un bou­quin sur Gains­bourg qui avait re­cen­sé tous les ar­ticles de jour­naux qui étaient pa­rus sur ses al­bums à l’époque. J’ai vu que tout le monde était pas­sé à cô­té de ses chefs-d’oeuvre. Les cou­pures de presse étaient claires ! Il n’y a que le temps qui filtre, qui éta­blit la hié­rar­chie et passe à la trappe les trucs mi­nables qui étaient en­cen­sés… À par­tir de ce mo­ment-là, il ne faut pas pen­ser au soi-di­sant suc­cès, juste es­sayer de faire de son mieux. Quant à la per­cep­tion que les gens ont de toi… Ça me rap­pelle Coc­teau qui écri­vait qu’en­tendre ce qu’on di­sait de lui, c’était comme voir une pou­pée vau­dou dont les traits se­raient in­fi­ni­ment loin des siens. Il ne faut pas s’en pré­oc­cu­per, si­non tu es pié­gé. »

FIXETTE ITA­LIENNE

Un dé­tail frappe chez Phoe­nix : le groupe est cé­lèbre, mais eux ne sont pas des ve­dettes, même Mars mon­sieur Cop­po­la. Ils ne passent pas chez Ru­quier, ne font pas la une de Pa­ris Match, ne donnent pas de consignes de vote sur

les ré­seaux so­ciaux. Branco : « On a une dis­tance, une pu­deur eu­ro­péenne, qui se perd peut-être… Mieux vaut ne pas la ra­me­ner sur tous les su­jets, ça te dé­cré­di­bi­lise et ça te des­sert. Un peu comme Bri­gitte Bar­dot quand elle parle d’éco­lo­gie ou de la cause ani­male… » En dis­pa­rais­sant entre chaque al­bum, en en­tre­te­nant le mys­tère, Phoe­nix reste un groupe dé­si­rable et dans le coup, dont on at­tend tou­jours le re­tour. Dé­con­cer­tant à pre­mière écoute, Ti Amo ne dé­çoit pas. En­core riche en som­mets (« Te­le­fo­no », « Via Ve­ne­to », « Fior di Latte », « Lo­ve­life », « Good­bye So­leil »…), il sur­prend par ses élu­cu­bra­tions vo­cales à la Ju­lian Ca­sa­blan­cas et sa fixette ita­lienne li­mite va­rié­té. Branco : « Le cô­té Maz­za­lai est res­sor­ti. Mon frère Christian et moi, on est ri­tal dans le coeur, dans le sang. Notre père est ita­lien, j’ai pas­sé mon en­fance en Ita­lie… Ça doit ex­pli­quer le cô­té nos­tal­gique de ce disque, même si, au fond, c’est une rê­ve­rie. Ce qui nous in­té­resse, c’est plus une fan­tai­sie ita­lienne que la réa­li­té des choses. Pour la musique, il y a des pe­tites perles ici et là dans l’ita­lo-dis­co, mais les in­fluences ce se­rait plu­tôt Lu­cio Bat­tis­ti et Fran­co Bat­tia­to, les deux ar­tistes vrai­ment im­por­tants. Après, il y a des trucs in­croyables à pré­le­ver dans des dis­co­gra­phies in­égales. Je pense au pre­mier al­bum de Lu­ca Car­bo­ni qui date de 1984. Il y a deux ou trois mor­ceaux su­blimes – et dé­cou­vrir trois bons mor­ceaux dans une an­née, moi, ça me suf­fit. » La der­nière fois que nous avions dis­cu­té, il y a quatre ans, Branco m’avait sor­ti ça : « On reste avec nos amis, en tra­vaillant sur le prin­cipe des en­tre­prises fa­mi­liales, de père en fils, le plai­sir de l’ar­ti­sa­nat, une pe­tite mai­son de luxe à l’an­cienne, des sel­liers, comme Her­mès. » Phoe­nix ne rend pas les armes de­vant la vul­ga­ri­té am­biante. Il y a chez ces gens une qua­li­té fran­çaise, une sorte de luxe qui évi­te­rait la pré­ten­tion. Grâce à quoi ? À leur grain kitsch ? Branco : « Ah, le dé­bat sur le kitsch… Ba­lan­cer deux ou trois ré­fé­rences qui fe­ront plai­sir aux afi­cio­na­dos, suivre la doxa du bon goût, c’est hy­per simple, hy­per chiant. Tout le monde le fait, ça n’a au­cun in­té­rêt. On ne cherche pas le kitsch pour le kitsch, pour al­ler vers le criard un peu moche ; on cherche une émo­tion. Par­fois, notre cer­veau sait que tel son n’est pas noble, en re­vanche notre coeur per­çoit que c’est l’émo­tion juste. Il y a alors un mou­ve­ment de ba­lan­cier qu’il faut gé­rer, et c’est notre tra­vail en stu­dio. Mais dans le fond, le plus im­por­tant, c’est de par­ler à l’âme pure de la fille qui danse. » On ignore si l’at­ta­chée de presse est une fille qui danse, en tout cas ce­la fait dix mi­nutes qu’elle nous pousse à ar­rê­ter l’in­ter­view. Avant de dé­cam­per, on sou­met à Branco cette phrase d’un autre Gaulois de leur vil­lage, un bar­bu, Tellier, qui pour­rait dé­fi­nir notre su­jet dans le di­co : « La musique de Phoe­nix, c’est la musique des der­niers jours de classe avant les va­cances d’été, avec son lot d’émo­tions pré­cieuses qui créent, quand on les ra­nime, la sen­sa­tion pa­ra­dis per­dus. Phoe­nix touche tou­jours de très près quelque chose de très loin­tain. » Branco : « Ah, il est bon Sé­bas­tien, un grand mon­sieur… Je n’ai rien à ajou­ter. Il faut tou­jours écou­ter Tellier ! »

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