COMMENT SUR­VIVRE À... THANKS­GI­VING

ET SI, CE 23 NO­VEMBRE, NOUS NOUS PRENIONS POUR DES AMÉ­RI­CAINS ? NOTRE CHRO­NI­QUEUR NOUS LIVRE LA RE­CETTE DU PAR­FAIT RE­PAS DE THANKS­GI­VING.

Technikart - - SOMMAIRE - Hap­py Thanks­gi­ving !

Les yeux ri­vés sur l’écran de té­lé­vi­sion

qui trône de­vant son ca­na­pé, Li­sa dé­noue le bra­ce­let qu’elle porte au poi­gnet pour le faire glis­ser entre ses doigts minces. Pen­dant qu’elle s’amuse avec sa chaîne en or, je hume son écharpe en laine et res­pire l’in­dé­pen­dance qui s’en échappe lors­qu’une son­ne­rie criminelle m’ar­rache les tym­pans. Li­sa se pré­ci­pite vers son por­table avant de ta­per des­sus fré­né­ti­que­ment.

Plon­geant mon re­gard sur ses col­lants noirs, je re­monte le long de ses cuisses vers son pe­tit nez épa­tant. Alors que je m’ap­prête à em­bras­ser ses lèvres mor­dues par beau­coup d’autres, elle m’an­nonce so­len­nel­le­ment l’ar­ri­vée de ses pa­rents à Pa­ris pour Thanks­gi­ving. Thanks… what ? – Thanks­gi­ving, pu­tain ! Li­sa adore ter­mi­ner ses phrases par « pu­tain », ça lui donne l’im­pres­sion d’être fran­çaise. Car la déesse qui m’hé­berge est un pur pro­duit made in USA, aux reins aus­si so­lides que les ailes d’un Boeing et aux seins gé­né­reux comme les dis­tri­bu­teurs de M&M’s à Times Square. Li­sa says : « C’est la fête la plus im­por­tante de l’an­née. On re­mer­cie les In­diens d’avoir ai­dé nos an­cêtres à culti­ver la terre, pu­tain ! C’était une conne­rie. Why ? Parce qu’après avoir bouf­fé du maïs tous en­semble, les pè­le­rins ont tué tous les In­diens. C’est pour ça qu’on prie Dieu avant le dî­ner ! Pour nous faire par­don­ner. »

Fai­sons-lui plai­sir ce 23 no­vembre. Pré­pa­rons cette an­née un Thanks­gi­ving réus­si. In­gré­dients pour deux :

– 1 Trou­vez un ani­mal mort. Si vous n’avez pas pré­vu d’al­ler à la cam­pagne, vous pou­vez vous ra­battre sur la salle Pleyel et at­tra­per une bes­tiole ma­ture dans la file d’at­tente du concert que donne Serge La­ma ce soir-là.

– 2 Con­coc­tez une sauce rouge. La tra­di­tion veut qu’on ac­com­pagne la vo­laille d’une sauce aux ai­relles. Si vous êtes à court de cran­ber­ry, du sang fe­ra l’af­faire. Pour le faire cou­ler, al­lu­mez C8 à n’im­porte quelle heure ; l’hé­mo­glo­bine de­vrait jaillir de vos oreilles.

– 3 Écra­sez des patates douces. Après les avoir éplu­chées, cou­pez-les en mor­ceaux et faites-les cuire 10 mi­nutes. Pas­sez-les en­suite au mixeur en ajou­tant de la crème et de l’huile d’olive. En­fin, par­fu­mez votre pu­rée avec des zestes d’agrumes. Mer­ci qui ?

– 4 Pen­sez au des­sert. Parce que la tarte à la ci­trouille est in­trou­vable même chez Lidl et que, fran­che­ment, ça a au­tant de goût qu’un concert de So­pra­no à Di­jon ou qu’une confé­rence de Luc Fer­ry au théâtre des Ma­thu­rins, il vaut mieux op­ter pour une su­cre­rie aci­du­lée comme une vanne de No­ra Ham­za­wi. Elle joue son spec­tacle sur la scène du théâtre Le Ré­pu­blique ; ap­por­tez lui des mo­chis, c’est su­per bon.

– 5 N’ou­bliez pas l’al­cool. Il y a des États amé­ri­cains où on ne boit pas pour Thanks­gi­ving. Mais puisque vous êtes en France et que vous avez eu la gen­tillesse d’ava­ler de la dinde sans pro­tes­ter, vous pou­vez trin­quer au Beau­jo­lais nou­veau jus­qu’à l’aube. Le mez­cal Amores est ce­pen­dant une ma­nière pri­mi­tive et ef­fi­cace de lut­ter contre la dis­ney­lan­di­sa­tion du monde, les pen­sées d’Eu­gé­nie Bastié, ou celles tout aus­si sor­dides d’Em­ma­nuel Todd. Avec un peu de bol, vous en boi­rez tel­le­ment, qu’à la fin du re­pas, votre pe­tite amie res­sem­ble­ra à Al­ma Jo­do­rows­ki, la plus jo­lie fille de l’Hexa­gone.

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