« C’ E ST L’AN­TI - PAR­RAIN ! »

Technikart - - COVER / ISABELLE ADJANI -

AVEC SON PO­LAR POP LE MONDE EST À TOI, LE RÉA­LI­SA­TEUR RO­MAIN GA­VRAS OFFRE À ISA­BELLE ADJANI SON PLUS BEAU RÔLE DE­PUIS MAMMUTH. IN­TER­VIEW « FAN DE ». Tu traites tou­jours de su­jets po­li­ti­sés (les ban­lieu­sards ul­tra­vio­lents de ton clip pour le « Stress » de Justice il y a dix ans ; les pas­seurs de mi­grants dans ce film) sans ja­mais prendre po­si­tion. Pour­quoi ? Ro­main Ga­vras : Ce n’est pas par non-en­vie d’y al­ler, au contraire. Mais je suis as­sez fan des co­mé­dies ita­liennes des an­nées 60, 70 – genre Le Pi­geon, Af­freux, sales et mé­chants... – où ça parle de trucs pas mar­rants tout en cap­tant le zeit­geist pré­cis d’une époque. Les réa­li­sa­teurs ita­liens uti­lisent ces thèmes comme des touches de cou­leurs pour avoir une car­to­gra­phie de la société – tout en les trai­tant de fa­çon lé­gère. Là, l’am­bi­tion était de faire un film d’aven­tures qui se­rait an­cré dans le pré­sent, d’où les ré­fé­rences à Pe­ri­scope, aux mi­grants, aux te­nues de foot hy­per mou­lantes… Mais sans mettre de tam­pon mo­ral des­sus. C'est le film le plus mains­tream que tu te sens ca­pable de faire ? J’aime bien l’idée de faire un film « po­pu­laire », qui se­rait drôle quand tu as en­vie que ça ri­gole, ten­du quand tu as en­vie que les gens soient ten­dus... Et en même temps, d’y mettre mes in­gré­dients à moi, de chan­ger cer­tains codes. Ça m’ex­cite plus que de faire un film ra­di­cal. Après, ce n’est pas non­plus un film pu­tas­sier, hein. J’ai pas fait Ala­din non plus ! Le film em­prunte son titre au Scar­face de de Pal­ma (la phrase

The World is yours qui re­vient tout au long du film de­ve­nant ici Le Monde est à toi). Je ne suis pas spé­cia­le­ment fan du film, mais je trouve qu’il a été mal com­pris. To­ny Mon­ta­na, c’est quand même un gros to­card beauf. Avec Le Monde est à toi, on est dans l’an­ti-glo­ri­fi­ca­tion des voyous. Fran­çois ( le pe­tit tra­fi­quant joué par Ka­rim Lek­lou, ndlr) a un ob­jec­tif mou : ou­vrir une fran­chir Mis­ter Freeze au Magh­reb. Un rêve très classe moyenne, presque Bay­rouiste. On a en­vie d’être au­cun des mecs du film alors que quand tu re­gardes Le Par­rain, tu te dis « pu­tain, cette fa­mille est classe ! ». Nous, c’est l’an­ti- Par­rain ! Et comment en es-tu ar­ri­vé à Adjani pour ce rôle de ma­ma voyou ? Isa­belle, c’était comme une évi­dence. Si je suis hon­nête avec moi-même, le pre­mier at­trait est le cô­té « icône » : il fal­lait que la mère im­prime quelque chose de fort. Et en la ren­con­trant, j’ai dé­cou­vert qui elle était : sharp, ma­ligne, ri­go­lote, avec un puis­sant fond de cul­ture qui l’a ai­dé à construire le per­son­nage. En plus, Isa­belle a un truc qui n’est pas juste fran­çais. On n’a pas l’im­pres­sion de voir un film avec des Twin­gos quand il y a Isa­belle ! Elle se fait rare au ci­né­ma. Oui, rai­son de plus de l’avoir à l’af­fiche. Quand un ac­teur est tout le temps au ci­né­ma, il a des cas­se­roles in­sup­por­tables, et il les ra­mène avec lui sur chaque film, for­cé­ment. Avec Isa­belle, c’est tout le contraire. Le Monde est à toi : en salles le 15 août EN­TRE­TIEN L.R.

RO­MAIN GA­VRAS

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.