« IL FAUT QU’ON AVANCE EN­SEMBLE»

LA RÉAL’ DE JE NE SUIS PAS UN HOMME FA­CILE (PRE­MIER FILM FRAN­ÇAIS NET­FLIX) A IMA­GI­NÉ UN MONDE DI­RI­GÉ PAR LES FEMMES. LE PARADIS ?

Technikart - - COVER / DOSSIER - EN­TRE­TIEN LÉON­TINE BOB

Quel a été le dé­clen­cheur de ce film met­tant en scène une société ma­triar­cale ?

Eléo­nore Pourriat : Un jour, je me suis faite al­pa­guer dans la rue par un gars qui m’a fait un com­pli­ment puis m’a in­sul­tée. Je suis ren­trée à la mai­son et je l’ai dit à mon amou­reux qui m’a ré­pon­du : « En­core ? ». Il ne dou­tait pas de ma pa­role mais ne com­pre­nait pas. J’ai lu dans ses yeux qu’il n’avait ja­mais pris conscience que c’était quelque chose avec le­quel on de­vait com­po­ser, nous les femmes. Je ne pense pas que tous les hommes soient des cons, ma­chos, ir­ré­cu­pé­rables, pas du tout. Je pense que beau­coup d’hommes souffrent de ce que leur im­pose le pa­triar­cat d’ailleurs. Donc je me suis dit : il faut qu’on avance en­semble si­non l’éga­li­té ne se fe­ra ja­mais.

D'où l'in­ver­sion qui sert de point de dé­part au film.

Oui. En par­tant de cette in­ver­sion – qui est un truc as­sez clas­sique mais très ef­fi­cace –, c’était une fa­çon de faire tra­ver­ser émo­tion­nel­le­ment aux hommes ce qu’on pou­vait vivre, nous les femmes, comme dis­cri­mi­na­tions. Avec le suc­cès du court-mé­trage, je me suis ren­due compte que ça pro­vo­quait une em­pa­thie de la part des hommes et un sen­ti­ment de so­li­da­ri­té de la part des femme.

Dans cette société ma­triar­cale, Damien, joué par Vincent El­baz, se re­belle mais il ac­cepte aus­si de se sou­mettre aux codes (se ra­ser, por­ter un sac à main…). Pour­quoi ?

Il prend conscience des in­éga­li­tés aux­quelles il est contraint mais, même s’il de­vient ac­ti­ve­ment cri­tique du sys­tème puis­qu’il s’en­gage dans un mou­ve­ment mas­cu­liste, il s’adapte. De même que moi je me suis adap­tée, j’ai une pe­tite bar­rette dans les che­veux, je me suis un peu ma­quillée, je me suis épi­lée, alors que je suis hy­per cri­tique du sys­tème. Si j’étais co­hé­rente, j’au­rais rien de tout ça et j’au­rais ga­gné une bonne heure ce ma­tin. Et de l’ar­gent – c’est quand même une in­éga­li­té moins ano­dine que ça n’y pa­raît.

Dans votre film, les rap­ports entre les hommes et les femmes res­tent troubles.

La co­mé­die ro­man­tique est le genre idéal pour par­ler des rap­ports de force. Tous les rap­ports homme/femme y sont co­dés, ils ré­pondent à une es­pèce de lo­gique, de ri­tuel et on a l’im­pres­sion qu’il faut co­cher toutes les cases. On passe par la ren­contre, le pre­mier bai­ser, la pre­mière danse... Ce qui m’in­té­res­sait, c’est qu’en in­ver­sant, il y a des choses qui ap­pa­raissent. Le genre est beau­coup plus flou que ce qu’on veut bien nous faire croire. On nous a éle­vés en nous di­sant : le monde est bi­naire, eh bien non, il est beau­coup plus com­plexe et j’ai ai­mé ex­plo­rer cette fron­tière trouble entre le mas­cu­lin et le fé­mi­nin.

Votre film re­pose lui-même sur un mo­dèle clas­sique d'his­toire d'amour...

Je suis plus idéaliste que ni­hi­liste et je pense qu’il y a quelque chose de très au­then­tique dans l’amour et qu’on est at­ti­ré par ce qui a de dif­fé­rent en l’autre. Et ce qui plaît à Alexandra, qui est une femme puis­sante, c’est que ce mec-là n’est pas comme tous les pe­tits chats avec qui elle sort d’ha­bi­tude, il a de la per­son­na­li­té. C’est ça qui ex­cite : ce qui sort de l’or­di­naire ! JE NE SUIS PAS UN HOMME FA­CILE

(dis­po­nible sur Net­flix)

« ON NOUS A ÉLE­VÉS EN NOUS DI­SANT : LE MONDE EST BI­NAIRE. EH BIEN NON, IL EST BEAU­COUP PLUS COM­PLEXE. »

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