ET SI...

Technikart - - L’EDITO - Lau­rence Ré­mi­la lau­ren­ce­re­mi­la@tech­ni­kart.com

Une heure du mat’, les pre­miers signes de fa­tigue se font res­sen­tir. Ton groupe d’amis cher­chant à re­lan­cer la fête, tu res­sors du ré­per­toire ce nu­mé­ro qui y traîne de­puis un pe­tit mo­ment dé­jà. Ce­lui d’un « Co­caïne Call Cen­ter ». Cette cen­trale du deal (un contact 06 gé­rant une flot­tille de li­vreurs) se rap­pelle ré­gu­liè­re­ment à ton bon sou­ve­nir avec des mes­sages si­gnés d’un pré­nom abs­cons – et dont le conte­nu ré­vèle un sens du mar­ke­ting digne des plus grands gé­nies du « Cus­to­mer Re­la­tion­ship Ma­na­ge­ment » : « Sa­lut c’est l’ami de re­tour ap­pelle-moi je suis dis­po avec ce­cile, ma­rie da­niel et bob mar­ley à très vite »... Une fois com­mande prise, le sui­vi se fait avec un pro­fes­sion­na­lisme très start-up na­tion : « Ar­ri­vée dans 27 mi­nutes ». Et pour­quoi pas une note de 1 à 5 étoiles pour le li­vreur pen­dant qu’on y est ?

Car le plus in­croyable, ces der­niers temps, est de consta­ter à quel point les tra­fi­quants de dope gèrent leur bu­si­ness comme s’ils étaient à la tête d’une boîte de la Si­li­con Val­ley ve­nue s’ins­tal­ler dans un vieux pays, aux lois ar­chaïques, et qu’ils avaient sim­ple­ment à at­tendre une évo­lu­tion ju­ri­dique pour pou­voir s’en mettre plein les fouilles – dans le res­pect de la loi.

Uber, « Al­lo Coke » (du nom de ce « call cen­ter » du Val-de-Marne dé­man­te­lé en 2016), même com­bat ? La dis­tri­bu­tion de pro­duits illi­cites se­rait-elle un com­merce « dis­rup­tif » comme les autres ? C’est le point de dé­part de notre stu­pé­fiant dos­sier ce mois-ci. Et si de­main les rêves des li­ber­ta­riens les plus li­bé­raux re­joi­gnaient ceux des li­ber­taires les plus ra­mol­los ?

Et si l’inef­fi­cace guerre contre le tra­fic se trans­for­mait en une lé­ga­li­sa­tion bien pen­sée ? Et si ta dose, tu l’ache­tais dans une phar­ma­cie, avec pos­si­bi­li­té de sui­vi mé­di­cal, une taxe pour les caisses d’État et tut­ti quan­ti ? Et si tous ces dea­lers, dé­jà or­ga­ni­sés avec la re­dou­table ef­fi­ca­ci­té des cy­clistes li­vreurs de ta­ta­ki de thon, se trans­for­maient en PME avec pi­gnon sur rue (et nu­mé­ro de SI­RET) ? Et si les an­ciens chefs d’État sud-Amé­ri­cains, qui se disent pour une lé­ga­li­sa­tion de toutes les drogues, ar­ri­vaient à convaincre les po­li­tiques et les forces de l’ordre du reste du monde ? C’est pas de­main la veille. Mais si ces ré­flexions – hau­te­ment uchro­niques – pou­vaient en­cou­ra­ger nos po­li­tiques à s’in­té­res­ser da­van­tage à l’ac­com­pa­gne­ment thé­ra­peu­tique (ce qui manque cruel­le­ment au­jourd’hui) des uti­li­sa­teurs...

D’ici là, une pen­sée émue pour cet an­cien de la ré­dac­tion mort d’une crise car­diaque à 34 ans. En­foi­ré, tu nous manques !

Bonne lec­ture, on se re­trouve dans un mois,

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