RO­MAN­CIÈRE AVEC CO­CAÏNE*

BA­BY­LONE EX­PRESS, ÉCRIT PAR UNE JEUNE IN­CON­NUE, EST LE RO­MAN LE PLUS CAMÉ DE LA REN­TRÉE. EN­FIN UNE AU­TEURE QUI NE TIRE PAS À LA LIGNE ?

Technikart - - DOSSIER - HUGUES PAS­COT

« Il est 18h, le KitKat ferme. La bac­cha­nale a du­ré cinq heures. Re­tour à l’hô­tel. Mar­co s’éva­nouit. Moi j’es­saye de dor­mir mais je n’y ar­rive pas. Trop de drogues. Trop de cul. Je suis vrai­ment une salle gosse de la gé­né­ra­tion Ba­by­lone. Merde. Une mé­chante icône du por­no pas chic. Je fais un mau­vais trip. Ce qui ne m’em­pêche pas de conti­nuer à ta­per gen­ti­ment.» Pour son pre­mier ro­man, la nou­velle re­crue de la mai­son d’édi­tion Le Di­let­tante plante le dé­cor : sexe, drogues et tech­no. Mais qui se cache der­rière ce fu­tur prix de Flore ? (On prend les pa­ris.) Et com­ment a-t-elle fait pour pondre le livre le plus stu­pé­fiant de la ren­trée ?

Agée de 31 ans, Ma­thilde-Ma­rie de Mal­fi­lâtre est le genre de femme qui ne passe pas in­aper­çue. Un nom qui en­chaîne trait d’union, par­ti­cule et ac­cent cir­con­flexe, un par­cours peu ba­nal et un look bien à elle : che­ve­lure noir cor­beau, yeux clairs sou­li­gnés de noir, bouche ver­millon, et le che­mi­sier noué au des­sus du nom­bril. Elle a tout d’un per­son­nage trash ka­waï – elle a d’ailleurs vé­cu une par­tie de son en­fance à Osa­ka. Après cette pa­ren­thèse ja­po­naise, ses pa­rents dé­cident de re­tour­ner vivre en Nor­man­die pour of­frir à la jeune Ma­thilde-Ma­rie une en­fance et une ado­les­cence sans trop d’his­toire. Après une li­cence en re­la­tions in­ter­na­tio­nales, s’en­suit un mas­ter à Brad­ford en po­li­tique et sé­cu­ri­té in­ter­na­tio­nale. « Ma pre­mière am­bi­tion, c’était de pro­té­ger et ser­vir le peuple » ra­conte-telle lorsque nous la re­trou­vons dans une bras­se­rie pa­ri­sienne à cô­té du Di­let­tante. Ayant ra­té de peu Saint-Cyr, elle in­tègre la DG­GN (Di­rec­tion gé­né­rale de la gen­dar­me­rie na­tio­nale), sec­tion éco­ter­ro­risme. Mais elle tombe vite dans la lit­té­ra­ture do­pée : « C’est en pre­nant des bou­quins à la bi­blio­thèque que j’ai dé­cou­vert des

au­teurs ayant écrit sur la drogue comme Miller, Shel­by et ceux de la Beat Ge­ne­ra­tion. C’est des potes main­te­nant ! Mais ce qui m’a vrai­ment mar­qué c’est que le jour de mes 16 ans, on m’a of­fert Les

Cent Vingt Jour­nées de So­dome, ce qui a com­plé­té le reste ».

ÉTAT DE CONSCIENCE MO­DI­FIÉE

Son ap­pren­tis­sage abou­ti­ra sur Ba­by­lone Ex­press : son hé­roïne, Lu­na de Pâ­ris, an­cienne fonc­tion­naire de la Di­rec­tion Gé­né­rale de la gen­dar­me­rie (comme par ha­sard...), po­ly­toxi­co­mane et li­ber­tine, pro­mène son mètre soixante-treize et ses cin­quante-neuf ki­los entre le Pa­ris un­der­ground, le Mar­ra­kech de la dope, les sex-clubs de Ber­lin et les plages nor­mandes où vivent ses pa­rents. Elle est ac­com­pa­gnée de son amant, Mar­co, qui est mi­li­tant au­près du Front de li­bé­ra­tion des ani­maux. Son oeil sur les pro­duits illi­cites est ex­pert : acide ly­ser­gique 5, die­thi­la­mide 25, my­co­toxine hal­lu­ci­na­toire et HK 47 n’ont au­cun se­cret pour elle. L’au­teure af­firme sans cil­ler : « Moi, j’ai don­né dans l’acide, la mes­ca, l’aya, des sub­stances nobles. Qui t’ouvrent les portes de toi-même ». Ma­thilde-Ma­rie de Mal­fi­lâtre est aus­si joueuse que son per­son­nage Lu­na. « J’ai écrit ce bou­quin sous ECM (état de conscience mo­di­fiée). Ça peut pas­ser par la drogue, l’amour, la prière ou le sexe. Moi j’ai com­men­cé par un bu­vard d’LSD ». Et bi­zar­re­ment on re­trouve beau­coup de points com­muns entre Lu­na de Pâ­ris et sa créa­trice : en­fance en Nor­man­die, pas­sé de fli­carde, fa­na­tique du Ber­ghain et mouche de cour­ti­sane ta­touée au-des­sus de la lèvre. Alors, bio­gra­phie, au­to-fic­tion ou to­tale fan­tai­sie ? Je traque le moindre in­dice. « Il y a pas mal de si­mi­li­tudes, en ef­fet. Mais contrai­re­ment à Lu­na, je ne me suis ja­mais em­bar­quée dans un tra­fic de drogue ». Ce go-fast où des aris­tos punk cô­toient des pau­més ma­gni­fiques et où le trash confine au su­blime se­rait donc une fic­tion… Fin de l’en­tre­tien, Ma­thilde-Ma­rie de Mal­fi­lâtre me dé­di­cace son livre. Quand je dé­couvre qu’elle a si­gné « Lu­na », je me re­tourne. Trop tard. La ro­man­cière re­ve­nue de tout (et/ou son hé­roïne po­ly­toxi­co­mane) a tour­né l’angle de la rue et a dis­pa­ru...

Ba­by­lone Ex­press (Le Di­let­tante, 250 pages, 18 €)

(*) ré­fé­rence au ro­man russe culte Ro­man avec co­caïne de M. Aguéev pa­ru en 1934

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